LES FEUILLES DE SAULE
L/air était pur ; un dernier jour d'automne, Eu nous quittant arrachait la couronne
Au front des bois, Et je voyais d'une marche suivie Fuir le soleil, la saison et ma vie
Tout à la fois.
Près d'un vieux tronc appuyée en silence,
Je repoussais l'importune présence
Des jours mauvais.
Sur Tonde froide ou l'herbe encor fleurie
Tombait sans bruit quelque feuille flétrie, Et je rêvais !
Au saule antique incliné sur ma tête Ma main enlève, indolente et distraite,
Un vert rameau !
Puis j'effeuillai sa dépouille légère, Suivant de l'œil sa course passagère
Sur le ruisseau.
82 IyHS PORTES FRANC A ïé.
De mes ennuis jeu bizarre et futile J'interrogeais chaque débris fragile
Sur l'avenir :
•• Voyons, disais-je à la feuille entraînée, Ce qu'à ton sort ma fortune enchaînée
Va devenir."
Un seul instant je l'avais vue à peine, Comme un esquif que la vague promène
Voguer en paix ; Soudain le flot la rejette au rivage ; Ce léger choc décida son naufrage.
Je l'attendais !. . . .
Je fie 1 à l'onde une feuille nouvelle, Cherchant le sort que pour mon luth fidèle
J'osais prévoir; Mais vainement j'espérais un miracle, Un vent rapide emporta mon oracle
Et mon espoir.
Sur cette rive où ma fortune expire, Où mon talent sur l'aile du zéphire
S'est envolé, Vaïs-je exposer sur l'élément perfide Un vœu plus cher?... Non, non, ma main timide
A reculé.
l Jirn.JscoMe.
MADAMK TASTtt 83
Mon faible cœur en blâmant sa faiblesse, Ne peut bannirune sombre tristesse,
Un vague effroi ; Un cœur malade est crédule aux présages ; Il s'amassait de menaçants nuages
Autour de moi.
Ire vert rameau de mes mains glisse à terre,; Je m'éloignai, pensive et solitaire,
Non sans effort ; Et dans la nuit mes songes fantastiques Autour du saule aux feuilles prophétiques
Erraient encor !