DEESSE HENTI-NOU-AN
Hadrien arrêta là les transformations; il fixa Antinous dans le grade que les rituels et les incantations lui avaient attribué. Le jeune homme ne remplaça pas le dieu des morts, il se l'assimila et le continua. Ainsi fut institué à Antinoé et dans tout l'Empire le culte nouveau.
Tout en faisant déblayer les monuments sacrés et en relevant les inscriptions, M. Gayel opérait des sondages dans les terrains compris entre la ville antique et la montagne. 11 reconnaissait ainsi l'emplacement de quatre nécropoles d'époques différentes dont les trouvailles lui présentaient un intérêt puissant et inattendu.
Le premier quartier, en commençant par le nord, était un cimetière purement égyptien antérieur à l'époque romaine. On y trouvait des corps embaumés, contenus dans des sarcophages d'apparence modeste, protégés par une chambre voûtée, en briques crues.
Le second quartier contenait des personnages romains et grecs, emmurés dans des caveaux en pierres, soigneusement cimentés. Les corps ne sont pas momifiés. Ils sont quelquefois trempés dans le bitume. On les trouve entourés de bandelettes avec, souvent, un coussin richement brodé sous la tête. Plusieurs ont sur la figure le portrait en plâtre du défunt. Une femme, le front surmonté de la haute coiffure à boucle, que portait l'impératrice Sabine, nous donne par cela même une date certaine. Les broderies de son oreiller sont à coup sur du 11e siècle de notre ère.
Quelques cadavres sont vêtus du costume qu'ils portaient de leur vivant, et c'est là qu'apparaissent ces superbes soieries sassanides, qui ont été une surprise archéologique.
Le troisième cimetière nous fait descendre à l'époque byzantine. Tous les corps sont vêtus et l'on voit, comme manteaux de dessus, ces cafetans turcs à longues manches minces qu'on ne pouvait enfiler et qui flottaient par-dessus les épaules. Les suaires nombreux sont tantôt brodés de riches couleurs, tantôt frisés à la mode des serviettes de Byzance, avec de grands médaillons bruns ou violets.
Les chaussures, dorées au petit fer, sont soignées comme de riches reliures.
Enfin, dans le quatrième groupe, les morts chrétiens sont encore vêtus, mais d'étoffes grossières ; les corps, déposés sans soin dans le sable, sont entourés d'accessoires sans luxe; on sent une décadence.
M. Gayel avait donc mis la main sur un gisement archéologique de premier ordre, nous révélant quatre civilisations successives embrassant une période de cinq à six siècles. Depuis quatorze ans qu'il y travaille, il a amené au jour les documents les plus importants pour l'histoire, les religions, l'art, les mœurs, et cela avec une telle abondance que tous les musées de l'Europe et de la France en ont été approvisionnés.
Ces découvertes extraordinaires attirèrent l'attention de la Chambre de commerce de Lyon. La beauté, l'originalité des étoffes, la variété des procédés de fabrication, décidèrent cette compagnie à intervenir dans les frais des fouilles afin d'en faire profiter l'admirable musée des tissus qu'elle a créé.
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