I.A TRIilTF. COMML’NE
. (TKCTTA FABIO •)
La Truite ordinaire, répandue en Europe d’une manière au moins aussi générale que la Perclie, se trijuve dans presque toutes les parties de la France; elle est la grande tentation des pécheurs à la ligne, qui ont facilement accès près de ces ri\ ières aux eaux courantes et limpides ou se plaît le Poisson paré de
Fig, !Î3. — 1.0 Truile rommune (Trufta fario).
taches rouges et noires bien connu de tout le monde. La belle capture, en effet, qu’une Truite de forte taille qui, servie sur la
porté au Saimo ferai de Jardine, qui est uneTruile des lacs du Sutherland, peut-être une simple variété de notre Truite des lacs, des Truites du Forez, dont la mAchoirc inférieure est courbée comme chez les Saumons hécards. Je n’oi pu trouver aucun caractère particulier à ces Truites. A mes yeux, ce sont évidemment des mAles du la Truite de mer, dont la conformation des mftcliiiires est très-analogue i celle des mâchoires de beaucoup de Saumons mâles.
‘ Salmo farta, Linné, Syttema natarœ, t. I, p. 509 ; 1766. — Agassiz, Püissona Je fEuru/K eeiUraie, pl. 3 à 5. — Salar Ausonii, Valenciennes, //lit. liât, des Poissant, t. .\XI, p. 319, pl. 618 ; 18t8. — lleckel cl Kncr, Die Süsswasserfiselie, etc., p. 248 ; 1838. — Trulla farta, Sicbold, üieSûstwatierfische von ifilleleuropa, p. 319 ; I8'''3.
TIU'ITES.
table, fora les délices des convives. 11 n’est personne, sans doute, qui n’ait vu quelque amateur de pèche bien joyeux à la pensée de l’apparition prochaine de la mouche de mai, l’appât, par excellence, pour la Truite.
La Truite commune est médiocrement allongée et comprimée latéralement. Une certaine hauteur et l’aplatissement des flancs [vermettent même de distinguer, à la première inspection, l’espèce p.armi ses congénères. Il est utile néanmoins de considérer avec attention des caractères plus précis jxiurêtre certain de ne pas se méprendre.
La Truite commune a une coloration d’un aspect toujours agréable, coloration qui varie infiniment sous le rapport de l'intensité, sous le rapport des nuances, sous le rapport, avissi, du nombre et de la vivacité des taches. En général, une teinte d’un vert olivâtre s’étend sur toutes les régions supérieures, et cette teinte alfaiblie et plus jaunâtre r^ne sur les côtés, tandis que les parties inférieures sont d’un jaune clair brillant comme le laiton. Des taches noires, plu.s ou moins arrondies, se trouvent disséminées sur la région dorsale, sur les opercules, sur la nageoire du dos, et, d’autre part, des taches rondes d’un rouge orangé, souvent circonscrites par un cercle pâle ou bleuâtre, ornent les flancs au-dessus et au-dessous de la ligne latérale. Les nageoires inférieures et la nageoire caudale sont oniinairement jaunâtres, pinson moins sablées de noir, et bordées d’une ligne de la môme couleur. Mais, nous le répétons, ces couleurs, ces taches, sont infiniment variables selon l’âge et beaucoup plus encore selon les locidités. Les individus des ruisseaux des .Vlpes se font habituellement remarquer par leur teinte noire répandue d’une manière générale. Che2 les Truites qui habitent les lacs et les misseaux des hautes Vosges, le plus souvent, le dos
♦74 HISTOIRE PARTICrUÈRE UES POISSO.NS.
est d'un bleu d’acier, les taches noires rondes sont éparses sur les Cotés, de larges taches transversales bleuâtres occupent le milieu des flancs, traversées par la ligne latérale, et entre ces taches sombres on remarque une ou plusieurs taches rouges. * Dans plusieurs localités on trouve les Truites très-pâles. La plupart des individus de nos départements méridionaux que j'ai eu l'occasion d’examiner, ceux, par exemple, de la Durance et de la Sorgue, des affluents du Lot et de la haute Garonne, av.'iert le dos gris bleuâtre ou verdâtre assez clair, les taches noires très-petites, les taches rouges latérales avant souvent l’apparence de gros points, parfois manquant absolument. L’absence de taches rouges se manifeste du reste sur les Truites dans une foule de circonstances.
Tout le corps, chez la Truite commune, est couvert de petites écailles qui, observées à la vue simple, ne diffèrent pas sensiblement de celles des autres Truites, mais détachées, on coii-
Pig. nv. — Ecoilleilc la Triiile cominime, irés-growie.
State, â l’aide d'un grossissement, que leur forme est plus oblonguc que chez les autres espèces, leurs stries plus espacées sur la portion découverte.
La tète est épaisse, avec le museau large et obtus, l’œil grand ; les dents vomériennes formant d’ordinaire, au nombre de trois, quelquefois au nombre de quatre, une petite rangée transversale sur la pièce antérieure, et disposées sur deux séries dans
THUITES.
toute la longueur du corps de l’os. Ces dents varient à quelques (•gards sous le rapport du nombre et surtout du rapprochement des deux séries, mais, comme leui'S variations sont d’un ordre
Fig. i?6. — DenU vomérit unes de la Truite citinmune.
très-secondaire, elles fournissent peut-être le caractère le plus certain pour distinguer, en toute occasion, la Truite commune de ses congénères.
L'opercule est long et habituellement assez étroit, surtout à sa partie supérieure ; cependant il y a, il cet égard, des différences individuelles remarquables. Des Truites pêchées dans les petites rivières du département de la Seine-Inférieure, la Lézarde, la Gournay, que j’ai eu l’occasion d’observeren assez grarfd nombre, avaient l’opercule beaucoup plus large que presque tous les individus que j’avais examinés sur divers points de. la France ; la probabilité d’une différence spécifique s’était présentée à mon esprit; mais il fut impossible de trouver, chez les Truites à opercule large, aucun autre caractère propre à les distinguer desTniitesà opercule étroit et, en comparant des individus de toutes provenances, toutes les nuances dans la largeur de l’opercule SC sont offertes. Ce n’était donc qu’une particularité sans importance. Sous le nom de Truite de Bâillon {Salar Baitloni), M. Valenciennes a décrit une Truite pêchée dans la
471! IIISTOIIli; PARTICLMÈIIK DES POISSONS.
Somme qu’il a regardée comme étant d’une espèce distincte pouvant être venue des mers du Nord. Nous avons examiné avec le plus grand soin les individus étiquetes par M. Valenciennes, sans pouvoir y reconnaître antre chose que des Truites ordinaires.
11 n’est pas de Poisson, peut-être, qui se modifie avec plus de facilite que la Truite commune, selon la nature du milieu dans lequel il se trouve. Les eaux, les herbages, le fond, l'alimentation, exercent une influence marquée, non-seulement sur la coloration, mais aussi sur la taille, à quelques égards sur les formes, beaucoup sur la teinte de la chair. On ne saurait conserver aucun doute sur ce point, car des Truites de certaines rivières, offrant un aspect bien particulier, ne tardent pas à se modiüer lorsqu’elles sont introduites dans d’autres rivières. L’effet est facile à constater, les causes encore impossibles à préciser. Personne jusqu’à présent n’a réussi à] établir d’une manière satisfaisante par quelle cause les Tniilcs ont dans telles localités, la ch.air blanche, ailleurs, de la couleur dite saumonée. M. Coste seidement a observé que cette teinte se transmettait des femelles à leurs œufs *.
Nous considérons des Truites du poids d’un kilogramme comme d’assez beaux Poissons ; cç qui est bien peu de chose pour des Truites ; mais les individus de cinq, six, dix kilogrammes sont fort rares aujourd'hui. Cependant un meunier du département de l’Eure, M. Prunier, habitant de Lorey, aurait pris dans l’Eure, en octobre 1862, m’assure-t-on, deux Truites vraiment magnifiques, posant l’une plus de 12 kilogrammes,
^ IlisI, liai, des Poissons, t. XXI, p. 342.
• Comptes rendus de P Atadcmie des sciences, I. L, p. IOII-IOI2; IRüO
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TRIITES.
l’autre 9 kilogrammes. La glus belle a figuré avec éclat sur la table de l’iin de nos riches financiers
La Truite est d’unecxiréme voracité, elleestj)articulicrement . avide de vers et d’insectes; mais elle s’attaque également à une infinité de Poissons et surtout à leur frai. On affirme que dans les rivières oi'i viennent pondre les Saumons les Truites détruisent une grande quantité d’œufs de ces Poissons. Dans les petits ruisseau.\ pierreux, clairs et rapides, où l’on voit dos larves d’insectes ou de ces vers que l’on nomme des Planaires, une recherche attentive y fait presque toujours découvrir de jeunes Truites.
Les Truites commencent à frayer dès le mois d’octobre. En novembre et décembre est leur plus grande activité qui ne s’arrête pas, du reste, avant le mois de février. Ces Poissons creusent des cavités à la manière des Saumons, et y cachent leur ponte dans les graviers. Leurs œufs sont assez gros, comme ceux de la plupart des Salmonidés. La durée de l’incubation varie de quarante à soixante jours. La vésicule vitelline des nouveau-nés est résorbée dans l’espace de trois à cinq semaines, et les alevins grandissent ensuite avec plus ou moins de rapidité, selon les conditions qui leur sontofTertes. A cet égard, une expérience assez curieuse d’un amateur anglais, M. Stoddart, mérite d’étre rapportée. De jeunesTruites furent placées dans trois bassins différents; l’un fut approv isionné uniquement avec des vers, l’autre avec des vairons, le troisième avec des mouches. Les Truites nourries exclushement avec des insectes ailés devinrent dans le même temps deux fois plus grosses que les autres; les individus nourris avec des vairons eurent l'avantage sur ceux
' D’après les notes de M. Millet.
m IIISÏOIUK PAHTICLI.IÉUE DES POISSONS, qui avaient été alimentés- avec des vers ou des larves. Tous les' amateurs de pérhe savent, au reste, combien les Truites se , montrent avides des insectes qui volent près de la surface de l’eau. Dans la belle saison, c’est plaisir de voir ces Poissons sauter pour bapper au passage les insectes ailés.
Pendant la première année, les Truites comme les jeunes Saumons ou les Parrs ont des bandes transversales bien marquées. Cette livrée du premier ftge se modifie dans le cours de la seconde année.
La présence d’individus stériles de la Truite commune a été assez fréquemment constatée, surtout par les naturalistes de l’Allemagne. Les organes de la reproduction chez ces individus semblent être atrophiés; les œufs y demeurent h peu près de la grosseur de grains de millet.
LA FAMILLE DES CLCPÉIDES (clii'eidæ)
Les Clupéides sont tous des Poissons de mer. Quelques espèces, appartenant à un même genre, sont les seuls représentants de cette famille de Poissons, qui entrent périodiquement dans les fleuves comme les Saumons. Les principaux types de la famille des Clupéides, les Sardines, les Anchois, et surtout les Harengs, ont, comme chacun lésait, une importance énorme au point de vue des pêches maritimes. Les Aloses, les seuls Clupéides qui remontent les fleuves et les rivières, ont donné lieu autrefois h des pêches considérables, mais la diminution qui a atteint tous les Poissons migrateurs n’a pas épargné les Aloses.
Les Clupéides ont des ressemblances de conformation générale avec les Salmonidés, pourtant il n’arrive à personne de faire