Les pontifes de l'ancienne Rome
L'histoire des institutions religieuses de Rome est encore à faire. Le sujet est si vaste et le terrain si encombré, qu'après trois siècles d'efforts, la critique, dont les travaux ont été résumés d'une manière si lumineuse et si précise dans le quatrième volume du Manuel des Antiquités romaines de Becker-Marquardt, n'a pu arriver jusqu'ici qu'à donner une idée de la grandeur de la tâche. Gependant, dès à présent , quelques grandes lignes ont été tracées à travers ce chaos, et il suffirait de remplir par des monographies consciencieuses les subdivisions du plan indiqué il y a trente ans par J. A. Ambrosch, dans son opuscule De sacris Romanorum libris, pour préparer l'œuvre définitive. De cet ensemble de recherches rapprochées et contrôlées les unes par les autres, se dégagerait enfin le tableau complet des créations multiples enfantées à
VI PRÉFÂCB.
Rome par le sentiment religieux qui circulait comme une sève généreuse dans tout le corps social.
Ce livre n'est qu'une de ces études fragmentaires, à laquelle certaines additions indispensables ont donné le caractère d'un travail complet et indépendant. Soit lassitude, soit besoin d'excuser d'avance les défauts de mon œuvre, je me persuade que, parmi les sujets dont je pouvais m'emparer, je n'ai pas choisi le moins difficile. Il suffit de jeter un coup d'œil sur l'index bibliographique placé en tête du volume pour voir que les Pontifes avaient déjà attiré sur eux l'attention des érudits , et, sans me rabaisser, par une fausse modestie, au rôle de vulgarisateur, je dois dire qu'une partie notable du champ de mes recherches avait déjà été défrichée par d'autres mains. La difficulté ne consistait donc pas à rassembler les matériaux, quoique le triage et la vérification d'une si grande quantité de textes ne soient pas l'affaire d'un instant, mais à ne point se laisser désorienter au milieu de cette foule de questions disparates dont l'ensemble compose l'histoire du collège pontifical et marque le développement démesuré de sa compétence. II fallait éviter que chaque acte de la pièce ne devint un 3 pièce entière; ne pas s'attarder dans des discussions interminables sur certains points douteux, mais d'une importance secondaire ; restreindre dans de justes limites des digressions nécessaires; en un met, con-
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Je n'ose me flatter d'y avoir complètement réussi. Du reste, les tristes émotions de la guerre étran gère et de la guerre civile, en suspendant à plusieurs reprises et en troublant par d'amères préoccupations le travail de révision, n'ont pas laissé arriver à sa maturité une œuvre qui n'a pris sa forme définitive que sous la j^vesse.a Habentsua fata libelli, » dit le poète; les livres, si humbles qu'ils soient, ont aussi leur destinée : il fut un temps où je considérais celui-ci comme mon testament, et des jours , plus déplorables encore, où je crus qu'il ajouterait une pincée de cendres à celles qui couvraient le sol de la capitale livrée aux iconoclastes de la Commune. J'espère que les sévérités de la critique, dont j'ai singulièrement facilité la tàchb en m'imposant l'obligation de ciler toutes les sources auxquelles j'ai puisé, ne me feront pas regretter d'avoir sauvé cette modeste épave de l'immense naufrage où ont péri tant de choses mille fois plus dignes de rester.
Paris, 4» octobre 4874.