DÉSIR DE GLOIRE
J'ai vu des hardes surannées Dans la boutique d'un fripier ; Telle sera, dans peu d'années, Ma pauvre gloire de papier.
On me lit Soit J'en ai des preuves :
On réimprime encor mes vers.
J'apprends, par les paquets d'épreuves, 1 Que mes lauriers sont toujours verts.
Mais, hélas ! tout passe et tout lasse,* Les meilleurs et les plus fameux A d'autres Qnt cédé la place, Et Ton m'oubliera tout comme eux.
Tout bruit est vain et se dissipe, Et fût-on, comme Béranger, Reproduit en tête de pipe, 8 La mode est femme et veut changer.
Songe au passé, deviens modeste, O poète ! et de tant d'efforts, De tant d'oeuvres, vois ce qui reste :
Des ruines ! des arbres morts !
1. Paquets d'iprbuvks, packages of proof sheets. t. Tout passk xt tout lasse, a very commonly used proverb. ?.. Pipk, Béranger (1780-1867) was so popular that hls featnres hâve been reprodue*! In almost any possible way.
$t± tES POETES FRANÇAIS.
Parfois, pourtant, la branche sèche A Pair de reverdir un peu ; Sur le mur ouvert d'une brèche Grimpe un liseron rose et bleu ;
Et quelques vers, une élégie, Un sonnet, sauvés de l'oubli, Dans l'herbier de l'Anthologie Conservent leur charme pâli.
Oh ! si par bonheur doit survivre Un humble poème de moi, Qu'il soit donc choisi dans ce livre, Que j'ai, mignonne, écrit pour toi !
Vétéran n'ayant plus mon grade, Poète oublié, triste et vieux, Je serai mort ma camarade, Et tu m'auras fermé les yeux ;
Tu te rappelleras, ma chère, Mes jours de la fin, si peu gais, Et ma gloire si mensongère, Quand tu passeras sur les quais, 1
Et tu verras mes recueils intimes, Jadis célébrés si souvent, Qui, dans la boîte à dix centimes, 2 Seront feuilletés par le vent.
1. Quais, there are a great many second hand book dealers on the quays of the Seine.
1 lkftt 1 A fctx c«Kf ÏHB8, the box in whlch are plaeed second banda bocks worth 6lx centimes (2 cents) each.
F. COPPEE. 315
Mais qu'une enfant 1 du voisinage Qui te confiera ses amours.
— Car pour ces choses, malgré l'âge Tu seras clémente toujours. —
Ranimant en toi, pauvre vieille, L,e feu sous la cendre endormi, Murmure, un jour, à ton oreille, Un poème de ton ami.
Les seuls vers de lui qu'on connaisse, Les seuls dont la tendre langueur, Émeuve encore la jeunesse Et trouve un écho dans son cœur ;
Alors, joyeuse et rassurée, Tu me trouveras bien heureux Que ma chanson soit murmurée Par les lèvres des amoureux !
Ces vers dont ou garde mémoire Seront deux fois récompensés, S'ils défendent un peu ma gloire, Eux qui m'ont valu tes baisers.
Des larmes mouillant tes lunettes Tu te souviendras qu'autrefois, Accompagné par les fauvettes, Je te les disais dans les bois.
I. QU'cxi JUt f ±st, enfant la the subject of murmure in thenextsUnn.
Caressant, de ta main légère, Mon front posé sur tes genoux.
Combien tu me st-vais sincère !
Combien mes chants te semblaient doux !
Oh ! qu'à son tour, la Renommée 1 Continue à les juger tels, Et que, pour t' avoir tant aimée, Je laisse des vers immortels !
(Arrïère-satson. — 1887.)