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Antino-é.
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a été dessiné sur un linceul déjà décoré, car le bras droit recouvre et cache en partie une des vignettes. On voit aussi que six tableaux ont été coupés, enlevés et remplacés par des sujets pris ailleurs et qui n'avaient pas le même format. Or, si l'on compare avec les autres enveloppes les places vides, on constate qu'on avait dû y faire figurer les quatre génies funéraires, le défunt en Osiris sur le trône cl le défunt en Osiris à robe d'or, et ces sujets ont été remplacés par l'Anubis broyeur de Sonia. C'est donc une idée nouvelle qu'on a voulu affirmer aux dépens de formules auxquelles on ne croyait peut-être plus.
La figure 68 nous montre un homme à physionomie énergique et rude ; sa grosse moustache lui donne un air de centurion retraité; ses oreilles sont larges; sa tête se détache sur l'auréole carrée, porte du paradis. Sa main droite tient un épis désignant Osiris : il serait peut-être téméraire d'y voir le l.lé qui sera le pain eucharistique; sa main gauche montre une branche d'arbre qu'un botaniste saurait sans doute déterminer, dont les feuilles semblent persistantes : cela pourrait être du citronnier. Il est vêtu d'une chemise à médaillon brun, un peu courte, qui laisse voir le bas de ses jambes nues. Un manteau retenu par deux agrafes sur le devant de sa poitrine indique qu'il avait une certaine aisance; le soin qu'on a pris de faire faire son portrait le prouve aussi. Le réseau à bandelettes rouges sur fond gris couvre son corps depuis la ceinture jusqu'aux genoux; elles sont dessinées de manière à former des cercles entre-croisés qui peuvent rappeler le soleil; dans le champ gris laissé par les bandelettes, on a dessiné cinq ronds à centres disposés en croix. C'est déjà une indication chrétienne. Le haut du corps est entouré de la torsade à cordon sans fin (PI. XLI1).
Fig. 69. — Une dame. Les taches qui couvrent sa face empêchent de bien lire ses traits. Vêtue d'une robe blanche à bandes brunes, elle est ornée de bracelets et de boucles d'oreilles en pâte dorée; elle a l'auréole carrée et tout le corps est serré entre les colonnes à assise de pierres précieuses qui forment l'entrée du ciel. Sa main gauche a deux épis et sa droite tient la boucle de fleurs (PL XXXIX .
A la hauteur de la ceinture un tableau montre Osiris, ou plutôt la défunte devenue l'Osiris triomphant, protégée par lsi> et Nephthys aux bras ailés.
Au-dessous, le réseau est remplacé par des triangles à rayures qui figurent peut-être les plis d'un linceul.
11 y avait des vignettes tout autour, mais elles sont méconnaissables. Une seule subsiste, en haut, à droite; on y voit Isis ailée, au corps nu, s'inclinant dans un mouvement des plus gracieux.
pIG. 7q. Une daine à chevelure abondante. Ses yeux trop ouverts donnent plutôt l'impression de l'étonnement que de la béatitude; le cou est orné d'un collier en relief. Son vêtement à riche bordure est maintenu par une ceinture dont on voit le nœud.
A la main droite, un épi; dans la gauche, la boucle symbolique. La tète se détache sur l'entrée du paradis.
Il y avait des vignettes qui ont disparu (PI. XL1II).
p^G. 7j. Un jeune garçon orné de la bulla, le tète dans l'auréole carrée, vêtu de la robe à bandes violettes ; il tient un chrisme en relief et dans la même main, la droite, un oiseau, peut-être un vanneau : « Le vanneau et l'hirondelle sont des formes que peut prendre l'âme du mort » (Brugsch, /Egyptologie, p. 170, rituel du papyrus Rhind ; Livre des Morts, ch. lxxxiii,
lxxxiv). Dans la même main, il montre un symbole isiaque et un symbole chrétien. La grenade de la main gauche n'est pas expliquée (PI. XLIV).
Au-dessous du buste, grand scarabée ailé qui représente le dieu Kheper, celui qui se renouvelle, qui devient, symbole des devenir dans la vie, après la mort. On plaçait un scarabée dans la poitrine des momies, ce qui symbolisait le cœur transformé [Livre des Morls, ch. xxx, XLIVJ.
FlG. 73. — C'est la première momie à portrait peint que M. Gayet a rapportée d'Antinoé. J'ai pensé qu'elle était chrétienne et je l'ai donnée au Musée du Vatican avec toutes les étoffes à symboles chrétiens qui l'entouraient. On en a rempli dans ce beau musée une grande vitrine et M. Marucchi, le savant conservateur, a présenté à ce sujet une communication à l'Académie pontificale (a3 février 190b) (Pl.XLVI).
Dans ce travail il nous apprend qu'un grand nombre d'archéologues se sont occupés de ce document. C'est d'abord M. Gayet qui l'avait découvert et qui trouve à cette peinture un aspect pompéien, appréciation qui la place au premier siècle de notre ère.
Puis M. Wilpert qui, dans la séance du 14 janvier 190G, de la Conférence de l'archéologie chrétienne, déclare qu'il jugeait celle momie certainement chrétienne.
Alors le professeur Strygoswschy fait une étude sur le même sujet et n'ose conclure.
A son tour, le D' de Gruneisen, de l'Académie de Saint-Pétersbourg, examine la « dame du Vatican » el se préoccupe de l'auréole carrée, bordée de colonnes, surmontée d'une architrave à disquesolaire cl à uraïus. Avec beaucoup de raison il voit là une représentation de la porte du tombeau devant laquelle se tient le défunt.
C'est surtout sous l'ancien Empire qu'on a figuré le mort sortant de l'hypogée.
Mera se présentant devant son tombeau à Sakkara est tout à fait impressionnant, il s'avance venant des ténèbres et marchant à la lumière.
Mais M. de Gruneisen est allé plus avant. Il a remarqué qu'à l'époque des peintures romaines la porte des morts s'ouvre sur la clarté ; on entrevoit l'au-delà, c'est le paradis dont la porte s'ouvre et le défunt, au lieu de quitter le séjour des morts, va s'engager dans l'infini. Isiaque ou chrétien, c'est un élu.
M. de Gruneisen a pris la peine de venir me voir à Fleurieu pour me faire part de sa découverte. C'est donc à lui que la science des études religieuses doit cette interprétation excellente.
Quant à M. Marucchi, après avoir pensé que la dame d'Antinoé était chrétienne, il la croit plutôt païenne, et sur l'étiquette qu'il a rédigée pour la présenterai! public du musée, il ne prend pas parti : « Couverture de momie de l'époque romaine trouvée à Antinoé ».
Dans ces études sur les personnages que M. Gayet a exhumés par ses fouilles, je crois qu'il faudrait éviter d'employer le mot « païen » à cause de son imprécision, de même que le mot « idolâtre » peut amener des erreurs si on l'applique à des symboles égyptiens utilisés plus tard par les chrétiens.
La « Dame du Vatican » était-elle « idolâtre » ou était-elle « chrétienne » ? On ne le saura pas.
Elle était un peu isiaque, à cause de la porte de temple égyptien qui entoure son visage; elle était un peu bouddhique, par les enroulements qui ornent les médaillons de sa robe; elle était un peu syriaque, par le petit tableau qui orne son linceul et représente deux personnages
Anti>oé.
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assis à droite el à gauche de l'arbre dévie; elle était un peu chrétienne, parle geste de sa main droite qu'imitera la daine à la croix d'or, par ses aspirations spirituali'stes, parles symboles répandus sur les étoffes trouvées autour d'elle. Il faut s'habituer à rencontrera celte époque des personnages qui s'assuraient à tous les paradis.
Kir.. 78. -- J'ai déjà décrit cel intéressant portrait en parlant des fouilles 1910-1911. Ce jeune Éthiopien à ligure pensive est vêtu de la robe blanche à raies violettes; tout son corps esl cerné, comme emboîté par les colonnes de la porte céleste. Sous son buste on a représenté deux fois le disque solaire flanqué d'uncus. Un gros scarabée est figuré plus bas. Les jambes son! entourées du réseau funéraire rouge sur fond blanc; les vides sont garnis de pastilles d'or (PI. XXXVIII).
Il y avait, sur les côtés, des représentations isiaques. Celles de droite ont été détruites et c'est grand dommage, car les figurations qui sont à gauche sont assez extraordinaires.
C'est, en commençant par le bas. un tableau à moitié détérioré montrant un homme à tête de serpent comme on en voit dans les hypogées royaux. Puis un personnage assis, vêtu de blanc sans doute Osiris, juge des âmes. Après, la momie qu'Anubis place sur le taureau Apis prêt à partir dans sa course funèbre. En haut, le soleil et la lune. Anubis n'a pas la tète de chacal, mais une lète de chien féroce, énergiquemenl peinte. Lucien dit. qu'en Egypte, Mercure a une tète de chien. La représentation qui vient après serait incompréhensible pour tout autre qu'un égyplologue ; M. Moret y voit « la momie sur le lit funéraire, placée dans un naos grec à fronton triangulaire. Au-dessous, les quatre enfants d'Horus momiformes ».
Maintenant on voit Osiris bizarrement velu d'une robe multicolore, il a le pshent. et la tète entourée d'une vaste coiffure. Nous savons que cet Osiris est le défunt.
La main gauche lient le fouet et la droite une sorte de pioche.
Il semble porté par deux jeunes prêtres au torse nu et à la tête rasée. Un détail comique, c'est que le mort très vivant regarde de travers et semble dire à l'un des prêtres qu'il prenne garde de ne pas le laisser choir. On pourrait aussi voir dans celte scène l'habillage d'Osiris raconté par Plutarque. Enfin la série se termine par le portrait d'Isis, la lète surchargée de ces coiffures qu'on donne aux Isis de terre cuite de fabrique gréco-romaine (PI. XXXVII).
Tout l'ensemble est entouré d'une riche guirlande de fleurs.
Fig. 74. — Cette figure a un caractère de modernisme bien impressionnant. On dirait le portrait d'une jeune Anglaise que Sargent aurait peint et bien peint. Le modelé est parfait et le \ dessin d'une grande élégance. Les mains sont traitées avec une distinction remarquable. Elle porte un collier, des bracelets, une bague. La tète a l'auréole carrée surmontée de l'architrave ailée. La main droite est levée en geste d'adoration, la main gauche lient la boucle de fleurs. Ses jambes sont enveloppées d'un réseau rouge sur fond gris. Dans les vides, des symboles lumineux : swaslieas stylisés, soleil entouré de planètes, fleurs cruciformes. Sur les côtés étaient des représentations isiaques; il ne reste plu-, que celles qu'on voit à droite el qui nous montrent de bas en haut Anubis, Osiris, Isis ailée, et en haut un grand chrisme de 25 centimètres de haut, noir et blanc. Puis des fleurs. Donc, parmi les idées isiaques, domine ici le monogramme chrétien (PL XLV .
Fie. 70. — La tète a une expression de tristesse bien singulière, car tous les autres portraits montrent l'extase de l'au-delà. Cette femme a des bijoux, elle est drapée dans des vêtements
in LES PORTRAITS D'ANTINOE
ornés de médaillons bruns aux méandres compliqués, comme nous les trouvons sur les linceuls coptes. Un manteau à l'ranges l'entoure. Sa main droite, dont il ne reste que deux doigts, était levée; la gauche lient la boucle de fleurs. On peut dire que dans cette peinture il n'y a plus de représentation isiaque (PI. XLV).
Fig. 76. — Cette femme semble avoir une tète de bois; elle s'est appliqué les fards avec tant de brutalité que ses traits ont disparu sous la peinture des sourcils qui se joignent et des paupières noircies, mais quand on cache le haut de la tète, le bas apparaît d'une grande douceur de modelé. Les bijoux sont nombreux, le vêtement d'une grande richesse. Comme la ligure précédente, elle n'a aucune représentation isiaque, quoique sa tête se détache sur l'auréole carrée.
La main gauche tient un gros « ankh », symbole d'éternité transformé en chrisme. Elle était plus chrétienne qu'isiaque (PL XLI11).
Fig. 77 (i). — Enfin, nous terminons cette galerie de portraits par la dame à la croix d'or Xpicnriva qui probablement mourut à quarante-cinq ans. Ses jambes sont entourées d'un réseau compliqué qui forme des octogones jaunes et bruns. Ses pieds sont nus. Elle a l'auréole carrée. Sa main droite fait le geste d'adoration, sa main gauche présente un chrisme en or. Des tableaux latéraux montrent des éperviers mitres (le soleil resplendissant), affrontés devant un vase. Elle est entourée d'une délicate guirlande de fleurs jaunes. L'idée de lumière domine dans cette peinture. Quoique ostensiblement chrétienne, la femme représentée ne renonce pas au symbolisme du rituel égyptien, et les deux premières lettres du nom de .lésus qu'elle porte dans sa main sont un talisman qui lui ouvrira les portes de l'empyrée et lui donnera l'éternité (PL XLVI1).
Avec nos idées actuelles sur les religions que nous voyons établies, fixées, séparées et sans mélanges, nous avons de la peine à comprendre les pensées de ces Egyptiens dont nous voyons les figures.
Cette incertitude dans les dogmes, cette confusion des croyances nous seront expliquées si nous relisons la lettre que l'empereur Hadrien écrivit d'Alexandrie à son ami Servianus. Même si elle n'est pas de lui, elle est certainement l'œuvre d'un témoin qui décrit les mœurs des gens qui l'entourent.
« Ceux qui adorent Sérapis, dit l'empereur, sont des chrétiens et ceux qui s'intitulent les évêquesdu Christ sont en réalité des adorateurs de Sérapis. Il n'y a pas de Juif, chef de synagogue, pas de Samaritain, pas depresbitre chrétien qui ne soit un astrologue, un augure, ou un charlatan guérisseur. Même un patriarche, s'il vient en Egypte, doit, pour plaire à un parti, montrer du respect à Sérapis. et pour plaire à l'autre, vénérer le Christ. »
Certes, la lettre respire un certain mépris pour cette foi incohérente; on y sent le dédain du philosophe stoïcien, mais l'examen des portraits qui nous occupent, s'il dévoile une hésitation dans la façon de croire, nous aflirme une certitude dans l'espérance de l'au-delà; les peintres, les modeleurs accumulent les symboles lumineux, les signes d'immortalité. Il y a unanimité pour accueillir l'idée de la vie future.
Paris, le !> mai 1912.
(1) Les n°s 17, 28 et ".1 n'ont pas été reproduits.
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l'L. M.\ Il Pagi io