‹ Les poissons des eaux douces de la FranceChapitre 1 sur 132 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

De nos jours, il n’est guère d’esprits cultivés qui ne s’abandonnent volontiers aux séductions des conquêtes de la science, qui ne reconnaissent un intérêt d’une grandeur singulière et un charme particulier, dans les études des mceurs souvent si curieuses, des instincts si merveilleux, dont les animaux offrent des exemples variés à l’infiiU et toujours saisissants; car c’est le spectacle de la création animée , le plus grand spectacle que l’homme puisse contempler sur la terre.

S’agit-il des animaux de son pays ? combien alors s'accroît l’attrait pour toute connaissance qui les concerne ; combien l’intérêt dévient général, si ces animaux ont un rôle dans l'économie sociale 1 C’est le cas, assurément, pour les Poissons qui peuplent les eaux intérieures de la France.

Nul ouvrage général n’existait sur un pareil sujet. Où trouver à acquérir des notions sur les habitudes de ces êtres encore trop peu étudiés, où apprendre à les distinguer les uns des autres? En partie seulement, dans des livres traitant indifféremment des Poissons de toutes les

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mors et des eaux de tous les continents; ensuite, dans des publications étrangères.

L’Angleterre possède des ouvrages sur la faune de ses terres et de ses eaux, et les babitants de la Grande-Bretagne saluent toujours avec joie, l'étude apportant une connaissance qui se rattache à la patrie. L’Allemagne a aussi des livres pour apprendre par quels animaux est peuplée chacune de ses régions. El la France, la patrie de Réaumuret de BulTon, de Vic(j d'.Azyr et de Cuvier; la France, privilégiée parmi les autres contrées de l’Europe, par la variété de son climat, ayant ainsi une faune remarquable par sa diversité; la France n’a pas encore fourni à ses habitants les moyens d'instruction qui existent pour l’Angleterre et pour l’.-Ulemague.

, Cette situation regrettable a fait nailre ici, le désir de remplir un espace dans le cercle encore vide. Présenter avec une entière e.xactitude l’histoire de tous b‘s Poissons des eaux douces de la France, de ces animaux intéressants sous les rapports les plus divere, devint une pensée pour atteindre un but offrant un caractère d’utilité générale.

C'est le but de ce livre.

Pour accomplir la lâche, il a paru indispensable de se reporter aux écrits de la foule des auteurs auxquels on doit déjà bien des connaissances acquises, mais il a été jugé particulièrement essentiel d’étudier a nouveau la plupart des faits et de chercher le plus possible à éclairar les dé-

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PRÉFACK. vil

lails restés obscurs ; il a été surtout arrêté de ne. rien dire sans l’observation constante de la nature elle-même. Quatre années ont été employées à cette observation.

Préciser les caractères des espèces ; énoncer tout ce que l’üu a pu recueillir touchant les mœurs, les instincts, les conditions d’existence de chacune d’elles, devaient être l’objet de la première préoccupation. Cette préoccu|)atioii cependant ne pouvait être la seule.

A côté de Vhistoire /lur/iciifièrfi df‘s es]>è(;es, il fallait montrer comment s’est constituée, à travers les siècles, la partie de la science qui est V Ichlhyologie ou la connaissaiwe Pomons ; il fallait exposer les particularités d’organisation essentielles d'animaux des plus remarquables par leur conformation ; c’était V Histoire générale.

Depuis l’origine du monde, très-certainement, les hommes estiment les Poissons, parce que les Poissons sont bons à manger. Un semblable point de vue méritait d’être pris en sérieuse considération, dans une histoire des Poissons des rivières, des étangs et des lacs de la France. La valeur comestible, l’importance industrielle et commerciale des espèces, les moyens de propajration, ce que l’on appelle aujourd’hui la Pisciculture ou Y Aquiculture , étaient autant de sujets dignes de la plus grande attention. Us composent dans ce livre V Histoire économique des Poissons.

Depuis des siècles, les pouvoirs publics ont eu la juste préoccupatiou de conserver au pays les ressources alimeu-

Mil PRÉFACE,

laires que fouraissenl les eaux ; il y a profit à suivre, aux diverses époques, les prescriptions légales, édictées en vue d’empêcher la destruction des Poissons ou d’en organiser la ventü. V Histoire de la législation relative à la pêche et à la vente de ses produits, a paru le complément nécessaire d'un ouvrage où l'on traite spécialement des Poissons des eaux douces de la France.

L'ii ouvrage sur nos animaux indigènes s'adressant d’une manière indifférente à toutes les classes de la société, l’auteur a pris soin dans scs récits et dans ses descriptions de n’employer aucune forme, aucune expression peu intelligibles pour les {X'rsonnes étrangères à la science. Toutes les espèces sont désignées par leurs noms français ; les appellations vulgaires dans chaque contrée, sont mentionnées pour faciliter les recherches du grand nombre. Les dénominations scientifiques se cachent sous les noms français; les citations des livres où les espèces ont été précédemment décrites, indications utiles pour quelques-^ uns, sont placées dans des notes, de façon à ne point gêner les lecteurs auxquels elles sont ioütiles.

Les figures qui accompagnent les descriptions ont été dessinées d’après hature, le plus souvent d’après des sujets vivants. Il n’y a pas d'exception pour une seule. Rien n’a été emprunté à autrui.

Pour rassembler les matériaux nécessaires à son étude, pour recueillir des renseignements locauXj malgré de lon-

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gués recherches, malgré des explorations noml)reuses,dans la plupart de nos départements, l’auteur eût été faible encore dans ce vaste champ d’études, s’il n’avait reçu aucun secours étranger. Des amitiés personnelles, des sentiments inspirés par l’intérét scientifique ou par un intérêt plus général, sont venus à son aide. Nommer ici tous ceux qui ont apporté à l’auteur le tribut de leur coopération, est justice, mais c’est dire aussi, combien ont été considérables les matériaux réunis, combien ont pu être multipliées les comparai.sons pour celte étude des Poissons de la Ft-aiice.

M. Ix^reboullet, le doyen de la Faculté des sciences de Strasbourg, dont nous déplorons laperle récente, a recueilli les espèces qui vivent dans l’ill, dans le Rhin, dans les étangs des environs de Strasboui'g. M. Godron, le doyen de la Faculté des sciences do Nancy, l’auteur d’une Zooloyie de la Lorraine^ a bien voulu prendre la peine de réunir les especes de la Meurthe et des petits coure d’eau des environs de Nancy. Un entomologiste distingué de la ville de Metz, .M. Géhin, a fourni un gros contingent; il a procuré les Poissons de la Moselle et de ses affluents, de la Meuse, des lacs dos Vosges, ainsi que des remarques personnelles et des renseignements obtenus auprès des pécheurs. M. le docteur Baudelot s’est occupé des espèces que l’on pèche dans les eaux des Ardennes; M. Charles Bouchard, à Gisors, decelles qui vivent dans les rivières du département de l’Eure. M. Grenier, le profes-

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seur (rhisloire naturelle de la FaculU'i des sciences de Besançon, a formé en vue de ce livre une collection trèscomplète des Poissons du Doubs, de la Loue, de l’Of;uon.

A Dijon, le doyen de la Faculté des sciences, M. Brullé, et M. Lespès, alors professeur à lamème Faculté, ont liieii voulu rechercher les espèces des eaux d'une portion do la Bourgogne.

M. le professeur H. Lecoq, de Clerniont-FeiTanad, mis à la disposition de l'auteur, unecullectiou des Poissons recueillis dans les rivières et les lacs de l'Auvergne.

Pour le midi de la France,. M. Fabre, professeur au Lycée d'Avignon, a prêté un concours qui a été précieux, les Poissons des eaux de nos départements méridionaux ayant été peu observés jusqu’à présent par les naturalistes. M. Fabre a recueilli les espèces qui viveid dans le cours inférieur du Rhône, et il a exploré la Sorgueet la Durance. M. le docteur Du fossé, à Marseille, s'est occupé des Poissons qui remontent le Rhône à certaines époques de l'année.

D’ un autre côté, M. Lacaze-Duthiers, aujoui'd'hui pi-ofesseur au Muséum d’histoire naturelle, qui s’était chargé pendant son séjour à Lille de réunir les espèces que l’on pèche dans les eaux du département du Nord, aimsuite recueilli avec un grand soin les Poissons du Lot, de la Dordogne, etc. , et M. Drèmc, avocat général à Agen, a complété la collection des espèces delà même contrée. M. le d(x:teur Thomas s’est occupé en particulier des eaux du Tarn. M. Joly, le professeur de la Faculté des sciences de Toulouse, a

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ri^uniles Poissons dp la liante tîaronneel du canal du Midi. M. le capitaine Duvoisin, à Biarritz, a pris la peine d’envoyer les espèces jieu nombreuses cpie l'on prend dans le petit lac Mariscot.

M. Aug. Diiinèril, bv professeur du Muséum d’iiisloire naturelle, cliai'gè des colleclioiis des reptiles et des poissons, a fourni à l’auteur les moyens de comparer les individus étudiés par Cuvier et Valenciennes.

Ce n’est pas tout encore ; M. Ch. Millet, inspecteurdes forêts, qui depuis quinze ans s’occupe de la manière la plus sérieuse de l’étude des Poissons, principalement sous le rapport économique, et qui a rassemblé une multitude d’observations et de renseiguemeuls d’un grand intérêt, a tout mis à la disposition de l’auteur.

■\insi, ce .sont des éléments déjà fort considérables qui ont servi à la composition de ce livre. Cependant on est bien loin encore d’avoir tout vu, tout exploré, tout observé pour les Poissons de nos rivières; peut-être cet ouvrage donnera-t-il à plusieurs le goût de poursuivn- des observations, la facilité de les faire connaitir, l’envie de contribuer à rendi-e plus parfaite l’iiistoire des Poissons des eaux douces de la France, le dé.sir de s’occuper de la multiplication des espèces utiles en suivant les indications fournies par la méthode, scientifique. tVest la seule ambition que l’auteur puisse concevoir.

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