‹ Les Poletais, comédie-vaudeville en deux partiesChapitre 26 sur 27 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LES MÊMES, ANDRE, Matelots.

( André tient sous son bras un sac d'argent

CHOEUR

jiiR : du Calife.

Au roi des matelots , Amis, rendons hommage ; Il sauva l'équipage De la fureur des flots.

MADELEINE

C'est lui... enfin, te v'ià mon André. . . te v'ià tout en-, lier... { elle Teînbrasse.) moi qui cvoyais n plus te revoir... que c'est bète de faire des peurs comme çà.

ANDRÉ

J'élais tranquille, j'avais fait mon testament. Embrassemoi encore, ma femme... ( aux matelots. ) Quant à vous mes amis. . . {tirant quelques pièces d'' argent de son sac.) j3renez, voilà pour vous... oh! prenez, prenez... je ne dirai pas pour çà que vous êtes des ingrats... je ne reproche jamais le bien que je fa is , moi.

( Pierre qui avait fait un mouvement pour se rapprocher de lui s'éloigne^ ainsi que Tliérèse.

MADELEINE

Comment , t'as de l'argent, André?

Oui , que j'en ai , oui , que je suis riche aussi, moi... n^ais je n'en suis pas plus fier. ( // se rengorge. )

THÉRÈSE , à Pierre , à demi-voix.

Ne fais pas attention à ce qu'il dit.

ANDRÉ

Toi, Labriche, n'oublie pas ma commission ; et vous, braves Poletais, allez sécher vos z'hardes et humecter vos gosiers. (Les matelots sortent en reprenant le chœur.) .

(43 ) SCÈIVE XIII.

LES MÛMES y excepté hES MATELOTS.

MADELEINE

Comment, c'est le capitaine du vaisseau qui t'a donné tout c't'argentlà?

ANDRÉ

Oui , le propriétaire du navire , en reconnaissance de ce que j'ai fait pour lui. . . tiens, ma femme, prends mon argent , débarrasse-moi de mes fonds..

PIERRE

Ses fonds. . . Vlàdéjà l'embarras des richesses»

mxbkijTAisb, pesant le sac.

Dieu ! qu'il doit y avoir de la fortune là dedans. .'. il y a au moins, au moins. . . ah ! oui, il y a bien çà. k^Dv^t y s' avançant du côté de Tliérèse et regardant son

frère, 11 y a mille francs , y'a c quil y a.

Tant mieux, ça me fait plaisir.

THÉRÈSE

Et à moi aussi. . . Si j'ai un regret, c'est qu'on ne vous ait pas donné dava ntage .

ANDRÉ

Cà sera assez pour t'avoir de belles robes, de grands bonnets . . . grands , grands , à perte de vue. . .

PIERRE

André, crois-moi, ménage ion argent , t'aura bientôt vu le fond du sac.

ANDRÉ

Je ne demande de conseils à qui que ce fut. . . dès aujour^d'hui je saurai prendre un parti décisif; . . Il faut nous séparer,

PIERRE

Nous séparer?

ANDRÉ

Oui. . . j'irai louer un appartement sur la grande place. . ^ au premier, sur le devant, cent vingt francs par an. , , avec un balcon.

PIERRE

Nous séparer!... Eh! bien, soit... mais tu te rappeleras que c'est toi qui le premier a prononcé ce mot-là.

ANDRiÉ.

Monsieur Galifet , le notaire , qui nous a fait signer notre acte de mariage, nous fera signer aussi notre acte de séparation. Je l'ai fait prévenir, c'est Guillaume Labrichte qui m'a rendu ce service-là.

PIERRE

Ah ! il paraît que tu avais pris tes préxîa utioii s d'avance .

ANDRÉ

Eh! bien, oui.... justement, v'ià monsieur Galifet.. .y' {allant le chercher par la maj'a. ) Approchez , monsieur Galifet.

PIERRE

Le v'ià^ tant mieux... (au notaire» ) Mettez-vous là.

ANDRÉ

Non , ici, chez moi... ou bien au milieu, sur la frontière, c'est plus juste. ( On pose la table , et le notaire s'assied au milieu, )

PIERRE , au notaire.

Cette maison est à nous deux.

ANDRÉ

Eh ! bien , il faut la vendre aux criées.

PIERRE

Comment, la maison de notre père passerait entre les mains d'un étranger... J^ te croyais un fou, un entêté... mais je n« te savais pas un mauvais cœur.

ANDRÉ

Un mauvais cœur... monsieur Galifet, remettez-moi ce papier que je vous avais fait demander... je veux le déchirer,.^ mais non, ( à Pierre. ) avant tu en connaîtras le contenu... Tiens... {Il le lui donne. ) lisez...

Qu'est-ce que c'est que ce papier-là?

ANDRÉ

C'est mon testament que j'avais fait quelques jours après mon mariage... Ecoutez, mesdamesBaudry, et vous aussi, officier public... vous verrez ce que je voulais faire pour l'ingrat qui me traite de mauvais cœur... {à Pierre. ) Lis, lis. PIERRE , lisant.

« Cejourd'hui , etc , certain d'avoir le bonheur de mourir

rt avant mon bon frère Pierre, je l'institue mon légataire u universel, i® Je lègue à son amitié ma femme et mes en- « fans, quand j'en aurai, pour en prendre soin pendant sa « vie, et leur laisser de quoi vivre après sa mort... Je connais « mon frère, il acceptera» l'héritage. 2<> Je lui lègue encore le « soin de doter mes filles, quand elle seront en âge d'être « mariées... Il leur servira de père, et elles n'auront rien per- « du , car le cœur de mon frère vaut mieux que le mien, 5*» et « enfin y je lui donne et lègue Neptune , mon chien de Tcrre- « Keuve, ne pouvant lui laisser, après moi, un ami plus (c fidèle... ( Moment de silence. )

ANDRÉ

C'est tout.»» donne-moi mon testament, que je le déchire...

{J lie lui prend des mains.)

PIERRE

Ah!... tu peux le déchirer, mais tu ne m'empêcheras pas d'en accepter toutes les- clauses. Maintenant séparons-nous... puisque tu le- veux.

Je m'en vas. ( Ils font guelgiws pas pour s'éloigner. ) THÉRÈSE, Varrétant.

AIR : De la Sentinelle.

Pierre ne dctnand' qu'à vous ouvrir ses bras.

MADELEINE, à Pierre.

Vers votre frère , allons courez bien vite.

ANDRÉ

^n'ai pas d'rancune, jVonsens à faire un pas; Mais je n'veux pas sortir de ma limite. PIERRE.

Il n'y a donc plus entre nous désormais, Qu''un seul moyen de terminer la guerre , Qu'aucun ne revienn' le premier.. . mais,

Ensemb e pour faire la paix,

£mbrassons-nous sur la frontière.

( Ils se serrent la main , et après un moment d^ hésitation , ils se jettent dans les bras Vun </e l'autre. )

AîVDRÉ , atlirant Pierre de son câié.

Viens chez moi... {au notaire.) Demain, vous aurer vol' homard , je vous pécherai votre consultation. ( à Pierre,) Maintenant, frère ^ jurons tous deux.

PIERRE

Non, plusde sermens, çà porte malheur , mais pour couserver la paix fraternelle , souvenons-nous bien qu'il ne faut jamais épouser les querelles de nos femmes.

ANDRÉ

air: De Notre-Dame du Mont-Carmel. (Mazaniello:)

Le navire de l'hyménée , J'saurai désormais le piloter, Les écueils de la destinée, Comme* çà j'saurai les éviter.

* MADELEINE

Maintenant, entre nous plus d'orag^e

PIERRE

- Et faisons marcher de moitié.

ANDRÉ

Et le bonheur du mariage,

THÉRÈSE

Et les plaisirs de l'amilié.

TOUS

Et le bonheur du mariage, -l ry '

Et les plaisirs de ramilié. *-

FIW.

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