‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 32 sur 393 · LA PAUVRE FILLE · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FILLE

J'ai fui ce pénible sommeil Qu'aucun songe heureux n'accompagne, J'ai devancé sur la montagne l#s premiers rayons du soleil.

S' éveillant avec la nature, I<e jeune oiseau chantait sur l' aubépine en fleurs; Sa mère lui portait la douce nourriture...

Mes yeux se sont mouillés de pleurs.

Oh ! pourquoi n'ai-je pas de mère ?

Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau?

Rien ne m'appartient sur la terre ;

Je n'eus pas même de berceau, Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,

Devant l'église du hameau.

Loin de mes parents exilée, De leurs embrassements j'ignore la douceur ;

Et les enfants de la vallée

Ne m'appellent jamais leur sœur I Je ne partage pas les jeux de la veillée ;

Jamais sous un toit de feuillée I<e joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir,

Et de loin je vois sa famille,

Autour du sarment qui pétille, Chercher sur ses genoux les caresses du spir.

^4 IvES POÈTES FRANÇAIS.

Vers la chapelle hospitalière En pleurant j' adresse 1 mes pas, I^a seule demeure ici-bas Où je ne sois point étrangère, I^a seule devant moi qui ne se ferme pas !

Souvent je contemple la pierre Où commencèrent mes douleurs ; J'y cherche la trace des pleurs Qu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère.

Souvent aussi mes pas errants Parcourent des tombeaux l' asile solitaire ; Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents,

I^a pauvre fille est sans parents, Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre !

J'ai pleuré quatorze printemps 2 Loin des bras qui m'ont repoussée ; Reviens, ma mère, je t'attends, Sur la pierre où tu m'as laissée.

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