‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 274 sur 393 · LES AÏEULES · texte numérisé non relu

LES AÏEULES

A la fin de juillet les villages sont vides ; Depuis longtemps déjà des nuages livides, Menaçant d'un prochain orage à Y occident, Conseillaient la récolte au laboureur prudent Donc voici la moisson, et bientôt la vendange. On aiguise les faux, on prépare la grange.

Et tous les paysans, dès l'aube rassemblés, Joyeux, vont à la fête opulente des bléf

2$8 LES POEf ES FRANÇAIS.

Or, pendant tout ce temps de travail, les aïeules, Au village, devant les portes, restent seules, Se chauffant au soleil et branlant le menton, Calmes et les deux mains jointes sur leur bâton... Et maintenant à l'âge où l'âme se repose, Elles ne semblent pas désirer autre chose Que d'aller en été s'asseoir, vers le midi, Sur quelque banc de pierre au soleil attiédi, 1 Pour regarder d'un 2 œil plein de sereine extase Les canards verts et bleus caquetant dans la vase, Entendre la chanson des laveuses et voir Les chevaux de labour descendre à l'abreuvoir. Leur sourire d'enfant et leur front blanc qui tremble Rayonnant de bien-être et de candeur ; il semble Qu'elles ne songent plus à leurs chagrins passés, Qu'elles pardonnent tout, et que c'est bien assez Pour elles que d'avoir, dans leurs vieilles années, Les peines d'autrefois étant bien terminées, Et pour donner la joie à leur quatre-vingts ans, Le grand soleil, ce vieil ami des paysans !

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