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Maximilien de Ring. Tombes celtiques de V Alsace

TRIBUS DU RITE DE l'iNUUMATION 221

3** En contournant par le sud les montagnes de la Forêt Noire, on trouve une grande nécropole entre le lac de Constance et la rive droite du haut Danube, non loin de ce fleuve, près de Pfullendorf, entre Engen et Mengen. On reconnaît encore les tombelles de Grabenstetten sur le sommet de TAlb, et celles de Waldhausen à peu de distance de Tubinge. Ces dernières se raccordent avec celles du cercle de la Forêt Noire en Wurtemberg.

Lorsque le Neckar se rapproche du Rhin, on trouve des tertres funéraires le long d'un de ses affluents de gauche, en amont de Wiesenthal, près de Wieslach, au sud de Mannheim.

4° En suivant, à partir de cette dernière ville, sur la rive droite du Rhin, la direction sud-nord , on constate Texistcnce de tumulus : entre Mannheim et Mayence, près de la Gersprinz, affluent, de gauche du Mein ; sur la rive droite du Mein ; en amont du confluent de la Kinxig près de Klingenberg, de Niederberg, de Klein-Osthern et de Seligenstadt; près de Bergen, sur la rive gauche de la Nidda; dans l'angle formé par la Nidda et la Nittern et dans celui formé entre la Nidda et la Wetter; ces dernières nécropoles, à Test et au nord-est du mont Taunus, s'étendent même sur le flanc septentrional du Taunus lui-même. Enfin, en aval de Mayence, des tombelles apparaissent sur le flanc méridional du Taunus, près de Wiesbaden.

Toutes ces nécropoles du Rhin, du Danube, du Neckar et du Mein se composent exclusivement de sépultures inhumées. Les tertres qui les recouvrent sont, en général, de faible hauteur, sans doute à cause des affaissements produits par le temps ou par les travaux de la culture. Certains d'entre eux, en effet, ne se manifestent au-dessus du sol que par une petite éminence de 0™,2d à 0'",30 de saillie.

Les diamètres sont variables, parfois assez grands, mais souvent ne dépassent pas 10 à 12 mètres.

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Le rite uniforme de rinhumation révèle chez les constructeurs les mêmes principes religieux que confirme encore Tanalogie évidente des divers monuments funéraires. Dans toutes les nécropoles que nous venons d'énumérer, les fouilles ont donné le tableau d'enterrements successifs. Le tombeau contenant les restes de plusieurs générations d'une même famille : guerriers, vieillards, femmes, enfants reposaient côte à côte, leurs squelettes ornés des bijoux qu'ils avaient portés durant leur vie. Le luxe était le privilège de certaines tombes élevées pour les familles puissantes; mais tous les objets recueillis soit en Alsace soit en Allemagne, dénotent une origine commune. Quelquefois aussi, dans un môme groupe de tombelles, à côté d'armes, de bijoux, de vases d'une fabrication plus ou moins barbare, on a recueilli des poteries romaines. Ce fait s'est produit également sur les deux rives du Rhin comme dans les bassins du Neckar et du Mein. Les tribus, dont les morts reposaient sous ces tumulus, semblent donc avoir habité les pays rhénans jusqu'au moment où elles ont été en relations avec le peuple romain.

Notons encore, comme caractère commun à tous ces monuments funèbres, la présence de cercles de pierre ou cromlechs, nouvelles preuves des liens religieux qui unissaient entre elles toutes les populations antiques dont nous étudions ici les tombeaux.

Toutefois la ressemblance des sépultures ne s'étend pas à tous les détails. Les tertres diffèrent d'une région à l'autre parleur structure; ce qui fait supposer qu'ils sont l'œuvre de tribus soumises à des croyances religieuses analogues mais non identiques.

Les différents groupes de tertres étudiés en Alsace présentent des modes de construction intérieure assez sem* blables pour qu'on puisse admettre qu'ils ont appartenu à des populations alliées par le sang. Il n'en est pas de même

tkiBUS DU RltE DE L^INflUMAtlON "ÈÎ^

des tombelles existant au nord-ouest, plus voisins de la Lorraine, et que certaines particularités semblent différencier avec les premières. Tels sont les tumulus de Machwiller, fouillés par M. le pasteur Ringel et décrits par M. le colonel de Morlet *. On a relevé, dans leur intérieur, des amoncellements de pierres recouvrant les squelettes et indiquant des coutumes qui se retrouvent avec plus ou moins de rapprochement dans quelques groupes partiels des tumulus du Wurtemberg.

Les tertres du haut Danube, près de Pfullendorf, qui suivent l'antique voie passant à Sigmaringen, sont semblables à ceux de la plaine d'Alsace ; mais une tombelle de Gundlingen, près du Vieux-Brisach, présentait une disposition intérieure un peu différente. Le corps avait été déposé dans une espèce de fosse recouverte de dalles non taillées, au-dessus desquelles on avait entassé une quantité de pierres brutes. La même coutume funéraire semble encore avoir été usitée dans les tertres de Grabenstetten, sur le sommet de TAlb ; mais les dalles se trouvent presque toujours au-dessus du mort et les côtés de la tombe ne sont pas revêtus ; enfin, aucun amas de pierre ne recouvre la sépulture.

Ce ne sont là assurément que des différences peu importantes et Ton peut admettre que les soins, plus ou moins raffinés, apportés à la construction du tombeau tiennent probablement à Tabondance des matériaux trouvés sur place.

Au-dessus du Neckar, dans un groupe près de Waldhausen non loin de Tubingen, on a rencontré sous les quelques pieds de terre qui recouvrent le tertre, une espèce de voûte formée par de gros blocs de pierre, entourés, à 6 ou 8 pieds de distance, par un cercle de pierres moins grosses, placées

1 . De Morlet. Les cromlecWs de Mackwiller, D»* Faudel et D' Bleicher : Matériaux pour une étude préhistorique de l'Alsace. Colmar, 1885.

!t3 OU 4 pisds )'une de l'autre. A 11 ou 15 pieds de ce cromlech discontinu était une enceinte extérieure; entre les deux cercles se trouvaient des traces d'inhumation.

Cependant, dans un de ces tumulus, celte zone ne contenait aucun dépôt d'ossements mais des anneaux en bronze et un grand anneau du plus bel ambre, de près de 4 pouces de circonférence. Après l'enlèvement des terres qui formaient au centre une voftte pyramidale, on put dis tinguer, placées en groupe dans l'intérieur, une vingtaine de petites urnes effllées, d'une terre sigillée rouge, ornées de dessins soit en carrés, soit en losanges, soit en cercles, et remplies de terre mélangée avec des ossements calcinés. Sous ces vases était l'emplacement d'un foyer, dans les cendres duquel on trouva des fragments d'os, deux bracelets à côté d'une tête humaine et un tronçon d'épéc. Enlin, au-dessous de la couche de charbon, apparut le squelette qui avait été probablement jadis recouvert par son bouclier. On recueillit, en effet, quelques éclats de bois, revêtus de cuir et ornés de bandelettes en bronze. Enfin, sur le corps était une fibule à l'emplacement où le mantcaa avait d(ï être jeté sur les épaules du mort.

Bien que l'on n'ait pas constaté la nature des ossements .brCilés qui étaient enfouis dans les vases, il y a lieu d'admettre qu'on n'est pas ici en présence de sépultures incinérées. Les ornements recueillis n'avaient pas subi l'action du feu, qui aurait d'ailleurs consumé le grand morceau d'ambre. Les petits vases avaient donc contenu les offrandes faites à l'âme du défunt ; dans l'un d'eux, on crut découvrir d'ailleurs un reste de gland à moitié pétrifié.

Cesofl'randes, déposées dans les urnes, semblent caracriaer les sépultures rhénanes. On les a trouvées en sace, dans les tombelles de Schirrheinerweg, où, à té des restes de deux squelettes, 14 petites urnes avaient

tRlBuâ dc rite de; l4nhumàtion ^&

été placées dans une excavation du sol. Près de la voûte qui les recouvrait avait été creusé un trou assez profond, sans doute en accomplissement de certaines prescriptions religieuses.

Si Ton se dirige vers le nord en suivant le cours du

Neckar et qu'arrivé au Jaxthal on remonte la vallée de cet

affluent, on voit encore dans les forêts quelques tumulus

remarquables surtout par leur élévation et Texiguité de

leur diamètre. La plupart ont été nivelés. On y retrouve

les deux cromlech's, Tun à l'extérieur, l'autre prés du

centre, et, comme dans les tertres précédents, au milieu

du remblai mais simplement déposées sur le sol naturel,

les urnes qui avaient contenu soit les restes du sacrifice,

soit le dernier repas, soit les offrandes faites au défunt. Au

centre, on découvrit parfois une grosse dalle de pierre.

Les mêmes rites reparaissent encore dans les tumulus disséminés aux environs de Sinsheim et dans le grand duché de Hesse, dont les groupes s'étendent jusqu'au delà du Taunus. Ici, il est vrai, on ne voit plus la voûte et les pierres posées autour des deux cercles ; mais on découvre, au centre, la place du foyer sur lequel sont placés ordinairement les squelettes en une, deux et jusqu'en trois couches superposées. Le feu, se renouvelant à chaque cérémonie nouvelle, a parfois atteint les cadavres des premières inhumations ; mais souvent les ossements sont intacts et montrent que les mêmes tombeaux ont servi h des hommes, des femmes et des enfants, probablement à tous les membres de la même famille.

En résumé, dans la vaste nécropole qui s'étend sur les deux rives du Rhin, on constate que les coutumes funéraires des constructeurs de tumulus étaient celles de l'inhumation. L'emplacement du tombeau était le plus souvent limité par un cercle dont le tracé était indiqué par des pierres non jointives. Un cercle, concentrique au premier,

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et de plus polit diamètre, entourait une aire centrale Stir laquelle on avait alliiiné ua grand feu. Les résidus du foyer montraient les traces du sacrifice, recouvraient des anneaux en bronze ou en ambre, bij:ou\ de souvenir des survivants et étaient surmontésde vases contenant encore les oITrandes faites aux mânes.

Le corps était placé au-dessous, â côté ou au-dessus de ce foyer charbonneux qui était lui-même enfoui, lorsque les matériaux étaient assez abondants sur place, sous une voûte faite avec de gros blocs de pierre bruts.

Souvent le même tumulus renfermait plusieurs cadavres et alors les inhumations successives avaient déplacé les plus anciennes sépultures et produit des perturbations dans la symétrie des structures intérieures; mais, dans certains cas, il ne contenait qu'un squelette. C'était celui d'un chef puissant, dont la tribu avait voulu honorer la mémoire. Sur son corps on avait placé son bouclier et ses armes ; on n'avait pas ménagé les oITrandcs que contenaient les nombreux vases : ses fidèles serviteurs avaient jeté dans les cendres refroidies du foyer, sur l'aire du sacrifice, les bijoux auxquels ils attachaient le plus do prix. Knfin, un édifice en pierre élevé avec le plus grand soin, recouvrait le monument intérieur et les pieuses offrandes jetées sur la tombe. Un tertre on terre enveloppait ces constructions (>t, par son élévation, signalait de loin aux voyageurs qui suivaient les chemins voisins qu'un héros protégeait encore, quoique endormi de son dernier sommeil, les régions qu'il avait jadis défendues contre l'ennemi de sa tribu.

H. Mecklembourg. — De grands tumulus s'élevaient à Peccatel, près deSchwérin '. On découvrit dans l'un d'eux in squelette humain enfermé dans une espèce de coffre en .erre cuite. Les deux rites existaient dans cette nécropole.

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