HAMEÇON CARRÉ
L'hameçon carré sert à prendre la lotte, le brochet, les truites et d'autres poissons à grande bouche et de forte taille. Il a l'avantage d’être très bon marché et &e pouvoir être retiré du ventre des poissons sans les détériorer, parce qu’étant en fer doux, il se redresse facilement dans le ventre même des poissons qui l'ont avalé. En outre, sa forme carrée empêche les poissons à grande bouche de le dégorger. Il ne sert ou’en automne, et à cette époque le brochet est paresseux : il prend l'amorce et se pose tout de suite pour l’avaler ; ce qui fait que le crochet de lhameçon parvient ‘dans les intestins et ne prend jamais le brochet au coin de la bouche. L’hameçon carré n’a donc pas besoin d’être bien ardent, et sa forme à une raison d'être, puisqu'elle est adoptée spécialement pour les pêches où le poisson se prend tout seul.
Fi, 95. — Hameçon carré.
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CUILLER (Pêche à la)
En Angleterre, en Irlande et surtout * ; Écosse, les rivières se livrent à une série de cascades et de rapides au milieu desquels se réjouit une population de truites magnifiques. C'est là qu'on trouve la truite saumonée (furio argenteus), que les Irlandais nomment la truite de ner, et les Ecossais la queue noire. Les spécimens de ces poissons pèsent, l'un vingt-quatre livres et demie, et l'autre vingt et une livres, et ainsi de suite, C’est au milieu de ces eaux bouillonnantes qu'on va attaquer la truite du Loch-Leven (sulino ceciter, Parn.), au pied de la prison de la belle reine Marie. La truite commune ne s’y fait pas remarquer non plus par son absence, mais bien par ses dimensions colossales Quatre étant prises, on les met dans la balance ... La plus grosse pèse dix-sept livres, les trois autres chacune quinze! .. Vivent les Écossais !
Nous allions oublier la grande truite des lacs (stlmo feror) ; une amie des eanx profondes, pour laquelle on amorce sa ligne au moyen d'une petite truite montée en tue-diable, au milieu de 6 à 8 hameçons forts, dit Varrell, On leuroffre aussi en holocauste de jeunes Lbrochets qu'elles acceptent avec reconnaissance, Il est vrai que l’une d'elles pesait trentec'était la plus grosse. Celle qui venait après ne pseait que
quatre livres !
trente-deux livres, et la dernière, une plume. . . un duvet! ... seulement vingt-sept livres.
— Comment aller attaquer de semblables monstres ?
— À la cuiller.
— Oh!
— Pas tout à fait avec la cuiller qui sert à une belle dame pour prendre une glace, mais avec quelque chose d'analogue, et. . . disons-le hautement, cette cuiller-là, convenablement assaisonnée, ferait parfaitement notre affaire.
On n'en est pas arrivé là du premier coup.
Les pêcheurs habiles — et ils sont nombreux dans ce pays-là — ont commencé par mettre à leur hameçon un poisson vif. Celui-ci n'a pas plus tôt touché les ondes bouillonnantes, que, déchiréen mille pièces, emporté, il à disparu. D’expérience en expérience, les pêcheurs se sont assurés qu’un poisson vif ne présentait pas assez de résistance pour une traction semblable à celle que lui infligent ces bouillons d’eau tombant sur lui. De plus, ils se sont aperçus que la truite, toujours en chasse
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dans ce milieu infernal, et toujours aux aguets, déployait une force et une rapidité formidables pour atteindre su proie qu'elle voit tourbillonner au milieu de l’écume. Elle s'élance la gueule ouverte, les dents prêtes, et coupe d’un coup la moitié du poisson, par où elle l’attrape, laissant le reste à l’hameçon du pêcheur désappointé.
De toutes ces déductions, et de nombreux essais, est né le tue-diable.
Mais quelque pêcheur malheureux ayant vu sans doute son tue-diable emporté où mis en pièces par les rochers ou les racines de la rive, aura inventé la cuiller (fig. 97).
Figurez-vous la partie creuse d’une cuiller à dessert, coupée près du manche, Percez un trou en haut pour y passer une corde filée et une grappe d’hameçons, pendante sur la cuiller même, Percez un second trou à la pointe de la cuiller, et mettez-y une seconde grappe d'hamecons, pendante cette fois dans le vide, Attachez à On, 20 au-dessus de la cuiller, deux bons et solides émérillons. Faites que la cuiller soit brillante comme de l'argent ou de l'or, et lancez dans la cascade,
FiG, 97. -Cuiller.
A l'instant même l’eau, frappant irrégulièrement dans la cavité de la cuiller, lui imprime un mouvement de rotation extrêmement rapide, quoique irrégulier. Les hameçons disparaissent, emportés par ce tourlillon, et le tout roulant sur lui-même figure un joli poisson d'argent emporté vertigineusement par les bouillons de l’eau furieuse. La truite n'y regarde pas de si près. . . d'ailleurs, elle n’en a pas le temps. L'eau la presse, la presse, . . il faut se hâter ! Elle s'élance d’un bond énorme, englobe la machine brillante, et la lutte commence entre le pêcheur et le pêché, deux animaux auxquels, en courant, le cœur bat aussi vite à l’un qu'à l’autre. C’est une bataille de 30, 40, 50 minutes, lutte à toutes jambes, emportée, à travers les ravins, les pierres, les taillis, par l'autre qui fuit à tire-d'aile et que le flegmatique cuillerier ne lâche point !....
Entin la paix se conclut, et tous deux, harassés de fatigue, s'arrêtent... Le plus petit entre dans le panier du plus gros en attendant mieux, et la toile baisse sur cette tragédie, toute prête à se relever pour une autre scène, sur le même théâtre.
Du petit au grand, nous ne manquons pas, au Canada, d'eaux bonil. lonnantes, tant dans nos montagnes que vers les déversoirs de nos usines, Cette méthode devrait donc être essayée; la truite, chez nous, mord aussi vivement que là-bas, et quand, au lieu d'une cuiller à potage qu'on emploie pour le férox, nous ne nous servirions que d'une cuiller à café même que de la cuiller d’un ménage de poupée — nous prendrions de belles et bonnes truites que personne n'ose aborder dans ces endroits-là,
C'est la grâce que je vous souhaite, à lecteur mon ami !