PREUVES DES ^MIGRATIONS
Témoignages nouveaux en faveur des migrations.— Carte de Tupaia; importance et exactitude de cette carte. — Connaissances géographiques des Polynésiens en général. •— Examen détaillé de la carte de Tupaia. — Carte des lies Carolines.
En commençant notre travail, nous avons sous-entendu le fait primordial de toute ethnologie océanienne, c'est-à-dire celui des migrations ; nous nous sommes borné & prendre la science telle qu'elle était faite sur ce point dans la plupart des ouvrages; maintenant que nous possédons tous les faits venus à la connaissance des ethnologues, le moment est venu de nous livrer à quelques considérations sur les migrations.
Nous avons successivement exposé tous les documents présents, toutes les traditions : au point où nous en sommes, il ne reste pour ainsi dire, qu'a eu tirer la couclusijn.
Certes, après tout ce que nous avons rapporté de ropinion des aateurs et de leur croyance générale aux migrations t
après ce que nous avons dit des récits traditionnels des Polynésiens, et, plus particulièrement, de ceux des îles Sandwich et delà Nouvelle-Zélande, Tècits qui témoignent tous de la fréquence des voyages par mer et, par suite, de la possibilité des migrations jusqu'aux îles les plus éloignées, soit volontairement, soit par simple entraînement, nous pourrions nous contenter d'ajouter que la preuve des migrations est acquise. Mais, comme nlalgré tout ce qui a été avancé à ce sujet par les partisans des migrations, beaucoup d'auteurs n'ont point été convaincus, nous croyons devoir entrer ici dans quelques développements qui, nous l'espérons, suffiront à faire disparaître les derniers doutes conservés par eux jusqu'à présent.
On comprend, du reste, parfaitement l'existence de ces doutes: au premier abord, en effet, il est difficile de s'expliquer que des peuples à l'état sauvage, dépourvus nécessairement de connaissances astronomiques étendues, privés des moyens qui favorisent et guident la navigation des peuples civilisés, aient pu se transporter à des distances souvent considérables, à l'aide seulement de ce que les écrivains ont généralement appelé de € frêles canots. > On comprend même que les courants et les vents qui soufflent le plus ordinairement, aient été regardés comme un obstacle insurmontable à la provenance des Polynésiens, surtout de la Malaisie, et qu'ils aient donné l'idée, à ceux qui n'avaient jamais vu les deux peuples, d'attribuer leur origine & l'Amérique.
Mais, quand on réfléchit que ces peuples devaient avoir plus de connaissances astronomiques qu'on ne le suppose généralement, puisqu'il fut possible à Tupaia de dire & Cook, pendant assez longtemps, où se trouvait Tahiti, malgré les changements de latitude et de longitude de VEndeavour ; quand on sait que les canots des insulaires, au lieu d'être de frêles barques, étaient de véritables petits navires, à plate-forme, d une solidité à l'épreuve des grosses mers, et si grands, qu'ils pouvaient porter plus de cent personnes; quand on sait, comme on le sait aujourd'hui, que les vents sont variables dans TOcéan Pacifique, qu'ils soufflent à des
époques déterminées, et de directions opposées; quand enfin un sait que Fhabitude et Texpérience avaient rendu les Polynésiens des navigateurs aussi hardis qu*habiles : non seulement on doit cesser de trouver les difficultés signalées aussi grandes que la plupart des écrivains les ont faites, mais on doit plutôt supposer que, favorisés ou contrariés par les vents (1), ces petits navires polynésiens pouvaient arriver et arrivaient le plus souvent sains et saufs, jusqu'aux terres les plus éloignées de leur point de départ. On en a déj& vu la démonstration dans la plupart des traditions que nous avons citées : toutes indiquent que les populations, môme les plus éloignées, avaient des rapports entre elles, ce qui prouve bien la possibilité des migrations. D*un autre côté, on a vu aussi que celles de la Nouvelle- Zélande disent nettement comment les émigrants des pays d'origine première ont opéré leurs migrations vers Tlle- Nord, ce qui ne permet pas de conserver le moindre doute, du moins pour celles-là.
Enfin, on .verra bientôt que tous les témoignages traditionnels qui, jusqu'à présent, n'avaient pas trouvé place dans notre travail, viennent eux-mêmes établir que des rapports avaient eu lieu nécessairement, et qu'ils avaient probablement été nombreux et fréquents, puisque les Polynésiens connaissaient une si grande quantité d*îles, placées et de très grandes distances les unes des autres, avant Tarrivée des premiers Européens en Polynésie.
Mais, objectent encore ceux qui ne croient pas que le peuplement de la Polynésie ait pu s'effectuer par voie de mi-
(1) Déjà ailleurs nous a?ons dit que personne n*a mieux réfuté qoft M. de Quatrefages ce qu'on a dit de la « prétendue imposai* ^té, 9 ainsi qa*il rappelle arec raison, de la provenance des Po- Ijnétiena de la llalaisie (v. p. 861, 15 février 1864, Revue des ^^f^' Mondes) ; nous ne pouvons que renvoyer à son livre sur Itt Polynésiens, et à ce que nous avons dit nous-mêmes à ce su- J«tp*« théorie). Nous devons seulement répéter ici que a*il n'y ^▼lit eu que cet obstacls contre le peuplement de la Polynésie par UUtlaisie, ce peuplement aurait certainement pu s opérer, et que l'îl&'apas eu lieu, ce fut pour les raisons que nous avons données ^t qa'il est inutile de rappeler.
grations, ou qui doutent seulement de la fréquence et de la facilité des communications entre les îles, comment les Polynésiens, s'ils avaient eu les connaissances qu'on leur suppose, n'auraient-ils pas conservé un souvenir plus précis que celui qu'ils ont, et surtout des notions géographiques plus étendues que celles qu'ils possèdent?
A une pareille objection, il n'y a vraiment qu'une réponse à faire : c'est qu'on n'a pas voulu voir. Ces souvenirs abondent, au contraire, comme l'attestent toutes les tradi** tions rassemblées par les observateurs de tous les temps, et plus particulièrement celles recueillies, dans les dernières années, aux Sandwich, aux Marquises, à Tahiti, aux Samoa, à la Nouvelle-Zélande, etc., traditions que nous avons fait connaître (1). Toutes montrent que des îles comme Futuna, Nuku-Hiva et vingi; autres, étaient connues des Tahitiens, par leur nom. Il faut même reconnaître que ces peuples, qui n'avaient que la tradition pour conserver les souvenirs, le faisaient avec une netteté qui, si elle n'est pas surprenante, est au moins bien remarquable, puisque ces souvenirs fournissent la preuve la plus grande*que de nombreuses communications avaient nécessairement dû exister entre les îles.
C'est donc avec raison, suivant nous, que M. de Quatrefages a dit : (2) « A l'époque des premiers voyageurs, presque tous ont pu constater que les Polynésiens connaissaient d'autres terres que celles qu'ils habitaient ; et souvent c'est aux indications données par les indigènes, qu'ils ont dû leurs découvertes. » Nous pourrions seulement ajouter que, peut-être plus souvent encore que ne le suppose M. de Quatrefages, les découvertes des Européens ont été dues aux indications des insulaires de la Polynésie.
En effet, en commençant par le plus ancien des navigateurs, Quiros, on voit, quand on lit attentivement les récits de ses voyages, que c'est seulement grâce aux renseignements géographiques qui lui avaient été fournis par les
(1) Voir d'ailleurs Rémy, EUis, Jarves, Williams, Pritchard, etc.
(2) Les Polynésiens et leurs migrations, p. 107.
indigènes de Taumako, qu'il découvre la terre du St-Esprit, Tukopia, etc. Et nous devons même dire que s*il eût mieux compris, il aurait pu indiquer le premier, l'île Vanikoro, où s'est perdu La Pérouse ; car c'est évidemment de cette île que le chef de Taumako voulait parler, d'après la distance signalée par lui, plutôt que de Tîle Mallicolo des Nouvelles-Hébrides. Si Quiros avait également mieux com{(ris, après sa découverte de Tîlo Sagitaria, qui n*est pas Tahiti, comme on Ta cru, il aurait véritablement pu découvrir les îles de la Société, qui lui étaient indiquées dans le N.-O de son île Sagitaria (1} .
On sait, d'un autre côté, que Wallis et Cook ont dû plusieurs de leurs découvertes aux renseignements qui leur avaient été donnés, et l'on peut même dire que ce dernier ne doit le plus grand nombre des siennes en Polynésie : Iles de la Société, sous le vent, îles Paumotu, Marquises et probablement même îles Sandwich, qu'à ceux qu'il avait obtenus dans nie de Tahiti. 11 aurait pu en faire bien davantage, comme Ta dit le savant Dalrymple, s'il eût suivi tous ces renseignements. Aussi, moins qu'un autre, avaitil le droit de dire, comme il l'a fait dans son besoin de dénigrement: « La navigation des naturels d'Otaheite et des fles de la Société ne s'étend pas aujourd'hui au-delà des terres basses qui sont dans le Nord-Est (2). M. de Bougainville leur attribue mal à propos des voyages beaucoup plus longs, car on me citait, comme une espèce de prodige, qa'unepirogue, chassée d'Otaheite par la tempête, eût abordé Moopeha ou à l'île Howe, terre qui est cependant très
(1) Voir notre examen critique du voyage de Quiros (Recherches i»t'Océamé);de Brosse, Arias, Dairyiaple, Torqueinada, Figueroa; particulièrement Touvrage espagnol intitulé : Viajero général^ et e?lai qui a paru récemment à Madrid sous le titre de : Historia ^ iescrubrimiento de las regiones australes^ liecho por el gênerai l^ro Femandez de Quiros, publicada oor DonJusto Zaragoza. 187M880.
(S) Cook désigne parmi ces terres basses : Mataueea (pour MattluTi), Oanoa (pour Anaa), Taboehoe (pour Tapuhoi), Awehee (pour Hawaii), Kaoora (pour Kaukura), Oroolova (pour Arutua}, ^>tmoo(pour Toau).
ti. .
voisine et sous le vent. Ils ne connaissent sûrement les autres îles éloignées que par tradition : des naturels de ces îles jetés sur leurs côtes leur ont appris Texistence, les noms, les positions et le nombre de jDurs qu*ils avaient passés en mer. » C'est immédiatement après cela queCook rapporte Tentraînement jusqu'à rîle Wateeo (Uatiu) d'une pirogue de Tahiti. Or, Uatiu fait partie des Manaia et est par conséquent beaucoup plus éloignée que Moopeha (la Mapihaa des Tahitiens] qu'il semble regarder à tort comme nie Howe.
Quoi qu'il en soit, cette objection des antagonistes des migrations n'a, par le fait, pas plus de valeur que toutes les autres objections présentées par eux. On va voir qu'il y a bleu d'autres témoignages montrant non seulement la pos sibilité, mais même la nécessité des migrations.
U est surtout un document qui prouve que des rapports fréquents avaient dû exister entre les îles polynésiennes, et qui, par suite, démontre les connaissances géographiques et nautiques de leurs habitants : nous voulons parler de la carte dite de Tupaia, sur laquelle nous allons nous arrêter assez longuement, en raison de son importance.
Cette carte a été dressée, comme ou sait par Banks et Oook, d'après les indications fournies pT lo grand prêtre tabitien Tupaia, alors qu'il était leur compagnon à la fin de la campagne de VEndeavour ; elle a été publiée pour la première fois par Reynold Forster, dans le cinquième volume du dernier voyage de Cook.
Nul document, comme l'ont dit la plupart des ethnologues, et surtout M. de Quatrefages, n'est plus important que celui-là pour attester l'étendue des connaissances géographiques des Polynésiens en général et de Tupaia en particulier ; nul, certainement, ne démontre mieux la possibilité entre les divers archipels, des rapports signalés par les traditions et la possibilité des migrations.
M. de Quatrefages fait ressortir toute Timportance de ce document en quelques lignes que nous croyons devoir citer, parce que nous partageons presque complètement sa manière de voir à ce sujet.
« Ce document, dit-il (1) met parfaitement hors de doute un fait capital, savoir, que les Tahitiens instruits connaissaient a\ec assez de détail toute la Polynésie, à Texception de la Nouvelle-Zélande et des Sandwich, et cela à une épo« que où ils ne pouvaient devoir cette connaissance qu*à euxmômes.
« Que la carte de Tupaia ait été un véritable spécimen des , notions géographiques des Polynésiens, que ces notions fussent exactes autant qu'elles pouvaient Tètre chez des peuples dépourvus d*instruments de précision, ce sont U des faits dont il n'est plus permis de douter. Plus de la moitié des îles ou des archipels qui y figurent étaient inconnus à Cook et à ses compagnons. Les Européens n^auraient donc pu fournir des indications aussi étendues. Bien plus, celles qu'ils donnèrent sur les îles qu'ils venaient de découvrir ne servirent qu'à introduire de graves erreurs, ou plutôt une confusion regrettable dans Tœuvre du savant indigène. La connaissance imparfaite qu'ils avaient de la langue, leur fit prendre le Nord pour le Sud, et, dans la gravure donnée par Forster, la carte est renversée.
€ Partant de cette idée fausse sur la position des points . cardinaux, les navigateurs anglais indiquèrent à Tupaia, pour les îles qu'ils avaient découvertes dans les Marquises et l'archipel Pomotou, des corrections que le Tahitien, convaincu de la supériorité de ses contradicteurs, se crut obligé d'accepter.
€ Si Ton veut juger l'œuvre de Tupaia, ajoute M. de Quatrefages (2), il faut donc lui appliquer les corrections rendues nécessaires par l'erreur des Européens. Quant ii celle-ci, M. Haie qui, le premier, je crois, en a signalé la cause et les résultats, Ta mise complètement hors de doute. U a fait remarquer, entre autres, que les îles encore inconnoeâ aux navigateurs anglais sont exactement à leur place, tandis que celles qu'ils avaient vues sont précisément à Topposite du point qu*elles devaient occuper.
(1) Ourr. cité, p. 107.
« La carte de Tupaia, lorsqu'on la rectifie d'après ces données, reprend son vrai caractère, et n'est certainement pas inférieure à celles que notre moyen-âge publiait sur le monde alors connu. A peine est-il nécessaire de faire remarquer l'extrême importance de ce document pour la question qui nous occupé. »
Cette citation résume l'opinion générale des ethnologues. Nous croyons avec M. de Quatrefages que la carte de Tupaia met hors de doute la connaissance de visu, oa tout au moins traditionnelle, que les Tahitiens avaient dès lors de la plupart des îles de la Polynésie ; mais allant plus loin que lui, nous n en exceptons même pas, comme on Ta vu et comme on le verra encore, la Nouvelle-Zélande et les îles Sandwich»
Bien certainement, puisqu'un si grand nombre d'îles y figure, il faut admettre que dans des temps antérieurs, les relations entre archipels ont dû être très fréquentes, ainsi que l'avaient appris quelques-unes des traditions que nous avons citées. D'un autre côté, il est bien évident, comme le dit M. de Quatrefages, que les Européens, qui connaissaient alors si peu la Polynésie, n'auraient pu indiquer à Tupaia un nombre d'Iles si considérable. Evidemment encore, les erreurs constatées qui existent sur la carte, et que nous allons nous-mêmes signaler, tiennent plus aux Européens qui l'ont dressée, Banks et Gook, si ce n'est pas à Forster lui-même, qu'au géographe tahitien.
Il n'est pas moins évident, comme nous le ferons voir en analysant la carte de Tupaia, que c'est Tignorance de la langue qui a fait appliquer au Nord la désignation qui appartenait au Sud, et estropier, pour ainsi dire, tous les mots entendus, depuis ceux des îles jusqu'à ceux des deux autres points cardinaux. Dalrymple, le premier, fit remarquer que les îles sont souvent mal placées sur la carte (1). Comme
(1) On sait que c'est Dalrymple qui devait commander VEndea* voury avant que l'amirauté, pour .des raisons particulières, (Dalrymple voulait être nommé capitaine de vaisseau afin d'être plus respeclé et mieux obéi) le remplaçât par Cook. C'est lui qui était le promoteur de cette expédition. C'était le plus savant géographe
preuve» il indique particulièrement une île Manu, ou des Oiseaux, tracée et placée au Sud de Tîle appelée 0-Hete- Roa par Cook, quoiqu'elle doive se trouver au Nord de cette demière^puisqu'en s'y rendant avec VEndeavour de Raiatea, sa patrie, Tupaia s'attendait à voir cette terre avant d'arriver à 0-Hete-Roa (1).
Toutefois, nous doutons que Tupaia n'ait laissé certaines erreurs que parce qu'il était convaincu de la supériorité de ses contradicteurs. A en juger par quelques-unes, ces erreurs ne pouvaient être que le fait des Européens, et d'ailleurs, il faut bien le dire, Tupaia était mort avant que Cook, dans son deuxième voyage, n'eût visité les Marquises, et n'ait pu, par conséquent, corriger les renseignements donnés par le géographe tahitien. Nous ne croyons pas non plus que la carte ait besoin d'être complètement renversée, comme Haie parait l'avoir dit. Si on la renverse, il en résulte comme nous allons le faire voir, que, certain groupe, dont la moitié est assez exactement placée dans un hémisphère, n'a pas moins toujours son autre moitié dans un hémisphère différent. C'est ainsi que des îles faisant nécessairement partie du groupe Hervey, par leurs noms, se trouvent partagées entre les deux hémisphères. Ce serait par conséquent en vain qu'on ferait évoluer la carte ; une partie resterait toujours séparée de l'autre.
Enfin nous n'oserions soutenir, ^vec Haie encore, que les Iles inconnues des Anglais sont les seules bien placées comparativement à celles vues par eux. Ce que Ton peut dire
iDglais de cette époque et en iiiêtne temps un excellent marin ; iléiait convaincu, cootrairement à Cook, de la nécessité d'un continent ou d'une grande terre dans le Sud de l'Océan Pacifique. Ses ouvrages sontaïussi connus qu'estimés. Cook, après avoir fait nne pointe vaine dans le Sud, abandonna vite cette navigation, en restant convaincu qu*il n'existait point de terres de ce côté. Celles-ci, comme nous l'avons déjà dit, ont pourtant été découvertes par d'Urville et Wilkes.
0) Ce nom a été donné sans doute à une petite île qui est en •flétan Nord de Rurutu, et sans désignation, sur les cartes modenes. C*e8t probablement l'ile appelée Libuaï par Moërenhoût •Iqui est portée sous le nom de Mannua sur la carte de Tupaia.
seulement, c'est qu'elles sont généralement mal placées, et souvent éparpillées, séparées du groupe auquel elles appartiennent. Mais il n'est pas moins vrai que, même avec ces erreurs» la carte de Tapaia fait voir que le géographe Tahitien connaissait, par tradition ou autrement, un grand nombre des îles de la Polynésie, sinon toutes.
Telle n'est pas, il est vrai, l'opinion de M. J. Garnierqui, dans son mémoire sur les migrations en Océanie a mis en doute l'étendue des connaissances géographiques de Tupaia et qui surtout, à notre avis, l'a jugé trop sévèrement. Voici ses paroles (l) :
< Pour moi, comme pour tous ceux qui ont fréquenté les Polynésiens, cet homme (Tupaia) ne voulut pas rester eu retard de science vis-à-vis de nous, et, pendant son séjour sur le navire de Cook, il traça sur le papier cette carte avec d'autant plus de complaisance qu'on semblait plus attentif à ses paroles. 11 fit ainsi un tracé approximatif, grossier des îles et des récifs qui avoisinent Tahiti, dans un petit rayon ; un écueil, un rocher y prennent les dimensions d'une terre, puisqu'on y voit tracée à grande échelle une île qui porte le nom do Mutu, c'est à-dire « petit îlot de corail », (2) en langage tahitien. Dans d'autres cas, les connaissances positives de cet indigène semblent être mêlées à celle de la légende : ainsi Tîle Oheevaï n'a dû arriver à sa connaissance que par la tradition (3), et je reconnais, avec notre savant collègue M. de Quatrefages, que c'est là un fait surprenant que le souvenir d'une grande terre, d'où ils seraient venus et qui porterait le nom d'Hawaii ; mais je suis bien loin de tirer de ce fait important les mêmes conclusions. (4) »
[\) Les migrations polynésiennes^ etc. p. 47.
(2) Nous ferons remarquer, eu passant que « petit îlot de co« rail » ne se dit pas Mutu mais motu. Mutu en Tahitien, signifie « être allé, passer lo long » Est-ce que C3 ne serait pas ce qu'aurait voulu dire Tupaia ?
(3) Telle est, comme on a vu, l'opinion que nous avons soutenue et qui explique pourquoi Tupaia a donné cette île comme la c mère des autres » et Ta faite si grande.
(4) M. J. Qaruier dit que si on retourne, avec Haie, la carte de
LES POLYX<ï£SIENS. 11
On a vu, en effet, que pour M. J. Garnierle peuplement de la Polynésie a été opéré par l'Amérique.
S'il est exact de dire, d'une manière générale, que cette carte n*est qu'un tracé approximatif, et même grossier, des Iles qui y figurent, il s'en faut qu^il ne s'agisse que des îles avoisinant Tahiti dans un petit rayon. Tout à Theure, nous montrerons qu'on peut peut-être même y retrouver les îles les plus éloignées des îles de la Société, sans parler des archipels intermédiaires. L'exemple que cite M. Garnier prou* Te plutôt lui-même, à notre avis, que ce n'est pas Tupaia quia commis l'erreur signalée mais bien les Européens ; car les îles peu éloignées de Tahiti étaient celles qu'il devait le mieux connaître. Puis, nous l'avons dit précédemment, si c'est bien le mot mutu qui avait été prononcé par Tupaia, il avait évidemment voulu dire, ce mot n'ayant pas d'autre lignification en Tahitien, qu'il était f allé vers cette île, qu'il avait passé le long, * ce qui ferait supposer qu'il n'y était point descendu. On verra bientôt qu'on a généralement préféré le mot Motu, qui signifie t petit îlot bas, île basse » de corail ou non : C'est ce nom qui a été l'origine de tous les doutes émis depuis. Il est bien certain comme le dit M. Garnier et comme nous avons cherché nous-mème à le démontrer, que les connaissances de Tupaia étaient mêlées à U légende. Mais qu'est-ce que cela prouve ? Que ces connaissances étaient générales ; et il est peut-être plus surprenant encore de voir une race si dispersée en conserver aussi bien U souvenir par la seule tradition. Car on Ta vu, déjà du temps de Cook, les voyages lointains n'avaient plus lieu; nous avons rapporté ailleurs les paroles dites à Mo(3renhoût par un vieux prêtre, paroles prouvant si bien que les ancêtres des Ttihitiens recevaient de nombreuses visites d'étran-
Taptit, nie Savail de cette carte serait Tîle Havaii, d'où cer« Uiai tuteurs et aurtout EUis, font partir toutes les migrations poljnéaiemies. Mais il ne croit pas que les migrations soient parade là ; il ne croit pas non plus qu*Hawaii boit Sa?aii, de même qua nous ne crojons pas, comme on va voir, que 0-Heevai soit
SlTtii.
12 L£d POLYNÉSIENS.
gers, et s'aventuraient' eux-mêmes à de très grandes distances. (1)
Pour prouver notre assertion, nous citerons un passagfe de Tun des hommes les plus autorisés dans cette question, de J. Williams. Ce passage prouve que les connaissances géographiques de Tupaia étaient bien celles de toute la Polynésie, et que les voyageurs ne craignaient pas d'aller fort loin. € J'ai, dit- il, des traditions indigènes sur presque tous les sujets, et particulièrement sur leurs premiers navigateurs, dans lesquelles chaque île, successivement découverte dans un rayon de deux mille milles, est désignée par son nom. » (2) Certes, après un pareil témoignage, tout doute doit disparaître.
Nous croyons donc, en somme, que les raisons sur lesquelles M. Garnier s'est appuyé pour refuser de croire aux connaissances géographiques de Tupaia, et pour soutenir que les voyages entre les divers archipels n'étaient ni aussi nombreux, ni aussi faciles qu'on l'a dit, sont tout au moins insuffisantes, quand elles ne sont pas détruites par les traditions. Il dit bien, il est vrai, (3) t on a vu des cas d'indigènes qui, chassés par la tempête, arrivaient dans un archipel voisin ; ni les naufragés, ni ceux qui les recueillaient ne connaissaient auparavant leurs patries respectives, quoiqu'elles ne fussent qu'à des distances relativement faibles les unes des autres.» Qu'est-ce que cela prouve encore ? Que c'étaient des cas d'entraînements involontaires, d'ailleurs assez rares vers une même île, bien qu'assez fréquents pour l'ensemble ; ils provenaient sans doute de l'une de ces centaines d'îles si petites qui se trouventdans leN. O.de Tahiti et qui sont si généralement inconnues des archipels les plus voisins du Sud.
Si, au contraire, on fait appel aux traditions, on voit que rien n'était plus fréquent que le voyage d'une île à l'autre,
(1) La cessation des voyages vient à l'appui de cette opinion émise par Moérenhotit que les Polynésiens étaient en décadence à Tarrivéo des Européens.
(2) A Narrative,^ etc, p. 27.
(3) Ouvr. cité, p. 47.
OU même d*un archipel h un autre, et que des îles séparées par une assez grande distance semblaient se connaître pour ainsi dire de temps immémorial. C'est ainsi que non-seulement Tahiti, Raiatea, etc., connaissaient les îles Râpa, Rurutu, Rarotonga, etc . , mais que ces dernières, d'après leurs propres traditions, avaient des rapports fréquents, faciles même, avec les premières, et qu elles connaissaient particulièrement les îles Mangareva. C'est ainsi que les tra* ditious des Iles de la Société établissent, comme la carte de Tupaia, qu*on allait aussi bien dans le Nord que dans TEst, dans le Sud et le Sud-Ouest. Nous avons déj a rapporté ces traditions ; nous nous contenterons donc de renvoyer à la tradition de Tahiti qui attribue la découverte des îles Hervey à des Tahitiens ; à celle des îles Hervey rapportée par J. Williams, établissant que des visites fréquentes, dans des temps reculés, étaient faites aux îles de la Société ; à celle des îles Marquises, qui ne sont pas moins explicites, comme nous Tavons plus particulièrement fait voir, en rapportant Torigine des rats dans ces îles, et qui montrent qu'on allait facilement de Tahiti vers elles, et réciproquement sans doute, puisque, diaprés d^autres traditions, les Marquésans allaient guerroyer jusque dans les îles à populations mélanésiennes qui, pour eux, étaient bien plus éloignées que les îles de la Société. Enfin nous rappellerons encore le récit qu'a fait Mariner du voyage d'un chef tongau jusqu'à l'île Futuna dans les Hébrides, et surtout la tradition si curieuse et tant de fois citée, qui rapporte les voyages plusieurs fois renouvelés d'un prêtre Hawaiien vers une contrée très éloignée, que nous avons essayé de préciser. Cela suffira, croyons-nous, pour que l'on soit bien convaincu, sinon de la fréquence et de la facilité extrêmes des voyages entre les divers archipels, du moins de leur accomplissement et de leur facilité relative dans un but déterminé, et de leur réalisation, le plus souvent avec succès, malgré les distances. Après cela, n'est -il donc pas permis de dire que Tupaia ne méritait pas d'être aussi sévèrement jugé? Si ses connaissances ne s'étendaient pas nécessairement à toute la Polynésie, il n'est pas moins vrai qu'une grande partie de
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celle-ci lui était connue, ainsi que nous allons le faire voir. Quelle que fût l'étendue de ces connaissances chez lui personnellement, elles attestent que les Tahitiensde son temps conservaient encore tout frais, le souvenir des rapports de leurs ancêtres avec les autres Polynésiens.
En effet, 78 à 80 îles figurent sur cette carte, et Dalrymple dit même que Tupaia en avait signalé 130 à Banks. C'est à cette occasion qua le savant géographe fait remarquer € combien il y avait eu de négligence à bord de VEndeavour^ en ne profitant pas davantage des connaissances et des éclaircissements que pouvait fournir Tupaia». En comparant les remarques de Jarves, Hopkins et autres sur le silence affecté de Cook, touchant les découvertes de ses devanciers, et surtout en voyant comment il a rencontré les îles Sandwich, il est permis de se demander, comme nous l'avons fait observer ailleurs, si l'absence de certains renseignements était bien involontaire, (i) Dalrymple dit encore du reste, que Banks lui a donné Tassurance que, d'après Tupaia, de grandes îles existaient dans le Sud-Est de Tahiti ; mais comme il n'y a dans cette direction d'autres grandes Iles que les Mangarçva, l'ile Marutea (Hood) ou Pâques (Waihu), c'est à ces îles quHl a dû faire allusion, autrement il faudrait supposer que Banks n'avait pas bien compris.
Tupaia avait vu ou visité une partie des îles qui figurent sur sa carte, mais sans aller jamais aussi loin que son père qui, paraît-il, avait visité des îles placées à une grande distance dans le Sud, et sur le compte desquelles manquent malheureusement les renseignements. Dans l'Est et le Nord- Est, on peut croire, d'après les îles signalées, que Tupaia, n'avait pas dépassé les Paumotu. Et M. de Quatrefages dit, à cette occasion^ qu'il s*était avancé, d'après les calculs de Cook, à 20 degrés dans TEst, c*est-à-dire à environ 400 lieues marines ou 2.700 kilomètres à TËst de Raiatea (2). Mais s*il
(1) Ceci expliquerait les paroles do M. J. Qarnier : « Cependant Cjok ne semble pas y avoir attaché toute Titaportanco que Forster lui donne. » Ouvrage cité, p. 5U
(2) Cook a certainement voulu dire que Tupaia ou les navigateurs tahitiens en s^avançant à TEst de Raiatea, sont ailés vers TEst
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D^était pas allé lui-môme dans le Nord-Est jusqu'aux îles Marquises, ce qu'on ne peut ni nier ni affirmer, il n'est pourtant pas moins vrai, ce qui est bien remarquable, et ce que nous allons démontrer plus loin, qu'il avait sig*nalé à Cook toutes les îles qui font partie de cet archipel. Ce fait prjuverait que, pour lui du moins, les souvenirs traditionnels étaient bien nets. Dans le Sud-Ouest, il avait probablement borné ses voyages à une partie des îles Hervey ; mais il semble avoir dépassé les Samoa dans l'Ouest, et s'être avancé jusqu'aux îles Tungra, et peut-être aux Fiji, si les noms donnés à quelques îles ont bien la signification qu'on leur attribue généralement. Peut-être même une île citée par lui est-elle la Nouvelle-Calédonie, ainsi que nous avons cru pouvoir le soupçonner ; mais, en apparence, il résulte de sa carte, qu'il connaissait moins les îles de cette partie de l'Océan Pacifique, que celles du Sud, de l'Est et même du Nord, quoique ce fût le côté d'où, d'après les traditions, étaient venus les ancêtres des Tahitiens. Ceci semblerait venir à l'appui de cette assertion moderne, que les hommes de rOuest de TOcéanie, connaissaient plus do terres à l'Est, que ceux de l'Est n'en connaissaient vers l'Ouest. Mais il est plus rationnel de croire, ainsi que nous le ferons voir bientôt, qu'on se portait généralement vers l'Est, dans les voyages qu'on entreprenait, assuré que l'on était d'être facilement ramené à l'aide des vents alises le plus souvent régnants. Quant aux îles Sandwich, on ne cesse de répéter qu'elles étaient complètement inconnues de Tupaia ; mais on va voir de nouveau qu'il est permis, d'après quelques noms, de supposer le contraire; peut-être, enfin, la Nouvelle-Zélande elle-même a-t*elle été indiquée traditionnellement par le géographe Tahitien, si nous no nous sommes pas trompé •ur la signification du nom donné par lui à Tile qu'il regardait comme la mère des autres îles : 0*Heevai.
TTti. Ce qui le prouve, c'ett la position pour ainsi dire exacte, re^ Utitement à Raiatea, qu'il donne sur la carte de Tupaia au grand archipel Paumotu et à celui des Marquises. Il ne se doutait pas qae le mot Sud mis à la place de Nord, serait lui-mômo la cause détint de doutes.
L'examen détaillé de cette carte va démontrer, mieux encore que ce qui précède, que les connaissances géographiques des Polynésiens étaient étendues, et que les erreurs qui s'y trouvent sont plutôt dues aux Anglais qu'à Tupaia (1).
On voit d'abord au haut de la carte, le mot Opa-ioùe-rou^ et en dessous le mot Opa-toa.
Or, opa, en Tahitien signifie « sur un côté », ettoa « entièrement, tout. » En un seul mot, ce nom n'existe pas à Tahiti. C'est par le mot Apatoerau que les Tahitiens désignent le Sud, comme c'est par celui à*Apatoa qu'ils désignent le Nord.
Le mot Opa-toa de la carte n'étant certainement que le mot Apatoa des Tahitiens, mal orthographié par les Anglais, c'est donc le nom servant à désigner le Nord que ces derniers ont donné au Sud et celui servant à désigner le Sud qu'ils ont appliqué au' Nord, car évidemment le mot Opa-tooe-rou de la carte n'est que le mot Tahitien Apatoe^ rau^ toujours mal entendu et, par suite, mal orthographié. Si l'on admettait que le mot Opa-tooe-rau a été bien entendu et bien écrit, il faudrait lire opa, « coin, côté », ettoerau^
(1) Comme Claret de Fleurieu a donné la partie orieatale de la carte de Tupaia, dans le 4« vol. in 4* du Voyage de Marchand (p. 78 et pi. Vil), nous croyons devoir rapporter ses paroles: c M. Banks, dit-il, dans le 1" voyage do Cook, dressa, sous Im dictée de Tupaja, une carte de toutes les terres que les insulaires de Tarchipel de la Spciété, connaissaient dans le grand Océan Equinoxial, et auxquelles Tupaya appliquait dos noms. L'archipel des Marquises y est marqué comme composé de 10 îles. . . Cette particularité prouve que la navigation des insulaires des tropiques 8*est étendue beaucoup plus loin que la fragilité de leurs embarcations ne semblait le comporter.»
11 ajoute en note sur la carte : « On a jugé inutile d*écrire tous les noms portés sur la carte de Tupaja. On s'est borné à ceux des 10 îles de Mendoce, et de quelques autres qui paraissent avoir été retrouvées, telles qu'Ânaa, Tîle de la chaîne, Oura et Teoheow, les îles du roi Georges ; Opataï, les Pernicieuses de Roggeween, les Pallisor de Cook. » L'île Pitcairn y figure sous ce nom.
« veot d*Ouest ou de Nord-Ouest », ce qui prouverait toujours que le mot E6t n'est pas à sa véritable place. (1)
En somme les désignations du Sud et du Nord sont donc, d*une manière certaine, inversées sur la carte, ainsi que Haie le premier Ta fait remarquer ; mais l'Est et TOuest, à part toujours une orthog^raphe convenable, y sont bien désirés.
Ainsi TEstyest appelé Tatahaieta et Oke-tootera y ces mots sont : le premier celui de tatahiata^ qui, en Taliitien, signifie < le point du jour > ; et les deux autres, les mots malentendus et mal orthographiés de te hitia o te ra, c* està-dire « le lever du soleil ». Si Ton acceptait ohe toote ra il faudrait traduire : oAe, « dard ; » tu, droit, directement » et te ra c le soleil, > ou encore « là, au loin. »
Te reati tootera, sont les mots inscrits pour désigner rOuest. Us doivent être les mots te tua o te ra, mal entendus, c*est-à-dire c le coucher, le derrière ou le dos du soleil. > C'est en effet par les mots : te hitia o te ra, et te tua ùtera^ que les Tahitiens désignent le lever et le coucher du soleil, lo Levant et le Couchant, en un mot TKst et TOucst. On a vu qu'en Maori, « lever du soleil » se dit Whitinga o te ra, c'est-à-dire qu'il n'y a de changé ou mieux de supprimé en Tahitien que le u et le ng. « Coucher du soleil », en Maori, se rend par Ka-to-te-ra.
Quant aux îles, nous dirons de suite que celles mises à l'Est et au Sud de Tahiti sont assez bien placées, et assez bien désignées souvent pour qu'il soit possible de reconnaître la plupart de celles dont Tupaia a voulu parler.
Ainsi, après les n** 1 et 2, (2) qui sont Tahiti et Maïtea, on voit, sous le n'3, le nom de 0-Heeva-Nooe donné à une
(i) Notons en passant qu'en Tahitien, le mot Toerau signifie ▼eut d*Ouest ou de Nord-Ouest. Nous avons déjà fait voir que cette signification aide à détruire l'assertion des partisans du peuple- Beat de la Polynésie par TEst. Ajoutons que Aotoerau. est, dans ^ îles de la Société, le nom d'un vent d*Ouest léger et agréable.
(<Q Noos nous sommes servi, pour les numéros des îles, de la €vt€ de M. de Quatrefages.
18 LES POLTNâSIENS.
Ile qui, par sa position, n^est éTidemment que Hle de la Chaîne, de Oook, prise à tort pour Tlle du Prinoe de Galles par les Anglais.
Le n* 4, Hle Oïrotah de la carte, est celle qui est connue des indigènes sous le nom de Vaïraatea, et »8ur laquelle, il y a quelques années, un capitaine marchand, M. Lucas, a publié un mémoire intéressant, dans le journal LOcéanie.
Le n* 5, Ouroupoe est Tile Râpa, TOparo de Vancouver, son découvreur.
0-Hitte-Tamaro-Erree, n« 6, est probablement rîleWith* sunday ou peut-être l'île Cumberland de Wallis.
Te-Newhammea-Tane, n*" 7, pourrait être Motane ou Tile Tena-Kunga.
Toometo-Roaro, n» 8, semble être Tîle Anu-Anu-Raro ou l'île Margaret des navigateurs, l'île Glocester étant la Paraoa des indigènes.
On voit vers le Sud, une île Moutou, (1) n* : c'était, dans cette direction, la plus éloignée qu'eût visitée Tupaia. Telle qu'elle est placée sur la carte, on pourrait la prendre pour Manaia ou l'une des îles Hervey ; mais Tupaia lui donne plus d^étendue que n'en a Tahiti, et Manaia est bien plus petite. Il est certain qu*il n'existe aucune île plus grande que Tahiti dans cette direction ; d'un autre côté Tupaia est si souvent inexact quant à l'étendue des îles, qu'il ne faut pas attacher une bien grande importance à cette qualification qui pourrait bien d'ailleurs n'avoir été appliquée par les Européens que par erreur. Ce qu'il faut remarquer encore, c'est que si ce nom n'est autre que celui de Motu, comme le pensent plusieurs écrivains, cela semblerait indiquer que Tupaia n'a voulu parler que d'une ou plusieurs petites Iles basses, car ce mot motu est généralement appliqué à des Iles de peu d'étendue et basses, par opposition à ferma île ou terre élevée.
Serait-ce donc l'une des lies qui avoisinent Râpa, dans le
(1) 81 c'est bien ce nom qui a été entendu et prononcé ; nous croyons plutôt, comme nous l'avons fait remarquer, que Tupaia s'était contenté de dire qu'il avait passé auprès, Tavait longée sans probablement s'y arrêter.
Sud ? Mais la légrende qui accompagne ce nom sur la carte de Tapaia indique qu'il y avait encore d'autres îles plus Sud que celles-là, au dire du père deTupaia qui y était allé. Ce ne peut donc être les Iles de Bass, qui sont les plus Sud, et ce ne serait tout au plus que Tune des îles Australes.
Dans tous les cas, nous le répéterons, il ne faut pas tenir compte de la grandeur indiquée, puisqu'il n'y a pas d'île plus grande que Tahiti dans le Sud^ et que ce n'est que dans le Sud-Ouest qu'on en voit une à laquelle cette qualification pourrait convenir : nous voulons parler de la Nouvelle- Zélande qui, en effet, a d'autres îles plus au Sud qu'elle.
Non loin de cette île Mutu ou Motu, figure, au n® 10 delà carte, une île Mannua, qui dans le texte est appelée Manuna ; â*après sa position et surtout sa situation au Nord-Ëst d'0-Hitte-Roa, ce n'est bien probablement que l'île des Mangareva ; car la légende dit qu'elle est élevée. Or il n'y a dans le Nord*Est ou mieux dans TEst d'autres îles élevées que les Mangareva, à moins d'aller jusqu'aux Marquises, que Tupaia indique trop clairement, pour qu'on puisse admettre qu'il ait voulu, sous ce nom, parler de l'une de ces dernières.
Enfin, près de là encore, figure sur la carte, sans nom indigène, une île appelée Pitcairn dont certes Tupaia n' a pu parler ; mais, par son isolement, et si sa position a vraiment été indiquée à Banks et à Gook par .le grand prêtre Tatdtien, elle pourrait bien être l'île de Pâques.
Bitonooe, n* 11, est, par sa position et son nom, l'île Aïtutaki des îles Hervey.
0-Hitte-Koa, n* 12, est nie Rurutu de l'archipel Tupuai, dernier nom ainsi entendu par Gook.
Tabbu-arManua, n* 13, est l'île Tapu*a-Manu, ou la Charles Saunders de Wallis.
Eimeo, Huahine, 0-Raiatea, O-Taha, Borabora, Toopai, Moorooa, si bien connues de Tupaia, sont les iles de la So-* dété voisines de Tahiti, dans le Nord Ouest. Elles portent sur la carte les n** 14 à 21.