LE VIEIL HOMME
Il pleut. L < scargot gris Montre ses cornes dans le bois Et le vieux mari
Rentre les siennes ; La girouette rit Tout en haut du toit
toniques du Chaperon et <h- in Hnii/m-tie (Sansot).
Et le vent du Nord Pouffe dans la persienne ; Le hareng saur se tord Sur le gril.
La femme baisse sa chemise lestement Et l'amant surpris Par la croisée file sans bruit :
— Bonjour, bonjour, petit mari chéri !
A t'attendre j'avais tant de tourment!
Bonjour, bonjour, mon mari...
— ■ Vieil, homme, vieil homme, pourquoi soupirer ': Vieil homme pourquoi te rider de souci ?
Il pleure dans ton cœur comme il pleut sur les prés..
Jeunesse est aussi douce que vieillesse est acide ;
Pour noyer ton chagrin voici le pot de cidre :
La vie est ainsi. ,
Tristan Klingsor (1)
li Tristan Klingsor, poète, obstinément poète. Peintre aussi, à ses heures, et d'un adorable talent. Très indépendant de forme et d'esthétique. Inclassable, isolé, unique et délicieux malgré son vers très libre — ou à cause de lui. Jean Lorrain, qui fut un opiniâtre « découvreur » de talents, écrivait du second volume de Klingsor {Squelettes fleuris), ces lignes chatoyantes et caractéristiques. « ...C'est bien le recueil d'un ramageur de ballades à la cour des papes en Avignon ou d'un ménestrel du royaume d'Arles, au temps de la comtesse de Die. Cela chante, frissonne et flamboie comme une étoffe de soie moirée de jadis, avec des cliquetis de joaillerie et une belle envolée d'oriflammes. Cela jase comme un jet d'eau, babille comme une mandoline et embaume comme une fleur. C'est à la fois sauvage et précieux... » {Livres de soleil. Journal du 8 juin 1897). Bibliographie : Filles-Fleurs ; Squelettes fleuris; Le Livre d'Esquisses ; Schéhérazade ; Le Valet de Cœur (Mercure de France); La Duègne apprivoisée (Sansot) ; Chansons de Ma Mère voie (A. Rouart) ; Chroniques du Chaperon et de la Braguette .■ Poèmes de Bohême, etc. A consulter : Les Poète* lioertins et Les Chansonniers gaillards (Louis-Michaud, éd.).