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INCOMPATIBILITÉ DE VERTUS

Cléante (1) est un très-honnête homme; il s'est choisi une femme qui est la meilleure personne du monde et la plus raisonnable : chacun, de sa part (2),

(1) L'on sait des gens. Il s'agit de deux conseillers d'Etat, Saint- Romain et Courtiii, très considérés, et unis d'une amitié si iniime qu'ils logeaient ensemble. Apres trente ans do ménage commun ils se séparèrent, au grand étonnement et presque au scandale de leurs contemporains : a. Je croyais, écrit Bussy-Rabutin, que ce ne serait que la mort de Saint-Romain qui le séparerait d'avec son ami ; on voit par là que rien n'est durable ici-bas. » Pourtant, cette séparation ne détruisit pas leur amitié.

(2) Coulé : passé doucement.

(3) Complaisance : tolérance mutuelle des défauts.

(4) Sociables: prouvant par leur exemple que l'homme est sociable, né pour l'amitié. — La conclusion misanthropique de La Bruyère est heureusement quelquefo s démentie par l'expérience.

(1) Les clefs hésitent sur le personnage visé : peu importe d'ailleurs. La Bru^'ère observe finement que la vertu ne sulfit pas pour créer l'union ; il faut que les qualités des deux époux se complètent, s'harmonisent; dans le cas contraire, naissent des froissements et des rivalités qui, peu à peu, détruisent l'affection.

(2) De sa part : pour sa part.

fait tout le plaisir et tout l'agrément des sociétés où il se trouve; l'on ne peut voir ailleurs plus de probité, plus de politesse. Ils se quittent demain, et l'acte de leur séparation est tout dressé chez le notaire. 11 y a, sans mentir, de certains mérites qui ne sont point faits pour être ensemble, de certaines vertus incompatibles.

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