‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 22 sur 393 · L'ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

L'ANNIVERSAIRE

Hélas ! après dix ans je revois la journée

Où Tâme de mon père est aux cieux retournée.

L'heure sonne : j'écoute... O regrets ! O douleurs !

Quand cette heure eut sonné je n'avais plus de père

On retenait mes pas loin du lit funéraire ;

On me disait : " il dort? " et je versais des pleurs.

Mais du temple voisin quand la cloche sacrée 1 Annonça qu'un mortel avait quitté le jour ; Chaque son retentit dans mon âme navrée,

Et je crus mourir à mon tour.

Tout ce qui m'entourait me racontait ma perte : Quand la nuit dans les airs jeta son crêpe noir, Mon père à ses côtés ne me fit plus asseoir ; Et j'attendis en vain à sa place déserte Une tendre caresse et le baiser du soir.

Je voyais l'ombre auguste et chère M' apparaître toutes les nuits ; Inconsolable en mes ennuis, Je pleurais tous les jours, même auprès de ma mère.

Ce long regret, dix ans ne l'ont point adouci ; Je ne puis voir un fils dans les bras de son père Sans dire en soupirant : "J'avais un père aussi ! "

X Sacrée, the order is : Mais quand la cloche sacrée du temple voisin, etc.

Son image est toujours présente à ma tendresse. Ah ! quand la pâle automne aura jauni les bois, O mon père ! je veux promener ma tristesse Aux lieux où je vous vis pour la dernière fois.

Sur ces bords que la Somme 1 arrose J'irai chercher l'asile où ta cendre repose ;

J'irai d'une modeste fleur

Orner ta tombe respectée, Et sur la pierre, encor de larmes humectée,

Redire ce chant de douleur.

Page 1