AVERTISSEMENT AU LECTEUR
Si l'on tient compte des images tardives, purement imaginaires, ou de celles qui s'inspirent do simples réminiscences, le nombre des portraits connus, vrais ou supposés, de Mi< lu-lange s'élève presque à cent.
Dans cet immense bric-à-brac, on compte seulement cinq portraits véritables, c'est à dire posés, qu'il s'agit de reconnaître et de déterminer.
L'étude de cette question a été compliquée ou plutôt troublée, à un degré inouï, par des attributions impudente-, proposées sans l'ombre d'une preuve, dans un but purement intéresse . par des spéculateurs - on ne saurait dire par des auteurs -. indigne» de tout crédit. Leur but était de faire croire à l'existence de portraits de Michelange peints par lui-même, qui n'ont jamais existe; ou, ce qui est peut être encore plus invraisemblable, de portraits qu'il aurait corrigés et retouchés.
Des documents essentiels, faciles à découvrir ou même déjà publiés, suffisants pour élucider de façon presque complète la plupart des questions en litige, ont été, par les uns ignorés, par d'autres passés sous silence, volontairement. Par contre, des affirmations suspectes ou des informations inexactes ont été acceptées sans critique ou répétées sans contrôle, on peut bien dire, les yeux fermés.
Je n'ai pas suivi dans ce travail un ordre chronologique, puisque j'ai commencé pas les bustes, exécutés après la mort de Michelange; mais, pour le but que je me proposais, il importait
assez peu. Je désirais, en ce travail, fixer les seuls élément présentant une valeur certaine, au point de vue de l'iconographie de Michelange, parmi tant d'images vaines ou illusoires et j'espère avoir atteint mon but.
On m'accusera certainement, surtout dans la partie du travail concernant les bustes, de fréquentes répétitions. Très volontairement, j'ai encouru ce reproche; j'estime, en effet, que dans les questions compliquées, les répétitions facilitent beaucoup le travail critique du lecteur.
Dans un prochain ouvrage, où seront représentés tous les portraits connus de Michelange et même ceux que simplement on lui attribue, j'étudierai les diverses questions qui me restent à traiter et en reprendrai quelques unes déjà sommairement exposées en ce volume. On verra défiler toutes ces images dérivées, copiées et recopiées les unes sur les autres, qui finissent par ne plus se ressembler entre elles et où l'on cherche en vain Michelange lui-même, le Michelange de Giuliano Bugiardini et de Iacopo del Conte.
Parmi les cinq portraits authentiques de Michelange. Je n'ai pas étudié, en cet ouvrage, ni l'aquarelle de Francisco da Ollanda, ni la médaille de Leone Leoni.
La médaille est très connue, et aucun doute n'existe à son sujet. Bien qu'elle ne soit pas représentée, la PI. IX, p. 73, où figure une assez médiocre réplique, peut en donner une idée suffisante.
Je regrette de n'avoir pas été en mesure d'étudier en ce travail, d'une façon complète, l'aquarelle de Francisco da Ollanda, à laquelle j'ai fait une brève allusion (voir note de la p. 95). Les renseignements que j'avais demandés en Portugal et en Espagne, ne me sont pas parvenus. Dans ces conditions, je n'avais rien de plus à dire que Vasconcellos *), qu'il me suffit de citer. Je demanderai cependant la permission d'ajouter ici quelques mots au sujet de ce portrait.
1) J. DE Vasconcellos, Francisco da Hollanda. Fier Gespraohe iiber die Malerei gefiihrt zu Rom, 1538. Originaltext mit llbersetzung, Einleitung, Beilagen und Erliiuterungen . Cjuellensc.hriften fur Kunstgescliichte und Kunsttechnik des Mittelalters und der Neuzeit, N. F., vol. IX, 1899.
Le portrait lui-même est bien connu. Il fut publié, pour la première fois, en 1863, en Espagne ')• Grimm le lit aussitôt connaître dans son célèbre livre sur Michelange; et. malgré 068 publications, les anciens auteurs Italiens, tiotti et Milanesi n'en entendirent jamais parler 2).
Le portrait de Michelange figure, avec le portrait du Doge Pietro Landi et celui de Paul III. parmi les 54 feuillets de l'album de Francisco conservé à l'EaooriaL Cet album, do même type que celui de Marten van Heemskerok, est .-..111111 depuis longtemps; bien antérieuremenl à la publication do portrail de Michelange en L863. Voici l>' titre exaol de et ouvra-.-: « Reitumdo e Portugal El Eei l>'« Joa Ul qm Dt tm •• <''"'-
bnidn paxsou a Italia >■ <las antigvaHuu qut via retratou dt nu mo todon on desrnhox dette Unit. »
J'ai pensé que ces renseignements oe seraienl pas inutiles, parceque M.r Thode affirme que oe portrait orne les Dialogues
sur la Peinture, où Francisco l'ait < verser Michelange et Vu
toria Oolonna. Or, les quatre Dialogues BU la Peinture consii tuent la seconde partie du Traité « /»" l'intum tmtiga >,dont le manuscrit est perdu. Cet ouvrage avait été lieiir.iis.mcin ...pic en 1790, par Monsenhor José Joaqiiim l'crr.ira Oordo, dont le manuscrit se trouve eu Portugal 3).
1) El arto in Espafia, Revista de las art.-s .loi dilmjo, vol. II.
2) Voici une liste, qui n'a pas la prétention .1". u- complet.-, .les ouvrages oh l'aquarelle dp Franoiaoo se trouva reproduite : oa.-rir« de» Beaux Art-
p. 397. A Arte Portugutta, p. 45. Mi m/. Um rfeoKti d'artùte» et la fin de la Renaixmnoe, p. 407. Cil. Ykiarte, Flon-nc, . éd. tram-., p. 180 ï éd. angl., p. 295. K. Frey. Dichtungen des Miehelagniolo Huonarroti, 1897, p. 878. K. JOSIx, Miohelanaelo, New Beitriige, eto., 1909, p. 358.
3) H. Thode, Miehelangelo, etc., vol. V. p. 544, 1908. Sons le n.° X\l\. dans la classe des Zeichnungen, M.r Thode «lit expressément « Francisco de Hollanda, in seinen Dialogen. » M.r Thode a donc fait oonfusion entre la copie des dialogues de Francisco, dont l'original n'existe plus et son album de dessins, qui se trouve à l'Esoorial.
A Madame M. M.
C'est bien à vous que doivent être dédiés ces deux volumes sur les portraits de Michelange, destinés à paraître nuoeuÎMmmt, Sans vous, de longtemps, je n'aurais pus ,u le courage daitr,prendre ce travail.
Chaque année, lorsque mus nmiii: bOBMM les hirondi //. t, vous vous informiez des progrès qu'avaient faits mes étude* sur Michelange, au cours des mois pusses. Ce p'rintemft d, rnier, sur lu Rimera du lac de Garda, au milieu dis rosis, mus avez compris, lisaut tu manuscrit ma traduction, du boom Ken d, Frey, ce que coûte souv, ut um timpît page, mm simple phrase, de recherches et de réflexion».
Mais vous êtes artiste, une grandi artiste, et mus êtes femme -c'est à dire doublement artiste, doublement femme - et en Otth qualité vous voulez que tout soit rapide, simple ,t eluir. Vous aimez bien eonnaitre la vérité,... à condition quille m OOÛtt DOS MM trop grand effort.
C'était depuis longtemps, pour vous, comme une obsession! Quels sont les portraits sincères, véritable», authentiques, de V artiste divin?
Dans tous ces lieux charmants de la bien-aimée Italie: Perugia, Assisi, Ravenna, Marina di Pisa, Bagni di Lucca, Porto-Fino, sans parler de la chère Florence, où, successivement, nous avons vu naître le printemps et mourir l'année, vous me
conjuriez d'entreprendre ce travail. Ce sera, disiez vous, l'œuvre de quelques jours, de quelques semaines au plus. Je me doutais bien de ce qu'il en adviendrait.
Je vous faisais lire Milanesi, je vous traduisais Thode. Je vous disais: il y a plus de cent portraits, c'est la confusion même. Cela ne vous embarrassait pas beaucoup; les femmes ne connaissent jamais de difficultés, dans les travaux qu'elles imposent.
Il faut! disent-elles. J'ai obéi. Et après des mois de travail tenace, attachant par certains côtés, rebutant par d'autres, voici le résultat.
Vous plaira-t-ilf Je ne sais vraiment. Les femmes et les artistes n'aiment pas beaucoup les points d'interrogation, les hypothèses. C'est pour elles, sans doute, que dans les Musées, on ianpose des étiquettes à tant d'œuvres, bonnes ou médiocres, dont on ignore complètement l'auteur.
Rappelez-vous votre émotion, quand je vous apprès que l'Accademia di San Luca, de Rome, prétendait posséder le masque du grand homme, pris sur le cadavre, par Ricciarelli. Le doute ne vous effleurait même pas et vous étiez furieuse contre l'Accademia qui me refusait le moulage et prétendait se réserver la propriété exclusive de ce précieux trésor. Hélas ! ce n'était qu'une illusion vaine, ne reposant sur aucun fondement. La démonstration vous en parut péremptoire, mais, en même temps, vous déplut. Je vous taquinais, vous comparant à cette anglaise qui « tombe faible*, en apprenant que Guillaume Tell n'a jamais existé. Vous en conveniez, mais avec tristesse ; pour une femme, la perte d'une illusion, si puérile soit-elle, sera toujours une douleur.
Cependant, vous et moi, sans rien connaître de la question, avions toujours admiré et aimé le portrait des TIffizi, avec son expression profondément douloureuse. En artiste, vous aviez toujours senti la grande valeur de l'œuvre que tous, à cœur-joie, s'entendaient à vilipender. Vous verrez, disiez vous, en lisant dans Vasari la liste des portraits de Michelange, celui-là, c'est le Iacopo del Conte! Et vous aviez parfaitement raison.
Le portrait de Bugiardini, à la Casa Biionarroti, vous intéressait moins. Ce n'est pas un portrait artistique. Mais, c'est l'image de l'homme, à l'heure où la lassitude, le découragement, l angoisse d'être seul, la douleur de vivre, n'avaient pas enoon jeté sur son noble visage Vempreinti deeetU désespérance, qui fatalement tous les hommes de génie, tourmentes par eux-mêmes, sont condamnés à subir un jour. « Celui </iii muni jeune, disaient les Anciens, est aime des Dieux*.
Les paroles que Karl Justi, cet artiste il <■» oritiqui mlmirable, consacre au portrait du lu Case Buonarroti, ont levé met derniers doutes et je nu- suis déridé.
Dans le second volunu dt mon ouvrage, avec oetb aquareik sincère de Francisco da OHanaa que vous aimée, vous trouverez, j'espère, "/" œuvn moins aride, plus artistique, plus conforme à votre sentiment </<> choses; mois il était vraiment nécessaire de commencer par là. Il fallait débarrasser <>iti question, déjà oompliquét <u elle-même, du plus étrangt amas <i< confusions et d'erreurs qui ait peut An jamais été accumulé. Avant de s'installer dans la maison, il faut balayer /<■> loilis d'araignée.
Aux heures mêmes où. avec votn pinceau, vous exprimées la noblesse et la poësù du La recherehi d< la vérité .plus modestement, plus humblement, avec ma plume, /< poursuivais i< même but.
J'ai été soutenu, an cours de ci travail, par ci doiihli intiment: que je roulais hommage, dans la mesure d< mis forces, à la sublimité du plus grand des artistes it que mon effort, dont, à travers les vallées et les monts, de loin, vous suivit: la trace, i<ous inspirait quelque intérêt.
Florence, 22 Janvier 1913.