LES POLTRONS
Ceux qui, ni guerriers ni courtisans, vont à la guerre et suivent la cour, qui ne font pas un siège, mais qui y assistent (1), ont bientôt épuisé leur curiosité sur
(1) Il y a eu plusieurs Pisons mentionnés dans Thistoire romaine ; celui que La Bruyère semble avoir en vue, est le beau-frère de César, gouverneur de Macédoine, accusé de concussions. Cicéron, dans les plaidoiries qu'il prononça contre lui, l'accabla d'injures et le représenta comme un type parfait de scélératesse. — Caton d'Utique fut un honnête homme, philosophe sto'icien. républicain austère.
(2) Sûr ; comme on dit : un ami sûr ; d'un caractère tel qu'on puisse compter sur lui.
(1) Recevoir: affronter. La vraie bravoure n'est pas celle qui fait tant de démonstrations.
(1) Aujourd'hui on ne voit guère assister à un siège que des professionnels, et non plus des amateurs. Au xviie siècle, plusieurs sièges de villes furent des spectacles militaires. En 1692, quelques magistrats
une place do guerre, quelque surprenante qu'elle soit, sur la tranchée, sur l'efTct des bombes et du canon, sur les coups de main, comme sur l'ordre et le succès d'une attaque qu'ils entrevoient. La résistance continue, les pluies surviennent, les fatigues croissent, on plonge dans lafange, on a à combattre les saisons et l'ennemi, on peut être forcé dans ses lignes et enfermé entre une ville et une armée (2) : quelles extrémités! On perd courage, on murmure. « Est-ce un si grand inconvénient que de lever un siège? Le salut de l'État dépend-il d'une citadelle de plus ou de moins? Ne faut-il pas, ajoutent-ils, fléchir sous les ordres du Ciel, qui semble se déclarer contre nous, et remettre la partie à un autre temps? » Alors ils ne comprennent plus la fermeté, et s'ils osoient dire, l'opiniâtreté (3) du général (4), qui se roidit contre les obstacles, qui s'anime par la difficulté de l'entreprise, qui veille la nuit et s'expose le jour pour la conduire à sa fin. A-t-on capitulé, ces hommes si découragés relèvent l'importance de cette conquête, en prédisent les suites, exagèrent la nécessité qu'il y avoit de la faire, le péril et la honte qui suivoient de s'en désister (5), prouvent que l'armée qui nous couvroit des ennemis étoit invincible. Ils reviennent avec la cour, passent par les villes et les bourgades; fiers d'être regardés de la bourgeoisie qui est aux fenêtres, comme ceux mêmes qui ont pris la place, ils en triomphent par les chemins, ils se croient braves. Revenus chez eux, ils vous étourdissent de flancs, dere-
allèrent suivre les opérations de l'armée française devant Namur, et se plaignirent avec éclat des pluies continuelles.
(2) L'armée de Guillaume d'Orange campait non loin des Français; le danger éventuel consistait à être pris entre deux feux, celui de la ville assiégée et celui do l'armée de secours. Mais, tenu en échec par Luxembourg, Guillaume n'osa engager la bataille.
(3) L'opiniâtreté: l'entêtement aveugle.
(4) Ce général était Vauban, dont la ténacité et le courage surmontèrent tous les obstacles.
(5) Qui suivaient : qui résulteraient. — De s'en désister : du fait d'y renoncer.
dans, do ravelins, de fausse braie, de courtines, et de chemin couvorl(6); ils. rendent compte des endroils où Yenvie de voir les a portés, et où il ne laissoit pas d' y avoir du péril, des hasards qu'ils ont courus à leur retour d'être pris ou tués par l'ennemi : ils taisent seulement qu'ils ont eu peur.