‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 228 sur 393 · LES JARDINS · texte numérisé non relu

LES JARDINS

Parfois, lorsque mon âme échappe aux soins jaloux, Je revois dans un songe épouvantable et doux, Plein d'ombre et de silence et d'épaisses ramées, I^es jardins où jadis passaient mes bien-aimées. Mais voici qu'à présent les rosiers chevelus Sont devenus broussailles et ne fleurissent pta$ j

Le temps a fracassé le marbre blanc des urnes ;

Le rossignol a fui les chênes taciturnes,

Les nymphes de Coustou, 1 les Sylvains* et les Pans 3

S'affaissent éperdus sous les lierres rampants ;

La flouve, le vulpin, les herbes désolées

Ont envahi partout le sable des allées,

Les larges tapis d'herbe 4 aux haleines de thym,

Où la lune éclairait les habits de satin

Et les pierres de flamme 5 aux robes assorties,

Foisonnent maintenant de ronces et d'orties ;

Dans les bassins, les flots aux sourires blafards

Sont cachés par la mousse et par les nénuphars

L'étang, où tout un monde effroyable pullule,

Ne voit plus sur ses joncs frémir de libellule ;

Le chaume est tout couvert d'iris ; les églantiers

Pendent, et de leurs bras couvrent des murs entiers ;

L'ombre triste, le houx luisant, les eaux dormantes

Ont pris les oasis où dormaient mes amantes ;

La noire frondaison 6 me dérobe les cieux

Qu'elles aimaient, et dans ces lieux délicieux,

Naguère tout remplis d'enchantements par elles,

Meurt le gémissement affreux des tourterelles.

{Les Exilés.)

1. Cocbtou (Nicolas), 1668-1733, and bis brotber Guillaume, 1678-1748, were two celé» brated French sculptors whose statues adorn Lyons, Paris and Tenailles. 1 Sylvain, Eng. : Sylvanus, the God of the forests. S. Pan, a son of Jupiter, the God of tbe flelds, shepberds and flocks.

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