‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 77 sur 393 · LE COR · texte numérisé non relu

LE COR

J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois, Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille, Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

VIGNY. yï

Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeuré, J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré ! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques Qui précédaient la mort des paladins antiques.

O montagne d'azur, 6 pays adoré !

Rocs de la Frazona, cirque du Marboré, 1 Cascades qui tombez des neiges entraînées, Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons, Dont le front est de glace et le pied de gazons ! C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre I*es airs lointains d' un cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit, De cette voix d'airain fait retentir la nuit ; A ses chants cadencés autour de lui se mêle ^'harmonieux grelot 2 du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au lieu de se cacher, Se suspend immobile au sommet du rocher, Et la cascade unit, dans une chute immense, Son éternelle plainte aux chants de la romance.

Ame des chevaliers, revenez-vous encor ?

Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor ?

1. Rocs r>K la Frazona, Cirquk du Marrokk, two ptctureaque places in the French Pyrénées.

2. L'harmonieux grklot, a smallbell thatis sometlmes attac/ied to the neck qf tomba and cows to teeep thein frora gettinç lost.

Roncevaux !* Ronœvaux ! dans ta sombre vallée 1/ ombre du grand Roland 2 n'est donc pas consolée J

Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui Il reste seul debout, Olivier» près de lui ; L'Afrique 4 sur le mont l'entoure et tremble encore. " Roland, tu vas mourir, rends-toi/ ' criait le More;

"Tous tes pairs sont couchés dans les eaux des torrents." Il rugit comme un tigre, et dit : " Si je me rends, Africain, ce sera lorsque les Pyrénées Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées."

•'Rends- toi donc," répond-il, "ou meurs, car les

[voilà." Et du plus haut des monts un grand rocher roula. Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme, Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.

" Merci," cria Roland ; " tu m'as fait un chemin." Et, jusqu'au pied des monts le roulant d'une main, Sur le roc affermi comme un géant s'élance, Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.

1. Roncevaux, a valley in Spain where the rear-guard of the army of Charlemagne waa massacred in 778.

2. Roland, the nephewof Charlemagne, hehad command of the rear-guard of hU nncle'8 army.

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