‹ Les portraits de l'enfantChapitre 72 sur 161 · NERNAN (MUSÉE DE LA HAYE · texte numérisé non relu

NERNAN (MUSÉE DE LA HAYE

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PORTRAIT D'ENFANT, PAR VAN DYCK ET JEAN FYT. Musée d'Anvers. (Braun, Clément et C'", phot.)

Ici, sur des surfaces lisses s'étale une couleur aplanie; parfois même la toile est à nu et tout à côté se dressent 'des entassements de matière, rugueux et sabrés d'estafilades, et des épaisseurs d'empâtements dans lesquelles les objets semblent sculptés plutôt que peints.

« Il y a comme une folie dans ces emportements et nous ne connaissons aucun ouvrage du maître qui réunisse des oppositions aussi tranchées et des incohérences aussi flagrantes. Et cependant ces violences de touche, ce fracas de tous ces jeux de la lumière, tout cela se règle et se tempère à distance. Éloignez-vous de quelques pas, les constructions se dégagent logiques et puissantes; les valeurs s'équilibrent, la couleur chante son hymne radieux1. La création du maître vous apparaît dans son unité saisissante, avec son incomparable éclat. Que vos yeux se détournent un moment de la toile enchanteresse, et tout ce qui l'avoisine vous semblera terne, insignifiant, inerte. Votre regard sera invinciblement ramené sur cette œuvre prodigieuse qui joint à la flottante poésie du rêve toutes les énergies de la vie la plus intense2. »

Rembrandt présente souvent dans ses tableaux de genre des silhouettes d'enfants. Il les exprime avec une grande fidélité de la tournure juvénile. C'est ainsi que nous remarquerons la justesse de mouvement du petit gamin qui, dans le Bon Samaritain (Louvre) se dresse sur la pointe des pieds pour voir, pardessus la croupe du cheval, transporter le blessé recueilli sur la route. La silhouette estompée est parfaite d'observation.

Dans le repas des disciples d'Emmaiïs, le profil délicieux d'un gamin qui apporte un plat aux pieux personnages prouve une fois de plus par la fraîcheur et l'ingénuité de son expression que le maître avait le sentiment de la jeunesse. Ailleurs, il groupa autour de Jésus des petits gueux dont il affirma volontairement la misère et la laideur. Jésus demandait qu'on laissât venir à lui ceux qui souffrent, les petits comme les grands. Sa divine caresse était surtout nécessaire à ceux qui endurent les rigueurs de la vie. Ces rigueurs atteignent profondément le physique, principalement quand elles frappent des natures délicates. C'est pourquoi Rembrandt était un bon traducteur de la Bible quand il entourait Jésus d'enfants laids et misérables.

Un autre jour, il voulut élever un monument définitif à la lumière. Le motif premier était quelconque et très indifférent. C'est le génie de l'artiste qui fait que le marbre devient Jupiter ou cuvette. Rembrandt répandit sur sa toile les tons variés et sonores de sa palette, il fit jaillir du canevas des visages divers, des étoffes somptueuses, des épées, des mousquets et des lances; il répandit la fougue, l'agitation, parmi les corps et les objets dans la pénombre et dans les ténèbres. Puis, ayant répartiles notes diverses de sa lumière, il jugea qu'il fallait,

près :

On peut rappeler ici le mot de Rembrandt aux amateurs qui regardaient sa peinture de trop

« Prenez garde, l'odeur de la peinture n'est pas bonne à respirer.... »

Emile Michel, Rembrandt, sa Vie, son Œuvre et son Temps, Hachette et Cie.

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LES ENFANTS DE CHARLES I". LE PRINCE DE GALLES, PLUS TARD CHARLES II, LE DUC D'YORK ET LA PRINCESSE MARIE, PAR VAN DYCK.

Musée de Dresde.

{Répétition par Van Dyck à Windsor, esquisse au Louvre.)

en un coin déterminé, le chant suprême, la clarté dominante, et, dans un rayon féerique, il dressa un être menu, magique, merveilleusement vêtu de rosée comme l'Aurore, un sylphe, une fée, une fillette, un enfant de rêve. Tel fut ce rébus, ce miracle, la Ronde de nuit où la lumière rayonne au milieu d'une mystérieuse cohue, s'anime et forme dans un coin une gamine adorable et vaporeuse, qui n'a certes jamais existé et qui est plus éternelle que nous tous.

Après de tels maîtres, on croirait ne plus avoir à glaner que de vagues et maigres épis dans des chaumes déserts. Ce serait une erreur. Mierevelt, Flink, Bol, Van Oost, non seulement méritent d'être nommés mais seraient dignes d'être étudiés pour le talent qu'ils mirent chacun à varier la tra-

FRAGMENT DU PORTRAIT DE VAN DYCK « LA FILLE DE DAME COLLYNS DE NOLE. » Pinacothèque de Munich.

dition reçue de leurs maîtres respectifs.

Sustermans, apprécié à Florence, y devint le peintre des Médicis et fut l'ami de Rubens et de Van Dyck, ce qui n'était pas un mince honneur.

François Porbus vécut de longues années à Mantoue au service du prince de Gonzague. Son talent consciencieux et précis le fit employer souvent comme portraitiste des Sérénissimes princes et princesses à marier. Le duc l'envoyait au loin, dans les cours d'Europe, peindre pour ses enfants des époux et des épouses et il le chargeait d'offrir en échange les images des jeunes représentants de la famille Gonzague. Il peignit ainsi les Infantes de Savoie ; et ses portraits plurent assez pour aider au mariage de François de Mantoue avec l'Infante Marguerite de Savoie. La même année, il collabora au mariage de Marguerite de Gonzague, en peignant son portrait pour le duc de Lorraine.

Lorsque la duchesse Eléonore, marraine de Louis XIII, vint à Fontainebleau pour le baptême du Dauphin, Porbus eut l'honneur de l'accompagner et de faire le portrait de l'enfant royal de France, ainsi que l'atteste cette note datée du 20 août 1606 dans le journal du médecin Héroart, dont nous parlerons plus longuement par la suite : « Pendant qu'il (le dauphin Louis) mange, le sieur Francesco Pourbus, peintre de M. le duc de Mantoue, le pourtrait de son long. »

Le succès de Porbus à la cour de Henri IV fut assez grand pour lui faire prendre la décision de se fixer en France. Il exécuta pour la ville de Paris deux grands tableaux, la Minorité du roi et la Majorité du roi; ces toiles de valeur ont malheureusement disparu ainsi que presque tous les autres portraits de Porbus. Ils durent pourtant être nombreux, car l'usage existait alors d'offrir à tous les ambassadeurs étrangers des portraits de Leurs Majestés et des enfants de France. C'est ainsi que Mme la princesse Mathilde possède deux tableaux de François Porbus — un portrait de Louis XIII enfant et un portrait d'Anne d'Autriche dans sa jeunesse — trouvés à Venise dans une famille patricienne dont un personnage avait été ambassadeur à la cour des rois très chrétiens.

Gonzalès Coques, dont les tableaux sont assez rares, a mérité d'être comparé

DANS LES FLANDRES ET EN ALLEMAGNE

GUILLAUME II, PRINCE D'ORANGE, ET SA FIANCÉE, LA PRINCESSE MARIE, FILLE DE CHARLES Ior, PAR VAN DYCK.

Musée d'Amsterdam.

à Van Dyck, de voir ses minuscules portraits de famille traités par Paul Mantz de « Van Dyck in-18 ».

La collection Suermondt, à Aix-la-Chapelle, possède par hasard un bon portrait de grandeur naturelle peint par Coques dans une jolie couleur et une libre facture qui représente une petite fille aux cheveux blonds, couronnée de fleurs, tenant dans sa main droite une tulipe et ayant auprès d'elle un petit chien.

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L'Angleterre compte quelques beaux portraits de Coques, dans sa manière plus habituelle des groupes de famille réunis dans un petit cadre.

Le roi d'Angleterre en possède un qui représente une famille Van der Helst, prenant le frais sur la terrasse d'un château seigneurial. Chez lord Hertford, c'est un Repas champêtre à peu près du même genre et, dans la collection Lei-

cester, la famille du Stathouder Henri, prince d'Orange. La scène se passe dans un intérieur égayé par les jeux des enfants. Avec le Pick-nick de la collection John Walter nous retournons dans les champs. En réalité, il ne s'agit pas d'un pick-nick mais d'un repas champêtre en famille : le déjeuner sur l'herbe est terminé, et tandis que le domestique achève son service, les parents se lèvent et les enfants jouent et font de la musique.

Toutes ces petites toiles sont d'un faire brillant et sérieux à la fois, plein de liberté, de conscience et de

Van der Helst eut la gloire de

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