‹ Les Poletais, comédie-vaudeville en deux partiesChapitre 16 sur 27 · PIERRE, ANDRÉ, THERESE, MADELEINE · texte numérisé non relu

PIERRE, ANDRÉ, THERESE, MADELEINE

[Au lever du rideau ^ Thérèse coud ^ André raccommode sesjiletsf 'Piene trace un plan sur la petite table j et Madeleine secoue un prunier de salade, )

ANDRÉ et PIERRF,

AU'. : Ronde du F'éiéran.

Faut mieux être en ménage \

Qu'd'ètr' garçons; Les cfligiins qu'on partage

Sont moins longs ; Et quand vient la cohort«

Des ennuis , On la met à la porte

£u logis.

TOUS t^UATRE EISSEMBLE.

Tra la la k, etc.

ATNDHÉ, à ][ïadeleiiie .

Eh! feimne, fais donc attention; ton panier fuit. . . tu ressembles à une brise de mer. . . tu vous envoies de l'eau à la ligure.

PIERRE

Oui, mais avec une petite mère comme ça.. . il n*y a pas de tempête à craindre.

MADELEINE , quittant son panier , et venant s'appuyer sur V épaule d^ André.

On ne sait pas. . . voyez-vous moi. . . je ne suis pas trop rageuse. .. mais queuqu'fois je n'ai pas l'air., .et pourtant je suis houleuse. .. je moutonne.. .

THÉRÈSE

Heureusement qu'avec vous, Madeleine, un mari ne peut guère se lâcher.

ANDRÉ

Oh çà, c'est ben vrai. . . Dites donc, les autres, je pense à une chose.. . les voisins doivent-ils être mortifiés en voyant notre accord mutuel. . . eux qui jacassèrent tant le jour où nous fîmes noce et festin, sur la grande place duPolet, à l'auberge du Chat qui pèche.

MADELEINE

Au fait. . . à les entendre , nous étions des ci, des ça j des l'un, des l'autre.

PIERRE

Oui. . . ils soutenaient aussi que l'amitié des frères Baudry ne pourrait pas résister à ce double mariage-là. . . eh bien^ morbleu ils se sont trompés. . . car pour les faire enrager. . , il se trouve que nous sommes plus unis, plus heureux que jamais.

THÉRÈSE

Dam ! qui pourrait donc nous empêcher d'être heureux , puisque Madeleine aime son mari autant que j'aime le mien.

( 5o ) pikîwvp:, se levant.

Eli ! sans doute, rien n'est changé.

AiFi : p^audevilledes Scjlhes.

QfuaHtid pour jamais le destin nous rassemble ,

Tout ici bas devra combler nos voeux ;

Je t'aimais seul. . . nous t''aimerDns: ensemble.

Ta femme aussi nous aimera tous deux, (bis.)

Et- quant à toi, je sais qu'au fond de l'âme,

Excepté moi , jadis tu n'aimais rien ,

D'ton amitié donne une part à ma femme ,

Car j'veux qu'elle ait la moitié d'tout mon bien.

THÉRÈSE, '

Oui, mais nous oublions que c'est aujourd'hui que nous devons faire nos visites de noce. . . il y a déjà quinze jours que nous sommes mariés, et nous n'avons encore vu personne..

, . PIERRE

," Quand on est heureux» chez soi. . .

ANDRÉ

On y reste le plus possible.

" MADELEINE

C'est juste. . . mais comme v'ià quinze jours de passés. . . nous n'avons pas de temps à perdre. . . Ah! à propos, dites donc, ma belle -sœur, comment que tu t'habilleras à be matin ?

THÉRÈSE

Moi. . . oh mon dieu, très-simplement. . . je ne ferai pas de toilette. . . pour des voisins. « .

MADELEINE

Ah ! bah , au fait de la- simplicité... not' toilette des dimanches j'aime mieux çà. .. {à part.) D'autant plus que je n'en ai pas d'autres.

THÉRÈSE

D' la simplicité, comme tu voudras; allons, viens nous habiller.

TOUS

AIR : Du J^ëléran.

En mettant , s'ion l'usage ,

D'bcaux habits , Nous aurons , je le gage ,

Queuqu's ennuis-,

PIERRE

Mais après , sans toilette ,

Nous r'viendrons, Et dans not^ maisonnette

Nous r'chantr'ons , Tra la la la , la la la , etc.

TOUS

Tra la la la , la la , etc.

( Madeleine sort. par la gauche , Thérèse par la droite. )

SCÈrVE M.

PIERRE, ANDRÉ

ANDRÉ

Elle est un peu faraude, Thérèse. . . elle pense toujours à sa toilette.

PIERRE. '*''

Dam', frère, c'est de son âge. ...moi je ne la gêne pas là'-' dessus.

ANDRi:.

Au fait l'as raison. . . t'as le moyen.

' PIERRE

Eh puis c'est une si bonne feuune.

ANDRÉ. '

Oui, oui, c'est une bonne petite pâle de femme... qu'a ben des qualités... pas précisément les mêmes qu'avant le mariage, mais d'autres. ' ' ' ' '

PIERRE

Et puis... de l'ordre. • . de l'économie... enfin une bonne ménagère ...

ANDRÉ

Le fait est qu'elle est assez parcimonieuse . . . aile fait de l'effet quand elle passe toute pimpante dans les rues de la ville de Dieppe. . . qu'ens que dit celui-ci... v'ià ma'me Baudry l'aînée... comme elle se tient droite... c'est un beau port de femme. . . c'est vrai que répond c't autre. . . aile est faite comme l'amour. . . aile est tournée au moule, quoi ! . . . et c'est flal1,eur pour moi , qu'esl son beau-frère, . . et qui la tulaye.

Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussel

PIE II r. F.

Ali ! çà, maisdis donc. . , tu ne ino pailesquc deTliérèse... ^t Madeleine donc... il m' semble qu'ail' en vaut ben une autre.

AWDRÉ,

Mon épouse! un' autre... dçpx autres !. .. quatre autres, plutôt. . . dis donc, frère, poui- une femme que j'ai eu d^ccasion. . . c'est avoir la main heureuse.

PIERRE

Xiens, frère, nous avons là deux trésors.

ANDRÉ

Oui, et décidément il n'y a de félicité pure que dans l'hymen et les amours,.

PIERRE, 4

Quel boaheur d'avoir des enfans.

ANDRÉ

Oui , des enfans dont ou est le père.

u ■ :< PIERRE.

Il me semble déjà les voir... une ribambelle de peî Is marmouzets pas plus haut que çà. . . se levant sur la pointe des pieds pour regarder ce qui s€ passe sur la table. *. de gros petits joufflus tout barbouillés de confitures.

ANDRÉ

Ah ! oui , j'adore çà . • . embraîser un enfant barbouillé de confitures. . . j' voudrais être plus vieux de dix ans,

PIERRE. ,

Eh ben ! sois tranquille.

AIR ; </e /. Doche.

Çà viendra, ( ter..)

Dieu ! qu'not* petit' famille

Sera, donc gentille î ,

Çà viendra. (tî:r.)

P't'êtr' que ce bonheur-là

Kou§ attend déjà.

Dans queuqu'temps j^te réponds, D- deux ou trois poupons •'' Bien fi^is et bien ronds.

Ces petits lurons Porteront nos nomr.

Ils nous souriront , Même nous étourdiron'.

Be not' postérité J'suis déjà flalté, Vri're. en vérit»^.

J*avons fî*la gaîté , J'avons d'ia saoté, Nos femm's d'Ja beauté , Et p"'t'êtr* qu'un jour de c't'été

( Faisant de Vœil une indicallon significative. ) Çà vienjdra , etc. etc. (bi5.}

Tous .deux nous sVons papas.

Nous donnant le bras, Nous dirons tout bas , Les vois-tu là-bas Jouant aux soldats.

Et marquant le pas, Comme ils marchent aux combats?

En avant ! halte ! Iront !

Le jeun' bataillon , Armé d'un bâton , N'port' sur son menton Qu'moustache en charbon ; Mais un jour^, tout d'bon, A la fumée du canon. .. .

( Passant le doigt sur sa lèvre. ) Çà viendra, etc. etc.

Quand ils s'ront grands garçons.

Nous sVons d'vieux barbons.

Auprès d'nos tisons,

D'nos ci-devant tendrons,

Nous nous chaufferons ,

Et nous dormirons.

Ou bien nous radoterons.

Mais pendant ce temps là,

A not' fils déjà ,

L''Amour parlera ,

Un"' femm' lui plaira ,

Il se mariera.

Puis. . . et caetera. .. Et nous voilà ^

Grand papa.

{Parlé.)^o\\^ vois-tu là tous les cletTX.. (// imite la démarche et la toux d'un vieillard. Eh ! eb î ch ! . . . Oh là là , ma goulle. . . Ali î dame , frère, avec le temps ,

Çà viendra, etc. etc. (ter.)

( Ils répètent tous deux le refrain. ^

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