LE CHŒUR
Nous ne trahirons pas ! car la fidélité Fut l'àme et le sang de nos pères !
Nous sommes tes enfants, Tsar ! notre piété Fera tes jours beaux et prospères!
LE POÈTE
Aux chefs comme aux soldats une coupe à plein bord!
La guerre est notre poésie!
Là tout est en commun, et la vie et la mort !
Là cesse toute hypocrisie !
Force dame, droiture, honneur, simplicité,
Mœurs éclatantes de franchise, Audace d'action, cette mâle beauté,
Jointe à la fermeté soumise, Tout se retrouve là ! Que jamais rien de bas
Ne souille le nœud qui nous lie !
Amis, notre lien, c'est l'amour des combats,
C'est le péril que l'on oublie.
Gloire à toi, notre chef! héros à cheveux blancs ,
Si vieux d'âge et de renommée, Si jeune de valeur ! Bien qu'il marche à pas lents,
Il va voler avec l'armée !
Qu'on aime à contempler son front audacieux
Où rayonne une cicatrice l Qu'on aime à contempler son calme insoucieux
Sous la bombe dévastatrice 1 О merveille ! voyez ! sur lui vient à planer
Un aigle traversant la nue I Voyez devant l'oiseau le vieux chef s'incliner!
Houra ! saluons sa venue !
Saluons ce prophète ailé, ce messager
Qui nous annonce la vengeance!
Koutousof nous conduit, dominant l'étranger
Des cimes de l'intelligence !
Donnons-lui notre foi ! l'âge le rend plus fort Sous sa cuirasse de pensées ;
Pour arriver si haut, il monta sans effort
Sur ses victoires entassées !
Moscou n'est pas tombée, amis, car nous voici!
Ses murailles étaient de pierre ; Mais nous, remparts vivants, nous, nous sommes ici,
Nous sommes la Russie entière l
CHŒUR
Moscou n'est pas tombée, amis, car nous voici l
Ses murailles étaient de pierre ; Mais nous, remparts vivants, nous, nous sommes ici,
Nous sommes la Russie entière l
LE POETE
Cette coupe est à toi, sainte fraternité,
О mère des amis fidèles!
Étreindre un ami vrai, c'est vers l'éternité
S'envoler deux à tire d'ailes !
C'est doubler le bonheur, ne souffrir qu'à demi,
Échanger courage et prudence, Porter en soi deux cœurs! un véritable ami,
C'est la seconde Providence !
Que le sort nous soit sombre ou bien éblouissant,
Les vents propices ou contraires, Jurons par cet œil creux du canon menaçant
De vivre et de mourir en frères !
CHŒUR
Que le sort nous soit sombre ou bien éblouissant ,
Les vents propices ou contraires, Jurons par cet œil creux du canon menaçant De vivre et de mourir en frères!
LE POÈTE
Que la coupe déborde! et buvons à l'amour !
L'amour blanchit toute âme noire !
C'est l'étoile des nuits, c'est le soleil du jour !
L'amour, c'est la vie et la gloire !
Aimez, frères, aimez pour grandir jusqu'au ciel,
Et pour tout vaincre sur la terre !
La femme est après Dieu le seul ruisseau de miel
Où notre àme se désallère.
Son Yoile de pudeur est ce voile du Beau
Qu'on lève dans un meilleur monde !
Vierge, elle est le reflet, mère, elle est le flambeau
De la rive où le bien abonde !
Une coupe à la Muse, à ses chants inspirés 1
À nos bardes, à nos poètes!
Car nos aieux portaient glaives et luths sacrés ;
Les chants précédaient les conquêtes !
Bien ne peut résister à ceux qui pour férir
S'enivrent d'hymnes, d'harmonie l Devant nos rangs pressés, oh! laissons-la courir,
La Muse joyeuse et bénie !
Que le poète soit l'émule du guerrier i
Chantons les cris de la mêlée, Et frappons des échos du combat meurtrier
La postérité reculée!
Levons la coupe, amis! cette coupe au Dieu fort 1 A genoux, à genoux, mes braves!
Il nous servit toujours de baliste et de fort, 11 a béni les drapeaux Slaves !
О bouclier du faible et de l'humble en tous lieux,
Invincible allié du juste !
Tu foules à tes pieds le grand et l'orgueilleux,
Comme le vent plie tin arbuste!
Toi qui tiens en ta main les hommes triomphants
Et les tonnerres de l'orage, Père, du haut du ciel, tu dis à tes enfants : с Mes fils, je vous attends... courage! •
Bord paisible et serein, claire immortalité,
Tatteindre est toute la science !
Paix à qui sut entrer dans ton port abrité!
Aux nochers errants, patience !
Heureux qui, l'arme au poing, tombe du premier coup!
Il est le vainqueur de la vie !
Le vieillard, en tremblant et fléchissant le cou,
Cherche une fosse, erre et dévie ; Mais le soldat gaîment dépouille son fardeau,
11 étend ses bras noirs de poudre, Puis perce d'un seul bond le lumineux rideau,
En s'envolant comme la foudre !
Amis, vidons encore une coupe... A l'adieu !
Le jour paraît, le canon gronde, Aux armes ! Remettons à l'égide de Dieu Ceux que nous chérissons au monde.
Parents, amis absents, à vous des jours meilleurs,
A vous les délices de l'àme, Couronnes de lauriers et couronnes de fleurs ,
Tous les biens que l'homme réclame !
Mourons pour eux ! ô Dieu des Russes! Éternel !
Qu'ici ta Droite nous bénisse !
Amis, embrassons-nous ! qu'un baiser fraternel
Là-haut encor nous réunisse !
CHŒUR
Mourons pour eux ! ô Dieu des Russes ! Éternel !
Qu'ici ta Droite nous bénisse !
Amis, embrassons-nous! qu'un baiser fraternel
Là-haut encor nous réunisse !
£я uictUc.
Le corbeau sur le toit a croassé trois fois ;
La vieille qui l'entend soudain pdlit et tremble ;
Elle a compris le sens de la sinistre voix,
Et son œil convulsif pleure et rit tout ensemble.
Sur son lit elle tombe et crie éperdnment :
«Mon fibi le moine, où donc est-il? qu'on me l'amène !
Que je lui dise un mot... c'est mon dernier moment.. . Vite, dépêchez-vous... ah!... je respire à peine! •
Portant les sacrements avec dévotion,
Le saint homme se hâte et va trouver sa mère,
Il vient inoculer par l'absolution
Une céleste joie à sa souffrance amère.
Mais lorsque vers le lit il eut fait quelques pas, La vieille en le voyant se dressa frémissante ; Elle hurle et lui crie : « Ah! ne m'approche pas! t On eût dit une voix de louve rugissante.
с — Loin de moi le calice et les saints sacrements ! Mes repentirs sont vains, mes remords inutiles... » — Et son sein se gonflait avec des aboiments, Et ses longs cheveux gris se tordaient en reptiles.
Or, le fils rapporta le ciboire au couvent,
Et puis il s'en revint auprès de la mourante. Elle avait le regard plus creux qu'auparavant ; Sa langue embarrassait sa lèvre murmurante.
t — Ma vie entière, hélas ! croupit dans le péché, Le divin Rédempteur ne veut plus de mon âme ; Mais toi, mon fils, dont l'âme au salut a marché, Sauve-moi, sauve-moi de l'éternelle flamme!
» Je fuyais ici-bas la clarté du soleil ;
La lune seule a vu mes actes sacrilèges ;
Des enfants nouveaux-nés j'ai bu le sang vermeil,
J'en faisais la liqueur qui sert aux sortilèges.
«Dans le brasier magique, en leur jetant des sorts,
J'ai brûlé les cheveux des jeunes fiancées,
Et souvent j'ai volé les squelettes des morte Que j'allais torturer dans leurs fosses glacées.
» L'infernal tentateur veut ma chair et mes os, Mon châtiment est prêt; moi, du ciel interdite, Qui n'ai pas respecté le sommeil des tombeaux, Je ne pourrai dormir dans ma tombe maudite, »
Ces monotones chants, ces visages pâlis, Ce cercueil morne et noir, l'église ténébreuse, Et dans les flots d'encens, en robes à grands plis, Les prêtres déployant leur fde vaporeuse,
Le moine désolé placé devant l'autel, En sa triste oraison se courbant jusqu'à terre, Les cierges scintillant sur le groupe immortel Des images qu'éclaire un jour plein de mystère.
Tableau lugubre à voir ! — Les cloches vont et vont ; (Test l'heure de vigile ; on s'apprête à l'office 5 On met de grands verroux à la porte du fond Dont les battants de fer bravent tout maléfice.
Les cierges cette nuit rayonnent ardemment.
Mais à minuit soudain mille clameurs prochaines Éclatent au dehors : c'est un long hurlement; Ce sont d'horribles cris, des cpups, un bruit déchaînes.
Les verroux ont tremblé de toute leur grandeur; On fait sonner plus fort les cloches dans le dôme; Le clergé stupéfait crie avec plus d'ardeur Et les chantres plus haut répètent chaque psaume.
Les cloches vont; leur son se mêle aux chants puissants; Les prêtres à voix haute entonnent la prière';
Le moine pleure et prie ; on brûle plus d'encens ; - 4 Les cierges ont toujours une vive lumière.
Le coq chante, et voilà que le bruit a cessé ; Les ennemis ont fui sans faire leur capture.
Le chœur plus hardiment dit le chant commencé, Les prêtres plus hardis poursuivent leur lecture.
Dans la seconde nuit, les cierges, les flambeaux Ont de ternes lueurs; l'encens à peine ondule ; Les assistants ont tous la couleur des tombeaux Et sont comme des morts sortis de leur cellule.
Encor des hurlements, des cris, d'étranges voix ; On mord les cadenas, on ébranle la porte ; €'est comme l'ouragan, la grêle sur les toits, Gomme des rocs roulants que le torrent emporte.
Le moine est étendu sur le pavé poudreux ; Les prêtres prosternés quittent les saintes pages ; Les cierges fument tous; un voile ténébreux Couvre les châsses d'or et noircit les images.
Les coups tintent plus fort, plus fort va le beffroi; Les voix des desservants de plus en plus faiblissent ; Ils regardent sans voir ; leur front, leur cœur est froid, Leurs genoux ont fléchi, leurs cheveux se hérissent.
Le coq chante, et voilà que l'orage a cessé.
L'ennemi fuit encor sans faire sa capture.
Le chœur plus hardiment dit le chant commencé, Les prêtres plus hardis reprennent leur lecture.
t Rappelle-toi ces mots, ce sont mes derniers vœux : Il faut que sur mon corps, sur mon linceul, ma bière,
Et le drap noir qui doit la couvrir, je le veux, Tu jettes l'eau béai te en faisant ta prière.
• Il faut que mon cercueil soit coulé tout en plomb, Que sept cercles de fer l'enlacent de sept brides i Qu'au pavé de l'église il soit posé d'aplomb, Cloué près de l'autel à des chaînes solides.
• Les chaînes, passe-les à l'eau sainte à leur tour ; Que les prêtres du lieu, sous leur chasuble sombre, Autour de mon cercueil assemblés nuit et jour , Chantent de profundis réunis en grand nombre.
• Que, revêtus de noir, répondant à leurs voix, Cinquante desservants chantent selon l'usage ; Que les cierges ardents, allumés à la fois, Rayonnent nuit et jour au pied de chaque image.
• Que l'on fasse sonner les cloches jour et nuit, Et que la résonnance en soit sonore et forte ; Que l'église soit close, et dès que le jour fuit, Que les diacres toujours en encensent la porte.
» Qu'on y mette yerroux et pesants cadenas, Et que depuis vigile à l'heure des matines, Même pour un moment, on ne les ôte pas ; Qu'on entende toujours les oraisons divines.
» Priez, car c'est ainsi qu'on pourra me sauvet, Priez ainsi trois jours et trois nuits sur ma bière, Alors mon suborneur ne pourra m'enlever, Et je reposerai paisible au cimetière. »
Elle dit, et bientôt elle ne put parler.
On vit ses yeux blanchir sous leurs paupières vertes;
Son dernier souffle alors venant à s'envoler, Sa tête retomba les lèvres entrouvertes.
Les prêtres assemblés selon ses derniers vœux Sur son cadavre froid, son linceul et sa bière, Que couvrit un drap noir, avec un soin pieux, Jetèrent leau bénite en disant leur prière.
Sept cercles sont cloués sur le cercueil ; des vis, Enormes d'épaisseur, dans ses flancs sont entrées ; Par trois chaînes de fer aux dalles du parvis On le fixe d'aplomb près des portes sacrées.
Chaque chaîne est passée à l'eau sainte à son toux ; Et les prêtres, vêtus de leur chasuble sombre, Entourent le cercueil pour dire nuit et jour Les offices des morts ; nul ne manque à leur nombre.
Sous leur vêtement noir orné de blanches croix, Entonnant lentement quelque verset d'usage, Chantent les desservants ; et Ton voit à la fois Des cierges dans leurs mains, des feux à chaque image.
A la troisième nuit les cierges brûlent mal ; La fumée é& épaisse et sombre et sent le soufre ; Tous les prêtres rangés près du cercueil fatal Semblent des spectres noirs et l'église est un gouffre.
La porte est assiégée : on eût dit l'Océan Qui lance en mugissant son onde intarissable ; On eût dit une trombe en son manteau géant Emportant dans la nue une steppe de sable.
Les sonneurs au clocher frémissent de terreur ;
Les cordes vont glissant entre leurs mains troublées ;
La tempête et l'orage augmentent de fureur, Les cloches faiblissant rabattent leurs volées,
Le moine tout tremblant tombe devant l'autel, La prière se meurt sur sa bouche muette ; La face sur le sol, glacé d'un froid mortel, Il gît terrifié, n'osant lever la tête.
Le chant, qui jusque-là maintenait son accord, Devint une clameur confuse , dissonnante ; Et chacun crut sentir que, cédant à l'effort , L'église avait bondi sur la terre tonnante.
Voilà que tous les feux blêmissent à la fois ; Les cierges, les flambeaux se sont éteints et fument ; Le chœur s'est tu ; chacun fait le signe de croix, Tous attendent, tremblants, la chose qu'ils présument.
Alors d'horribles bruits qui n'ont pas leurs seconds. Ce fut comme l'appel de la dernière aurore.
La porte de l'église, arrachée à ses gonds, S'écroula bruyamment sur le pavé sonore.
Et Satan apparut enveloppé de feu!...
La fureur éclatait sur sa face bronzée ; Mais il n'osa franchir les abords du saint lieu Et resta sur le seuil de la porte brisée.
Aussitôt le cercueil que nul bras ne toucha , Craquant comme la nue où l'éclair va descendre, Le lourd cercueil de plomb des chaînes s'arracha Et les cercles de fer s'envolèrent en cendre.
Le couvercle s'ouvrit sur le corps trépassé ;
Et Satan lui cria : « Debout l et suis ton maître ! »
Sur la face immobile et sur le front glacé Un réseau de sueur soudain vint à paraître.
Et le cadavre alors se dressa lentement, Et, forcé d'obéir à Tordre épouvantable, Il se leva, poussant un long gémissement...
Oh! Ton n'ouït jamais de cri plus lamentable!
La morte en chancelant marcha vers le portail ; Là piaffait un cheval plus noir que la nuit sombre ; Le feu de ses naseaux inondait son poitrail, Et ses yeux paraissaient deux fournaises dans l'ombre.
L'infernal cavalier, chargé tle son butin, Sauta sur le cheval serrant la cavalière...
Bientôt ce ne fut plus qu'un hurlement lointain... Depuis nul n'entendit parler de la sorcière.
Nul ne vit chevaucher ce couple sans pareil ; Un sillon sulfureux resta seul sur la grève.
Seulement cette nuit, troublés dans leur sommeil Les enfants nouveaux-nés tressaillirent en rêve.
XIX Be SIÈCLE.
it |3лбод0с bu ïlhîtî.
Tandis que nos soldats avancent par les champs Où ton flot gris, ô Rhin, serpente et se déploie ,
Mon cheval qu'emporte la joie Sort des rangs, vole, atteint les bords aux verts penchants
Et, brûlé par sa soif profonde ,
Se plonge avide dans tes eaux
Que son poitrail et ses naseaux Sillonnent, rafraîchis par Tonde.
Oh ! bonheur ! c'est le Rhin ! j 'y suis ! — De toutes parts Mon œil salue au loin les immenses campagnes,
Les rocs roulés sur les montagnes Les vieux châteaux debout sur les rochers épars ;
Beau pays où la gloire pose
Sur des souvenirs précieux!
Où des Alpes, ces sœurs* des cieux ,
Tombe le fleuve grandiose.
Témoin des temps passés, Rhin superbo, c'est toi Qui fie boire tes flots aux légions romaines,
Quand les fières tribus germaines Pliaient devant César en subissant sa loi.
Son glaive, fouillant ces contrées , Brilla, tua, vainquit ici, Et son noble coursier aussi Traversa tes ondes sacrées.
Puis vint un nouvel âge. Au mont Gapitolin
Flambe la croix. L'amour, l'honneur, brûlent les âmes,
Les chevaliers servent les dames , Couvrant du bouclier la veuve et l'orphelin ;
Ici, les preux, aux fronts sévères,
Ont eu leurs passes, leurs tournois....
J'y crois encor, comme autrefois ,
Entendre le luth des trouvères !
Oui, sous l'ombrage épais des chênes, des noyers, Dans ces hameaux Qu'habite line foule choisie
Le souffle de la poésie Parfume encor les prés, les torrents, les foyers.
Tout exalte ici, tout inspire!
Amour sacré du sol natal , Mépris de Гог, ce vil métal ,
Mœurs où le bon vieux temps respire !
Tout prête à la pensée un vol audacieux ,
Tout l'enflamme ! elle va dans le brouillard des âges
Redemander à ces rivages Jusqu'aux bardes errants dans leurs bois spacieux.
Fiers, libres, ces chantres antiques
Exhalaient ici leurs accords ;
Mais hélas! l'écho de ces bords
Nous tait leurs sauvages cantiques !
Et toi qui les connus, toi l'ancêtre des eaux Tu fis taire comme eux ta vague murmurante
Lorsque la liberté mourante, Te vit, captif, cacher ton front dans les roseaux.
Hier encor, ta rive aimée Tremblait sous un altier vainqueur Et tu passais, la rage au cœur , Entre les rangs de son armée.
Hier encor, le long de ces riants vergers, De ces coteaux sacrés que la vigne décore
En longs festons, — hier encore Le villageois heurtait des hordes d'étrangers , Qui pleins d'orgueil, les yeux hostiles, Vidaient, au fond des verts cristaux , Le vin puissant des grands coteaux Et foulaient les moissons fertiles !
Mais l'heure du destin a sonné ! Nous voilà!
Nous voilà te portant sur l'aîle du tonnerre
La liberté !... Quittant son aire, Du brâsier de Moscou notre aigle s'envola !
Nous venons de la nier de glace , Nous venop* des flots du Baïcal , Nous venons des crêtes d'Oural »
Des terres que le Don enlace;
Nous venons du Caucase et des flots Caspiens , De la Néva, du Dniepr, de la Volga sonore....
Du nord, du couchant, de l'aurore Nous accourons, ô Rhin, venger tes citoyens,
Délivrer la rive fleurie
Oii, radieux, naquit un jour
L'ange de paix, l'ange d'amour
Qui plane sur notre patrie ! *
Quel spectacle énivrant éblouit les regards I
Là, luisent en roulant les lourds canons de cuivre ;
Dont le cortège se fait suivre Par les rangs hérissés de fusils, d'étendarts.
* L'impératrice Elisabeth, épouse de l'empereur Alexandre, était fille du margrave de Bade.
Puis Гог, l'argent de Tépaulette , Le casque des blancs cuirassiers La flamme rouge des lanciers Brillent dans l'eau qui les reflète.
Ici la hache tonne, abattant les grande bois ; Le feu des gaie bivouacs jaillit, fume et pétille ;
Le vin dans les coupes scintille , Mille houras vers les cieux montent comme une voix.
Ailleurs le fantassin embrasse '
Avec transport le fantassin ,
Plus loin galoppe un fol essaim
Que portent des chevaux de race.
Un cavalier debout sur un tertre, un gazon , Tout seul, triste et rêveur appuyé sur sa pique
Poursuit d'un œil mélancolique Le fleuve sinueux qui fuit vers l'horizon.
Peut-être est-ce Tonde elle-même Du lieu natal qu'il croit revoir, Et presse-t-il sans le vouloir Sur son cœur sa croix de baptême!
Mais voici que déjà se dresse parmi nous
L'autel sans tache auprès de nos sanglants trophées.
Devant le Dieu des Mâcha bées Un prêtre vêtu d'or fléchit les deux genoux.
Déjà nos bannières flottantes
Le couvrent d'ombres et de bruit ,
Et sur l'autel l'aube qui luit
Sème ses flammes éclatantes.
Bientôt aux cris de guerre un saint recueillement Succède parmi ceux qu'attend le saint mystère.
Les armes s'inclinent à terre , Chefs et soldats se sont prosternés humblement.
Notre hymne est au Dieu des victoires ; La foi brille en nos rangs épais Et les encensoirs de la paix Fument pour les célestes gloires.
Tout s'ébranle soudain. L'armée à flots pressés Se meut comme une mer. On entend sur la foule
Des cris puissants que l'écho roule Et que jamais le Rhin n'ouït aux temps passés. Le pont tinte comme une enclume Sous le poids d'hommes qui le tord.
Et l'ennemi sur l'autre bord Recule et se perd dans la brume.