‹ Les poètes satyriques des XVIe et XVIIe sièclesChapitre 25 sur 30 · BERTHELOT · texte numérisé non relu

BERTHELOT

Pour faire un assaut aroourcux, Ainsi que font les généreux.

Ce néanmoins plus curieuse D'estre brave et impérieuse, Elle espousa cet autre Atis, Qui sans amoureux appétits, Et privé d'ardeur naturelle, S'endort toute nuit auprès d'elle.

On dit, je ne sçay si Ton ment, Qu'au jour de leur espousement Toutes les mules de Touraine, De Poictou, d'Anjou et du Maine, Se prinrent à s'entregratter, A braire, à chauvir, à sauter.

Joyeuses de quoy cette fille Augmentoit leur bande sterille. On dit que Proserpine aussi Abandonna l'antre obscurcy, Et la phlegetontide rade Pour s'en venir en mascarade, Danser un balet infernal, En la salle où estoit le bal De cet inepte mariage Et dit-on encor d'avantage.

Que Berecinte au front plissé, Au teint morne et tout effacé, Vestuê en robe Phrigienne Tint ce jour la feste Origienne, Puis assembla tous les chastrés, Qui furent d'elle rencontrés, Et toutes les filles dont Tâgc N'est plus idoine au mariage,

6s LES POÈTES SÂTYRIQUES

Ayant par trop de cruauté Envieilli leur virginité.

Et rendu leur face pius bîcsme Que n'est ccUe de la mort mesmc,

Elle invoqua pareillcmenl

Celles qui a*ont aucunement

Ces fleurs, qui donnent tesmoignage

D*un futur et plaisant lignage.

Vous parens avaricieux,

Parens seulement soucieux

Des biens, et non de la sagesse

Qui surpasse toute richesse,

Vous ne devez être marris

Ayant donné de tels maris

A vos filles, si la nature

Les force à chercher aventure

Autre part qu'en leur Ht nocier,

Et ne devez vous soucier,

Si d'elles sort une lignée

Maussade, lourde et rechignée.

Sans esprit et sans action.

Sans ordre et sans perfection :

<c Car jamais une bonne engeance

d Ne sort de mauvaise semence, d

{Cabinet Satyrique, éditions de 1618, t6ao et 1666

coîlationnées .)

BERTHËLOT 6<

EPIGRAMMES

Je croyais que Marthe deust estre^ Bien parfaicteen tout ce qu'elle a.

Mais, à ce que je pais cogooisire Je me trompe bien à cela, Car bien parfaicte elle n'est pas ; ToujoUL-s on besongne à son cas.

Depuis que Madelon m'a veu Porter lunettes et calotte, Elle a secrettement pourveu A trouver un autre pilote.

Je trouve qu'elle n'est pas sotte :

Car il faut, pour vray, confesser, Que le navire bransle et flotte Quand le mast ne peut plus dresser.

(Cabinet Satyriquej éditions de 1618, 1620 et 1666 collalionnies ,)

SONNET

Je vous demande un don, mais las ! permettez-moy. Que sans vous offenser je vous le puisse dire : Vous sçavez bien que c'est d'un amoureux martyre. Relevez-moy de peur, allégez mon esmoy .

C'est trop tarder, il faut que je parle une fois,

Tant plus je tais mon mal, tant plus mon mal empire,

Je vous demande donc ce qu'un amant désire,

Et garde en demandant l'honneur que je vous dois.

Mais quoy, ma douce vie, il me semble à vous voir. Que vostre esprit se masque, et feint de ne savoir. Ce que vous connoisse^, mesme vostre enfance.

Lasî si je vous le dis, vous vous ofTenserez, Mais si nous le faisons, je sçay que vous direz, Qu'on ne vous fit jamais une plus douce offense.

(*Pamasst Satyriqui,)

EPIGRAMME

Un jour iMargot prit la mesure

De rinstrument à son mary,

Et pour lors, à ce qu'elle jure,

Il en avoit pied et demy.

Mais après deux ou trois secousses,*

N'en pouvant trouver que neuf pouces,

Le pauvret vous en fait pitié ;

Rendez-moy, disoit-il, mon compte,

Ne devriez-vous pas avoir honte,

De m'en retenir la moitié.

Response

Après qu'elle eut tout à son aise Ry de le voir desconforté, Ha, dit-elle, que je te baise, Mon cœur, je ne t'ay rien osté.

Mets ton ventre contre mon ventre, Frotte-le bien afin qu'il entre ; Sitost qu'il sera prou tendu, Mets-le dedans et n'aye honte, Alors tu trouveras ton compte.

Au lieu mesme où tu l'as perdu.

{Parnasse Satyriqui^)

SIGOiVGNE

N. de Sigogne, Sigongne ou Cigongne, selon les commentateurs, fut en son lemps quelque peu notaire. AL Paulin Paris lui a consacré, dans les noies accompagnant son édition des Historiettes de TalUmant des RéauXf une curieuse notice empruntée aux contemporains et dont un extrait suppléera aisément à la sécheresse de nos remarques :

(fil étoit fils de René de Beauxoncles, sieur de Sigongne^ gouverneur de Dieppe de 1^62 à i§85. Suivant Motiny qui pouvoit bien le calomnier, son grand-père aurait été chirurgien-barbier :

Voyei sa barbe bien coupée Du rasotr qui servit d'épée A sire Pierre le barbier.

Qui jadis iioit son grand père.

Dont se célèbre la mémoire Parmy les maistres du métier

(Responce au combat d*Ursine et de Perrcttc. Cabinet satyriqnc II, pp. 63 à 68),

a Ces diatribes prouvent à ceux qui ont l'expérience de ces choses, que Sigongne était envié de ses confrères en satire, parce qu'il étoit de tous le mieux reçu à la cour. En effet, Henry IV aimoit son esprit, et Von comptoit avec lui dès le temps de Henry UIj comme on verra par le tour qu'il se permit, quand Bassompierre vint à Paris pour la première fois. Vers i5g$, il eloit ecuyer d'écurie che^ le Roy ; il fut en i6o3 nommé ou confirmé gouverneur de Dieppe, Sigongne, au lieu de résider, s'attachoit aux traces de la marquise de Verneuil et passoit pour servir le Roy prés de la dame. Dans une pièce de vers répandue au mois d'octobre iôoj, les Comédiens de la Cour, on introduit Rosny, qui propose de remplacer chacun des farceurs italiens par autant de courtisans non moins habiles :

J2 LES POETES SATVRÎQUES

Sîre^ priifitèfrment, pour un bon Peirplin,

Qui içait faire aux amans un dout maquertU&gt^

Et qui d à4 no tare un aipfit de faquin.

Ci ctçu de Sigongne en fort hcn periBunage,

(f Mats il encourut bientôt la disgrâce du Roy, soit quHl mit quelque indiscrétion dans le service dont il était chargé^ soit qu'il eut écrit, sous la dictée de la Marquise, des lettres d'amour adressées à d'autres. En 160$^ il fut obligé de quitter la Cour et de retourner à Dieppe. <( Les coffres de la Marquise fouillez » {dit VEstoile, à la date de décembre 1604) (( et ses papiers tous inventoriez, on y trouva force petits poulets amoureux, instrumens du mestier, et entr* autres de Sigongne, qui furent cause de le disgracier,))

(fSigongne mourut en avril 161 1, ((En ce mois,)) dit 'Pierre de VEstoile, (( mourut M, Sigongnet (lisez Sigongne), gouverneur de Dieppe, auquel on disait

que le gouvernement d'un haras de g et guildines

eust esté plus propre que celuy d'une telle ville, Aussy y estoit-il parvenu par le maquillonnage et sale trafic de cette marchandise. Il mourut pauvre, et disoit-on qu'à peine avoit-on trouvé de quoy le faire enterrer, combien qu'il fust de ces gouverneurs de Velleius Paterculus qui publica ruina malunt quam sua proteri. ))(p, 66i, édit. de i8yy) ))

Sigongne est un poète des plus intéressants, non point tant en raison de sa liberté de langage que de son observation aiguë. Plus que che^ aucun autre, on trouve en lui la source de bien des événements singuliers et le détail de nombreuses aventures de mœurs, La trame de ses vers est légère et laisse transparaître souvent les physionomies de ceux qu'il déguise à loisir. C'est un satyrique d'esprit populaire

LE GAUDE-MICIIY DES FILLES Stances

L*Oîi ma dit que le plus souvent,

L'amour vous contraint en servant (i>

De faire à Tenvers la grenouille,

Et que faictes mille regrets

Pour les doux mystères secrets (2)

Du feu secret qui vous chatouille.

Mais je me plains que tout le jour Fuyant mesme le nom d'amour Vous contrefaictes la doucette, Cependant que toutes les nuicts Vous prenez de nouveaux desduicts, Avec un manche d'epoucette.

Mais un clou qui se destacha Ces jours passés, vous escorcha, Dont vous faietes si triste mine Que vous allez tout desdaignant:

Pouvant à peine en rechignant Retenir Teau de vostre urine

Une autre fois, il faut choisir, Le lieu, le temps et le loisir Pour vous resjoûir à vostre aise.

Usant de ces bastons polis Dont vous arrangez les gros plis Ft les bouillons de vostre fraise.

i)Variante: resvant.

(2) Variante : Et que vous pousse^ cent soupirs

Pour les doux et charmants plaisirs (Cf.Ed. Lenglet-Dufresnoy).

t-ES POÈTES SATYRIQUES

Ceux de veloux ne coulent pas; Ceux de satin deviennent gras^ Et sont rudes à la coustare:

Et ceux de verre en la chaleur S'ils se cassoient par un malheur Vous pourroient blesser Ja nature.

Si voua en prenez un de fer Avant qu'il se puisse eschauffer H ne fera rien qui vous plaise.

Mais I Je me trompe en cet endroit, Car aussi tost il se fondroit.

Comme dedans une fournaise

Mais il vaut bien mieux pratiquer L'amour mesme sans se mocquer Sans aimer Tombre de soa om.bre, Et saas par un esbai nouveau Vous jouôrde quelque naveau Ou d'un avorton de concombre.

Ce n'est pas ainsi qu'il nous faut] Refroidir un endroit si chaud, Qui d'une feinte ne s'abuse, Et qui pourrolt ea un moment Allumer dans un régiment Toutes les mesches d'arquebuse.

N'y se tromper delà façon De celle qui pour un gar<;on Embrassoit souvent une femme; Et qui mourant de trop aimer, Ne trouva qu'aux flots de la mer Un remède à sa triste flâme.

SÎGONGNE 75

Vous n'attendez qa'ua mary aeuf»

Qoeique veau pour devenir bœuf, Qui vous oste ce nom de fiUe, Et tenant clos vostre vallon^ Craignant Tenfleure du ballon Vous vous esbattez d'une quille.

Mais quiconque soit le damné,

Votre mary' prédestiné,

Bien qu'il n'épouse qu'une beste,

Heureux il sera, le cocu,

Au moins si vous avez le eu

Tout aussi léger comme la teste.

{Cabinel Satyrtquf, éditions de 1618, 1620 et 1666,

collaltonnèes . )

SONNET

Elle a beaucoup de l'air d'une antique marotte, Son teint est délicat comme un vieil brodequin, Son corps est en bon point autant qu'un manequin, Et chemine aussi gay comme un lièvre qui trotte.

Elle parle en oison qui jase dans la crotte, Elle rit en guenon qui a son vertcoquin,!

Elle sent aussi bon que fait un vieux bouquin, Et tient sa gravité comme un asne qu'on frotte.

Son chant approche fort d'un geay pris à la glus Amoureuse à la voir comme un plat de merlus, Gaillarde comme un chat qui gambade en gouttière.

Bref, c'est un marmouset habillé d'un rabat.

Un ballay escourié d'une vieille sorcière, Car qui la monteroit iroit droit au sabat.

coilatiattnîi's, \

EPIGRAMME

L'amour^ le désespoir, la rage.

Agitent son foi b le courage, Par de si violents efforts, Qu*elle en est toute forcenée, Et la pauvrette s'est donnée D'un V. . i par le milieu du corps-

(Cahîful Saiyriqtif, éditions de i6l8| 1620 *t 1666 ccUaticnnfcs.\

SUR UNE JEUNE COURTISANE Stances

Cette fille d*amour, ce germe de Cypris^ Voyez comme elle suit ses parens à la trace : C'est uo corps en humeur qui charme les esprits ', Aussi dit'on qu'un chien souvent chasse de race.

Sa mère pour l'honneur de ses plus jeunes ans De ce doux entretien avoir Tâmc ravie, Elle qui la veut suivre en donne à tous venans, Afm qu'en ces combats elle honore sa vie/

SIGOMGNE 77

D'un courage plus fier, d un brusque manimenl Aux combats amoureux de jour en jour elle entre ; Sa valeur la maiotient ; car en ce mouvement Quand on îa touche au vif elle parc du ventre.

Bref en mille façons, en passages divers, Ores à la moderne, et tantôt à Tantique, De droit et de costé, de long et de travers, Elle monstre à Tessay l'amoureuse pratique.

Jamais en cet accàs le cœur ne luy défaut.

Toujours fort à propos on la trouve en posture ; C'est bien pour soutenir la fureur d'un assaut, Quand on joint rartifice avccque la nature*

{Cahimi Saiynatu^ édilwm dt îôtS^ léio €i lââé, CifUiitwnnèti.)

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