L'ABANDONNÉ », PAR L. DESCHAMPS
Musée du Luxembourg.
D'autres compositions mettent en scène le petit génie et le petit amour antiques. C'est la Dompteuse d'Amours et Y Amour en visite. La Blanchisseuse d'Amours montre une jeune femme qui trempe dans l'eau des Amours, puis les attache, lavés, purifiés, à des cordes, au soleil.
Tout cela est d'une mièvrerie plus digne de l'illustration que de la peinture. De tels talents ont la fragilité des fleurs; leur charme séduit d'abord par sa fraîcheur, sa nouveauté, mais ils passent vite, et les générations nouvelles s'étonnent plus tard de ne trouver à ces gentillesses que la fadeur mélancolique des feuilles desséchées.
Chassériau, qui rêva d'unir la fougue de Delacroix à la sagesse d'Ingres, n'a laissé que de très rares portraits d'enfants; il prouva néanmoins dans quelques dessins comme celui du neveu de la princesse Cantacuzène, dans quelques peintures comme le portrait de son frère Ernest, le portrait de sa sœur en costume de pensionnaire et le joli portrait de Mlle Marcotte de Quivières (Mme la marquise de Montholon), qu'il avait un sentiment exact de la grâce puérile. Dans la riche collection que M. le baron Arthur Chassériau a groupée, nous avons
vu plusieurs portraits du maître dans sa jeunesse : une bonne peinture de Savaine le représente à l'âge de douze ans.
Combien d'artistes nous devrions encore nommer. Tassaert, dont M.. Manzi possède deux délicieux enfants peints dans une caresse câline tout à fait charmante; Diaz qui, bien que plutôt paysagiste, brossa dans sa verve habituelle quelques frimousses fraîches et futées; Decamps, qui nous montra surtout les enfants de l'Orient; Cabanel, qui a laissé dans les collections Pereire, Gustave Dreyfus et autres, de jeunes visages d'une facture douce, d'une tonalité affaiblie, d'un ensemble généralement veule et insuffisant....
Millet sut rendre les choses de la campagne avec un style particulier et une personnalité saisissante qui, avec plus de largeur, d'audace et de réflexion, rappellent les Lenain et qui laisseront, sur la vie intime des villages, des confidences sincères et pittoresques.
Dans ses peintures, dans ses dessins, il ne fut pas seulement le chantre du paysan et de la paysanne, il fut aussi le poète de l'enfant des campagnes, du tout petit, de sa gaucherie et de sa grâce, de sa marche et de son sommeil; il sentit et il traduisit les mystères et les beautés du foyer et de la famille au fond des champs. Fils d'une race de paysans normands, il vint à Paris, chez le
peintre Delaroche, étudier le rudiment de son art. Longtemps il chercha sa voie. Ses débuts ressemblèrent à son arrivée dans la capitale. L'esprit rempli des chefs-d'œuvre du Louvre , le rustique rapin, tombé dans Paris où il ne connaissait personne, parcourut la ville durant plusieurs jours, en quête du musée dont il n'osait demander le chemin aux passants, tant il rougissait de son ignorance et tremblait d'être tourné en ridicule.
Et, un beau jour, étant sur le Pont-Neuf, il aperçut un grand palais au bord de la Seine, et il reconnut le Louvre qu'il avait
PORTRAIT DE MADEMOISELLE B., PAR AIME MOROT. VU dailS deS gr&VUFeS.... G'eSt
AUJOURD'HUI
ainsi qu'après des années de tâtonnements, d'efforts dans le genre mythologique, étant parti pour Barbizon, il aperçut la forêt de Fontainebleau, la plaine de Chailly, et il reconnut que c'était ce qu'il cherchait. Dès lors, il marcha sans hésitation ; malgré la misère, la maladie, les lourdes charges de famille, tous ses souvenirs d'enfance fleurirent en lui et portèrent des fruits1. Il devint le messie d'un art nouveau. Son influence fut générale ; elle se retrouve non seulement chez les peintres qui lui succédèrent, mais aussi chez les sculpteurs, plus préoccupés désormais de la vie réelle.
Le portrait de Mlle Feuar dent est une composition originale. A genoux devant une glace, la petite fille s'examine en souriant et grimaçant. Les mains sur le cadre, la tête couverte d'un foulard rose, elle est peinte avec une souplesse et une gaieté d'harmonie qui ne rappellent pas les œuvres habituelles du maître, trop souvent ternes et lourdes. Il faut dire que ce portrait date de 1841 .
Baudry, maître délicieux, plein de grâce altière, et coloriste d'une incomparable clarté, a été un traducteur de l'enfant tout à fait exquis. Il a laissé des portraits où la finesse, la fantaisie, la carnation idéale du jeune âge sont fixées avec un entrain merveilleux. D'un talent très délicat, très raffiné, d'une âme très sensible, il était supérieurement doué pour comprendre et pour exprimer