‹ Les Poètes sociauxChapitre 48 sur 72 · GEORGES-HECTOR MAI · texte numérisé non relu

GEORGES-HECTOR MAI

GAMINE DE FAUBOUEG

Fine et blanche, ô petite fille de banlieue,

Qui semblais rêver, tout au long des maisons "bleues

Où l'immense soleil doucement tamisé

Par les vitraux du soir glissait comme un baiser...

On entendait frémir la Ville aux cheminées

Lumineuses ; c'était la fin de la journée.

L'espace était si vaste et clair ! On aurait dit

Que la terre montait ce soir au Paradis,

Transparente et dressant ses villes de lumière.

Et les maisons semblaient des peuples en prières.

Et des flots d'ouvriers descendaient les faubourgs

Où l'usine d'effroi dresse ses hautes tours.

Et l'air était si fin, les étoiles si frêles

Qu'elles semblaient tomber comme des plumes d'ailes.

Et la ville était douce et le monde était blanc. —

Des rêveurs inconnus galopaient en frappant

Leurs grands poitrails velus où saignaient des blessures.

Ta mère descendait de la ville, au lointain.

Et ton père chantait en suivant les jardins.

Tu menais des marmots fardés de confitures,

De très graves marmots, avec des yeux très grands,

Tes frères, — qui battaient des mains en souriant

Vers le talus lointain où, couleur de turquoise.

D'innombrables wagons sifflent et s'entre-croisent. —

Comme le monde était transparent et léger ! —

Sur la route passaient des rôdeurs étrangers

Et des chariots lourds qui fuyaient de la ville. —

Regarde tout cela, passe, petite fille,

Passe... Ta vie sera si monotone et lasse,

Tu verras, bien des ans, ce merveilleux espace,

Ton mari descendra le long des jardins bleus;

Et puis — ne viendra plus, et puis, — tu seras vieille...

Et vivre est une chose, hélas, toujours pareille :

^Viraer un peu, sourire un peu, rêver — un peu.

Page 1