PASCAL POIRIER
Il ne faudrait pas entretenir plus qu'il ne faut la vanité nationale, de l'idée que la province de Québec est favorisée entre tous les pays du monde, de la présence de la petite-morue. Elle abonde sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, où elle fourmille à l'embouchure des rivières durant toute l’année, Seulement, elle n’est vraiment bohne à manger qu'à l'automne et en hiver, et nulle part elle n’est aussi aflriolante que lorsqu'elle est capturée sous les glaces du fleuve Saint-Laurent.
Le Dr Sauvage donne à la petite-morue les noms de capelun — gadus minutus, et Brehm celui de zwergdorfeh, et voici ce qu'ils en disent : “Cette espèce de gade de petite taille, car elle n'arrive qu’à 0", 20 à 0°, 25, a le corps oblong, comprimé ; la peau est couverte d'écailles peu
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adhérentes, La première dorsale, plus courte que les suivantes, est com. ouvert, à posée de 12 à 14 rayons; on compte 19 à 21 et 17 à 20 rayons aux deux ou des en autres dorsales. La première anale, composée de 27 à 30 rayons, est par Trois complètement séparée de la seconde ; celle-ci comprend 17 à 20 rayons, le pelit-p
Les ventrales ont les deux rayons externes allongés et très gréles: le gourmets deuxième rayon, qui est le plus développé, arrive à l’origine de la pre. d'une déli mivre anale, Valleytiel
“Le corps est brun rougeñtre, piqueté de noir sur le dos et sur les cominer ea flancs, gris argenté sous le ventre: assez souvent une tache noire se mais leurs montre à l'aisselle de la pectorale : les nageoires impaires sont brunâtres, Rivières
les ventrales sont d'un gris rosé, ae appris ù ti
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l'habitat du capelan. On le trouve assez généralement sur les côtes d'Angleterre, de Hollande, de Suède, de Norvège, dans la mer Baltique comme dans la mer du Nord; il est très rare dans la Manche, et Moreau avoue qu’il ne l'a jamais vu sur les côtes de l’ouest de la France ; il se montre tantôt ici, tantôt là, avec abondance, et fait défaut sur de vastes étendues.
“ Le capelan est très commun dans la Méditerranée, où on le prend pendant toute l’année ; il séjourne de préférence dans des profondeurs d'au moins 300 mètres. Parfois, à l’époque du frai, il se rapproche des côtes en nombre immense. “ L'an 1543, écrit Rondelet, en nostre mer à eut si grande quantité de ce poisson, que par l’espace de deux mois les pêcheurs ne prindrent autre poisson, non sans grande perte; car ce poisson ne pouvant se garder salé ne desséché, ils étaient contrains le fouir dans terre, craignant la puanteur d’icelui corrompu.”
D'après Bloch, les pêcheurs de la Baltique saluent avec joie l'arrivée du capelan, car on le considère comme le précurseur de la morue.
Outre les noms qui ont déjà été cités, Walbaum donne à ce poisson le nom de frost-fish ; Storer l'appelle morrhua pruinosa ; Günther, gadus toincodus ; et Gill, microgadus tomcodus.
La description que Jordan fait de la petite-morue se rapproche beaucoup de celle de Sauvage ; elle n’en diffère vraiment que par la couleur des ventrales auxquelles le naturaliste français prête une teinte gris rosé, pendant que le savant américain n’y a vu que du gris.
A Trois-Rivières, la pêche à la petite morue se fait en grand, à ciel
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ouvert, à travers la glace déchirée en tous sens pour y plonger des tilets ou des engins ravisseurs. Le produit de cette pêche est surtout absorbé par Trois-Rivières d'abord, Montréal et Québec ensuite. Quand arrive le petit-poisson, les commerçants sont radicalement dévorés par Îles vourmets de ces trois villes. De fait, sa chair rôtie ou bouillie est d'une délicatesse incomparable, Ottawa, Saint-Jean, Saint-Hyacinthe, Valleytield et nos autres villes sont bien sous l'impression que leurs commerçants les servent à souhait, de petite-morue, et ils n'ont pas tort, mais leurs petites morues sont loin de valoir le pefit-poisson de Trois- Rivivres qu'on noas apportait aux portes, il y a trente ans, dans toutes nos cunpagnes, depuis Québee jusqu'à Saint-Zotique, et que nous avons
appris à trop bien connaître pour le confondre avec son congénère des
provinces maritimes qui envahit la plupart des marchés. La petitemorue des eaux de l'Atlantique est bien le même poisson que le petitpoisson de Québee, de ln rivière Saint-Charles et du Saint-Maurice, mais ce dernier a sur l’autre l'avantage d'être passé de l'eau saumâtre en eau douce où il s'est dégorgé, où sa chair s'est débarrassée des impuretés d'un milieu constamment brassé par les marées, pour devenir d’une blancheur laiteuse, pendant que le foin-cod d'en bas montre une chair jaunâtre d’un goût un peu rance. Le petit-poisson a le ventre blanc pendant que l’autre a le ventre jaune. Sachez les distinguer.
A Québec, la pêche à la petite-morue commence aux Rois, comme à Trois-Rivières, mais elle ne se fait qu’à la ligne, dans la petite rivière Saint-Charles, depuis son enbouchure jusqu'à l'hôpital de la Marine. Le poisson arrive à heure fixe, avec une exactitude quasi officielle. Vous l'attendez à coup sûr, dans une maïisonnette chaudement installée sur la glace, au milieu d'un groupe d'amis, ou en famille, distribués dans deux où trois pièces meublées, qui jouant aux cartes, qui devisant de politique, qui vidant un verre, à côté des pêcheurs de vocation occupant en visà-vis deux bancs de dix à douze pieds de longueur, donnant sur une coupe de même longueur et d’une largeur d’un peu plus d'un pied, pratiquée dans la glace. Le pêcheur tient de chaque main une ligne munie de deux hameçons petits plutôt que grands et lestée d’une forte cale. On esche avec des morceaux de foie de pore frais, le plus frais possible.
Nous sommes à une heure de montant ; attention ! les amis, visitez les esches, soignez vos lignes, le poisson monte. Nos lignes vibrent sur leur plomb, la cabane craque sous l'épaule du courant, les yeux plongent dans l'eau bouillonnante, fouillant les ténèbres... lorsqu'un poisson — j'allais dire un éclair — en jaillit, un poisson de huit pouces de longueur qui suflit pourtant à exalter les esprits jusqu’au délire.
En voici un, j'en ai un autre, tiens Paul en a deux, une ramée... et cela dure jusqu'à l'étal. Il est minuit, une heure, je suppose ; on prend
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