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Sur les lacs de la province d’Ontario, on fait à la truite, de même qu’au poisson blanc, une pêche regulière et méthodique, en vue du commerce.
La plus belle truite des lacs que l’on puisse voir est celle que l’on prend dans le grand lac Népigon, au nord du lac Supérieur. Ce lac est le plus grand de toute la région d’'Algoma. Il a deux cents kilomètres de longueur sur cent de largeur; sa surface est semée d’îles nombreuses et ses eaux, extrêmement claires et limpides, entretiennent des quantités fabuleuses de poisson. Il en est de même de la rivière qui porte son nom et qui, prenant naissance dans le lac Népigon, court à travers plusieurs autres lacs plus petits et va se jeter dans le lac Supérieur, à l’entrée de la baie de Népigon. La truite mouchetée foisonne dans les eaux transparentes de cette rivière; elle est la plus belle et la plus grande de toutes les truites de cette catégorie; elle pèse assez communément de neuf à dix livres et en atteint même douze, dans certaines années.
On pêche aussi de magnifiques truites dans plusieurs des cours d’eau qui se jettent dans la Baie-des-Chaleurs: telles sont les rivières Nouvelle, Escuminac, Bonaventure, la petite Cascapédia et la Grande- Rivière.
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Nous pourrions mentionner également à ce sujet plusieurs des rivières qui coulent sur le versant nord du bas Saint-Laurent.
Cette pêche se fait, le plus généralement, sur de petits bateaux à vapeur appelés fishing lugs, qui ont en moyenne 50 pieds de long sur 12 de large et sont munis de réfrigérants. Aussitôt les filets levés hors de l’eau, on se rend à toute vapeur à la gare de chemin de fer la plus voisine; les boîtes contenant le poisson entouré de glace sont mises dans le train prêt à partir et le poisson expédié frais, sans transbordement ni manipulation, aux marchés des Etats-Unis et du Canada.
Dans l’une des années de la dernière décade on a évalué la quantité de truite et de poisson blanc, expédiés frais par les pécheurs d’Ontario, à quatre millions cinq cent mille livres. Ceux-ci avaient en outre mis en saumure 5,079 barils de poisson blanc, 9,758 barils de truites et 41,360 barils de brochets, esturgeons, maskinongés, perches et autres poissons.
La meilleure et la plus grosse de toutes les truites est la truite saumonée, que l’on rencontre surtout dans les rivières qui se jettent dans le golfe Saint-Laurent. (C’est
un des plus magnifiques poissons que l’on puisse voir. Il atteint assez souvent une longueur de deux pieds et pèse de 18 à 20 livres. Elle ressemble tellement au saumon, non seulement par ses formes, mais encore par ses mœurs et ses habitudes, que celui-ci commet souvent des méprises et se prend à faire des mésalliances qui, du reste, tournent suffisamment au profit du consommateur, car les produits hybrides, nés de ces unions, possèdent toutes les qualités gastronomiques désirables.
L'Esturgeon
L’esturgeon, dernier survivant des sept cents espèces de ganoïdes qui peuplaient les mers, lors de la période crétacée, parcourt aujourd’hui le fleuve Saint-Laurent, depuis le cap Tourmente, point de réunion de l’eau douce et de l’eau saumâtre, jusqu’à la tête du lac Supérieur.
C’est un poisson très estimé, dont la chair constitue un aliment des plus sub- stantiels et des plus nutritifs, et qui réunit les qualités comestibles du lard et du veau.
On sait aussi que ce poisson fournit la matière de diverses industries domestiques assez importantes, l’ichtyocolle et le caviar
entre autres. La colle à bouche, la plus fine de toutes les colles, la colle à timbres, la colle à enveloppes, proviennent de la vessie natatoire de l’esturgeon.
Jadis, en Canada, on dédaignait la chair de l’esturgeon, sans qu’on sût pourquoi; il ne valait pas plus de cinq à ving-cinq sous, dans les ports américains; mais aujourd’hui, justice, quoique tardive, lui a été rendue; le même poisson rapporte, prix moyen, aux mêmes endroits, sur les mêmes marchés, de sept francs 50c. à douze francs 50c. la pièce. La chair se paie 50 centimes la livre, et le caviar, fait avec les œufs de l’esturgeon, obtient de 80 centimes à un franc la livre.
L’esturgeon des lacs, ainsi appelé parce qu’il ne descend pas à la mer comme ses congénères, pèse en moyenne de cinquante à deux cents livres. Il est bien inférieur en taille au transmontanus, esturgeon géant de la Colombie britannique, qui atteint parfois le poids de huit cent à mille livres.
La valeur commerciale de l’esturgeon n’est pas encore considérable, mais uniquement parce qu’on s’en est guère occupé jusqu’aujourd’hui, dans un pays où les richesses ichtyologiques abondent.
Autres Espèces
Mentionnons encore le brochet, requin d’eau douce, dont la taille dépasse quelquefois quatre pieds; ce poisson, terriblement vorace et carnassier, mord à toutes les proies. Sa chair est en grand honneur sur les tables canadiennes.
Le maskinongé, proche parent du brochet, qui a à peu près la même taille et le même goût que celui-ci, mais dont l’espèce est moins répandue. Peu de poissons ont la réputation du maskinongé pour le plaisir et l’excitation que donne sa pêche, dans bon nombre de nos lacs.
On peut en dire autant de l’achigan, poisson qui a des affinités avec le bar. Il est très estimé et très recherché; c’est une véritable jouissance pour les sportsmen du Canada et des Etats-Unis quand ils peuvent faire une partie de pêche à l’achigan.
Des tentatives nombreuses sont faites pour acclimater ce poisson vraiment délicieux dans les rivières du Canada qu’il n’a pas encore fréquentées, et même en Europe et aux Etats-Unis, où il est l’objet d’une véritable sollicitude et d’une culture très soignée.
Le bar et l’alose, poissons exquis, mais coûteux.
Le huananiche, saumon discret et pétulant tout à la fois, qu’on ne voyait pas jadis ailleurs que dans les eaux du lac Saint- Jean, et qui ne se laisse prendre que par les pêcheurs de génie. Il constitue la pêche sportive par excellence des Canadiens et des Américains.
I] y a encore l’éperlan et la petite morue, poissons qui fréquentent également l’eau douce et l’eau salée. Dans les provinces maritimes, les Acadiens donnent à la petite morue le nom de ‘“poulamond”. On prend des quantités énormes de ces deux petits poissons dans les provinces maritimes et dans le fleuve Saint-Laurent. Tous deux, mais plus spécialement l’éperlan, donnent lieu à un commerce assez fructueux entre les différentes provinces de la Confédération.