‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 57 sur 393 · LE TOMBEAU D'UNE MÈRE · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU D'UNE MÈRE

Un jour, les yeux lassés de veilles et de larmes, Comme un lutteur vaincu prêt à jeter ses armes, Je disais à l'aurore : En vain tu vas briller ; I*a nature trahit nos yeux par ses merveilles, Et le ciel coloré de ses teintes vermeilles Ne sourit que pour nous railler !

Rien n'est vrai, rien n'est faux ; tout est songe et mensonge !

Illusion du cœur qu'un vain espoir prolonge ! Nos seules vérités, hommes, sont nos douleurs ! Cet éclair dans nos yeux que nous nommons la vie, Étincelle dont l'âme est à peine éblouie, Qu'elle va s'allumer ailleurs !

Plus nous ouvrons les yeux, plus la nuit est profonde, Dieu n'est qu'un mot rêvé pour expliquer le monde,

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Un plus obscur abîme où l'esprit s'est lancé, Et tout flotte et tout tombe ainsi que la poussière Que fait en tourbillons dans l'aride carrière Lever le pied d'un insensé ! 1

Je disais ; et mes yeux voyaient avec envie Tout ce qui n'a reçu qu'une insensible vie Et dont nul rêve au moins n'agite le sommeil ; Au sillon, au rocher, j'attachais ma paupière, 2 Et ce regard disait : A la brute, à la pierre, Au moins, que ne suis-je pareil ? 3

Et ce regard errant comme l'œil du pilote Qui demande sa route à l'abîme qui flotte, S'arrêta tout à coup fixé sur un tombeau !

Tombeau, cher entretien 6 d'une douleur amère, Où le gazon sacré qui recouvre ma mère Grandit sous les pleurs du hameau !

I*à, quand l'ange voilé sous les traits d'une femme Pans le Dieu sa lumière eut exhalé son âme Comme on souffle une lampe à l'approche du jour ; A l'ombre des autels qu'elle aimait à toute heure, Je lui creusai moi-même une étroite demeure, Une porte à l'autre séjour !

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