‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 66 sur 393 · DELAVIGNE · texte numérisé non relu

DELAVIGNE

Qu'ils sont nobles dans leur courroux ! Qu'il est beau d'insulter au bras chargé d'entraves ! La voyant sans défense, ils s'écriaient ces braves:

" Qu'elle meure ! Elle a contre nous Des esprits infernaux suscité la magie... ni

Lâches ! Que lui reprochez- vous ?

D'un courage inspiré la brillante énergie, L'amour du nom français, le mépris du danger,

Voilà sa magie et ses charmes.

En faut-il d'autres que des armes Pour combattre, pour vaincre et punir l'étranger ?

Du Christ, avec ardeur, Jeanne baisait l'image. Ses longs cheveux épars flottaient au gré des vents. Au pied de l'échafaud, sans changer de visage,

Elle s'avançait à pas lents.

Tranquille, elle y monta ; quand, debout sur le faîte, Elle vit ce bûcher qui l' allait dévorer, Les bourreaux en suspens, 2 la flamme déjà prête, Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête

Et se prit à pleurer.

Ah ! pleure, fille infortunée !

Ta jeunesse va se flétrir Dans sa fleur trop tôt moissonnée !

Adieu, beau ciel, il faut mourir !

1. Mao», construe: elle a nucitë contre nous la magie, etc.; the same lnrerted construction is met wlth several times in thls poem. 4. En suspens, hesitetlng. ~~"

Tu ne reverras plus tes riantes montagnes,

I*e temple, le hameau, les champs de Vaucouleurs,*

Et ta chaumière, et tes compagnes, Et ton père expirant sous le poids des douleurs. Après quelques instants d'un horrible silence, Tout à coup le feu brille, il s'irrite, il s'élance... I*e cœur de la guerrière alors s'est ranimé ; A travers les vapeurs d'une fumée ardente,

Jeanne, encor menaçante, Montre aux Anglais son bras à demi consumé.

Pourquoi reculer d'épouvante,

Anglais ? son bras est désarmé .

I«a flamme l'environne, et sa voix expirante Murmure encore : " O France ! 6 mon roi bien-aimé ! u

Qu'un monument s'élève* aux lieux de ta naissance, O toi, qui des vainqueurs renversas les projets ! I<a France y portera son deuil et ses regrets,

Sa tardive reconnaissance :

Elle y viendra gémir sous de jeunes cyprès.

Puissent croître avec eux ta gloire et sa puissance ! Que sur l'airain funèbre 3 on grave des combats, Des étendards anglais fuyant devant tes pas, Dieu vengeant par tes mains la plus juste des causes. Venez, jeunes beautés; venez, braves soldats, Semer sur son tombeau les lauriers et les roses !

L Vaucoulkurs, a email city near Domrémy in.the département de la Meuse .

2. Qu'un monument b'klèvb, note thls use of the subjonctire mood. Let t monument be erected.

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