LA NAISSANCE DU DUC DE BORDEAUX. + JPAGE
J'étais de famille royeliste ; j'avais servi dans les gardes du roi ; j'avais accompagné à cheval le duc de Berri, père du duc de Bordeaux, jusqu’à la frontière de France, quand il n sortit pour un second exil. L’assassinat de ce prince,
uelques années après, m'avait profondément remué. E désespoir de sa jeune veuve, qui portait dans son sein le gage de leur amour, avait attendri toute l'Europe. La naissance de cet enfant parut une vengeance du ciel contre
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l'assassin, une bénédiction miraculeuse du sang des Bourbons. J'étais loin de la France quand j'appris cet 6événement : il inspira ma jeune imagination autant que mon cœur. J'écrivis sous cette inspiration. Ces vers, je ne les envoyai point à la cour de France, qui ne me connaissait pas ; je les adressai à mon père et à ma mère, qui se réjouirent de voir leurs propres sentiments chantés par leur fils. J'ai été, comme la France entière de cette 6poque, mauvais prophète des destinées de cet enfant. Je n'ai jamais rougi des vœux très-désintéressés que je fis alors sur ce berceau. Je ne les ai jamais démentis par un acte ingrat ou par une parole dédaigneuse sur le sort de ces princes. Quand les Bourbons que je servais ont été proscrits du trône et du pays en 1830, j'ai donné ma démission au nouveau souverain, pour n'avoir point à maudire ce que j'avais béni. Quant aux vœux que j'adressais au ciel pour l'enfance du duc de Bordeaux, Dieu les a autrement exaucés ; il les a mieux exaucés peut-être, pour son bonheur, dans l’exil que dans la patrie, dans la vie privée que sur un trône.
À cette note de Lamartine, nous avons cru bon de joindre la courte notice biographique suivante :
Henri-Charles-Ferdinand Marie-Dieudonné d'Artois,
duc de Bordeaux, comte de Chambord, naquit à Paris, le 29 septembre 1820. Il était le fils du duc de Berri, assassiné le 13 février 1820, et de Caroline, princesse des Deux- Siciles, duchesse de Berri. L'Enfant du miracle, comme on l'avait surnommé, fut baptisé en grande pompe avec de l’eau du Jourdain rapportée de la Terre Sainte par M. de Châteaubriand. Une souscription nationale lui donna, en 1321, le Château de Chambord.
Quoique Charles X eût pris la résolution d’abdiquer la couronne en sa faveur (2 août 1830), et tenté, en présence ! des troupes campées à Rambouillet, un simulacre de proclamation sous le nom de Henri V, il dut prendre avec sa famille la route de l'exil.
De 1832 à 1843, il fit de nombreux voyages en Europe; en 1844 il reçut à Londres les principaux chefs du parti légitimiste, ce qui occasionna de violents débats à la chambre des députés ; en 1846, il épousa Marie-Thérèse- Béatrix-Graétane, fille aînée du duc de Modène, et se fixa à Frohsdorff, près de Vienne, en Autriche. De 1848 à 1870; il ne se mêla point d’une façon active à la politique, si ce n’est pour prendre la défense du pouvoir temporel dupape (1862). Il vint à Paris et à Chambord, en 1871,