RÉCITATIF
Le temple de Sion était dans le silence,
Les saints hymnes dormaient sur les harpes de Dieu Les foyers odorants que l’encensoir balance S'éteignaient, et l’'encens, comme un nuage immense, S'élevait en.rampant sur les murs du saint lieu.
Les docteurs de la loi, les chefs de la prière, Etaient assis dans leur orgueil ; Sous leurs sourcils pensifs ils cachaient leur paupière, Ou lançaient sur la foule un superbe coup d'œil ; Leur voix interrogeait la timide jeunesse.
Les rides de leur front témoignaient leur sagesse ; Respirant du Sina l'antique majesté, De leurs cheveux blanchis, de leur barbe touffue, On croyait voir glisser sur leur poitrine nue La lumière et la charité, Comme les neiges des montagnes Descendent, à Säron, sur tes humbles campagnes Le jcur et la fertilité !
Un enfant devant eux s’avança, plein de grâce ; La foule, en l’admirant, devant ses pas s'ouvrait, Puis se refermait sur sa trace ; Il semblait éclairèr l’espace D'un jour surnaturel que lui seul ignorait.
Des ombres de sa chevelure Son front sortait, comme un rayon | Echappé de la nue obscure | Eclaire un sévère horizon.
Ce front pur et mélancolique S’avançait sur l’œil inspiré, Tel qu'un mystérieux portique S’avance sur un seuil sacré.
L'éclair céleste de son âme S’adoucissait dans son œil pur, Comme une étoile dont la flamme Sort plus douce des flots d'azur.
Il parla : les sages doutèrent De leur orgueilleuse raisen,
Et les colonnes l’écoutèrent, Les colonnes de Salomon.
PREMIÈRE VOIX
O merveilleuse histoire ! 6 prodiges étranges Que la mère à ses fils se plaît à raconter !
DEUXIÈME VOIX
Que disait cet enfant ?
PREMIÈRE VOIX
Interrogez les anges :
Eux seuls pourraient le répéter.
DEUXIÈME VOIX
D'où sortait ce Joas ?
PREMIÈRE VOIX
De l'ombre de la vie, De l'exil, du silence et de la pauvreté.
DEUXIÈME VOIX
Comment disparut-il de la foule ravie ?
PREMIÈRE VOIX
Il rentra dans l'obscurité.
Dans les humbles travaux d’une vie inconnue, Comme l'aurore sous la nue, Il se cacha vingt ans dans son humilité ; On ne le revit plus qu’à la fin du mystère, Enseignant le ciel * la terre, Sur le sable ou sur l’eau semant la vérité ; Puis, traînant son supplice au sommet du Calvaire. De l’homme qu’il aimait victime volontaire, Revêtir l’iniquité, Arroser de son sang sa semence prospère Et payer à son Père Le monde racheté.
LE CHOEUR
Du sage et de l'enfant c’est le maître sublime, C’est le flambeau qui nous luit, C’est l’âme qui nous anime, Le chemin qui nous conduit !
PREMIÈRE VOIX
Il disait à celui dont la main nous repousse ! “ Laissez-les venir à moi ! ”
DEUXIÈME VOIX
Ft voilà qu'une main mystérieuse et douce, Tout petits jusqu’à lui nous mène par la foi.
PREMIÈRE VOIX
Ïl disait : “ Faites-vous des trésors que la rouille Ne puisse pas ronger sous d'impuissants verrous.”
DEUXIÈME VOIX
Et voilà que des mains, que ce seul mot dépouille, S'ouvrent devant lui seul et s'épanchent sur nous |
PREMIÈRE VOIX
I1 disait : “ Espérez ! et fiez-vous au Père ! L'hirondelle n'a point de palais sur la terre, Elle trouve au sommet de la tour solitaire
Une tuile pour ses petits.
Le passereau n’a pas semé la graine amère ; Mais de tous ses enfants la Providence est mère : L'une a le toit du riche, et l’autre a ses épis ! ”
LE CHOEUR
Nous sommes l’hirondelle errante et sans asile, Le toit de l'étranger nous prête ses abris, Le passereau de l'Evangile ; Nous ne moissonnons pas, et nous sommes nourris ! DEUXIÈME VOIX.
Que disait-il encor ?
PREMIÈRE VOIX
Voyez sur la verdure Eclater le lis du vallon !
Pour se composer sa parure Il n’a filé de lin ni tissé de toison ; Et pourtant sa tunique est plus riche et plus pure Que les robes de Salomon !
LE CHOEUR
Nous sommes les lis des vallées :
Les tièdes laines des brebis Par nous n'ont point été uiées, Et la main invisible a tissé nos habits !
DEUXIÈME VOIX
Et nous, enfants, que peut notre reconnaissance Nos toits sont sans trésor, et notre âge impuissant :