‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 324 sur 393 · JACQUES NORMAND · texte numérisé non relu

JACQUES NORMAND

Va ! va ! hurle ! rugis et plains-toi, grande lâche ! Quand 1 tu sangloterais sans repos, sans relâche, Malgré ta grosse voix tu ne pourras jamais Étouffer nos sanglots... Ah ! comme je te hais ! "

1& cheveux envolés, hagarde, fantastique,

La vieille ressemblait à la furie antique

Mêlant son anathème aux hurlements du vent.

Et je lui dis alors :

" — Cette mer si souvent

Implacable pour vous, cette mer en colère,

Qui vous prit vos maris, votre enfant, votre père,

Qui vous fit seule enfin, toute seule ici-bas,

Pourquoi, la haïssant, ne la quittez-vous pas? "

Elle me regarda d'abord, comme étonnée ; Puis, un moment après, sa tête résignée Tomba sur sa poitrine, et, d'un ton radouci :

" Quitter la mer, monsieur?... Mais j'en mourrais

[aussi!"

C'est qu'elle est tout pour eux, cette mer éternelle ; C'est que, fixés près d'elle, ils trouvent tout en elle ; C'est que perte ou profit, joie ou deuil, vie ou mort, Tout retourne vers elle et que tout d'elle sort ; C'est que c'est une loi fatale à l'âme humaine De voir fleurir l'amour à côté de la haine, Et qu'il est ici-bas, par d'étranges concours, 2 De ces choses qu'on hait — en les aimant toujours I

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