‹ Les poètes satyriques des XVIe et XVIIe sièclesChapitre 23 sur 30 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Ne parler qu'avec gravité, Et dire quWmour est un vice, C'est aux autres pudicité, Et à vous ce n*est qu'avarice.

Car au son de Tor amassé, Vostre âme devient agitée, Comme Alexandre au temps passé, Au son du luth de Timothée

Si tost qu'on vous offre des dons, L'amoureux plaisir vous dévore, Où vous faites plus de fredons Que Faverolle à la mandore .

Comme au son de quelque instrument Le Diable quitte une personne, Au son de l'or soudainement La cruauté vous abandonne.

Quelque vertu qu'on puisse avoir, U faut que l'argent vous achette, Rien ne sert, valeur, ne sçavoir, Le mérite est dans la pochette.

PIERRE MOTIN Ôt

Et lorsque mon désir reçeut De vos faveurs la douce gloire, L'espoir de gaîgner vous deeeut^ Et moy de garder ma victoire.

Nous perdons tous deux le bon heur, De nostre amitié mutuelle.

Car vous me preniez pour donneur, Et je vous prenois pour fidelle.

Aussi depuis vous reprenant.

N'ayant point en moy de ressource, Vous me voulez du mal autant Que si j'avois pris vostre bourse.

Quittons-nous donc d'affection, La vostre si peu retenue Me semble une polution Qui m'est en songe survenue.

Mais je vous donne advis certain, Que pour vous monstrer généreuse, Il faut bien faire la putain Sans pour cela faire la gueuse.

{Recueil des plus excellants vers satyriques, Paris, Estoc, 1617.)

BERTÏIELOT

Gilles Ménage, soucieux de l'avenir des poêles, raconle, à propos de Malherbe et d'une galanterie qu'il eut pour la vicomtesse d'Auchy, que Berthelot railla en vers guoguenards une passion qui ne devait être^ à l'en croire, qu'un motif purement imaginatif. On connaît la pièce de Malherbe :

Qu'autres que vous soient désirées.

On n'ignore point celle de Berthelot :

xAvcir le cœur tout plein defiânus Et faire les doux veux aux 'Dames

Cela se peut ficilement; Mais de pouvoir en sa vieillesse Jouîr d'une belle mailresse

Cela ne se peut nullement

Malherbe, pour répondre à ces vers, fit donner des coups de bâton à Berthelot par un gentilhomme de Caen nommé la Boulardiére,

Cette anecdote, ou plutôt le souvenir de cette bastonnade, joint à l'impertinence des vers de Berthelot ce sont là certes des titres de gloire. On ne Va pas oublié. Berthelot fut un caustique et un agressif. Son talent ne naît pas tant de son imagination et de ses dons lyriques, que de sa vei-ve Jrondeuse et dhine impudence qui souvent Jurent payés au mieux de leur mérite. N'allat-il point quelque jour, — las de la proie facile que lui était Malherbe, — s'attaquer à Mathurin Régnier ? Rien, sinon une mauvaise pièce anonyme du Cabinet satyrique (et qui paraît être de Sigongne), ne nous

BERTHELOr

révèle rissue de la lutte. Berihelot laissa dans sa produclion le souvenir de ses débauches... Ses œuvres auxquelles il ne faut point, à Vexemple de quelques bibliographes , railacher les Souspirs amoureux, médiocre ouvrage d'un homonyme ignoré, se trouvent dans les plus cyniques recueils du XVIh siècle^ entr'autres le Cabinet satyrique, le Parnasse satyrique, le Recueil des plus excellants (sic) vers satyriques de ce temps. Claude de VEstoile a laissé^ dans un de ses curieux manuscrits, le détail de la querelle de cet auteur avec Malherbe ; ces feuillets curieux Jurent reproduits en notes par Paulin Paris dans la dernière édition de Tallemant des Réaux,.,

L'AMOUR VILAIN Satyre

Venus n'est pïas mère d*aniour, L'avarice Test à son tour, Qui de jour et de nuit rallaicte Du laict empesté de sa tette :

Ce qui faict que rien à présent il n'exécute, sans présent.

Retenant l'avare nature De sa maudite nourriture.

Un homme pourroit estre beau Autant que cil qui, dedans l'eau, Remirant sa beauté supresme Mourut amoureux de soy mesme ; Les dames le trouveront laid, S'il n'est en richesse parfaict.

On pourroit estre autant habile En vers que le docte Virgile Ou qu'Homère, ou que celuy-là Qui beut de l'onde qui coula Tout soudain de la pierre morne, Qu'elle reçut du coup de corne Du pied du cheval emplumé, On ne sera point estimé Des dames, si l'on ne possède De l'or autant qu'un Roy de Mède.

Vous pourriez estre en tous hazards Vaillant autant que les Césars, Voire même et à coup d'espée Adroit autant qu'estoit Pompée,

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