PARIS
LIBRAIRIE D'AMYOÏ, ÉDITEUR
6, RCR DR I. A PAIX
SJUMj-4tbS* lîb
T/JLTX-CJL^AVN^t^
POUSCHKINN.
MX" SIÈCLE.
€!^nnwtK0à%Kt bt iàavablno. *
Fêtant BorodinOy — souyenlr éternel,
Jour géant I — nous disions au banquet fraternel
« Quelle époque pour la Russfe !
» Alors l'Europe entière arri?a Tembraser, » Alors Napoléo» >ey* piWV Г4стА§.су
• Sa main *u¥ хуодре^е? 4мГ(4е ]
* La bataille de la Moskowa.
• Pourtant dans notre sol enfonçant le talon, » Opposant la poitrine au choc terrible et long,
» Nous n'en craignîmes pas llssue, »Et la lutte inégale alors s'égalisa; iSur notre large sein Hercule se brisa ,
iNous abandonnant sa massue.
»0r, ils ont oublié ces leçons, ces revers, f Oublié fièrement le froid de nos hivers
• Et de nos baïonnettes russes !
Voilà que de nouveau s'élèvent mille voix Pour dire à la Russie et crier à la fois :
»11 nous plairait que tu mourusses!
Kncor de nos cités on veut faire un brasier ; Encor Ife sang slavon allèche leur gosier; » Mais ils paîront cher leur ivresse !
»Le vin cuvé, bientôt ils ее rendormiFOût » Près de ceux qui jadis enfouirent leur front I Dans notre neige vengeresse !
» Que ne venez-vous pas? Arrivez-nous! voyons 1
• Soyez les bien-venus! oui, nous vous convions !
» Achevez Torgie incomplète.
• Mais la Pologne, hélas! ne vous recevra plus, » Sachez, sachez-le bien, 6 convives goulus,
• Vous marcherez sur son squelette! »
Nous disions vrai. Le jour du grand Borodino, Vit un serpent de feu rouler son vaste anneau
Autour des murs de Varsovie.
L'assaut saisit au cou, dans son nid, Taigle blanc. Prosternée à nos pieds, la révolte en tremblant
Demanda grâce de la vie l
Nous ne frappoBB jaoïMiet aotts u'initiltôai pobit Ceux de dos eonâmie f^i'Kbftttit aOfte poing (*}ir
Dieu fit les liOQi œagnanioleil Pitié pour les vaincus, piété pour les morts ! Bâillonnons notre histoire, afin que le remords
Ne touche pas à nos victimes!
Nous ne brûlerons pA8 \èWt УммНе^ ôh! non!
La truelle nûdtk ci que prit le càuofi^
Paix, ô Né&iésil populaire!
Jamais poàtd rusie m mftnia&t мй luth Ne leur décochera, comme une flèche au but ,
Un chant d'outrage ou de colère!
Mais vofid^ êàfef, honnis ! YOUâ, tribUuS iûieûdés! Forgeurs de mots ardente, imprudemment kncés !
* Onne frafpe pas l'homme â terres règlement de la Intt» aux poiogs Uè»> uthée ancieunement parmi к peuple et abolte de nOi j<ran| mais oei рагоЫ ont рше en prorerbeb
Vous, tocain à% ]k populaot 1 Vous, de notre pays тШ calomniateuM I Émeutiers patentée» écmaioi» oratture»
Qui tueft lana bouger de plaoa I
Que vous a rapporté votre œuvre? admirez-la I Dites si la Russie (et Ton a dit cela)
Est ce cobsse aux pieds d'argile »
Ce grand épou vantail qui fait peuf vu de loin, Ce trône aventuré qu'on peut dans quelque coiii
Reléguer sous son dais fragile?
Où faut-il nous parquer? où fuir coroplaisamment ? Est-ce au-delà du Boug, du Yorskla, du Liman ?
Faut-il céder la Volhynie ?
Évacuer l'Ukraine au limpide horizon , Et laisser galopper sur quelque autre blason
Le cavalier dé Litbuanie?
Enfin le vieux Kief sous ses dômes âorés, Berceau de nos chrétiens, où nos saints adorés
Ont leurs reliques et leurs tombes, L'aïeul de nos cités, — faut-il le condamner A Toir entrer un jour, pour le mieux profaner.
Le schisme dans ses catacombes?
C'est merveille l Qu'ont fait vos écrits, vos clameurs, Et tout votre enroûment, et toutes vos rumeurs
Au monarque de la Russie ?
Pour être moins petits, oh! soyez moins méchants l La langue ne vaut pas de bons glaives tranchants.
Et le glaive vaut bien la scie !
Vous savez à présent combien nous sommes forts : Guerre, peste, révolte, unissant leurs efforts ,
Rien ne nous blesse, et Dieu nous garde !
La Russie est debout, l'orage est loin. Voyez! Sur les murs polonais, les coudes appuyés.
Voyez comme elle vous regarde !
in J'tlU bt0 (S^àux.
Au bord d'un lac, dans les bois sombres.
Tout remplis de silence et d'ombres, Un vieux moine abritait ses jours.
Il travaillait sur cette terre A son salutf et grave» Auatère, Yeillaiti jeûnait» ptiait toujoufl.
Déjà, s'armant de l'humble pelle,
Il creusait près de sa chapelle
La fosse qui le recevrait.
Ne voulant qu'une mort chrétienne
Nuit et jour, et, dans chaque antienne,
De tous les saints il Timplorait.
Un soir, au seuil de Termitage, — Murs lézardés, toit sans étage.
L'anachorète priait Dieu.
C'était l'été, plus épaissies, Sortant des forêts obscurcies.
Les ombres erraient en tout lieu.
Le brouillard comme une fumée Montait du lac à la ramée ;
La lune flottait rouge aux cieux»
Or, il advint que le saint homme, — Car la légende ainsi le nomme, Vers Геаи du lac tourna les yeux.
n regarde et sent qu'il se trouble, Л son insu sa peur redouble*. • Il voit soudain gonfler les eaux.
Elles bouillonnent et bruissent.
Puis encor les flots s'aplanissent, Baignant, paisibles, les roseaux.
Et tout-à-coup, vive et légère, Ainsi que la nuit passagère.
Blanche comme la neige aux champs.
Du lac sort une femme nue Qui brille aux rayons de la nue Et s'assied sur les verts penchants.
Elle regarde атбс myrtère Les yeux ridée dti «olkftifey Et peigne eee ehereux mouillée , Et le vieux moine qui e^ftttarde Tremble d'efifroi, -*- mais il regarde Ses beautés de la tête aux pieds.
En silence Tétrange belle
Lui tend les bras, du bras l'appelle,
Lui jette des saluts amis.
Hoche sa tête pétulante.
Puis, comme une étoile filanto.
Plonge sous les flots endormis.
Toute la nuit le mofne ermite A fui sa coueîie cénobite ;
— le —
Tout le jour il ne prfi pa9i Car malgré M^ dtM «t peoflée, Partdutt attracHr^ me^aa^e, La vision croisait mi pas.
Les forêts brunirent encore, La lune au ciel revint éclore, Le lac dormait y et de nouveau, La tentation merveilleuse, A la chevelure onduleuse, Pâle, est assise au bord de Геаи.
Elle regarde et fait vm M|W6 Avec sa tête, au col de cygne, Rentre dans Tonde qu'elle fend, En ressort, et de sa main blonde Jette des baiseri Hie i'oode.
Riant, pleurant сощшб un^afiitt.
Sa douce voix gémit^ agace.
Il lui faut rhomme, quoiqu'il fasse :
« — moine Tmoine, viens, oh! yiena! ••
Puis dans le lac elle s'élance,
Et nul ne trouble le silence
Des horizons aériens.
Cédant à Tamour sacrilège^
Sur la rive du sortilège,
Assis tout le troisième jour,
II attendait, le vieillard blême.
Il attendait, le saint ! — lui-même !-
Que la belle fut de retour.
Le lendemain, dans sa retraite, On ne vit plus l'anachorète ;
En vain chercha tout le hameau. - Mais quelques garçons » ô surprise !
Crurent voir une barbe grise Qui reluisait au fond de Геаи.
Шт JHt bt ^ttKve Рктгик.
La Néya se pare et brîUe Des flammes de rescadrille Qui pavoise ses raisseaux.
Louvoyant entre les poupes, Croisent les lestes chaloupes Où les rameurs, joyeux groupes, Ghî^ntent, sillonnant (es eaux.
Dans la maison du Tsar Pierre Roule, ardente et familière, La clameur des invités.
Les^ toasts yifs et les aubades Se mêlent aux sérénades, Et les lourdes canonnades Éclatent de tous côtés.
Que fête le grand Tsar Pierre Sur la superbe rivière, Dans le petit Pétersbourg?
Dites, pourquoi dès l'aurore Ces pavillons qu'on arbore, Et cette salve sonore Des canons et du tambour?
Est-ce encore une victoire Glorieuse, expiatoire.
Arrachée aux fiers Suédois ?
Est-ce encore une conquête Ou de notre baïonnette, Ou du pavillon qui jette Nos couleurs aux flots Flnois ?
Serait-ce que de leur plage, Par nous prise en vasselage, Vient le vieux canot de Brandt?
Et que toute la famiUe De notre jeune flotille, Ouvrant son front qui scintille, Reçoit Taïeul révérend ?
Serait-ce l'anniversaire Du jour où sur Tadversaire
Fondit le Ьгате Empereur»
Alors qu'il sauva la vie A notre terre enrabie»
Et que Poltava ravie Brisa Cbarle en sa fureur?
Est-ce la couche oula^féte
De Героиез à forte tête,
Aux cils noire, aux bras moelleuxi
De la noble Catherine,
Qui berce sur sa poitrine
Et sa lèvre parpurine
Le géant miraculeux ?
Non ! — cette fête admirable Est pour un sujet coupable 1
Le Tsar pardoDM aujottvd'blût De sa maia impiri»!»
Il lui tend l9 ?io et Yuk I Plein de gaité CQf did«»
Il fraternise ar#c lub
La même cruche dorée Sert à leur bouche altérée* Et le Tsar le baise au front, Puis il se reprend à boire ; Son, cœur rayonne de gloire, Fêtant comme une victoire Le saint oubli d'un afittont.
Cest pourquoi cette allégresse, Ces musiques, cette ivresse
Dans le petit Pétersboui^, Cette escadre» ces chaloupes, Et ce Tsar vidant les coupes, Et ce chœur des joyeux groupes, Des canons et du tambour.
Шт fiHaûnéi ЬЩт^к.
Dix degrés ; du soleil ; la campagne est dorée ; Quel beau temps ! C'est assez dormir, mon adorée ! Oh! laisse-moi revoir ces deux bras de satin. Ces yeux éblouissants que mon baiser vint clore. Mon indolente, allons, debout, — » et que Taurore Salue, en te voyant, l'étoile du matin I
Hier, t'en souviens-tu ? c'était le chasse-neige , Les ténèbres, la puît, tout le bruyant cortège Des démons de l'hiver qui frappait nos vitraux, La lune se perdait comme une large opale Au ciel noir, et ta main soutenait ton front pâle. Mais ce matin... allons, approche des carreaux.
Vois d'abord cette voûte aa&ttîée et limpide
Où passe diaphane un nuage rapide,
Puis ces gazes d'argent, ces scintillants tapis.
Tout est bleu, tout est blanc, la forêt seule est sombre.
Sur quelques sapins verts le givre brille à l'ombre,
La rivière au soleil luit comme du lapis.
Une clarté roiéei use lumière d'ambre»
S'épaoebaat à grands flotit illumioent la сЬапгЬге» Un gai pétillement bruit dâiii le 1ошдеа1Ь
Laissons-nous pénétrer par la tiède atmosphère, Et puis rêvons; à moins que madame préfère De voler avec moi dans son léger traîneau.
Glissons, ô ma beauté, glissons, fendons l'espace ! Que la brune jument aujourd'hui se surpasse.
Craintive, en souriant, pressez-vous contre moi. Et tout en franchissant les eaux, les bois, la plaine. Je veux que votre front se chauffe à mon haleine, Que mes yeux amoureux ne regardent que toi.
it ШШмаЬ.
La fusillade gronde et roule A Tangle des monts se choquant, I<es Tscherkess se groupent en foule; Leur camp regarde notre сдтр.
— so —
Agile oiseau de lasavane.
Un Délibascb, rouge pourpoint»
Devant les Kasaks se ратапе.
Le casque au front, le sabre au poing.
Ohï Délibascb, en yain tu lances^ En yain tu cabres ton cbeval !
Tu t'enferreras sur les lances ; Crois-moi, ton jeu finira mal.
Kasak, reste dans ta retraite!
Le Délibasch sur toi tombé Coupera ton ardente tête Au fil du sabre recourbé l
Ils partent ! combat frénétique !
Oh ! voye* leur habileté ! Le Délibasch est sur la pique, Le Kasak est décapité.
BARATYNSKI.
XIX"* 8IÈ0LE
^n Ifioite.
La foule aime le jour, le grand jour aux cent voix,
Le jour où tout bourdonne et reluit à la fois.
Mais elle craint la nuit silencieuse et sombre,
Elle craint la pensée , au yoI capricieux ,
Qui brisant ses liens nous rayit dans les cieux
Et nous jette tremblants aux fantômes de Tombre. IL 3
Mais le poète, épris d'amour Pour les chatoyantes chimères, Craint, lui, les visions du jour Et les réalités amères.
Poète, enfant naïf! pourquoi sur tes chemins T'efifrayer des soucis, des embarras humains? Prends sur toi de palper ces trombes de poussière. Et bientôt dans le vide elles s'abîmeront.
Se broyant sous tes pieds sans toucher à ton front, Et ton œil sourira de son erreur grossière.
Couràjgé А>йс ! Va dNïô pàis ^Ûr> Bel enfant ée la bntaîsie.
Que fête, tu soft païaîs d'^ïur, L'enchanteresse poésie.
Courage, commensal du monde des esprits!
Toi qui voit notre sol d'un regard tout surpris, Revenant ivre encore du beau banquet des fées. Courage ! les vapeurs des terrestres ennuis, Ces grands épouvantails qu'avec horreur tu fuis, Dans le creux de ta main peuvent être étouffées.
Puis derrière ces vains remparts, Ce nuage si peu nuisible Luiront encor de toutes parts Les porches du monde invisible*
LE PRINCE VIASEMSKI.
igriitu.
&tHUCiC0^
im. -
J'ai dû survivra à bien dee Ьорааш*, bien deê cbo»ei; J'ai compté lee bonheure, j'en laii le revenu ; Bien des sentiere fermëi et bien di^e portée closes Ne laissent Д mes pas qu'un e^piace connu*
Déjà mon horizon devient étroit et sombre, Et chaque jour le fait plus sombre et plus étroit. Le monde intérieur se dépeuple dans Tombre, Le vol de mes pensers s'abat sur mon cœur froid.
Mes rêves n'osent plus ouvrir une aîle avide ; L'espérance renonce à son luth enchanté ; Je n'ose dévier de ce chemin si vide Où je suis les sillons de la réalité.
Le champ de l'existence hélas ! me fut rebelle ; Ma grange est mal garnie et son toit mal couvert, Pourtant, puis-je mouvoir une moisson nouvelle Quand la neige descend des nuages d'hiver ?
La glaneuse fouillant la plaine dépouillée Y trouve quelque épi qui roule dans sa main> Hier me livre ainsi quelque gerbe oubliée, Mais je ne trouve plus la graine de demain.
KOZLOF.
£t $^тМ bt0 0lûKt0.
Ce o'eit pas « m n'est рив^ оЬ I vous роитм т'м croira» Un ?ieux coDte qui ccmrt les populations»
Un récit merreiUeux, une menteuse bistoiie i C'est un fait dont l'Ubraine a gardé la mémoire Dans ses traditions*
Épouvantable chose ! on dit dans nos contrées Que celui qui , venant d'éteindre ses remords Par trois grands jours déjeune et d'oraisons sacrée s , Va, la nuit, visiter les tombes révérées, Un samedi des morts ;
On dit que celui-là verra surgir les ombres Des vivants que le sort prédestine au trépas. Et qui doivent entrer dans les sépulcres sombres Bien avant que Tannée ait fourni tous les nombres De ses jours ici-bas.
Or, Isbrano, le jeune homme, et Ludmila, la belle, Déjà s'étaient donné leurs anneaux et leurs cœurs ; Ils étaient fiancés. Mais, au bonheur rebelle^ Isbrann sait (}ue la joie est un hôte infidèle ^ Plein de songes moqueurs.
1исил I. bâaiio СП lui-meaie cuteiid sourdre et. braire Ce que dit à Tesprit rarenir incertain ; Un effroi prophétique, une angoisse, un délire Le torture toujours, il se décide à lire Le livre du destin.
Et, selon la coutume admise en nos contrées Le voilà qui, venant d'éteindre ses remords Par trois grands jours de jeûne et d'oraisons sacrées Va, la nuit, visiter les tombes révérées Un samedi des morts.
L'enclos du cimetière à cette heure suprême Était obscur, le vent soufflait dans les cyprès ; La lune de l'automne errait brumeuse et blême La nuit semblait couver, s'efFrayant d'elle-même. D'effroyables secrets.
Là» seul, au picid d'an if » eut un tombeau de piem Isbrann depuis longtemps attendait, attendait; Tout son sang ее glaçait ; mais ouvrant la раУ[Мга Son œil impatient dans le noir cimetière Plongeait et se perdait
Minuit sonne, soudain les verroux de l^église Grincent, la porte cède, et du cintre enfumé Sortent des cris pareils aux plaintes de la bise, Et dans Tair, s'arracbant aux saints peints sur la frise Vole un cierge allumé.
Un long sfflon de feu sur sa trace ruisselé ; Il arrive aux tombeaux! C'est le guide fatal. Le précurseur des morts que la terre recèle, Il luit, puis dîspaTah, puis encore étincelle... Ah! voilà le signal!
Dans les tombée, partout d^ossem^fits ôbâtmées» Chaque mort se téreille & cet étrange jour j Et, de» foeses «neor fratohement remuées, Des antiques tombeaux les spectre* par nuées Se lèvent tour à tour.
Puis Isbrann en effet voit paraître les ombres Des vivants que le sort prédestine au trépas Et qui doivent entrer d^ns les sépulcres sombres Bien avant que Tannée ait fourni tous les nombres De ses jours ici-bas.
Que leur visage est triste! On dirait que les larmes, Dans fêterneï sommeil, creusent toujours leurs yeux. Et quoi ! connaîtraîent-îls les htnnaînes alarmes? Regrettenl-iis encore et la vie et ses cbarmes? Sur terre dort-on mî^tixî
Leur troupe vers l'église enfin s'est avancée. Le cierge aérien ouvre la marche seul ; Tout-à-coup près d'Isbrinn glisse une trépassée,, Horreur! il reconnaît sa belle fiancée Sous les plis du linceul !
Elle était belle à voir; sa jeune ombre éthérée Ressortait rose encor entre ses voiles blancs ; Plaintive , elle inclina sa tête colorée Vers l'amant, soupira ; puis, hélas! l'adorée Disparut à pas lents.
L'oracle s'accomplit. Depuis, l'on vit un homme Roder toutes les nuits dans l'enclos des tombeaux. Un fou que tout passant reconnaît et vous nomme, Qui dans le cimetière habite, et toujours chôme Auprès des noirs corbeaux ;
C'est Isbrann* Quelquefois il parle arec mystère Au tertre qui couvrit son aimée; et souvent 11 dit : « Viens à l'autel ! je t'attends sur la terre I » Mais le vent répond seul de sa voix solitaire Au fantôme vivant.
BÉNÉDICTOF.
XIX"* SIÈCLE
Ave^YOus jamais tu comment ГогЬе solaire Enorme et sans rayons perce la brume claire Et se lève sanglant sur TOcéan tout bleu?
Tandis que le brouillard s'affaisse ou s'étapore , Soudain à l'Orient qui rougit et se dore S'élance le géant de feu 1
Tel rhomme du destin, historique merveille , Colosse qui venait de s'écrouler la veille Derrière une ile obscure et sous les flots houleux. Ebranlant l'univers de sa chute inouie, Devant les yeux lassés de l'Europe éblouie Se dressa tout-à-coup Immense et nébuleux.
Ils n'étaient plus ces jours de conquêtes sans nombres Où le poli convulsif de ses deux sourcils sombres , Où le signe échappé de son index puissant Déployait , concentrait , dispersait dès armées, Jettait des sceptres lourds aux troupes affamées Et ja^p^at Ы Mire de aaag.
Les temps étaient paeséa ou M fflu^)rbQ étofl« De sa large lueur , libre 99Wt4fi tiHIt ?oUe»
Eclairait des succès et jamais un affiront , Où cet homme emplissait lui seul le monde vide , Où la gloire , toujours plus belle et plus avide Baisait атес transport la pâleur de son front. Pourtant une couronne à peine ramassée Dans la poudre où vingt ans le sort Tavait laissée , Bandeau de Saint-Louis , amour du grand Bayard , Cette couronne » hélas ! faiblement restaurée Reperdait son éclat et presque dédorée Tremblait sur un royal fuyard.
On doutait , on parlait , c'était un grand murmure Pour ou contre celui qui eous sa vaste armure Etouffa si longtemps les cris de son pays.
Les tribuns lui lançaient mille mots téméraires f La France se couvrait de vapeurs funéraires Pleines de pronostics adorés ou haïs.
Vains murmures! à la nuit sombre Soudain succède le grand jour!
Le capitaine sort de Tombre Et tout s'illumine à l'entour Oui , son regard d'aigle étincelle , Le feu qui de ses yeux ruisselle Eiectrisé les régiments !
Les aigles releyant la tête, Battent de Taîle , et leur tempête Recommence ses sifflements !
Puis comme jadis sur le monde Plane l'empereur radieux!
Soue lui la terre éclate et gronde. . .
О catacl jeme furieux 1 Sabres, lancée , caiesone et balles, Bombes, affûte , clairons, timbales, Croisent leurs bruits et leurs rumeurs , Les Chambres rugissent... qu^importe!
ЬЪотте que la France rapporte Parle plus haut que ces clameurs.
Que lui fait la tourbe honnie Qui discute sur son destin Le destin , Tassai du génie , Obéit au bras qui l'atteint.
Le grand homme dans sa pensée Prit la guerre pour fiancée...
Ce rêve jaillit de ses cils.
Et le ^êve ardent se reflète Au prisme de la baïonnette Qui scintille au bout des fusils!
— sa-
ur
Gomme les flots sans fin dont la mer se décore C'est une armée et puis c*est une armée encore
Qui rapprochent leurs fronts.
Chaque épais bataillon avec ordre s'avance Formant de sombres blocs ; — de distance en distance
Brillent les escadrons.
Le combat précurseur de la lutte fatale S'engage et dure encor lorsque le soir étale
Son éclat empourpré.
Puis enfin tout se tait. Le silence succède Aux tonnerres du jour» et bièntôf cbacua'cède
Au sommeil désiré»
Mais lui ne dormait pas : une soif effroyable Enflammait son сегтсаи. Cet homme , est-ce croyabfe,
Fléchira-t-illecou?
Ohl que ne pourait-il arec sa main hardie Sur les deux obscurcis répandre un incendie
Pour frapper son grand coup !
Ses braves épuisés tombaient de lassitude , Alors rhomme de fer i contre son habitude
Pris d'un remords yainqueur.
Ouvrant à la pitié son âme torturée Fit don à ses soldats de la nuit implorée ^
L'arrachant de son cœur.
Des nuages pendaient comme une lourde toile A la voûte céleste. Il relera les yeux Là haut disparaissait une dernière étoile Ah! c'était son étoile éteinte dans les cieux. Puis tout calme au dehors, au dedans plein de rage. Il s*en fut contempler les soldats endormis.
€ Jouissez , pensait-il y de la nuit sans orage , Ma tête TOUS la paye amis ! •
— el —
L'orage Tient! Les nues Déchirent leurs réseaux, Des ondes continues Versent leurs froides eaux.
Ces troupes si Taillantes, Aux poitrines bouillantes, S'éveillent défaillantes.
Sentant trembler leurs os.
Mais nul ne s'en alarme.
Ou ne s'en plaint tout bas !
Chacun polit son arme.
Voyez leurs gais ébats
Sous l'onde qui les noie !
La fatigue les ploie, Et pourtant avec joie Ils songent aux combats.
Lanciers aux rouges flammes, Grenadiers chevronnés, Hussards aux courbes lapips, , Voltigeurs effrénés, Dragons dont la crinière.
Qui flotte par derrière.
Traverse meurtrière, Les carrés consternés.
Artilleurs implacables, De poudre vernissés, Qui traînent sur. ImfB ееЬЫ Les canons entaesés^ Héros de toute taille l Veulent dans la bataille
~es~
Chauffer yaille que таШе Leurs visages glaeés.
Les bivouacs sont levés. L'aube parut à peine , Que Tarmée en bataille a fait frémir la plaine
De vivats délirants !
Les prés sont marquetés de longues lignes noires. Sur son grand cheval blancle maitre^|aux cent victoires^
A parcouru les rangs.
Tous les yeux pleins d'espoir eoot tournée тем Г^игоге. Ah! le ciel est plombé f le jour est incolore {
Décourageant tableau !
S'il est triste et brumeux ce jour — c'est que sans doute Le soleil d'Austerlitz ne connaît pas la route
Du champ de Waterloo!
vn
Qu'est-ce? écoutez! un son éclate!
L'écho saisit et rend ce son ; C'est le canon ! fleure écarlate , L'incendie étreint l'horizon Au front des bataillons scintille Le feu de file qui pétille , Serpente, se glisse et sautille Sous le feu des canons hurlants
Le champ n'est plus qu'une fournaise!
Chevaux anglais , ligue française , Fronts hollandais , troupe écossaise , Fondent dans ces brassiers brûlants.
Le géant des combats noirci par la fumée Dominait des hauteurs les coups de son armée , Il promenait au loin ses regards rayonnants , Et ces regards chargés d'une force magique Centuplaient ses soldats qui d'un choc énergique Ecrasaient l'ennemi sous leurs talons tonnants
Va-t-il enfin crier victoire !
Ou tourner le dos au canon?
Gomment le nommera l'histoire ,
Bonaparte ou Napoléon!
Toujours la lutte' recommence,
De morts la plaine s'ensemence
Qui sait quand ce massacre immense
Eteindra te оошгоож de Dieul L'homme 9. à lai fortuoe h&utaitio Qui le fjt rOi~ de capitaine 1 La voit phancelante , incertaine , Lui jeter un salut d'adieu,
Et lui 9 croisant les bras, inomobile, impaMible,
Au milieu dee revers se sentait invinoibb,
Un rempart lui restait 1 sur des puissants pillera
Reposait forte enear la sanglante eouronne ;
Il compte ses vaillants que l'honneur éperonne !
Et toise encor le mur de ses vieux grenadiers.
Le soleil descend пккгде et trouble f Le feu français s'est ralenti, Soudain le carpage redouble La voix du chef a retenti!
Gomme des chênes «éculairee , Gomme les grands mats dea galères , Les vieilles troupes tutélaires , S'ébranlent à Гец1оиг de lui La garde, vivante cascade, Se verse dans la fu«illad^,.« Quand le feu d'une canonnade Sur le flanc de l'armée a lui.
» En avant par là bas ! voilà la délivrance ! » Ge feu — c'est le renfort ! marchons ! vive la France ! »Le maréchal arrive ! »0n s'y jette d'aplomb. Mais tandis que les rangs volant comme la trombe, Approchent — quelle erreur l un front sur l'autre tombe Battu par une grêle et de fonte et de plomb.
Ge sont les Prussien» qu'on redoute !
G'est le grand drame qui finit !
Le tourbillon de la déroute Brise les soldats de granit.
Ces vieux débris des temps épiques Fidèles en leurs cœurs stoïques A cent souvenirs héroïques Meurent et ne se rendent f^as.
Leurs moustaches ébouriffées...
Pressent les aigles étouffées...
Ils se couchent sur les trophées Et les lauriers de cent combats.
Où donc est le fauteur de la lutte mortelle!
11 implore la mort, à son char il s'attelle,
Mais la mort n'en feut point !
La paladin vaincu s'enfuit par les ténèbres, ' La nuit l'enveloppa de ses voiles funèbres
Gomme d'un noir pourpoint.
Un sommeil merveilleux vint clore sa paupière, Il fléchit insensible et dur comme la pierre,
Son front était sans pli ! ! ! .
Des songes cependant soulevaient leur tempête, Une voix inconnue en passant sur sa tête
Lui dit : c'est accompli!
Il s'abima vivant, l'oint de la destinée !
Un quartier de rocher retint ce lourd géant.
Maïs pour noyer h Оашше en ce corps mutinée
On eut trop peu de rôcéan.
Toujours son crâûe nu , tel qu'un tolcan sous l'onde
Où la lave inquiète abonde.
Fumait dans un nuage épais.
Rien n'éteignit le féu. Prêt à quitter la terre C'est en rêvant encor de combats et de guerre
Qu'il s'en fut au séjour de paix.
Sur la tombe qui prit les mânes du génie,
S'étendit à jamais un silence écrasant.
Le vent n'ose entonner sa sauvage harmonie,
La mer son cantique imposant.
Un jour mystérieux plein de lueurs étranges
Gouvro^la tombe de ses langes.
Les rocs se penchent soucieux, Les bois parlent tous bas avec le flot des grèves, Des nuages sanglans voilent comme ttes rêvés
La fece penâive des deux.
£t Ij^akU.
j^èlerin sans foyer , seul toujours, к poète Jette au vent de la mer 6es subliïaes accords. Il affronte, eu chantaût, la trombe et la tempête ! Opposant aux grands Ûots de merveilleux efforts/ Poursuivant des lueurs que le lointain reflète, Il y pousse sa nef-— mais la mer est stns bords !
Rempli d^étrangetés, de chimères sans nombre,
Sa joie est pur oubli, pure distraction,
Aux fêtes de ce monde il apporte un œil sombre.
Et sourit en voyant quelque tombeau dans Tombre ;
Jamais les dieux du jour n'ont sa dévotion ;
Le monde le dit pris d'aliénation.
Il cherche la douleur et partout il la trouve.
Il invente, il évoque en tous lieux des tourments ;
Ensuite les choyant dans^oû cœur qui les couve,
Il enfante des sons si pleins d'enchantements,
Qu'il pleure le premier d'un mal que rien ne prouve,
Croyant au faux semblant de ses gémissements.
Contre un monde qu'il hait ses doigts lancent la foudre
Arrachée aux rayons de son luth adoré,
Mais le monde s'amuse à voir les flots de poudre
Que fouille inoffensif cet éclair effaré.
Car ce feu d'artifice, hélas! ne peut dissoudre
Tout l'amas de glaçons dont l'homme est empêtré.
Plus heureux qu'un enfant près de celle qu'il aime Il n*ose à ses genoux incliner sont front blême, La troubler d'un mot vif, d'un regard flamboyant. Et le dieu du silence est son constant emblème ; Sa bouche qui se clôt garde un calme effrayant, Refoulant le secret, dans son âme bouillant.
Lorsqu'enfin un атеи de sa langue tremblante S'échappe, quel orage immense^ impétueux!
Quels accents déchirants ! quels cris tumultueux ! Quel tourbillon de feu sur sa lè?re brûlante ! Mais l'ange que ce vent emporte et violente Ouvre une aile brisée et vole vers les cieux!
Le martyr tend alors une main solitaire
A l'amitié, doux hôte à tout foyer admis.
Sur quel sein tombera sa palpitante artère ^
Le luth est son accord avec toute la terre ;
Qui donc va-t-il choisir ? Le choix n'est pas permis
Nulle âme ne le veut car il a trop d'amis.
— îft —
Ses eûnetais ne iont que cette tourbe vile Qui roQge riiomm^ forti -— envieuee et eervlle ; Il les mëpriee tro|> pour y voir un éeueil Et les laisse croupir dans leur fa âge stérile C'est lui'-méiue qui tnet son bonheur au linceul. Son plus digne ennemi c'est lui-même» lui seul i
cetôttc4u.
- iM8. -
Voyez cette pierre inerte Qui sur la roîite déserte^ Git, bloc infortîie et triuet, Masse que nul âge, certé, En passant ne Yeiiiuâit.
Dans le ciel là foudre gronde ; L*écho hurlant à la ronde Trouble les bois effarés, Le bloc en sa paix profonde Dort sous les deux torturés.
Les beaux jours viennent à luire,
Redorant de leur sourire
Les monts, les forêts, les champs ;
Partout on entend bruire
Voix confuses, joyeux chants.
La vie épànd son murmure Dans la campagne plus mûre ; Tout parle, flots et moisson ^ Pieds brûlants, fraîche ramure.
Le bloc seul n'a pas un son.
La lumière chauffé, irise,
Bevêt à la tiède brise
Toute chose en quielque endroit ;
Mi-couvert de mousse grise
Le bloc seul est sombre et froid.
Mais au mouvement ravie Cette masse étreint la vie Dans ses plis mystérieux, Mais cette graine asservie En son jour va poindre aux yeux.
Vienne un choc! Le grain magique Jaillit du bloc léthargique Qui se réveille à grand bruit.
Né de ce son énergique Le germe vivant reluit.
~ Tell bondit, il étincelle, Et, rouge étoile, il ruisseUi^ De lumière et dr chaleur ; L'éblouissante parc^U^ S'entr'ouvre рощшв цце fleur.
Sortant radieuse et claire De sa prison séculaire Elle boit Tair frais et pur Et puis son vol circulairr S'évanpuit danf l'avup.
Ou, seme^çfi d'inç^die, Elle retombe hardie Sur les feuilles, 1^ earpoent ; Et rétincelle agrandi^ Devient un embrasement,
Et bientôt la froide pleire Qui la contint prieoumère Tant de sièclel,, tapt dejoiinf Dans la flamme meurtrière Le consume pour toujours.
Que de temps Tâme végète Sans échos, froide, muette, Immobile en son feplomb I Que de temps, le cœur, la t#té Dorment d'un sommeil de plémb.
Que de jours dans Tâme sombre, Cet abîme aux plis sans nombre.
Germe rétîncelle d'or !
Que de jours captive, à Tombré,
Calme, impassible elle dort!
Mais qu'un choc soudain Tacclame, On verra l'étoile en flamme , Surgissant comme au hasard , Dans les nuages de Tâme Allumer son vif regard.
On la verra par le monde Bouler, lave vagabonde, Incendier en tout lieu, Et dévorer dans son onde Le sein qui couva le feu.
— mi. —
Adieu!... sainte parole où le mystère abonde! Oh! quels profonds secrets ce mot révèle au monde
Dans sa simplicité !
Oh! pourdeuxcœursunis,qu'un grand amour rassemble Et qu'éloigne le sort, — comme ce mot ressemble,
Au mot éternité !
Hélas! se séparer, se quitter, triste chose!
Dites, où commença, de quel germe est éclose
La séparation?
Quel morent la créa? quels lieux la virent naître? C'est un secret que Dieu jadis a fait connaître
 la création.
Oui, lorsque le néant, l'étendue infinie.
S'ébranlèrent soudain à l'immense harmonie
Du Verbe créateur; Quand la divine voix roulant par le ciel vide, Tomba dans le chaos croupissant et livide
De toute sa hauteur ;
Le dbaôs bôuillôutiâ, -^ là secôùsise subite, Fendant, morcellant tout, fit la grande limite
Aux ebcloé spacieux^ Où furent séparés dès Taurore première»
Et le temps et Tespace» et l'ombre et la lumiire
Et là terre et les çieux«
Oui, dès le premier jour où le monde prit forme, Du sein de Tunivers jaillit un son énorme,
Qui fut un cri d'adieu !
Dès lors !ce orl résonne en YOlant d'âgfa en ftgei L'homme i 6b% exilé du eéleste mu^ëi
Le répète en tout lien*
Dès-lors, quand la nuit Tient mystérieuse et lombre, Le ciel darde toujours sur la terre dans l'ombre
Ses yeux étincelants ; Ils paraissent vouloir l'arracher à sa sphère, кйй de l'attifer dam la elalre atmosphère
Des beaut soleils brûlants.
Mais par la pesanteur à jamais enchaînée»
Rien ne peut délivi^er cette soeur condaninée
 vivre de doulebrs, Si Taube sur les champs met sa gaze rosée.
Semant des perles d'or sur la plaine arrosée
Ces perles sont des pleurs.
C'est toujours dans les pleurs que se baigne la terres Loin du ciel qu'elle veut en son cœur solitaire .
Se pressent les sanglots, Et depuis que les temps ont entrepris leur course, Les pleurs delà nature, inépuisable source !
Coulent à larges flots.
Adieu! ce son plaintif nous échappe à toute heure !! En allant habiter la dernière demeure.
Nous Texhalons encor; Mais alors c'est le chant de notre délivrance ! C'est au noir firmament Гагс -en-ciel d'espérance !
C'est un joyeux accord!
Puis, ce son emporté par la mort empressée, N'achève plus sa note ici bas commencée,
Que dans l'éternité.
Ici, cri de départ de l'âme ôtant ses langes, Et là haut, mot de passe, admis par les phalanges
De la divinité !
a 1л itum Jff Ш mx ^mx погк».
^im.^
Mon belle enfant, quoiqu'on en dise, Tu mens, et je ne te crois pas.
Tu n'es point éclose à la bise Qui ride notre voûte grise Semant la neige sous nos pas!
Non, tu dois êtfe^ Ь pnon aimée^
Fille d'un sol luxuriant, La fleur qu'une brise embaumée, Prit dans la savane enflammée, Ou quelque perle d'Orient.
Tu n'as rien de nos femmes blondes !
Tes grands yeui, tes cheVeux sont noirs ; Tes paroles sont vagabondes, Autant que les bouillantes ondes, Que boit le marbre des baignoirs.
Nul brouillard ne ternit, ma belle.
Ta joue au reflet éclatant.
Ton sein gonfle un corset rebelle, Ta taille souple nous rappelle La couleuvre de llndostan.
Il n'a pas de regard oblique, Cet œil de flamme où la poix boul !
Ton front exhale, je m'en pique, Un de ces vents chauds du Tropique, A renverser l'homme debout.
Tu semblés faite de phosphore !
Ta bouche répand tour-à-tour, Comme les lèvres d'une amphore, Tous les doux baumes du Bosphore, Et tous les poisons d'amour!
wi AliVt
~ un.
Dans le calme du soir se reposent les ondes ; Les brouillards, clairs tissus, Tont se plissant sur Геаи; La mer d'azur s'étend, vaste miroir des mondes, Ainsi qu'on voit sans cadre, un immense tableau.
mer, que ton sommeil est фщх ! et quel doux soage Vient rafratcbir mon Ащ» k %(щ soufflie béni !
Ma tristesse de plomb dans ton gouffre se plonge, Mes rêves étbérés baisent ton front uni.'
Que j'aime à contempler ta surface infinie , Où se mire à mes yeux, belle, Téternité !
Tu marches fièrement de rives dégarnie, Ayant pour horizon la morne immensité.
L'éternité du ciel a^ comme toi, sa rive,
Son bord sacré, lointain, invisible aux humains;
Ton fond a des trésors gardés par l'onde vive.
Mais l'homme pour l'atteiadre en sait-il les chemins?
L'éternité du ciel aussi cache peut-être Un fond étincelant sous des flots ténébreux, Mais l'esprit, ce géant, dont le ciel est l'ancêtre. Saurait-il mesurer ce flot fatal et creux.
Géant qu'il est, sa forcç, hélas! trahit sa taille. Hardie est la pensée, et dans le gouffre sourd, La plongeuse en sautant peut ouvrir une entaille, Mais le sonde est légère et la fil en est court*
Le soleil sous un nuage, Joue, et voile son visage; La mer attend le soleil ; La mer s'allume dorée, Sur rhémisphère empourprée ; L'occident brûle vermeil.
Plein d'un éclat sans mélanges.
Quittant son berceau, ses langes,
Le soleil та triomphant»
Yetà la mer l^ui le fas^ine^ Et dans rénoirme piacine S*imilierge eommé un enfant.
Le chatoyant crépuscule Dans les nuages circule ; Us entrouvrent leurs réseaux, Et comme une vaste frange Teinte de pourpre ut d'orange^ Leurs plis tombent dans les eatix.
Voici la nuit. Point dé lune à ses ToileSi Insoucieuse ellf e Aémé d'étoilesi
Comme au hasard^ la voûte eane lueur.
Les unes vont riCintillant toutes uue&i D'autres, erradt^ i^'éelipsetit dans les nues* La nuit exhale une calme langueur.
Et le ciel dort sur la mer qui sommeille^ Et dans leurs bras ils pressent, — 6 merveille ! • La tendre nuit, cette vierge au teint brun ; Et l'un vers l'autre inclinés avec grâce, Muets tous deux, le beau cduple s'embrasse ; Le même amour respire dans chacun.
Belle est avoir l'étreinte fraternelle 1 ciel ! ô mer ! parenté solennelle I Vous êtes bien deux jumeâujc radieux* Aux mêmes traits vos formes sont moulées ; Mer, vous bereeK les sphères constellées^ Ciel, vos vapeurs sont les Wèê des eietix»
Et Ton dirait que le monde nocturne S'est renversé soudain ainsi qu'une urne; Là haut, toujours, partout, la vaste mer, L'onde portant mille terres splendides, Puis ici bas les espaces fluides Tout rayonnant d'étoiles et d'éther.
Ecoutez! la douce chose!
Dans l'aube nacrée et rose Soupire un vent amoureux ; Le soleil sur la mer blonde, Se dresse, et marchant sur l'onde, L'orient rougit heureux.
Brillant d'amour et d'extase, Comme d'un bain de topaxe, Le soleil sort délassé ; Il entre — et sa joie éclaté — Dans son palais écarlate, Que Гаигоге a tapissé.
Sur les pas de la nuit sombre, Il va balayant toute ombre ; Ses grands 'rayons embrasés, Comme des jets de fontaines, Percent les brumes lointaines Et les brouillards irisés.
Ce flot lumineux arrose
La paupière demi-closo
De Tunivers assoupi , Gourant du ciel aux moiitagnes, Des cascades aux campagnes.
Des hauts chênee à Tépi.
Mais ce que le soleil aime C'est la mer, la mer suprême, Son amie et ses amours ;
Et des cimes éternelles Ses flamboyantes prunelles Sur la mer plombent toujours»
Sœur du ciel, il la vénère Toujours il la rénumère Du surplus de son trésor ; La payant de sa tendresse Pour le ciel , il la caresse, La parsème de son or.
Mais la mer fière et farouche Que cet or jamais ne touche Bend au prodigue ses dons« Jusqu'à la moindre paillette Elle repousse, rejette.
Brise les luisants rayons.
Bien ne trouble la surface De sa cristalline face, Bien ne semble Fémouvoir, Bien ne paraît y bruire, Pourtant sous ce clair sourire Elle cache un penser noir.
• C'est en vain, ô soleil, que ta poudre éclatante Tombe de ta hauteur sur mon libre niveau :
Laissons à l'impuissant l'habit d'or qui le tente ; Est-ce d'un tel manteau qu'un géant se contente? Cet ornement peut-il allécher son cerveau !
t C'est en vain, c'est en vaî% ô roi de la lumière ! Que brille sur mes doigts ton rayon réfracté, ^ Et pourquoi cet éclat , cette nacre en poussière , Ce luxe extérieur, quand ma grandeur foncière Couve en un sable d'or la perle de beauté ?
»Va chauffer^ réjouir, illuminer la terre!
Mais que me font à moi tes dards au feu rougis? Tes faisceaux flamboyants sur mon sein solitaire , Glissent sans récbaufîer la profondeur austère Des antres souverains sous mes pas élargis? i
La mer vient d'achever sa profonde pensée.
Elle est paisible encor; pas d'ondes, point d'échos.
Mais la menace luit sur sa nappe lissée ;
Son engourdissement semble l'avoir lassée ;
La géante paraît suffoquer de repos.
On dirait que son sein étouffe sous un rêve Dont les serres d'airain viennent la torturer j Qu'un lourd sommeil la trouble, et Tagîte, et ïâ grève D'un poids qu'aucun effort ne soulage ou n'ehlèvë ; Elle voudrait gémir et ne peut respirei*.
Et Ton dirait дц*^ц ç|çl Vaatfe de Ш lui-môme Frémît ç» pjçvoya4t; 1§ tmibk réveil.
Yoye^ 4<>9C comme il çb^i^e m^juiet & Tf^jctrême, Un nuag§ au çacb« »oe wage ei Ыеше, Lui 9 qui Mgvèi:^ enfiore étincelaitfemeill
La tourmente î la tempête I Le colosse a remué.
Le flot gris levant sa crête De Tabîme s*ç«t гц4 Use 4é:(Qiulet itsillon^t; Ц ^ume« tt tomrbijloni^, ^m с^йщ l)oût et ЬощЦарде Tout rhorîzon ob^trué^
Gomme un athlète, il regarde Le champ labouré des eaux, Hais son élan, il le garde Pour de plus puissants assauts.
Dans la plaine tourmentée Sa bannière s'est plantée ) Or, sur sa tête argentée Ne passent que des oiseaux»
Voici la joute sublime !
Qui court sur le flot hurlant?
C^est lui , le roi de Tabîme, Le navire au large flanc, C'est lui, le lutteur des ondes.
Le puissant coureur des mondes.
Le temple des mers profondes.
L'autel au grand roile blanc f
Déployant ses Vastes ailes Il fend les eaux sous ses pas»
Leurs escarpemente rebelles Ne le déconcertent pas.
Dans les turbulentes plaines »
A travers rocs et baleines, Il raidit comme des veines Ses cordages aux combats*
Comme un cheval intrépide Bravant tout épouvantail y Il s'ouvre un chemin rapide Sur les gouffres de corail.
Malgré Tonde qui le roule .
Il rebondit, il la foule.
Et fièrement sur la houle Il élève son poitraîL
Ses remparts inaccessibles, Son gouvernail, droit toujours, Vont écrasant impassibles Les flots furieux et lourds.
Tel triomphe la génie , Dans sa carrière infinie, Du peuple qui le renie^ Des haineux aux codirs si sourds.
Un pic d'eau vole et se dresse Sur un mont retentissant, Chacun le frappe , le presse...
Point de bornes au puissant!
Mais s'il mépri&e la vague , S'il se rit de la mer vague Et de ses flots qu'il élague, Il craint le ciel menaçant.
Pour qu'il cède à Геаа marine, Que le vent qui mugira , Que la foudre purpurine Qui d'en haut s'élancera D'abord le couchent en joue, Et dans leur fatale roue Rompent , brûlent poupe et ргоце. . »
Alors la mer le prendra (
Alors errant comme une ombre , Le beau vaisseau démonté , Le vaisseau , cadavre sombre , Soumettra son front dompté î Alors seulement , rapace , La mer pourra dans l'espace , Gomme un ossement qui passe , L'écharper en liberté.
Vïï
Le feu du ciel ! La course est accomplie.
Le bâtiment dérive foudroyé ; Les mats en cenàre et Taviron qui plie ' Il vole, il craque... un récif Га broyé.
Ses flancs de fer , ses voiles frémissantes , Ses forts agrès, comme autant de tombeaux.
Au hurlement des vaguer ja^Ussantos »
Les flots roiiigeurs I^s rouleut par 1ащЬеацх.
Et d'autres flots, enfants nés de leurs ondes , Frappant les airs d'autres rugissements , Sur les replis des crêtes vagabondes Boulent plus loin ces grands entassements.
Pourquoi, ces cris , ô vagues insensées ?
Pourquoi ce bruit , meutes de l'Océan ?
Sont-ce vos coups et vos gerbes lancées Qui font mourir le pèlerin géant ?
Non , c'est le ciel qui vient briser sa force ; L'éclair de Dieu pulvérisa ses os ; Il livre aux vents son âme; et son écorce Il vous la jette à vous, stupîdes flots !
Sa cargaison, il la lègue à l'abîme;
Et pour toujours dans ses gouffres grondants
La mer Га pris, ce trésor légitime, Et l'enlaça de ses coraux ardents.
vm
L'orage est apaisé ; maïs les flots vont encore, Et leur folle rumeur chante dans l'air sonore j
Ils vont Fun l'autre se froissant ; Le flot s'évanouit sous le flot qui le chasse ; Ce sont toujours des flots cédant la vaste place
Aux flots qui courent, les poussant.
Ah! n'est-ce pas ainsi quêtes vagues ondoient. Qu'elles viennent et vont, bondissent et tournoient,
о sonore océan hùmaih I Ah! n'est-ce pas ainsi que ton onde ramène Sans cesse, un phénomène après un phénomène,
Le long de ton large chemin !
Ne voit-on pas ainsi , sut ta libre étendue,
Le temps chasser toujours, comme une onde éperdue^
Les hommes , ce flot solennel , Qui monte et redescend dans ton enceinte amère ! Et tandis que le flot, hélas! est éphémère.
Le mouvement est éternel.
Dans le cristal marin, rayonnante surface , Le globe du soleil a reconnu sa face
Flottant sur le gouffre ondoyant; Et toi, miroir de Dieu, toi Tocéan de vie, L'Eternel s'est penché sur ta glaôeravici
Pour f voir son ей flamboyant.
О mer large I hier libre ^ où mon Ame ее noie I Tes flots sont éclatants, bruyants comme la jolei
Profonds ainsi que ladouleurl Que tu sois calme, ô mer, que tu sois courroucée, J'adore et ta colère ardente, hérissée,
£lta souriante pâleur.
Certes, je te chéris, ô la paisible reine, Quand je te vois bercer ta volupté sereine;
Alors, de notre triste bord^ Tranquille, je t'admire, et mon cœur se dilate, Mon cœur se réjouit en tout ce qui le flatte,
Mon cœur s'épanouit d'abord I
Qh ! certes, je craiûdraiâ que ïûa nef inquiète Bayât la glarce bleue où le ciel se reflète^ En cet ineffable moment.
Oh ! je ne voudrais pas que mon omîère humaine SillonAât follement ce céleste domaine, Ce pur et calme firmament.
Maïs lorsque sur ton front s'entassent les nuages, Qu'entière tu bondis sous Taile des orages,
Comme un dragon au flanc changeant. Lorsque ton flot nerveux se réveillant à l'ombre. Soudain , comme un guerrier sur son grand casque
[sombre,]
A mis sa crinière d'argent.
Lorsque, dans ta beauté tonnante et grandiose, Tu surgis au combat et que ton pied se pose
Sur les abîmes écumants.
Que tu gonfles ta rage, onde monumentale!
Et luttes corps à corps, dans la joute fatale,
Avec le choc des éléments.
— us —
Alors sombre, contrit, je m'en таю de la côte; Alors, je n'ose plus t'approcber comme un hôte;
Du haut de Timmobile soL Je rougirais de voir ton mouvement superbe; D'étaler, indolent, étendu sur quelque herbe,
Mon repos auprès de ton vol.
Et bien qu'en t'admirant du paisible rivage, Mon âme s'éprendrait pour toi d'amour sauvage
Et d'élans furieux Dans ton égarement, dans le confus délire Des passions en rut, tu prendrais mon sourire
Pour quelque rire injurieux.
Et toute à ton courroux, à ta querelle sainte* Avec les cieux, — qui sait? — tu te dresserais, ceinte Des feux de ton bandeau luisant ;
Та voix pour m'ftccttMr géminit vm murmure»
Et puis ta main forait jaillir à ma figure L'écume d'un flot mépriMnt I
J'entends, j'entends au loin une vaste harmonie!
Oh ! concert merveilleux ! oh ! sons éoliens ! C'est ton appel, mer! c'est ta voi^ infinie !..,« Je secoue et je mords mes terrestres liens !
Ah ! que ne puis-je aller baigner mon œil avide Dansl'ondeauxbeauxplisbleuSidansle bleu firmament! Ahl que ne puis«<je цЦег mirer mon front livide. Me perdre, m'absorber dans ton sombre élément!
M*allier àtes flots, lutter avec tes ondes, T'épouser grandement, à la yie, à la mort !
Gomme j'eusse compris les musiques profondes Des tempêtes qui vont chantant un saint accord !
Mon âme eût englouti ta royale colère, Et des chansons d'amour à jamais oublieux, J'irais, j'irais versant un hymne atrabilaire Dans tes rugissements , ô n)onstre harmonieux!
COMTESSE ROSTOPTSCHINN.
XIX" 8IÈCLF.
it €hmux( b€0 ^аЫпшт^
Les Toilà! les voilà! tribu demi-sauvage.
Leur sauvage harmonie est étrange en ces lieux ; Mais ces éclats criards » ces cris mélodieux. Ces sons rauques et doux, cet hymne, cet orage, Reflètent Tair, le ciel, l'abandon, le courage, La folle liberté de leurs première aïeux!
Quand le cbœur bohémien, gaîment et plein d'extase, Entonne à toutes voix sa vaillante chanson, Quand les mains, les bravos, vibrant à Tunisson, Applaudissent bien haut les chants à chaque phase, Soudain, ces bohémiens insoucieux esprits, Frémissent d'aise ainsi que d'un vertige pris ; Leurs grands yeux du midi jettent flamme sur flamme, L'inspiration luit sur leurs fronts basanés.
Et l'on voit que leurs chants puissamment entraînés. Jaillissent flamboyants des profondeurs de l'âme.
Alors, qui n'accorda ses admirations, A ces sons merveilleux gonflés de passions I Alors, qui n'a senti flotter dans 1еш: musique. Quelque chose de grand et de mélancolique !
Et qui, sans le vouloir, terrassé par ce chœur. N'a senti frissonner, brûler, gémir son cœur !
Ils chantent, — ou plutôt c'est leur âme gulchaute ! —
Ces élans furieux ef plaintifs tour-à-tour»
Disent tout : le fou rire et la langueur touchante, Le puissant sortilège où se débat Гатоиг, La sombre jalousie, éperdue, effrénée, La clameur des combats, la yie efféminée, Les turbulents loisirs, la molle volupté.
Et l'oubli nonchalant, épris d'oisiveté...
Tout est là ! — Leurs tabords sont des bandes formées De viveurs inspirés, de chantantes Alm^ées Qui jettent Гог au vent ainsi que du vieux fer; Leur surprenant concert est une vaste orgie, Où tournoient à la fois, dans la ronde élargie, Les chants du paradis et les cris de l'enfer. Palpitante épopée, où l'orient respire !
Fantastique oraison des démons de Shakspeare!
Tout-à-coup le chceur vif et sonore s'est tu ;
Et Tagna chante seule. Ouvrant son oeil battu, ^
Pâle de rêverie et belle de eoufirancei Eoeeau ployé, tordu par Touragan du cœur, Enfant s'empoisonnant à quelque amour moqueur, Elle est toute soupir, langueur, déeespérancel Oh ! qu'elle est douce à voir! quel doux gémiesement Se plaint dans cette voix si déchirante et pure ! Gomme Tâme en jouit! comme elle se rassure !
Comme elle se remplit d'un saint pressentiment I
Biais lorsque cette voix bondit passionnée.
Nous chantant le récit d'un amour en douleur. L'étreinte d'un amour par l'amour couronnée... Alors au faible cœur malheur! malheur! malheur! Alors c'est le transport! alors c'est le délire! Il ne peut éviter l'ardente région, Il en boit Tathmosphère, il l'écoute bruire, Et se laissant bercer au chant de cette lyre. Rien ne le sauvera de la contagion !
!Л Ы MdmotKc Ьс |)Ut0tt (Sfilmiret
Gerte, il est triste à voir le cèdre centenaire,
Qu'a frappé dans le flanc l'implacable tonnerre.
Le beau front du vieillard dans la poudre est couché ;
Son torse, droit jadis» musculeux et superbe,
Ses bras majestueux gisent aux pieds de 1ЪегЬе,
Et la destruction sur ce corps a marché;
Ces débris, devant qui l'esprit s'arrête et songe, Sous terre, une fourmi les foule, un тег les ronge! Ils sont évanouis les ombrages toufifus !
Sans feuilles, sans rameaux et sans lierre qui l'aime, Le tronc seul est debout mausolée à lui-même, Qui semble dire aux vents : ici cèdre je fus.
Mais n'a-t-on pas au cœur une pitié plus vive, Une douleur hélas ! plus forte et plus plaintive Quand l'ouragan renverse un jeune et grand palmier! Quand il est étendu hérissant sa racine.
Tendant ses vers rameaux au soleil qui calcine, Lui, l'ami du poète et l'amour du ramier?
Sa couronne n'a pu se déployer encore; Il ne frémira plus aux baisers de l'aurore, Il n'aspirera plus l'haleine du printemps.
Le noir squelette est là, s*effaçant dans Tespace,
Gomme pour avertir le pèlerin qui passe ,
Que la mort va souvent plus vite que le temps.
Ah! le chagrin ainsi navre l'âme et la creuse Quant au cercle joyeux d'une famille heureuse^
Soudain retentissant, Dans les bras paternels, à travers la tourmente, Le destin vient saisir une tête charmante,
Un beau front innocent.
Lefrontqui répandait lumière, joie et vie, Le jeune front, orgueil de la maison ravie, '
Le front bit à bénir, Qui de ses clairs rayons illuminait toute ombre, Et qui pour un passé mélancolique et sombre
Promettait l'avenir.
Comment ne pas pleurer! Hélas! tant d'espérances, Tant d'illusions d'or, tant de chères souffrances
Sont mortes avec lui !
C'est en vain que son père et gémit et sanglotte ! Ce sein qu'il presse encore et dont l'âme ailleurs flotte
N'est que cendre aujourd'hui!
Pauvre jeune homme ! où sont les chimères magiques? La gloire où tu lançais tes assauts énergiques?
Le bonheur attendu?
Au feu des passions dont tu flairais les brises, Beau coursier, aux plaisirs dont tu cherchais les prises
La tombe a répondu I
liais, оЬ non! tu n'es pas au but de la carrière, Tu n'es qu'à mi-chemin. En laissant par derrière
La vie éclose au cœur, Tu marches en avant dans le sentier de flamme, Tu brûles de la vie où s'épanouit l'âme. •.
Tu l'as jeune vainqueur !
Que ceux qui ne t'ont plus , que ton père et ta mère, Qui demandaient pour toi quelque joie éphémère,
Lèvent l'œil attristé !
Et le Seigneur au lieu des bonheurs infidèles T'enverra les rayons des aubes éternelles
Et la félicité.
Я1 Ы iumpt ht mon Шои
^ itr\ —
Brûle , ô ma lampe, brûle et lulei Oh ! luis sur mes images saintes 9 Ce sûr refuge à mes ennuis!
Éclaire de tes molles teintes L'enclos où soupirent mes plaintes !
Que le reflet des châsses d'or Se mêle à ta blanche lumière ^ Et qu'elles bigarrent encor Des feux de leurs joyaux de pierre Tes rayons doux à ma paupière
Ces faces sont tristes à voir Une main rude et eans pratique Y mit ce coloris si noir, Ce front dur, cet œil apathique Qu'estompe la couleur antique.
Mais dans eee tableaux bisamins Dans cette touche simple et vieille , Gomme un écho des cicux lointains , Vit un mystère qiiî réfrfUe Les âmes où la fol somittellte*
Les traits sont froids et eoknnalf i Et pourtant plui on le» contemple Plus ils nous semblent paternels i C'est que la grâce a pw рошг temple Ces vieux iainte roidee à f obe ample.
C'est que сев ûùltê enfonte Jéette Et ces brunes yiergee Maries, Tableaux naïrement conçus Sous leurs bandiiai de pterreriei Parlent aux âmet ettendriei «
Ces traits ont dee éclairs vainqueurs $ Mais il faut que Гаше les sente ; Us sont familiers à nos cœurs , Et prêtent une aile puissante A toute prière mnocente«
Oui la commisération
flâne invisible à chaque image!
L'esprit de la contrition
S'en exhale et rend le courage
Aux cœurs où gronde un long orage.
Devant leurs groupes bienveillants # Pendant le silence nocturne, Relevant mes yeux suppliante Que de fois j'ai répandu l'urne De ma souffrance taciturne !
Que de fois tout bas je leur dis.
Dans la poussière prosternée , - Mes vains regrets, mes vœux hardis Et, par l'espoir abandonnée , La plainte en mon sein mutinée«
Alors de son souffle divin
La grâce rafraîchit ma tête.
Noyant mes maux dans leur levain,
Alors se calme la tempête
Qui frappait mon âme inquiète.
Puis vient un espoir surhumain Qui me relève et me caresse , Et mon cœur touché par la main De la foi vive qui le presse Bondit d'une céleste ivresse.
Oh! brûle. ma lampe et reluis
Aux pieds de ces images saintes
Où vont s'abîmer mes ennuis!
Et colore de molles teintes
L'enclos où Christ entend mes plaintes.
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Poète ne tient pas à Гаюошг delà foule»
Ile ne tVint |M élu I leuri тшх t'oat i ejeté ! llftii n^ii aimant que mieux ton front persécuté La gloire le ceignit de сошоваев plus vetlel. L'envie est à tes pieds^ et шее poieoné înettes Gonflent impuiesammait les апл^ашсаи sârpent. Oh! mépris et {âtié pour le œoAfb» nîmpaat !
Au lieu des ennemis qui t'ôtent leurs suffrages , De ces seize yeillards.plus entêtés que sages De ce parti haineux, poète, écoute, vois.
C'est l'univers entier qui te jette sa voix. . •
Mais que sont-ils donc eux, ces juges du génie, Ces grands experts de Tart, ces dieux de l'harmonie? Qu'ils nous disent leurs noms ignorés jusqu'ici, Et sur quel piédestal ils se posent ainsi ; Qu'ils disent dans quelle œuvre, hélas! perdue au monde Vit leur goût, leur esprit ou leur âme profonde ; Où éont leurs étendards mis sur nos horizons? Et pour prouver leurs droits qu'ils montrent leurs
[blasons,] merveille l ce sont deux ou trois tragédies, Du grand siècle immortel flUes abâtardies , ' . Des vers du consulat bien lourds ou bien légers, Et puis le vaudeville aux^ôcons passagers..»
Rien de plu&l c'est ainsi que leur bande choisie A péché deyant tous, ô sainte poésie!
Que te fait leur verdict, son perdu dans les airs ? Tu ne peux être, toi, jugé que par tes pairs. Oseraient-ils, grand Dieu! te nommer leur confrère! S*élever jusqu'à toi leur sembla téméraire Us furent très-prudents ; et tandis qu'en tous lieOx Tu promènes ton nom si beau sous tous les cieux, . . Que ton midi rayonne et leur couchant s'efface i Que l'oubli ténébreux Toile d'ombre leur face Us qnt craint justement d'étendre à ton côté Le sommeil éternel de leur oieiveté^
Frémissant dans ta force et dans ton espérance Tu vas, montant toujours, aux cimes de la France , Et sur tes envieux secouant ton flambeau Tu frayas ton chemin par-dessus leur tombeau*
Va; ta te Tengrau des teoftilleu» сЫа^фМ En enleyant Técaffle aux pnmelles teepti^iM.
Soufflant ton âme en feu sur la création »
Fécondant ton génie à rinspirationy Tu troubleras encor leur troupeau qui fODimeitte Des bruita de ton renom» si durs à leur oreille 1
La gloire^ ta yaesale artiete, livre à toi
Trois domaines sans fin et trds sceptres de roi:
Les chants auTolsupiémeyOuvrant leursplamesd'ai|^s;
Les récits enchantés et brisant freins et règles s
Le drame sons ta main comme un géant grandi ,
colosse du schisme 1 hérétique hardi >