‹ Les Poissons VénéneuxChapitre 38 sur 42 · RES · texte numérisé non relu

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quelque danger suivant Parra. La similitude des propriétés toxiques confirme l'identité des deux espèces. Pour Corre, S. rnigriculus est un des Poissons les plus dangereux des Antilles. Nous croyons avec Poey que c’est exagéré.

Epinephelus maculatus Bloch, (Serranus gaimardi C. N.) espèce voisine de la précédente mais qui habite l'Océan Indien et le Pacifique passe aussi quelquefois pour suspecte.

Epinephelus venenosus L. (Serranus cardinalis ©. V., S rupestris C. V.) Les canines sont bien développées. Les dents forment deux séries sur les côtés de la mâchoire. Il y a trois épines operculaires. Les écailles de la tête sont cycloïdes ; les narines normales. La seconde épine anale est plus courte que la troisième. La teinte est olivâtre avec des marques rouges où noires. Les pectorales sont noirâtres.

D'RNPAG AA ATE Oo"

. On le rencontre aux Antilles, sur les côtes de la Floride et aux Bermudes. Plée cité par Cuvier et Valenciennes dit qu’on mange à Saint Barthélemy, S. rupestris mais qu’on le craint quand ii atteint une certaine taille parce qu’alors il devient vénéreux. Thomas rapporte qu'il fut empoisonné par la chair d’un de ces animaux (1). La toxicité d’après ce que rapporte Plée semble liée au développement des organes génitaux.

Epinephelus tigris C. V., (Serranus camelopardalis Poey, S. felinus Poey), habite les mêmes régions et est très voisin de l'espèce précédente dont il se distingue par ses narines réunies ensemble chez l'adulte. La postérieure est vraiment large, la caudale coupé assez carrément.

D'XIM6; VA TILL #10 où 11; L. lat: 8018-83:

Il paraît partager parfois ses propriétés vénéneuses. Poey pense qu’on à tort de mettre sur les listes de prohibition à la Havane, ces espèces habituellement bonnes.

(1) Il se colora complètement en jaune comme dans l'ictère.

Genre Paranthias

Voisin du genre Serran, il s’en distingue par ses ventrales situées un peu en arrière des pectorales, Il ne comprend qu’une espèce.

Paranthias furifer G. V, auquel on doit ramener Serranus creolus GC. V.

Le museau est court. La mâchoire inférieure se prolonge jusqu’à la verticale du milieu de l'œil. Le préopercule est finement et également dentelé. La caudale est profondément fourchucet ses deux lobes sont allongés. Il est d’un brun rougeâtre avec trois petits points violets au-dessus de la ligne latérale sur les côtés. La dorsale est rayée de noir.

D..1K:. 18 820. WANIIT O0 ou 10 NL lat 77va "85;

I] se rencontre au nord de l'équateur dans les mers tropicales américaines. Sa chair est habituellement estimée. Elle a provoqué tout à fait exceptionnellement des accidents de (Cciguatera ».

Genre Rhypticus.

Il n’y a que trois épines à la dorsale et pas à l’anale. Rhypticus saponaceus BI. Schn. C’est ure espèce dont nous donnerons simplement les nombres :

DTIT, 225 AMG PAIE 8000:

Elle habite les parties tropicales et subtropicales de l’Atlantique. On lui donne le nom de Savonnier (Sabao à Bahia) à

cause de sa peau gluante et écumeuse. Elle Ie rend à juste titre suspect, Ce Poisson d’ailleurs ne tente personne.

Genre Mesoprion

Les Mésoprions qui comprennent une partie du genre Lutjanus de Bloch tirentleur nom des dentelures qu’ils portent sur le bord de leur préopercule, de chaque côté du milieu de la tête (pécov, milieu, æowv, scie), Ils renferment un grand nom-

bre d’espèces répandues dans toutes les mers tropicales, Quelques unes sont plus ou moins toxiques.

Mesoprion cynodon Cuvier et Valenciennes. — Il se rencontre dans les Artilles. Au dire de Parra c'est un Poisson très savoureux et que l’on mange sans craindre la ( ciguatera. »

Il n’en serait pas de même de l’espèce suivante que les pêcheurs ne savent pas distinguer. D'ailleurs il existe une grande confusion dans la synonymie de ces deux espèces et les auteurs les confondent aussi souvent.

Mesoprion jocu G. V. — Au direde Cuvier et Valenciennes on le reconnait à une suite de points argentés liserés de brun régnant sur la joue et sous l’œii, La hauteur du corps est contenue 3 fois 1/3 à 3 fois 3/4 dans la longueur totale et elle est égale à la longueur de la tête. Le prépercule est très faiblement émarginé, l’interopercule sans protubérance. Les pectorales n’atteignent pas l’origine de l’arale.Les canines sont larges. La couleur est olive, chaque écaille possède une base noire.

D.X, 14; A. III, 8; L. lat. 40 à 45.

Cet animal est prohibé au dire de Poey depuis un temps immémorial à la Havane probablement à la suite de Parra qui l’accuse d’occasionner fréquemmemt la ( ciguatera », ce qui est exagéré suivant Poey qui cite cependant un exemple d’empoisonnement par un (jocu», de plus de 3 livres.

M. griseus C. V. le (caji » de Poey doit sans doute être rapporté à cette espèce.

Mesoprion argentimaculatus Forskal. — Dans les Poissons recueilli par M. M. Ingouf et Pradier, figurent des fragments que M. le Professeur Vaillant a rapporté à cette espèce qui porterait le nom de «Haamea » aux îles Pomotous où elle serait vénéneuse suivant les saisons.

Elle habite ordinairement la mer Rouge et l'Océan Indien.

Considérations sur les Poissons toxiques en général

Envisagés dans leur ensemble les Poissons vénéneux nous offriront quelques remarques intéressantes.

En nous reportant aux nombreuses descriptions que nous avons données, nous voyons d’abord que tous les grands groupes zoologiques sont représentés. Mais il semble que la vénénosité emprunte à chacun d’eux une physionomie spéciale. En effet, bien que la décomposition de la chair des Poissons soit un phénomène général, que la formation de leucomaïnes toxiques caractérisant les Poissons vénéneux proprements dits se rencontre dans des espèces fort éloignées, il est évident pourtant que dans chaque famille, les propriétés vénéneuses ont une origine, une intensité, un mode d’action en quelque sorte caractéristiques, : \

C’est ainsi par exemple que parmi les Poissons cartilagineux les Squales concentrentleur toxicité dans le foie,et que leur chair est souvent pufgative par décomposition ammoniacale.

Avec les Sclérodermes, nous avons affaire à des Poissons véritablement vénéneux dont la toxicité provient d’alcaloïdes des glandes génitales et du foie. Bottard avait déjà remarqué que cette famille à peau dure, osseuse, ne pouvait être vénimeuse, les glandes à venin étant une dépendance de la peau qui doit être molle et épaisse pour donner naissance à des follicules glandulaires. Chez les Sclérodermes les sécrétions toxiques sont donc internes au lieu d’être externes.

Ces propriétés vénéneuses des organes sexuels et avoisinants quine faisaientquecommenceràse dessiner atteignent leur summum d'intensité avec les Gymnodontes. C’est un caractère com-

mun à tout le groupe qui lui fait mériter sans contredit la première place parmi les animaux qui nous occupent.

Chez les Apodes, c’est le sérum du sang qui devient dangereux. Ce sont des Poissons venimeux par morsure et non vénéneux par ingestion.

Dans le groupe si important des Malacoptérygiens abdominaux nous voyons se localiser chez certaines espèces la toxicité proprement dite; la famille des Clupéides' à côté d'animaux excellents et d’un emploi alimentaire de premier ordre, nous en à fourni de nombreux exemples. Les œufs de plusieurs Cyprinidés, des Brochets, etc., nous ont particulièrement montré ce phénomène, d’ailleurs général chez les Poissons (et non seulement chez ces animaux, mais encore dans d’autres classes) de la plus ou moins grande toxicité des produits de la reproduction. |

Les Pharyngognathes ont servi d'exemples d’empoisonnements attribuables, non au Poisson lui-même, mais à son mode d'alimentation.

Au milieu du grand nombre de familles qui constituent les Acanthoptérygiens proprement dits, quelques-unes ont mérité de retenir plus spécialement notre attention ; les Sphyrénidés, chez lesquels l’origine de la vénénosité est difficile à établir ; les Carangidés et surtout les Scombridés dont la chair, par l’extraordinaire ra] idité de sa décomposition, doit être mise un peu à partdes accidents d’ichthyosisme ; les Batrachidés qu'on peut rapprocher des Gymnodontes ; les Triglidés la plupart du temps accusés à tort parce que l’on a confondu les propriétés venimeuses et vénéneuses ; les Sparidés qui présentent plusieurs espèces réellement toxiques; enfin les Serranidés qui, bien que comprenant plusieurs animaux suspects, ont été ce nous semble, un peu trop souvent incriminés.

Nous voyons par ce coup d'œil d'ensemble combien sont nombreux les groupes auxquels appartiennent les Poissons incriminés, mais aussi quelle est la variabilité d’origine de leur toxicité. La plupart des grandes familles sont représentées, mais en somme la plupart du temps à des titres différents.

Examinons maintenant les relations qui existent entre la vénénosité et divers facteurs comme la taille, les saisons, l’habitat, la latitude ou distribution géographique, la sédentarité, la venimosité.

Nous nous occuperons d’abord de la taille qu'il faut distinguer et dans les diverses espèces et dans une même espèce,

Si la venimosité est l'apanage des petits animaux, ilne semble pas en être de même de la vénénosité. Depuis les Cyprinodons qui dépassent à peine quelques centimètres, jusqu'aux grands Squales qui atteignent une dizaine de mètres, tous les interniédiaires sont représentés. [1 n’en est pas de même de la taille considérée dans une seule espèce. Nous savons maintenant ia corrélation qui existe si souvent entre les propriétés toxiques et le développement des organes génitaux. On ne s'étonnera donc pas de voir certaines espèces inoffensives dans leurs formes jeunes devenir dangereuses quand leur développement complet est achevé.

L'influence dessaisons agira semblablement, lé maximum de vénénosité correspondant naturellement à l’époque du frai. On expliquera ainsi facilement que telle espèce impunément consommée de tel mois à tel mois devient nuisible de tel autre à te: autre (1). PATTE

La relation qui existe entre la vénénosité et l’habitat est moins facile à comprendre. Le fait que telle espèce toxique en un lieu est absolument innocente dans un autre, n’est pas toujours commode à interpréter. Evidemment on peut faire intervenir comme facteur le mode de nourriture et la présence de Mollusques et Zoophytes dangereux localisés en un même point. Ce qui parait évident maintenant, c’estque sur certains fonds des éspèces, souvent de genres fort divers, paraissent acquérir des propriétés toxiques. C’est ainsi qu’en Océanie dit M. Coutière des attolls entiers sont déclarés (tabou » et M. Blaise lui a affirmé que tout le Poisson pêché dans plusieurs îles de l’Archipel des Tuamotou est constamment vénéneux quoiqu'appartenant à des genres très éloignés. Il reste d'importantes recherches à faire à ce sujet qui s’élucidera certainement dans la suite.

Bottard avait constaté que la vénimosité s’atténue à mesure que l’on s’avanée vers le nord. Lorsque l’on quitte les régions tropicales le nombre des espèces dangereuses diminue et pour une mêmeespèce on constate queles appareils glandulairess’'atro-

() Ce phénoméne se reproduit chez.certains Mollusques.

phil

phient. Il en est exactement de même pour les Poissons vénéneux ; c’est avant tout dans les mers chaudes du globe que l’on rencontre des animaux occasionnant des intoxications ; c’est aux Antilles, dans l'Océan Indien, en Malaisie, au Japon, en Nouvelle-Calédonie ou en Australie qu’on a observé les principaux cas de (ciguatera ».

Bien plus tel genre (Ængraulis, par exemple) qui dans nos climats ne compte que des représentants absolument inoffensifs renferme plusieurs espèces redoutables dans les eaux tropicales. Et ce sont des cas ou seule la toxicité propre du Poisson est en cause.

Si on voulait faire intervenir le botulisme, les exemples seraient encore plus nombreux, non seulement pour un même genre, mais pour une même espèce. C’est ainsi que le Thon, en général fort bon dans nos régions mérite d’être rangé parmi les Poissons les plus toxiques des Antilles.

Dans les pays tempérés quelques espèces sont encore à craindre principalement dans la région méditerranéenne, puis à mesure que l’on s’avance vers le nord, la toxicité diminue, et comme le constate O. Tybring, dansles eaux dela Norvège,

il n'existe plus de Poissons vénéneux proprement dits et

cependant les espèces sont nombreuses et variées jusqu’à une latitude élevée comme le prouvent les récentes explorations du Prince de Monaco.

Les Poissons vénéneux sont en général marins ; les genres les plus redoutables vivent presque tous dans l’eau salée, mais quelques espèces remontent les fleuves et les rivières et plusieurs sont spéciales aux eaux douces. En somme, pour un même genre, la toxicité semble s’atténuer pour ces dernières, {Tetrodons, par exemple) tandis que les marines restent dangereusés.

Les espèces venimeuses disent Dissard et Noé sont en général sédentaires. En est-il de même pour les vénéneuses ? Nullement. Du reste Bottard a bien montré cette sorte de balancement entre la vénénosité et la venimosité ; cette dernière qualité est la ressource des faibles ; elle appartient à des espèces habituellement à chair délicate. Les animaux venimeux ne sont pas en général vénéneux, et réciproquement. Si l’on rencontre encore

Les

bon nombre de poissons venimeux parmi les poissons vénéneux, ils ont été rangés par erreur dans cette dernière catégorie et la crainte de leur piqûre à fait redouter absolument à tort l’usage de leur chair.

Quoi qu'il en soit, les Poissons dangereux à ingérer appartiennent le plus souvent à des espèces migratrices, les Tetrodons se gonflent d’air et se laissant flotter à la surface des mers parcourent ainsi des distances énormes, les Melettes, les Anchois vivent par bancs, les Scombres par bandes, les Squales ne con-

naissant pas les espaces, se disséminent sur toute la surface du

globe.

En résumé les espèces vénéneuses sont des espèces qui se montrent, les espèces venimeuses des espèces qui se cachent.

Reste une dernière question, c’est celle de l'utilité spécifique

de la vénénosité et de ses rapports avec la venimosité.

La différenciation d'une glande de l'organisme en glande à venin, à certainement un but utilitaire des plus favorables à la conservation de l'espèce. Il est certain que cette modification est des plus utiles à l'individu qui la possède, et bien que dans la majorité des cas, elles’arrête chez les Poissons à l’état d’ébauche et ne trouve pas chez eux son complet développement comme chez les Reptiles, il n’en est pas moins vrai que, si elle n’est pas le moyen d’attaque de premier ordre des Ophidiens, elle concourt: à protêger l’animal et est un moyen de défense souvent peu négligeable.

Ne peut-on pas en dire autant pourlav ao qualité purement passive, mais qu'il serait peut-être téméraire au point de vue biologique de séparer de la venimosité surtout à ses débuts”? Les sécrétions internes des glandes ont certainementun rôle, et ce rôle peut être défensif. Au lieudesespécialiser, deselocaliser, de s'adapter à un but spécial offensif, cette sécrétion rudimentaire garde simplement l'animal contre les multiples ennemis qui l’environnent.

Cette production d’alcaloïdes dans ces glandes génitales, dans ce foie, qui rend le Poisson toxique ne peut-on pas supposer avec Raspail qu’elle contribue à la protection, à la conservation

de l'espèce ? N'est-ce pas justement à l’époque de la reproduction, au moment où la vie de l'individu est la plus précieuse

que l’on voit s’exalter ses propriétés vénéneuses ? Ne sont-ce

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