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Dont je parlerai dans mon prochain volume des Poètes

génie, — Auguste Barbier n'aurait,certes! pas, sans la politique, conquis la moitié de la renommée qu'il eut immédiatement. Comme tant d'autres, il aurait été obligé d'attendre. Il aurait fait Fhorrible pied de grue du talent devant l'opinion.

Mais quand le génie, cette intensité immortelle, se joint à la passion du moment, cette chose périssable mais qui est aussi une intensité, de cette rencontre, comme de deux nuages électriques, il jaillit tout à coup des tonnerres, et on sait si l'auteur des Ïambes fit le sien I Publiée en 1830, sa première pièce fut cette fameuse Cier^e,qui, sans préparation, sans grondement antérieur, tomba, comme la foudre, dans la publicité, et y embrasa tous les esprits, y alluma toutes les curiosités... Depuis, je crois, le grand Corneille, personne n'avait donné un pareil tressaillement d'admiration aux entrailles de tout un pays. Il y avait bien eu Rouget de Lisie et la Marseillaise^ ce canon de quatorze armées, mais la Marseillaise n'avait été que la voix de fer et de feu du patriotisme retentissant dans des vers mal faits, dont la musique était la seule poésie. Ici, au contraire, c'était aussi du patriotisme, mais d'une inspiration plus haute, parce qu'elle était moins collective, exprimé dans des vers qui n'avaient pas besoin de musique pour paraître beaux, et comme, avant eux, la langue française n'en connaissait pas.

Après ce seul morceau de la Curée, qui fit au poète

complet une gloire complète, Auguste Barbier aurait pu mourir, il n'était pas moins immortel qu'après toute une vie de chefs-d'œuvre... Il ne mourut pas, et nous y gagnâmes. S*il ne grandit point dans l'Art, puisque j'ai dit que dès le premier coup il y fut cornplet,comme dans la gloire, il s'y féconda et il publia successivement ces merveilles : le Lion, V Emeute^ la Popularité, Melpomêne, le Rire, Desperatio, les Victimes, Terpsychore, V Amour de la mort, la Reine du monde, la Machine, le Progrès et Y Idole, V Idole, qui, dans la préférence que Ton donne à des beautés égales, me semble ce qu'il y a de plus beau. Ce fut éblouissant et prodigieux. Parmi les grands succès contemporains, — (et dans ce temps-là on aimait la poésie pour elle-même, on n'avait pas les ineptes dégoûts d'à présent,) —rien de plus prompt ne s'était produit. Les Méditations de Lamartine avaient mis leurs mains chastes et mélancoliques autour de tous les cœurs, mais, malgré un accent adorable^ les Méditations,

même dans leurs parties les plus fières : VEpître à Byron, V Enthousiasme, le Désespoir, n'avaient point eu ce ravissement sur l'imagination qu'eurent les premiers vers d'Auguste Barbier.

Beaucoup, d'ailleurs, de ces Méditations, sentaient la jeunesse, l'indécision, la balbutie. De son côté, Victor Hugo, qui avait été appelé V Enfant du génie, on sait par quel parrain et par quelle marraine, avait donc été un enfant... Mais Auguste Barbier n'avait.

lui, de perceptible en ses vers, ni balbutie, ni enfance. Il sortait... D'où sortait-il ainsi en pleine maturité?... C'était un Homère jeune comme Achille, André Chénier semblait avoir balbutié pour lui... André Chénier s'était le premier servi de Tiambe, mais Tiambe de Chénier était dépassé de la longueur de dix javelots. André n'était que Téphèbe de cette poésie ; Auguste Barbier devait en être Fhomme, dans sa toutepuissante virilité... Quand il lança, de ce bras musclé qui rappelle les bras de Michel- Ange, ces premiers vers-flèches à la tête de la Révolution de 1830, ce que l'imagination avait rêvé sur ces grands noms : Archiloque et Tyrtée, dont on n'avait point les vers, fut réalisé pour elle I

Comme après la Curée^ après ces douze chefsd'œuvre que nous venons d'énumérer si le poète des Jambes était mort, il aurait laissé une immortalité d'autant plus belle que le regret, le regret de l'avoir perdu dans la plénitude de sa force, aurait ajouté à ses œuvres finies la poésie d'œuvres qu'il n'aurait pas faites. Mais il continua de vivre, et il eut raison de cette fois encore; car s'il resta le même par le génie, il se diversifia par les œuvres, et il écrivit le PiantOj c'est-à-dire les plus beaux vers qui aient été faits sur l'Italie depuis Byron, les plus tristes depuis le Dante 1 Seulement, il ne mourut pas plus après le Pianto qu'après la Curée et les ïambes^ et de cette fois il eut tort de ne pas mourir. U eut tort, puisque le

Pianto fut ce chant du cygne mourant qui doit emporter la voix et le cy gne ; puisque après le Pianto son génie devait disparaître d'un coup, brusquement, presque avec efrraction,absolument de la même manière qu'il s'était produit. Inexplicable et singulière destinée I à laquelle on peut appliquer les mystérieuses paroles du Prophète : € Dites-moi d'où il était venu et je vous dirai où il est allé ! »

Oui I c'est là, il faut en convenir, une exceptionnelle destinée. Il y a des talents qui s'élèvent et qui tombent, mais qui mettent du temps et des efforts à s'élever et à tomber ; qui, en raison de la force qui les éleva, se retiennent dans leur chute et planent encore à différentes hauteurs, avant de définitivement sombrer. Puisque j'ai parlé de Corneille, quel exemple ne nous a-t-il pas donné, celui-là, de cette remontée d'aigle lassé, mais insatiable d'azur, vers ce ciel d'où il tombe, mais qu'il reprend par places avant de tomber tout à fait. Auguste Barbier, tout vigoureux qu'il soit, n''avait pas cette vaillance. Après le Pianto^ on vit encore briUer dans Lazare quelques vers, dernières

torsions de la flamme divine, puis ce fut fini... Les ailes de ce génie si vrai se fondirent comme des ailes de cire. Il se précipita de son zénith sans discussion, sans cabrement devant Tabîme, et il sombra nettement, d'un trait, la tête en bas, tombant à pic dans ses Chants patriotiques et religieux, — et je ne dirai point à plat ; car il sembla trouer la place où. il tomba pour mieux s'y ensevelir et y disparaître. On chercha Barbier (on disait déjà Barbier comme d'un homme entré dans la gloire) ; on ne le trouva plus.

Comme jamais on n'avait vu d'ascension plus haute et plus rapide, on ne vit guères non plus de prostration plus soudaine, de renversement plus à fond... Jamais manque de transition plus complet entre la grandeur et la petitesse, et, que Dieu me pardonne de tels mots en parlant d'un tel homme I entre le sublime et le niais. Cette espèce de phénomène très rare, j'ai tardé, pour nia part, à le signaler, tant je le croyais impossible, tant je croyais à un engourdissement momentané de facultés en cette puissante nature qui m'avait donné de si mâles plaisirs, et tant je répugnais à montrer, dans ce Samson tondu par je ne sais quelle main invisible, non pas une faiblesse relative après une force absolue, mais une faiblesse absolue arrivant à l'anéantissement de toute faculté.

Amer crève-cœur pour qui aime le génie ! L'auteur Aes ïambes publia des Odelettes, dans lesquelles le terrible et noir Archiloque, voulant faire d« l'Anacréon,

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culbuta dans le Fidèle Berger de la rue des Lombards. Cela pouvait bien n'être qu'une fantaisie infortunée. Par respect pour les égarements d'un talent immense, je me tus sur ces incroyables Odelettes, quoiqu'elles m'inquiétassent pour Tavenir du poète ; car si je conçois jusqu'à un certain point qu'Hercule, imbécillisé par l'amour, file aux genoux d'Omphale, je ne le conçois plus si, en filant, il ne casse pas tous ses fuseaux. Or, Auguste Barbier ne cassait rien du tout. Sa plume de fer brûlant ne déchirait ni n'incendiait son papier rose. Lui, le Juvénal de 1830, il semblait avoir été créé et mis au monde de toute éternité pour pondre ces versiculets fadasses que les confiseurs paient un louis le mille à leurs faiseurs et qu'ils roulent autour de leurs bonbons...- et c'était cela qui était effrayant ! C'était cela qui empêchait de croire que l'auteur des Jambes et du Pianto, englué dans le miel de la bonbonnerie et dans les douceurs de l'Almanach des Muses, pût s'arracher de là et redevenir lui-même. Hélas ! il ne Test pas redevenu. Le recueil de poésies qui vint après celui-là, plus considérable et plus grave que les Odelettes^ montre que, dès les Odelettes^ le poète inspiré n'était plus. Au moins, Milon le Crotoniate, pris par les poignets dans son chêne fendu et refermé, mourut mangé par les loups, — des gueules dignes de lui I — mais par quelles odieuses petites bêtes le Crotoniate de la poésie lyrique et satirique du XIX* siècle aura-t-il été dévoré I...

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A rimitation de Stace, Auguste Barbier a donné assez pédantesquement le nom de Silves à ce plus récent recueil, — qui sera le désespoir définitif de ceux qui ont aimé Fauteur des ïambes et qui le respectent pour tout ce qu'il a fait de vraiment beau. Les Silves sont non seulement un recueil de vers médiocres, mal faits et souvent d'une platitude suprême, mais de plus ce fut un affreux désastre pour le poète, atteint par cette publication jusque dans le passé de son génie. Ce qui avait, en effet, marqué le génie d'Auguste Barbier de ce grand et exceptionnel caractère sur lequel j'ai tant insisté, ce fut son éruption sans fumée, rélancement si subitement pyramidal de la flamme du volcan^vers le ciel; ce fut, enfin, ce premier coup d'archet, sans prélude, sans agacement préalable d'aucune corde, qu'on appelle la Curée, et qui ne pouvait s'élever d'une note de plus sans faire voler l'instrument en éclats I Si, avant de le donner, ce coup d'archet magistral et magique, le Paganîni qui l'enlevait avec cette furie avait dû se faire fort par l'étude, les essais et les tâtonnements, le volume des

Ïambes n'en révélait rien. Nulle infériorité de détail n'y trahissait Teffort du poète. Aussi fut-ce alors pour Barbier une entrée d'artiste consommé dans la gloire. Talma n'avait pas été plus beau lors de sa fameuse entrée en scène dans ^amfe< / C'était là une illusion, un bien joué sans doute : les Minerves tout armées ne sortent de la tète des Jupiters que dans les Mythologies. Mais cette illusion grandissait le poète et son œuvre...

Eh bien, il n'a pas voulu nous la laisser! C'est cette illusion que le volume des Silves a détruite. On y trouve beaucoup de pièces d'avant la Curée, que l'auteur gardait en portefeuille, qu'il aurait bien dû y laisser^ et qu'il a publiées pour ne rien perdre. Vous figurez-vous, après l'exécution toute-puissante des plus fiers morceaux, ces misérables préludes, attardés et ânonnants? Le poète ne semble-t-il pas dire : « Tenez ! voilà comme je m'y prenais dans le temps que je n'étais qu'un écolier maladroit... » Et il ne dit pas maladroit, car il s'admire rétrospectivement et son amour-propre se baise lui-même sur son front d'enfant. Ainsi^ le volcan éteint nous jette, après coup, ses scories I Nous avons la pluie de cendres, sans les feux... De gaieté de cœur, le poète s*est rapetissé lui-même en se repliant en arrière. C'est le contraire du duc de Guise tombé. Debout, il paraissait plus grand!...

Et je vous assure que je ne suis pas médiocrement

embarrassé pour vous donner la mesure de cet homme qui fut un colosse,et qu'on dirait présentement atteint d'un rachitisme mystérieux. On croira que j'exagère tout le temps qu'on n'aura pas lu le volume entier de ces Silves^ dont je ne puis pas, en un chapitre, faire les extraits que je voudrais... Mais qu'on le lise, et on verra ! On verra si^ à l'exception de la pièce intitulée la Tentation, qui, du reste, avait paru dans une des premières éditions des ïambes, et qui, antérieure aux /amies, promettait déjà les vers magnifiques duPian^o: Dors, oh I dors, Orcagoa ! dans ta couche de pier:*e, etc.

il y aune seule pièce ^ je dis une seule pièce de ce navrant recueil — qui ne soit un chef-d'œuvre de ma- Iadresse,de main enflée, de poésie spatulée et gourde. Tous les vers, tous, sans exception, de ce poète qui fut Auguste Barbier, y sont jetés dans le moule à chandelle que voici... et c'est vraiment curieux, venant de l'auteur de VIdolel

Oui, je le croîs, Tamour, L*ainour vrai ne sera jamais l^ainour d*un jour. Mais, ô Lycas, heureux celui qui de jeunesse A placé dignement les feux de sa tendresse, Et trouvé par le monde un cœur égal au sien Pour avec lui former un étemel lien /

Et dans une autre pièce :

Heureux les tendres cœurs dont aucun mur fâcheux N'arrête les soupirs et n'entrave les feux !

Car en ce brillant monde à quoi bon {sic) est la vie, Si V amour n'y peut point contenter son envie?

Certes! cela est encore plus fâcheux qu'un mwr de ne pouvoir contenter son envie^ quand on a des envies qui s'expriment avec une telle ardeur et une telle impétuosité ! Elles doivent être, en effet, diablement cuisantes.

Ailleurs, ce terrible dévoré d^envies non contentées, devenu plus calme et moins plaintif, se prend à chanter sur un flageolet plus guilleret :

Merci !...

forme nouvelle !)

Merci, divine fantaisie !

A toi Tart d*embellir la vie

Et de ne montrer que l'objet

Qui vous RELUIT et qui vous plaît!

Et ailleurs, poursuivant sur le même turlututu la même fantaisie :

Sans les jeux de la fantaisie, Cliers amis, que serait la vie ?

Un triste cliamp où Thomme froid Tournerait

(ce serait peut-être pour se réchauffer ?)

dans un cercle étroit !

Enfin, ailleurs encore, ne pouvant arracher cette teigne de TAImanach des Muses qu'il a sur la pensée, voilà qu'il s'écrie, à propos de pins et de montagnes;

pics majestueux I ô montagnes hautaines !

Que vous avez d'attraits

(toujours le mot doux!)

pour les âmes humaines I

On voudrait ne pas rire, car on souffre... On souffre de voir ces radotages, ces décrépitudes avant le temps, dans un livre qui n'est plein que de ces sortes de choses et sur lequel traîne et brille un des plus beaux noms de la poésie contemporaine. Or, la question d'une telle anomalie mérite d'être posée par la Critique ; car c'est presque là une question de pathologie littéraire.

Dans tous les cas, ce n'est pas une question nouvelle que cette infirmité des plus forts, proportionnelle, quand elle existe, à leur puissance. J'ai cité le grand Corneille, qui l'avait ; j'aurais pu citer le grand Shakespeare,et beaucoup d'autres parmi ceux-là à qui le monde reconnaît ce que l'on appelle du j^me. Seulement, ne nous y trompons point ! elle n'est pas une conséquence

nécessaire du génie. Comme Taigle qui perce dans la profondeur du ciel pour y aller boire son coup de soleil, le génie humain monté à ce point culminant du sublime, — du sublime dont le caractère est de ne pas durer, — le génie humain peut très bien redescendre aux hauteurs moyennes et s'y maintenir avec imposance, au lieu de s'éventrer misérablement en tombant aux bornes du chemin. Mais, pour cela,il faut tout autre chose que du génie...

Il faut cette science, cette connaissance, cette expérience,qu'on appellera du nom qu'on voudra, mais qae vulgairement on nomme: du métier. Le métier, en effet, est le fond de tout Art. En politique, dit de Bonald,c'est le bon sens qui fait les interrègnes- du génie. Dans les arts et dans la littérature, c'est le métier. Quoique le grand Corneille et le plus grand Shakespeare fussent de vigoureux travailleurs, qui se donnaient un mal infini pour tricoter leurs drames dans les conditions du Théâtre et des poétiques de leur temps, ils n'avaient point assez de métier, et quand Voltaire appelait Shakespeare barbare, c'était un reproche que le métier faisait au génie.

Quoique je n'aie pas à comparer Auguste Barbier à ces grands hommes, il n'en est pas moins certain qu'il a montré du génie, le génie de la Poésie lyrique et de la Satire enflammée. Rh bien^ Auguste Barbier est un grand artiste d'élan qui ne sait pas son métier, et qui ne lésait pas aune époque où le métier est devenu plus

obligatoire que jamais pour l'artiste, puisqu'il est la seule chose dans Tartiste que le temps puisse perfectionner ! Aussi, quand Tinspiration défaille chez Auguste Barbier, — et il est un moment où elle défaille chez tous les hommes, — il fait de ces terribles chutes que, par exemple, Théophile Gautier,qui n'avait pas son génie, ne ferait pas, quand il l'aurait I

Et il y a pis que ces chutes ; car pour chuter, il faut s'élever... A y bien regarder^ les Odelettes et les Silves ne sont pas des chutes. Ce sont des demeures à terre et plus bas que terre d'un esprit qui a eu parfois des ailes, comme le condor, de trente-deux pieds d'envergure... Ce qu'on pourrait dire des gauchedes sans nom, des maladresses, et, qu'on me passe le mot! des patauderies du sublime auteur du Pianto et qui tiennent à la profonde ignorance de son métier, passerait toute créance. Il nous suffira, pour en donner une idée, de citer des vers comme ceux-ci, que nous trouvons dans sa traduction du Jules César de Shakespeare :

Octave a devant moi dit tout haut à Lépide QuCy tels que des gens fous, troublés, anéantis, Brutus et Cassius de Rome étaient sortis.

Il est bien évident que l'homme qui a écrit : Que tels que des gens fous, troublés, anéantis,

ne s'est pas entendu en écrivant, et que le métier ne

Ta pas averti, ce bouché d'oreilles, ce sourd-muet d une organisation qui n^est plus rien une fois qu'elle D*est plus inspirée ! En dehors de Tinspiration, Auguste Barbier est quelque chose d'un déplorable et d'un lamentable qui prouvent combien peu le génie dépend des circonstances dont les théories à la mode le font dépendre, et que Dieu peut allumer cette flamme sur les plus grotesques trépieds. J'ai vu une fois Auguste Barbier, et à ses lunettes à pattes d'or, à son extinction absolue de tout style, à sa tenue de bourgeois effacé, je l'aurais pris pour un notaire. Et c'était là le poète, cependant, que les Anciens auraient appelé le lambique, et qui nous a laissé ces douze ïambes superbes, zodiaque de poésie dont il a été le soleil !

Depuis, cette inspiration par laquelle il fut sembla ravoir abandonné, et je dis moi-même alors que le génie était mort en lui. Mais j'espérais pourtant encore de lui dans ce temps-là; car qui est sûr de rien avec ces poètes ? On les croit morts, comme Franklin et comme Lapérouse... mais ils ne sont peutêtre que disparus, et, plus heureux, prêts à revenir.

Celui-là, hélas ! n'est pas revenu.

Ils étaient ignorés ; ils étaient inédits. Les voilà édités. Seront-ils lus? On en peut douter. Doute amer! Le monde n'est plus à lldéal, qui fit Lamartine... D'ailleurs, ces Mémoires ne vont que de 1790 à 1815. Ils ne sont donc ni la vie littéraire, ni la vie politique de Lamartine, cet homme de double gloire. C'est sa vie obscure. C'est la délicieuse vie obscure des hommes célèbres, la nuit charmante avant l'aurore de leur gloire, et dont lord Byron, blasé de la sienne, disait avec mélancolie : « Il n'y a dans la vie qu'un malheur^ c'est de n'avoir plm vingt-cinq ans I » Après vingtcinq ans,les Roméos qui sont descendus du balcon de Juliette n'y remontent plus par la même échelle, et ' s'ils en sont descendus pour entrer, par le hasard de leur génie, dans la gloire^ ils donneraient leur gloire

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