‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 354 sur 393 · LES ÉTOILES ÉTEINTES · texte numérisé non relu

LES ÉTOILES ÉTEINTES

A l'heure où sur la mer le soir silencieux

Efface les lointaines voiles, Où, lente, se déploie, en marche dans les cieux,

1/ armée immense des étoiles,

A. ÛORCflAÎN. 375

Ne songes-tu jamais que ce clair firmament,

Comme la mer, a ses désastres ?

Que, vaisseaux envahis par V ombre, à tout moment

Naufragent et meurent des astres l 1

Vois-tu, vers le zénith, cette étoile nageant Dans les flots de l'éther sans borne ?

L* astronome m* a dit que sa sphère d'argent N'était plus rien qu'un cercueil morne.

Jadis, dans un superbe épanouissement,

D'un troupeau de mondes suivie, 2 Féconde, elle 2 enfantait majestueusement

L'amour, la pensée et la vie.

Tous ses bruits, un par un, se sont tus sous le ciel ;

L'espace autour d'elle est livide ; Dans le funèbre ennui d'un silence éternel

Elle erre à jamais par le vide.

Pourtant, elle est si loin que depuis des mille ans

Qu'elle va, froide et solitaire, Le suprême rayon échappé de ses flancs

N'a pas encore touché la terre.

Aussi, rien n'est changé pour nous : chaque matin

La clarté de l'aube l'emporte Et chaque soir lui rend son éclat incertain...

Personne ne sait qu'elle est morte.

1. DM A8TRK8, la the snbject of naufragent et meurent. 2* Suivi», illi, refer to étoile in the prec«dlng stum,

Le pilote anxieux la voit qui brille au loin.

Et là-bas, errant sur la grève, Des couples enlacés la prennent à témoin

De l'éternité de leur rêve !

C'est la dernière fois, et demain nos amants N'y lèveront plus leurs prunelles :

Elle aura disparu, — comme font les serments Qui parlent d'amours éternelles I

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