L'AVENIR
Un jour, moi qui ne crains l'approche d'aucun specire, J’allai voir le lion fe Waterloo. Je vins Jusqu'à la sombre plaine à travers les ravins.
C'était l'heure où le jour chasse le crépuscule : “ J'arrivai, je marchai droit au noir monticule. Indigné, j'y montai ; car la gloire du sang,
Du glaive et de la mort me laisse frémissant,
Le lion se dressait sur la plaine muette ;
Je regardais d'en bas sa haute silhouette ;
Son immobilité défait l'infini :
On sentait que ce fauve, au fond des cieux banni, Relégué dans l’azur, fier de sa solitude,
Portait un souvenir affreux sans lassitude ; Farouche, il était là, ce témoin de l’affront :
Je montais, et son ombre augmentait sur mon front, Et tout en gravissant vers l’âpre plate-forme,
Je disais : Il attend que la terre s’endorme ;
Mais il est implacable ; et, la nuit, par moment Ce bronze doit jeter un sourd rugissement ;
Et les hommes, fuyant ce champ visicnnaire, Doutent si c’est le monstre ou si c’est le tonnerre. J’arrivai jusqu’à lui, pas à pas m'approchant..…… J'attendais une foudre, et j'entendis un chant. Une humble voix sortait de cette bouche énorme. Dans cette espèce d’antre effroyable et difforme Un rouge-gorge était venu faire son nid ;
Le doux passant ailé, que le printemps bénit, Sans peur de la mâchoire affreusement levée, Entre ses dents d’airain avait mis sa couvée,
Et l'oiseau gazouillait dans le lion pensif.
Le mont tragique était debout comme un récif Dans la plaine jadis de tant de sang vermeille.
Et comme je songeais, pâle et prêtant l'oreille,
Je sentis un esprit profond me visiter,
Et, peuples, je compris que j'entendais chanter . L'espoir dans ce qui fut le désespoir naguère,
- Et la paix dans la gueule horrible de la guerre.