‹ Les poissons d'eau douce du Canada [microforme]Chapitre 39 sur 236 · CT EL · texte numérisé non relu

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plumet — car il lui faut des eaux agitées pour brasser ses œufs et en précipiter l’éjection — combien de fois je me suis lassé à enrouler ma ligne autour de son corps pour l’amener au rivage ou le griffer dans la rotation, sans avoir dompté maître jack à la tâche? Durant cinq ans de cet exercice persévérant, je n'ai réussi à capturer qu'un seul de ces poissons et j'eus le plaisir de constater, au rose jaunâtre de sa chair, qu'il était un brochet de premier ordre — un vrai maskinongé. Qu'on en ait cure où non, j'affirme que la rivière du Sud, bordée de vieilles seigneuries, ne nourrit pas de brochets — de la valetaille — mais seulement des descendants de croisés, de vaillants maskinongés !

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Ne pouvant pêcher le maskinongé dans la rivière du Sud, on le chasse au fusil, durant les jours de chaleur, sur les trois et quatre heures de l’aprèsmidi, alors que le monstre, repu de chair et de sang, vient faire sa sieste à l'ombre, auprès du rivage, où il dort du sommeil du juste. Quand ce poisson cesse de chasser, soit à l'affût soit à couwrre, il dort au fond du lit de la rivitre, appuyé sur le trépied formé de ses deux pectorales et du lobe inférieur de sa caudale. Il est là, immobile, offrant l'aspect d’une racine de l'arbre riverain, qui lui prête son ombrage. D'ordinaire, il se laisse choir sur un fond de sable ou de gravier fin, à peu de profondeur, afin que les

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die rayons du soleil pénètrent jusqu'à son œil toujours ouvert, ou qu'il soit partion plus aisément averti du seul danger qu'il redoute, danger qui lui vient de broche l'homme. Doué d’une ouïe excessivement sensilile, le moindre bruit l’éveille

et le fait fuir entre deux eaux. Il faut le tirer pour ainsi dire «uw vol, et les coups portent alors bien rarement. Nous avons vu des chasseurs au brochet commun, rapporter des douzaïines de beaux poissons, de deux à eingq livres, dans l’espace de quelques heures, mais le maskinongé est pièce de roi et fait grand honneur à celui qui en roule trois, deux, et même un seul sous le plomb de son fusil dans une saison.

Les jours favorables à cette chasse sont assez rares. C’est à la fois du

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Qt Sud — , ‘ 1 6 ; dci calme, un calme plat, et du soleil tout plein qu'il fr it. Il va sans dire que Saint le soleil joue le rôle de traître,en désignant l'animal à vos coups. Le vent 0 ë y : . . . 0 .

du nord et du nord-est, la moindre brise l’éveillent, et inquiet du plus pmmun. , ; : , ï “io léger trouble de l’eau, il va se cacher dans les profondeurs S'il se O- | À :

; k trouve dans des eaux violentes, il guette ou chasse en tout temps, par ‘ées o , à ss <e N vent, pluie ou tempête, mais c'est que la faim le pousse. S'il mord une re en LEA TE ’ Et FR RTE pi lois à l’esche sans être pris, il y retourne presque aussitôt. Piqué même, mashri-

et rudement secoué, il ne tient pas compte du danger. Il sacrifie sa vie à sa fringale, c’est un passionnel à outrance, Celui-là, par exemple, comptez-y bien, est presque toujours un brochet maigre, indigne de figurer sur

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e l’ha- , \ «112 Le brochet fraye au printemps, de très bonne heure. Réveillé de son nante, | ait de

somme hibernal par le fracus de la débâcle, il jaillit soudain à ln surface de l'eau, en quête d'une compagne, qu'il a bientôt trouvée, La rivière coule à pleins bords, les ruisseaux sont des torrents qui charrient une eau vaseuse au milieu du lavage des guérets. C’est dans des flots tourmentés que le tyran des eaux fait ses amours ; mais il attend qu'ils se calment pour aller déposer ses œufs dans les racines des herbes marines qui les protégeront contre les crues violentes, Seuls, les brochetons de deux à trois ans, mordent alors à la ligne. Les vieux brochets ont bien d'autres

soucis. Toutefois, on les verra croquer en passant une ablette où un gardon, affaire de tempérament, Hélas! les pauvres petits ne perdent rien pour attendre, Tout à l'heure, les terribles ravageurs débarrassés des tendres sollicitudes de la famille, vont revenir, mais cette fois séparés, pour prélever sur la gent infime des poissons blancs une terrible ration

de sang. Comine les lions au désert, ils se partagent de grands espaces, de vastes pares de chasse où ils opérent des battues effrayantes de carnage, Tout plie sous la loi de leur mâchoire armée de milliers de dents : gardons, brêmes, chevesnes, perehes et jusqu'aux brochetons, leur propre race, à défaut d'autre pâture, Si goulus sont-ils parfois dans leur boulimie qu'ils avalent des pièces quasi de leur taille, dont l’ingestion menace de les étoutfer. A l'instar du bou constrictor, ils s'étalent, le ventre au soleil, attendant de lui la maturation d'une bouchée écœurante,

Lenz raconte qu'un propriétaire, voulant renouveler son étang, l'avait vidé de tout le poisson qu'il contenait, Un brocheton y avait trouvé cachette, et lorsque l'étang fut repeuplé de gros eyprins et de carpes de bonne taille, il se mit à y mordre de toutes ses dents animées de son insatiable appétit: mais les sujets étant énormes pour ses moyens d'inglutition, il dut passer des jours à les tenir dans sa gueule, pour les faire mourir d'abord, les amollir ensuite, et les plier, entin, pour les rendre propices à son entonnoir, Au cours de ce travail d'inglutition, le corps du brocheton s'amaigrissait, pendant que sa tête appliquée à la dévorution de captures trop puissantes, prenait des proportions exagérées. On le trouva, un jour, noyé par une carpe de trois livres, encore vivante, la tête à ce point développée qu'elle pesait autant que le reste du corps.

Trop de tête

Pauvre bête !

Les dents du brochet étant renversées en arrière, toute proie qu'il saisit doit se rendre à l'estomac. Quelquefois, on le voit se promener, tenant à la gueule un poisson énorme dont la tête rendue dans l’œsophage laisse pendre la queue du poisson avec une moitié du corps au dehors. Il attend que la partie engloutie soit ramollie pour aspirer le reste.

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Vers la fin de juin, les herbes marines qui tapissent les hauts fonds des rivières fournissent déjà un abri aux gardons et aux autres poissons blancs contre la dent de leur vorace ennemi, qui ne peut les y poursuivre par crainte de s'empêtrer dans des lacets inextricubles, C’est le temps du frai de ces petits poissons. La nature protège ainsi leur faible race et leur permet de se multiplier,

Que fait alors le brochet ? Il se rend dans un de ces endroits herbeux qu'il sait alors abondamment peuplés : il se tient immobile comme un soliveau. Les eyprins curieux qui avaient fui à son approche ne tardent pas à se montrer, Ils arrivent par centaines, puis par mille et plus. Une troupe joyeuse se joue autour du monstre. Il attesd sans bouger ; les imprudents se rapprochent encore. Les voilà massés dans ses eaux, à sa portée. Vian! d'un coup de queue, il bondit sur la troupe qui jaillit en étincelles, mais il en a englouti une abondante bouchée qu'il va broyer dans les eaux plus profondes, loin de la vue des chasseurs.

Nous attribuons l'espèce d'attraction qu'exerce le brochet sur les ables et autres petits poissons, à la mucosité sécrétée par des ouvertures rondes qui garnissent sa mâchoire inférieure et remontent même sur les préopercules. Les ables sont comme enivrés par cette liqueur et perdent toute prudence, toute € “inte, toute idée de danger.

Bien vrai i est que le brochet peut endurer la faim très longtemps, mais non moias vrai est-il que le manque de nourriture le fait dépérir dans la proportion que sa gloutonnerie le fait engraisser lorsqu'elle est satisfaite,

Le tableau suivant de sa croissance en donnera une idée :

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