L. Veutllot
La faute de l'Assemblée nationale. - - Elle veut une royauté « libérale ». — Elle fait la République. — Elle répond par là aux vœux des loges et de l'Allemagne. — Gambetta réapparaît. — Appel des 363 aux armées prussiennes en vue de leur élection. — Relations de Gambetta avec Bismarck. — « Si vous avez la République c'est nous qui vous l'avons donnée >>. — Comme en Pologne.
Après le désastre de Sedan et l'écroulement de l'Empire, les hommes qui avaient rendu cette fin inévitable, se montrèrent les plus empressés et les plus ardents à réclamer « la revanche ». Donnez-nous-en les moyens, dirent-ils à la France et nous nous hâterons de reconquérir l'Alsace et la Lorraine.
La France répondit :
— Que demandez-vous pour cela?
— Il faut une armée active de 560.000 hommes ; et le pou-
voir de lever, quand le moment sera venu, 4.800.000 hommes (un soldat sur dix habitants) . — Accordé.
— Les hommes ne suffisent pas. Il faut de l'argent pour les remparts, les armes et les munitions.
Cet argent leur fut donné. Il avait été sérieusement employé. Un travail colossal avait été fait : loi du recrutement, loi d'organisation, loi des cadres, pour ne parler que des lois constitutives ; édification de casernements et d'établissements sur tout le territoire, reconstitution de l'armement des troupes et de l'artillerie; construction des systèmes de défense de la frontière du Nord-Est, à celle du Sud-Est et de l'intérieur, élaboration des règlements généraux et des règlements particuliers de l'armée, création de l'école de guerre et réforme des écoles militaires, constitution de l 'Etat-Major comprenant les bureaux de la mobilisation, de la statistique, des chemins de fer, etc.. Chaque année était une année de progrès, au grand contentement de la vraie France. Les chefs militaires s'étaient employés à cette tâche avec une intelligence et une ardeur qui avaient fait l'admiration de l'Europe. La nation avait applaudi et s'était prêtée à tous les sacrifices nécessaires.
Et cependant il arriva un jour et il ne tarda pas à venir, où un député, bien que radical et ancien ministre de la Marine, M. de Lanessan, dans une série d'articles, déclara ceci : « Nos troupes de couverture n'existaient pour ainsi dire que sur le papier ; en tout cas leurs effectifs réels étaient absolument insuffisants ». Il ajoutait : 1° l'organisation politique de la France la laissait, en cas de guerre, dans une infériorité absolue vis-à-vis d'un Etat monarchique; 2° la préparation militaire de l'Allemagne, la rapidité de sa mobilisation et de son attaque, nous condamnaient à l'écrasement fatal. Devant cette perspective, M. de Lanessan demandait une nouvelle dépense de six cents millions. M. Baudin, autre blocard, également ancien ministre, et rapporteur du budget, nous montrait, lui aussi, les arsenaux vides et les effectifs réduits jusqu'à l'exténuation. Aussi, parlant des menaces que l'Allemagne venait de nous faire, M. de Lanessan rapporta le mot par lequel M. Rouvier avait justifié le renvoi de M. Delcassé : « Nous allions certainement à une défaite. »
|.',li l'œi vre de la republique.
\,,u . n'examinerons pas le sentiment qui porta M. de Lanesni i faire celle constatation, ni s'il n'avait pas pris lui-même une grande part à l'état de choses qu'il dénonçait. Mais nous devons demander : Que s'était-il donc passé?
L'Assemblée nationale, après avoir fait d'excellentes lois qui lurcul bientôt défaites, constitua la République, une république provisoire, pensait-elle, un septennat, une tente dressée pour m- donner, à l'abri de l'anarchie, le temps de construire l'édifice de la. royauté libérale. Voici quarante ans et plus que cette lente nous abrite et nous protège, non contre l'anarchie, mais contre la bienveillance de Dieu et contre l'action salutaire de L'Eglise. De « conservatrice » avec Thiers, elle devint opportuniste avec Gambetta, puis radicale avec Waldeck-Rousseau et Combes, et enfin ce que nous l'avons vue être aux approches de la guerre et ce que nous la voyons être depuis. Voilà à quoi ont abouti ceux qui avaient été élus pour remettre la France dans son assiette. Ils ont mérité le reproche que M. de Bonald avait déjà fait à leurs prédécesseurs : « La foi a manqué à ceux qui ont été à la tête des affaires de l'Europe pendant la Révolution, la foi politique comme la foi religieuse; cette toi qui croit à la force infinie, irrésistible de la royauté, de la religion, de la. justice, de l'ordre. On eût transporté des montagnes et on a échoué contre des grains de sable. »
Les monarchistes de 1871, eux aussi, ont échoué parce qu'ils sont allés se heurter bénévolement contre un grain de sable... le drapeau tricolore, parce qu'ils se sont passionnés pour ce que le bon sens national aurait dû considérer comme une puérilité. Ce n'était chez les naïfs que simplicité. Mais pour les législateurs qui mirent un tel acharnement à conserver les trois couleurs, sauvegarde de leur libéralisme, ce fut, pourrait-on dire, une sorte de trahison.
« Nous irons de calamités en calamités jusqu'au fond de l'abîme, écrivit Mgr Dupanloup à M. de Pressensé, le 28 octobre 1873, après avoir prêté son concours aux libéraux. La malédiction de l'avenir et de l'histoire s'attachera à ceux qui, pouvant asseoir le pays sur des bases séculaires dans la stabilité, la liberté et l'honneur, auront empêché cette œuvre!... Quelle tristesse et quels remords pour certains hommes forcés de se dire : il y eut un jour, une heure où on aurait pu sauver la France, où notre concours aurait décidé de tout et nous n'avons pas voulu ».
Mgr Dupanloup accusait par ces paroles ceux qui, manquant de confiance en l'avenir d'une royauté libérale, symbolisée par le drapeau tricolore, avaient refusé leur concours. Il se trompait. Un au moins de ses amis eut la loyauté de manifester sur son lit de mort, le regret d'avoir prêté les mains à l'intrigue orléaniste 1.
i. M. le duc d'Audiffret-Pasquier. Il avait dit dans l'intimité : « Nous ramènerons le roi ficelé comme un saucisson. »
Tandis que ces intrigues se mouvaient, le comte de Chambord écrivit à l'un de ses amis de l'Assemblée nationale une lettre qui fut reproduite par toute la presse et qui disait bien pourquoi il voulait avoir comme roi la liberté de son mouvement.
ce Vous vivez, me dites-vous, au milieu d'hommes de tous les partis,, préoccupés de savoir ce que je veux, ce que je désire, ce que j'espère.
» Faites-leur bien connaître mes pensées les plus intimes, et tous les sentiments dont je suis animé.
)> Dites-leur que je ne les ai jamais trompés, que je ne les tromperai jamais, et que je leur demande, au nom de nos intérêts les plus chers et les plus sacrés, au nom de la civilisation, au nom du monde entier témoin de nos malheurs, d'oublier nos dissensions, nos préjugés et nos rancunes.
» Prémunissez-les contre les calomnies répandues dans l'intention de faire croire que, découragé par l'excès de nos infortunes, et désespérant de l'avenir de mon pays, j'ai renoncé au bonheur de le sauver.
» Il sera sauvé le jour où il cessera de confondre la licence avec la liberté, il le sera surtout quand il n'attendra plus son salut de ces gouvernements d'aventure, qui après quelques années de fausse sécurité le jettent dans d'effroyables abîmes.
» Au-dessus des agitations de la politique, il y a une France qui souffre, une France qui ne veut pas périr, et qui ne périra pas, car lorsque Dieu soumet une nation à de pareilles épreuves, c'est qu'il a encore sur elle de grands desseins.
)> Sachons reconnaître aussi que l'abandon des principes est la vraie cause de nos désastres.
» Une nation chrétienne ne peut pas impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre la chaîne de ses traditions, inscrire en tête de sa constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée religieuse de ses codes et de son enseignement public. Dans ces conditions, elle ne fera jamais qu'une halte dans le désordre, elle oscillera perpétuellement entre le césarisme et l'anarchie, ces deux formes également honteuses des décadences païennes, et n'échappera pas au sort des peuples infidèles à leur mission.
» L.e pays l'a bien compris quand il a choisi pour mandataires des hommes éclairés, comme vous, sur les besoins de leurs temps, mais non moins pénétrés des principes nécessaires à toute société qui veut vivre dans l'honneur et dans la liberté...
» Combattez avec énergie ies erreurs et les préventions qui trouvent un accès trop facile jusque dans les âmes les plus généreuses.
» On dit que je prétends me faire décerner un pouvoir sans limite. Plût à Dieu qu'on n'eût pas accordé si légèrement ce pouvoir à ceux qui, dans les jours d'orage, se sont présentés sous le nom de sauveurs! Nous n'aurions pas la douleur de gémir aujourd'hui sur les maux de la patrie.
» Ce que je demande, vous le savez, c'est de travailler à la régénération du pays, c'est de donner l'essor à toutes ses aspirations légitimes, c'est, à la tête de toute la maison de France, de présider à ses destinées, en soumettant avec confiance les actes du gouvernement au sérieux contrôle de représentants librement élus....
» La parole est à la France et l'heure à Dieu. » Henri.
[58 l'œuvre de la republique.
(V qui peul excuser les monarchistes,, fondateurs de la République, e'esl qu'ils ne savaient point ce qui se passait alors dans les sous-sols de la société et que nous avons appris depuis.
En octobre 1872, deux ans et quatre mois avant la promulgation de la première des lois constitutives de la République, avail eu lieu à Lucano, un convent maçonnique. Félix Pyat y représentait la France et le général Etzel la Prusse. On y décida l'invraisemblable dictature de Gambetta, alors réfugié à Saint- Sébastien dans le sentiment de ses méfaits et la crainte du châtiment qu'ils méritaient.
Le mois suivant, 23 novembre, M. de Bismarck fit écrire par le conseiller intime de Balan, au comte d'Arnim, nommé ambassadeur d'Allemagne à Paris, qui avait exprimé la crainte que l'établissement de la République en France ne fût d'un exemple contagieux pour l'Allemagne :
« Une France constituée monarchiquement nous offrirait des dangers plus grands que ceux que Votre Excellence voit dans l'influence contagieuse des institutions républicaines. Le spectacle que ces institutions nous donnent semble plutôt fait pour inspirer l'horreur ».
Le 20 décembre de cette même année, de Bismarck envoya un message à son ambassadeur qui semblait se rendre difficilement aux raisons ci-dessus exposées :
« Nous n'avons certainement pas pour devoir de rendre la France puissante en consolidant sa situation intérieure et en y établissant une monarchie en règle, qui renarait ce pays capable de conclure des alliances avec les Puissances qui ont jusqu'à présent avec nous des relations d'amitié. L'inimitié de la France nous oblige de désirer qu'elle reste faible... Je suis persuadé qu'aucun Français ne songerait jamais à nous aider à reconquérir les bienfaits d'une monarchie, si Dieu faisait peser sur nous les misères d'une anarchie républicaine... La France est pour nous un salutaire épouvantail. »
Aucun Français ne devrait perdre de vue cette autre lettre que le prince de Bismarck adressa le 16 novembre 1876,, au même ambassadeur :
J'entreprends contre l'Eglise catholique une guerre qui sera longue et peut-être terrible. Je ne me dissimule pas que je vais me heurter à ce que la conscience humaine a de plus respectable et de plus tenace. On m'accusera de persécution et j"y serai peut-être conduit. Mais il le faut, afin d'achever d'abaisser la France et d'établir notre suprématie religieuse et diplomatique comme notre suprématie militaire. Eh bien, je le répète, ICI encore, les Jacobins de France nous aideront : ils jouent notre jeu. Ce que j'attaque par politique, ils l'attaqueront par fanatisme antireligieux. Leur concours nous est assuré... »
Bismarck indiquait aussi à son ambassadeur les moyens à
prendre pour consolider chez nous la République, son œuvre :
« Entretenez dans les feuilles radicales françaises à votre dévotion la peur de l'épouvantai! clérical, en faisant propager les calomnies ou les préjugés qu'a fait naître cette peur... Faites aussi souvent parler dans ces feuilles des dangers de la réaction et du despotisme du clergé. Ces balivernes ne manquent jamais leur effet sur les races ignorantes. Oui, mettez tous vos soins à entretenir cet échange de services mutuels entre les républicains et nous, c'est la France qui paiera le fracas2. »
M. d'Arnim ne fut pas assez souple dans la main de Bismarck, pour prêter aide et assistance à nos sectaires, il fut rappelé en 1874.11 avait gardé les papiers de l'ambassade pour s'en faire une arme contre son chef. Celui-ci le fît condamner à la prison, et pour démontrer qu'il ne craignait pas ses révélations, il publia lui-même les documents dont on le menaçait. Ils ont été traduits en français et édités chez Pion en 1875. ce Bismarck m'a frappé, écrivit d'Arnim, parce que je refusais d'accélérer l'arrivée de Gambetta au pouvoir 3 ».
2. Document cité par M. Gaudin de Villain au Sénat, 6 avril 191 1, Journal officiel du 7 avril, p. 371.
3. M. d'Arnim fut condamné à neuf mois en juin 1875. Il mourut un an après sa libération à Nice, au mois de mars 1877. Pendant toute son ambassade à Rome, en 1870, il avait pris manifestement plaisir à braver la douce majesté de Pie IX et à violer les usages anciens du Vatican. Ce n'était plus un diplomate, c'était un ennemi victorieux et arrogant. « Sûr de la force et de l'empire qu'exerçait déjà son pays, dit Louis Veuillot, et pressentant le triomphe plus grand qu'il voyait venir, il se conduisait comme si le reste du monde était déjà vaincu... Nous nous rappelons d'avoir vu d'Arnim à la gare du chemin de fer de Rome, le 19 juillet 1870. La guerre était déclarée. Il semblait tenir la victoire. Les regards qu'il jetait sur nous, pauvres catholiques français, étaient ce que l'on peut imaginer de plus discourtois ; il semblait se donner par avance la joie d'écraser des vaincus, il semblait déjà maître de la France et de Rome. Il paraît cependant que ce ne fut rien en comparaison de la satisfaction insultante et cruelle qu'il laissa éclater devant les serviteurs du Pape pendant l'entrée de Victor-Emmanuel. On eût souhaité pour lui qu'il dissimulât un peu cette ivresse de voir crouler Rome ».
Dans la brochure firo nihilo, écrite pour sa défense, d'Arnim parut éclairé de lumières que les sages du monde n'ont guère que lorsque la vie les délaisse. Après avoir parlé de Bismarck et de sa fortune et du danger qu'elle courait, il dit : « Les porteurs de couronne héréditaire ne courent pas les mêmes dangers. Ils sentent qu'ils sont comme les anneaux d'une chaîne.; ce qu'ils n'achèvent pas, ils le laissent à leur successeur, qui peut non seulement continuer leurs actions, mais même leur personnalité. Le parvenu ne trouve point avant lui les racines de sa puissance, il n'a point foi, après lui dans l'avenir des temps. Le temps n'est pas pour lui que ce court espace pendant lequel il vit lui-même dans la plénitude de la puissance. Pour le moindre couronné d'une dynastie, c'est au moins l'espace de la durée de cette dynastie. C'est par cette même raison qu'un Pape, qui se sent en quelque sorte un membre toujours renaissant de l'Eglise éternelle, est en général un homme paisible qui attend, le moment favorable. Un vrai Pape n'est jamais pressé, tandis qu'un pape, tel que Napoléon et Bismarck, qui n'a que lui-même en vue, doit être un pape violent, inquiet et créant des complications. »
ICO l'œuvre de LA UEPI/IÎLIQUE.
A\.iiil les élections qui amenèrent la démission de Mac-Mahon, le journal de Gambetta invita l'Allemagne, à effrayer les Français en prenant ses mesures en vue d'une guerre contre la France si les conservateurs triomphaient.
Voici ce que la République française publia le 15 juillet 1878:
« Si la France hésitait a se déclarer pour nous, (républicains), la prudence conseillerait à l'Allemagne et à l'Italie de prendre l'initiative d'une lutte qu'aucune force humaine ne pourrait plus arrêter : le Vatican et le parti clérical français donneraient de la voix d'un bout de la France à I "antre, menaçant Rome, pour frapper Berlin, ou menaçant Berlin pour frapper Home. Voilà la perspective que l'Europe peut avoir devant elle .»
Le il octobre, trois jours avant les élections, la Gazette de l'Allemagne du Nord affirma que les cabinets de Berlin et de Rome s'étaient concertés en vue du péril qui pouvait résulter pour eux des élections. L'affirmation de l'existence de ce traité fournit aux 363 leur manœuvre de la dernière heure 4.
Henekel, qui avait fait porter notre indemnité de guerre de trois à cinq milliards, et qui fut le premier gouverneur allemand de la Lorraine, était venu à Paris, orné du titre de prince, pour y remplir une mission qualifiée importante. Il avait fait connaître à Bismarck les relations qu'il avait nouées avec Gambetta, et demandé au chancelier d'accorder une entrevue au chef des républicains vainqueurs. Bismarck craignit que Gambetta ne se compromît par cette démarche, et il ajourna l'entrevue demandée, ce Je tiens trop à ménager sa popularité pour rien faire qui puisse l'ébranler. Le capital qu'il représente doit être actuellement ménagé. » Cette entrevue de Gambetta avec Bismarck devait avoir pour objet la politique militaire et religieuse que les 363 devaient appliquer à la France, en vue de la réalisation des desseins de la secte. Cela résulte d'une lettre écrite de Nendick le 23 décembre 1877. Les documents d'où
^ 4. Ce n'est donc point la France qui a voulu se mettre en république, c'est l'étranger, c'est la Prusse, c'est la secte maçonnique qui l'y ont mise à son insu et contre son gré. Dans le livre Vingt mois de présidence, M. Thiers a^ avoué que sur une dizaine de millions d'électeurs, il n'y avait pas plus d'un million.et demi de républicains purs, de républicains de principe. Et M. de Freycinet, dans ses Souvenirs, a observé que même en 1893, après vingt ans de république, un tiers de la France refusait encore de reconnaît^ le régime républicain.
Lorsque l'Assemblée nationale vota l'établissement de la République, M. Lucien Brun lui fit cette adjuration : « Avez pitié de vos enfants. »
sont tirés ces renseignements furent publiés en 1901 en annexe aux Pensées et souvenirs de Bismarck0.
Moritz Busch, secrétaire particulier du chancelier, avait écrit, pendant la guerre de 1870, un journal où il inscrivait les moindres paroles de son chef. Ce journal fut publié en Allemagne et la traduction en parut en France au moment où Gambetta négociait avec Henckel les voies et moyens du maintien de la République en France et de l'inauguration d'un Kulturkampf français.
Parlant de Jacoby et des socialistes-démocrates, partisans de la République en Allemagne, Moritz Busch rapporte ce mot de Bismarck :
ce Ces gens-là sont républicains d'abord et seulement ensuite un peu Allemands. 11 leur est odieux de protéger l'Allemagne par l'annexion de Strasbourg et de Metz ; car ils voient là un obstacle à la fondation de cette république tant désirée et un affaiblissement de la propagande en faveur de cette forme de gouvernement. Leur parti leur est plus cher que leur patrie. »
En France, n'y a-t-il point aussi des gens qui préfèrent leur parti à leur patrie, mais sont-ils vraiment Français?
M. Busch a aussi consigné, à sa manière, précieusement phonographique, ces paroles que Bismarck proféra en déjeunant, le 10 février 1871 : « Presque tous les membres ou au moins beau- » coup de membres du gouvernement provisoire sont juifs : Si- » mon, Crémieux, Magnin et Picard qu'on ne croyait pas juif, » et très probablement aussi Gambetta d'après le type de son » visage; j'en soupçonne même Jules Favre, ajouta-t-il. »
La correspondance de Bismarck, publiée par son fils, prouve qu 'après avoir fait cette constatation, le grand Prussien fit tout le nécessaire pour que la France vaincue conservât un gouvernement ainsi composé,
Lorsque le prince de Hohenlohe, qui succéda à d'Arnim à l'ambassade de France (de 1874 à 1885), publia ses Mémoires, on trouva dans le journal de sa mission à Paris des preuves nouvelles de la part que prit Bismarck à l'institution de la République. Il avait donné au prince ces instructions : ce L'intérêt de l'Empire veut que la France reste dans l'état de division
5. Ils sont compris sous le paragraphe 309 entre les pages 492 à 505 de l'édition allemande.
Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — II ir
|llL> i 'd.i VUE DE LA RÉPUBLIQUE.
ej ,|(. faiblesse que garantit la République. Il faut que cette République soil la plus rouge possible et que les anticléricaux en deviennent les maîtres 6. »
Disons aussi que Jaurès, à la tribune de la Chambre et dans son propre journal {'Humanité, eut un jour l'audace, pour se défendre contre les républicains prétendus patriotes, d'affirmer (|ii<> la politique internationaliste et humanitaire du parti socialise pouvait revendiquer Gambetta pour père et pour initiateur ' .
Au lendemain des élections du 14 octobre 1877, qui avaient envoyé à la Chambre les neuf cent soixante-trois, Guillaume Ier exprima à Hohenlohe les craintes que lui causaient les sentiments belliqueux de Gambetta; l'ambassadeur le rassura en lui montrant désormais la France détournée de la politique de revanche par la guerre anticléricale dans laquelle elle venait d'être lancée pour longtemps.
Je me permets, dit-il dans des Mémoires, de contester le bien fondé de ses craintes et déclarai en outre que je ne croyais pas que la République de Gambetta se lançât dans une guerre contre l'Allemagne... Gambetta. obligé d'engager la lutte contre les cléricaux, provoquerait un conflit autrement considérable que notre Kulturkampf. Il serait donc trop occupé à l'intérieur pour nous faire la guerre. (Mémoires, t. II, p. 409.)
Un dernier mot sur cette question. Le baron de Flancy, ancien député de l'Aude, fut premier écuyer du prince Jérôme Napoléon. Il publia ses Souvenirs en 1892 à la librairie Ollendorff. Il y raconte ce qui suit :
« Républicain, certes le prince Xapoléon l'était, et comme, après son dîner au château de Monza (chez son beau-frère le roi Humbert), il
6. <( On comprend,, en lisant Hohenlohe, écrivit un jour Edouard Drumont, pourquoi Bismarck tenait tant à ce que la France" restât en République, surtout lorsque cette République était devenue la chose, la proie, le champ d'action et la raison sociale de la Juiverie cosmopolite.
» Que tout eût été changé, si nous avions eu un chef au lieu d'être livrés à la bande de mercantis, de corrompus et de coquins qui dévorent jusqu'à l'os ce malheureux pays, qui l'exploitent sans vergogne, qui le démoralisent et l'avilissent pour l'exploiter plus à leur aise ! Avec quelle facilité nous aurions trouvé des concours en Europe, et comme il est certain que le traité de Francfort serait déchiré depuis longtemps ! »
Ce fut un travail facile d'identifier dans l'esprit du public, grâce à quelques figures oratoires de « ce borgne sonore », le républicanisme et 1 anticléricalisme avec la noble passion de la revanche, et du culte de la >atne Mais ce n'était qu'une affaire de mots. Fa correspondance de Bisrck est venue nous donner la preuve que l'élévation de Gambetta au pouvoir était concertée avec Berlin et qu'elle faillit se faire à Berlin même clans le cabinet du chancelier.
l'exprimait énergiquement au prince impérial d'Allemagne, depuis Frédéric II, celui-ci ayant demandé la permission de parler librement, dit ces paroles, que j'engage chacun à méditer : « Monseigneur, en France, la République, selon moi, n'a pas de raison d'être, et si vous l'avez, c'est que nous vous Vavons donnée... pour votre malheur8! » « Je tiens du Prince lui-même, ajoute M. de Flancy ce récit de franchise impériale ».
Il est donc certain, de toute certitude, que le régime républicain ne s'est établi en France qu'à la faveur des victoires prussiennes et au moyen d'une révolution devant l'ennemi, qui nous a coûté la Lorraine, en plus de l'Alsace, et cinq milliards au lieu de trois. Que ce gouvernement ne s'est maintenu que parce que l'étranger, et notoirement l'Allemagne impériale, y ont vu un avantage considérable pour leur sécurité et pour avoir les mains libres en Europe. Que le pacte intervenu entre le parti républicain et l'Empire allemand est retracé en termes indélébiles., non seulement dans la correspondance de M. de Bismarck avec M. d'Arnim, mais encore dans les accords secrets intervenus entre M. de Bismarck et M. Gambetta, par l'intermédiaire de M. Henckel de Donnesmarck, et que ce pacte est un pacte contre Rome et contre la catholicité aussi bien que contre la France. En un mot, le régime républicain est l'œuvre commune et concertée de l'Allemagne et de la secte judéomaçonnique qui eut en cette affaire, après Thiers et après les catholiques libéraux, pour principaux instruments le Génois juif Gambetta et le fondateur de la Grande Allemagne, Bismarck.
Ni l'un ni l'autre n'ignoraient l'histoire. Ils savaient comment la Pologne avait disparu de la carte de l'Europe.
« Les voisins de la Pologne, dit M. A. Soreî 9, se montraient des protecteurs jaloux des libertés qui maintenaient cette République en anarchie et l'ouvraient, pour ainsi dire, aux interventions et aux partages... C'était un principe à Vienne, à Pétersbourg et à Berlin, qu'il fallait à tout prix s'opposer à une réforme qui tendrait à y fortifier l'Etat. La constitution de la Pologne permettait aux voisins d'y entretenir le trouble; et les désordres leur servirent ensuite de prétexte pour intervenir dans les affaires de la république et en compléter la ruine. C'est ainsi qu'ils fomentèrent la guerre civile en 1768 et qu'en 1772 ils déclarèrent juste et nécessaire de démembrer cet antique royaume pour
8. Lorsque Bismarck vit la France bien engagée dans la République, il eut le cynisme de dire: « La France a l'agonie folâtre. » Peut-être qu'en fin de compte le monde dira : « La Prusse a une fin bien dramatique et bien émouvante. »
9. L'Europe et la Révolution française, ire partie, chap. T, p. 63-65.
Kiî l'œuvre de la république.
mettre fin h l'anarchie qui s'y était établie et qui menaçait dans leurs intérêts les Etats limitrophes. »
Ce que nos ennemis attendaient de l'institution dont ils nous dotaient s'est-il réalisé? Le gouvernement républicain n'a-t-il pas empêché la France de « consolider sa situation extérieure» après la guerre et la Commune? Le gouvernement républicain n'a-t-il pas mis et maintenu la France dans un « état de faiblesse » vis-à-vis des autres puissances ? L'anarchie républicaine n'a-t-elle pas été pour elles « un salutaire épouvantail »? L'Allemagne a-t-elle été trompée dans son attente lorsqu'elle espérait que « l'état de division et de faiblesse » où la République tiendrait la France serait favorable à ses intérêts ?. Les quarante années écoulées depuis la proclamation de la République en France ont justifié le mot du père de Guillaume II : « Si vous avez la République, c'est que nous vous l'avons donnée pour votre malheur ».
Ce fut bien en effet pour notre malheur. La République s'est constamment appliquée durant quarante ans à détruire en France les forces maîtresses qui font, en toute nation, sa vie et sa vigueur : l'armée, la magistrature et le clergé, le patriotisme, la religion et même la morale; et ainsi elle n'a cessé d'encourager l'Allemagne dans ses convoitises, de donner au peuple allemand, témoin de ces destructions, la confiance, qu'il témoigna, aux débuts de l'invasion, en un facile, prompt et complet triomphe.
Par elle-même, en dehors de la question religieuse, la République, par le seul fait de l'instabilité du pouvoir, ne pouvait, en France, comme elle l'avait fait en Pologne, que mettre la nation en anarchie. Nous avons eu, au lieu du Roi, neuf chefs de l'Etat en quarante-neuf ans.
I. Le premier fut M. Thiers ; il dut donner sa démission le 26 mai 1873. — IL Le maréchal Mac-Mahon consentit à lui succéder comme président provisoire de la République. Le 30 janvier 1879, il dut démissionner comme son prédécesseur. — III. Jules Grévy lui succéda. En 1887 éclata le scandale de la vente des décorations ; il fut abandonné par ses ministres et aucun homme politique n'accepta de former un nouveau cabinet. Il fut ainsi contraint de se retirer. Le lendemain, sénateurs et députés étaient réunis à Versailles pour élire un nouveau Pré-
sident. — IV. Sadi Carnot, Ferry, le général Saussier, de Freycinet, Brisson étaient en concurrence. Le premier fut proclamé au second tour. Le 24 juin 1894, il tomba sous le poignard de Caserio au milieu des fêtes de l'Exposition de Lyon. — V. Le congrès, qui eut à choisir entre Brisson, Charles Dupuy, général Février et Casimir Périer, désigna celui-ci. Il n'alla résider à l'Elysée que sept mois. Il se retirait le 14 janvier 1895. — VI. La lutte paraissait ne devoir s'engager qu'entre Brisson et Waldeck-Rousseau, un Outsider intervint et l'emporta : Félix Faure. La fameuse « Affaire Dreyfus » qui bouleversa le pays pendant cinq ans, à la suite de l'alliance franco-russe, fît croire à une intervention sensationnelle de Félix Faure ; on le trouva mort ; on le dit empoisonné dans son lit, le 16 février 1899. — VII. Le triste Loubet, que Déroulède flétrit en pleine séance du Congrès, et à plusieurs reprises, de ce panamiste », fut élu contre son concurrent Méline. — VIII. Fallières, élu le 17 janvier 1906 contre Doumer, présida à la politique d' ce anticléricalisation » commencée sous son prédécesseur et qui eut pour effet la séparation de l'Eglise et de l'Etat. — IX. Enfin Poincaré fut élu contre Pams. Il vient d'être remplacé par M. Deschanel.
Notes complémentaires.
En L869, Gambetta se faisait recevoir, à Marseille, dans la l'ranc-Maçonnerié1. J. Simon a dit de lui : « La toquade de c cl athée fanatique est de lancer notre pays voltairien, malheureusement préparé par le Juif-Errant et son Rodin, contre le clergé. Gambetta et ses amis n'ont pas plus l'amour de la liberté que Rouher. S'ils remplaçaient l'Empire, ils seraient plus autoritaires que lui. Vous n'imaginez pas ce qu'on entend au milieu d'eux 2. »
Dans le fameux programme de Belle ville qu'il signa lorsque, pour la première fois, il fut élu, en 1869, député de cette circonscription, il réclamait déjà la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et non pas la séparation considérée comme une liquidation à l'amiable du Concordat, cherchant d'un commun accord, sans esprit de persécution et de haine, à régler dans la liberté les relations du pouvoir civil et du pouvoir religieux — mais' cette séparation unilatérale, violente et persécutrice que nous a imposée le sectarisme combiste.
C'est à la suite d'erreurs de jugement de ce genre qu'il termina l'un de ses discours par le mot qu'il empruntait à l'un des ennemis les plus déclarés de l'Eglise catholique, Napoléon Peyrat : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! » Lancé comme une déclaration de guerre, ce mot a eu une grande fortune. Il a groupé en un étroit faisceau tous les ennemis de l'Eglise. Il a maintenu la discipline du parti républicain, et ainsi le régime s'est consolidé.
En désignant comme « l'ennemi » une importante fraction de la France, et non plus l'Allemagne, ce mot a rompu jusqu'à un certain point l'unité nationale ; il a détourné vers des luttes intestines, avivées par une atmosphère de guerre civile, des forces qui auraient dû tendre au relèvement national et à la
i. -Lecanuet, L'Eglise de France sous la troisième République, I, i». 40. 2. Mme Adam, Mes sentiments et nos idées avant 1870, p. ^f>.
revanche, et, tout compte fait, il a été entendu avec bonheur par l'Allemagne.
Tel est l'homme, et c'est pourquoi la secte a décerné une telle apothéose à l'organisateur de la défaite de 1871. Il n'est pas de ville, ni même de bourgade, qui n'ait, aujourd'hui encore, sinon une statue de Gambetta, de ce demi Français, de cet Italien de sang juif, au moins une place, une rue, un chemin portant son nom.
En sera-t-il de même du maréchal Foch ou de l'un ou de l'autre de ses compagnons d'armes? On peut dire à coup sûr : Non. Si longtemps du moins que la secte nous gouvernera. Le premier acte de la municipalité de Lille, élue en 1920, fut d'enlever à une avenue le nom de Saint-Maur et lui donner celui de Zola, ce saligaud qui a voulu couvrir l'armée française de ses ordures.
La République a eu pour pères Bismarck et Gambetta, et pour mère la Franc-Maçonnerie. Dans le corps du chapitre nous avons dit les rapports de Bismarck et de Gambetta. Voici quelques détails sur la filiation de la République du côté maternel.
Dans V Enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense Nationale faite par la commission nommée à cet effet par l'Assemblée nationale, se trouve cette déposition (Voir T. IV, p. 538) : « Trois éléments me semblent avoir, dès l'origine, entravé la défense nationale et finalement préparé les événements du 18 mars : Les loges maçonniques de Paris, — les socialistes connus sous le nom de positivistes, — l'internationale.
Le 26 avril 1871 plus de dix mille Francs-Maçons, revêtus de leurs insignes, se rendirent en procession saluer le pouvoir insurrectionnel qui s'était établi le 18 mars à l'Hôtel-de-Ville, et le F.*. Thirifocque y dit : a La Commune est la plus grande révolution qu'il ait été donné au monde de contempler. Elle est le nouveau temple de Salomon, que les Francs-Maçons ont le devoir de défendre ». La conjuration de la Synagogue et de la Franc-Maçonnerie contre tout ordre social, se manifeste ici ouvertement.
Le livre intitulé : La Franc-Maçonnerie et la Commune de Paris. Du rôle que la F.-. M... a joué dans la guerre civile, publié chez Dan tu en 1871, raconte ce qui suit : « Lorsque la procession arriva porte Maillot, le feu cessa. Quarante délégués
| ( , s l'œuvre de la republique.
s'avancèrenl bannières en tête. Le général *** les reçut et conduise trois de ces délégués au général commandant supérieur des opérations sur ce point : les F.-. Thirifocque, Fabriquette et Sevacque. « Le général M..., Franc-Maçon lui-même, accueillit xs u IVores » avec déférence et par les saluts maçonniques », décria r.ml que « il a pu prendre sur lui d'arrêter le feu à la vue des bannières maçonniques, mais qu'il n'a pas le pouvoir d'accorder une trêve bien longue ». Il les engagea à se rendre à Versailles, mit une voiture à leur disposition ». « Il fut convenu de part et d'autre que le feu ne pourra être repris qu'après le retour des délégués ». M. Thiers reçut la délégation, mais refusa, pour lors, de prendre un engagement. Quelques jours après, le 5 mai, la Fédération des Francs-Maçons de Paris adressa un manifeste « aux F.:, de France et du monde entier » faisant l'exposé de leur intervention.
Les sociétés secrètes du monde entier, dit M. Deschamps, se concertèrent dans le plus grand mystère pour empêcher à tout prix l'avènement au trône d'Henri V.
Tandis que la presque unanimité du pays acclamait par avance la restauration de la monarchie, sans se préoccuper des intrigues qui s'agitaient dans certains groupes parlementaires infatués de leurs utopies constitutionnelles et aussi de leurs intérêts personnels, au mois de septembre un vaste complot, se ramifiant dans tout le Sud-Est de la France, se formait pour s'opposer par la force à la décision, possible, de l'Assemblée nationale et lever l'étendard de la guerre civile.
Dans son numéro du 12 mai 1879, le journal La Révolution française a fait ces révélations : « M. Gambetta, en prévision de cette éventualité (la proclamation du comte de Chambord roi de France), avait préparé et organisé sur toute la surface du territoire et jusque dans l'armée une insurrection auprès de laquelle V insurrection du 18 mars n'eût plus été qu'un jeu d'enfant. »
Nous connaissons, par des débats judiciaires authentiques, les crimes par lesquels les agents inférieurs de l'insurrection républicaine comptaient débuter. M. Deschamps relève les faits que ces procès ont révélés (Voir T. II, p. 429-436).
Faut-il ajouter que la secte sut placer auprès de Mac-Mahon
le Franc-Maçon Louis Decazes, comme elle avait placé son père auprès de Louis XVIII?
Le duc Decazes, grand commandeur du suprême conseil du 33e degré de l'Ecossisme, un des rites les plus répandus dans l'un et l'autre hémisphère, avait su par sa souplesse, ses flatteries, les manœuvres des hauts adeptes en France s'insinuer auprès de Louis XVIII. Il devint son favori jusqu'au jour où ce le pied lui glissa dans le sang » du duc de Berry.
Son fils, également franc-maçon3, devint aussi le représentant de la Franc-Maçonnerie auprès du maréchal Mac-Mahon. Il eut l'art de se maintenir au ministère des Affaires Etrangères depuis le mois de novembre 1873 jusqu'au mois d'octobre 1877. Pour ce qui est de la politique intérieure, il exerça une influence prépondérante sur sa marche, grâce à son alliance avec M. Léon "Renault, 'préfet de police, et ses relations personnelles avec M. Emmanuel d'Harcourt, secrétaire général de la Présidence.
Le Comte de Chambord.
Henri-Charles- Ferdinand-Dieudonné d'Artois naquit à Paris le 29 septembre 1820. Il eut pour père Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, deuxième fils de Charles X, et pour mère Marie-Thérèse, des Bourbons de Naples. Il fut ondoyé le jour même de sa naissance. Il reçut immédiatement le titre de duc de Bordeaux.
L'année suivante, le château et le domaine de Chambord (Loir-et-Cher) allant être mis en vente, les amis de nos rois les achetèrent et en firent hommage au jeune prince. C'est en souvenir de cet hommage de nos compatriotes que le duc de Bordeaux a pris depuis 1830 le titre de comte de Chambord, qu'il continua de porter jusqu'à sa mort.
Le duc de Berry, père de notre Comte, était regardé comme un autre Henri IV et désigné comme le futur roi. Cela fut cause que les révolutionnaires en firent leur victime. Le 13 février
3. C'est le 22 septembre 1820, dit le procès-verbal de la loge l'Avenir de Bordeaux, qu'eut lieu la réception au premier degré du Lowton Louis Decazes. Environ deux cents visiteurs du rite français assistaient à la tenue. Tous confondaient leurs vœux pour le voir un jour devenir l'une des fortes colonnes de l'Ecossisme.
1820, l'infâme Louvel, garçon sellier, le frappa d'un coup de poignard. « Je suis mort, s'écria le prince; vite un prêtre! » Mgr de Lai il, évêque de Chartres, lui donna tous les secours de la religion, qu'il reçut avec de vifs sentiments de foi, de repentir cl de résignation. Ses dernières paroles furent : « Vierge Sainte, obtenez-moi miséricorde ! »
A l'époque de la naissance de Henri V, Mgr de Frayssinous, évêque d'Hermopolis, s'écria sur un ton quasi prophétique : « Il est né, l'enfant de la France, donné de Dieu à ses gémissements et à ses prières... Je salue de loin ce nouveau saint Louis. »
Précepteur de Henri V depuis 1833 jusqu'en 1838, il dit quelle éducation il lui donna :
« Si l'on croit que je vais entretenir le prince dan's la seule pensée qu'il doit régner un jour, on se trompe. Je veux, avant tout, en faire un honnête homme, un chrétien qui sache supporter la bonne et la mauvaise fcrtune. Je lui dirai : « II vous importe peu que vous soyez roi : Dieu seul en décidera ; mais ce qui importe, c'est que vous êtes digne d'y monter. »
Puis le prélat écrivait à sa mère : « Espérons que ce jeune prince tiendra ce qu'il promet : dans son âme et dans son esprit, il y a de quoi faire un honnête homme, un chrétien sincère et un grand prince. » Toute sa vie il en eut les sentiments, tous ses actes manifestèrent la noblesse de son âme.
On entendit fréquemment ces nobles et sages paroles sur les lèvres du comte de Chambord :
« Si j'étais roi, je voudrais être roi de France et non roi d'un parti. Je ne demanderais pas aux hommes ce qu'ils ont fait, mais ce qu'ils peuvent faire. »
Plusieurs de ses adversaires politiques s'écriaient avec dépit : «c II n'a pas fait une faute, et il n'a que dix-neuf ans. » Et un ambassadeur de Louis-Philippe laissa échapper ces mots : « Deux choses frappent en lui : un air de grandeur et de prédestination. » A Rome, à Naples, et plus tard à Florence, il put se convaincre de l'intérêt universel qui s'attachait à chacune •de ses démarches. Une excursion en Bohême, et plus tard un séjour à Venise, où il entreprit des études maritimes, vinrent encore ajouter à ses connaissances. En 1842, il alla en Saxe, accompagné du général Foissac-Latour. L'année suivante il visita la Prusse et en étudia l'organisation militaire. De Prusse
il se rendit en Angleterre (octobre 1843), visitant les fabriques, les manufactures, les docks, les musées, les bibliothèques ; rien ne lui était étranger. Il arriva enfin à Londres et se fixa à l'hôtel de Belgrave Square.
La révolution de 1848 survint, qui jeta sur la terre d'exil la famille d'Orléans. Le contre-coup ébranla l'Europe. A Venise, où se trouvaient le Comte et la Comtesse, la lutte s'engagea sur la grande place Saint-Marc entre les révolutionnaires et les troupes autrichiennes. Le comte de Chambord assista avec une fermeté toute militaire à plusieurs charges, au grand risque de sa vie : un homme du peuple fut même tué tout à côté de lui. Il apprenait à connaître la révolution et à la regarder en face.
Au mois d'août 1849, nous le trouvons à Ems, dans le duché de Nassau, non loin de cette Alsace qui devait nous être arrachée par la force de l'étranger. De nombreux ouvriers, auxquels les républicains le représentaient absolutiste et ennemi du progrès, vinrent s'assurer par leurs yeux de la fausseté de ces propos. Il en fut de même à Wiesbaden en 1850.
En mars 1868, le comte de Chambord écrivit au Souverain Pontife : « Très Saint Père, je me sens l'inspiration de vous offrir mon bras et mon épée. Il y a déjà longtemps que cette pensée m'est venue ; si je ne l'ai pas écoutée tout d'abord, c'est que j'ai craint que ma présence dans vos Etats et parmi les défenseurs de Votre Sainteté ne servît à augmenter les difficultés de votre situation. Enfin, j'ai tenu à décharger ma conscience, et c'est pour cela que je viens, Très Saint Père, m 'offrir à votre service. Dites un mot, et vous serez obéi; et j'arriverai avec mon neveu, le duc de Parme, à qui j'ai eu soin d'inspirer mes sentiments. »
Dès le début de la guerre de 1870, Mgr le comte de Chambord écrivit : « Condamné par l'exil à la douleur de ne pouvoir combattre pour ma patrie, j'admire plus que personne les prodiges de valeur de notre héroïque armée ; et je veux, du moins, venir en aide autant qu'il est en moi à nos soldats blessés, en accomplissant le plus saint des devoirs.
» Je leur offre pour asile le château de Chambord, que la France m'a donné en des temps plus heureux, et dont j'aime à porter le nom en souvenir de mon pays.
» Lors du jugement de Salomon, la vraie mère préférait
17^ l'œuvre de la république.
abandonner son enfant plutôt que de le voir mourir. J'éprouve ce même .sentiment et je dis sans cesse : « Mon Dieu, sauvez la France, dussé-je mourir sans la revoir ! »
Forcé, en 1873, par des manœuvres que nous avons fait entendre, de sortir du silence où sa dignité se renfermait, Henri de France rédigea un éloquent manifeste, resté fameux dans l'histoire de notre temps. Toutefois, avant de le livrer au public, le prince tint à en soumettre les termes à l'appréciation des nobles gentilshommes admis dans ses conseils. Interrogés d'office sur l'opportunité de la notification d'une pareille pièce, mais pesant les conséquences d'un écrit royal d'où dépendait le sort de sa dynastie, et l'avenir de la France avec elle, tous déclinèrent l'honneur aussi bien que la responsabilité d'un avis à donner sur la question.
Le comte de Chambord, réduit alors à ses seules inspirations, eut recours, comme il ne manquait jamais de le faire, à une autorité plus haute et plus sûre. A l'exemple du roi David en détresse, il leva les yeux « vers les montagnes saintes d'où nous vient tout secours. » Et le soir de ce jour mémorable, pour se rendre propice le Dieu qu'il invoque, il purifie sa conscience et se dispose à communier le lendemain. Dès ce moment, plus de trouble, plus de tergiversation, plus d'angoisse.
« C'est fait, dit-il à une personne amie, je viens d'envoyer mon manifeste à Paris,, avec ordre de le publier sans délai. Je le devais à mon honneur, je le devais aussi aux intérêts bien entendus de la France. C'est pour moi clair comme le jour : je suis parfaitement tranquille. »
Tout le monde sait que les questions que l'on a appelées depuis plusieurs années questions ouvrières, et mieux encore questions sociales, ont été le principal objet des études de M. le comte de Chambord pendant les longues années de son exil. Recevant un jour une députation d'ouvriers qui lui avaient soumis un exposé complet de leurs griefs et de leurs prétentions, il leur répondit : « J'ai lu votre mémoire. Il y a là trois sortes de choses. Les unes sont de droit ; et celles-là, ou je ne régnerai pas, ou \ous les aurez. Les autres ne sont que bonnes ; celle-là, j'y ferai le possible,mais je suis loin de vous les promettre, elles dépendent entièrement des circonstances". Les troisièmes sont
détestables, et je vous donne l'assurance que, moi régnant, elles ne se réaliseront jamais ! »
Sa charité était sans bornes. Un évêque put dire de lui : « Partout il a été l'ami et le protecteur des pauvres; mais ceux de France n'ont jamais cessé d'être les premiers objets de sa généreuse compassion pour les membres souffrants de Jésus- Christ. S'il ne peut plus fouler le sol chéri qui l'a vu naître, il y est toujours présent par la charité : combien de fois le denier de l'exilé, allant chercher l'indigence dans la capitale et jusque dans le fond des provinces, n'a-t-il pas fait tressaillir de joie tout ce qui porte un cœur français, en prouvant que le fils des rois très chrétiens, jaloux de suivre l'exemple de ses pères, met au rang de ses plus importants devoirs d'être bienfaisant et aumônier comme eux ! »
Ce qu'ont été ses derniers moments, il n'est pas un cœur français qui à cette heure pût l'ignorer. Les journaux et les revues catholiques en ont reproduit, avec un empressement jaloux, les moindres détails, tous d'une édification rare. France ! France ! Ce mot qui jaillissait sans cesse de son cœur, au milieu des atroces souffrances de la faim subies pendant deux mois, et jusque dans les angoisses de l'agonie, disait assez quel était son tourment et la véritable cause de son martyre.
« Il n'y a qu'une voix, dit le sceptique Journal des Débats, pour rendre hommage à la mémoire d'un prince qui, par ses vertus personnelles, la droiture de son caractère et l'irréprochable dignité de toute sa vie, a fait honneur aux souvenirs historiques dont il était le représentant. » Et le Moniteur univei'sel : « L'homme, sa vie, son caractère, ses actes, tout est grand, tout est élevé, tout est profondément français dans M. le comte de Chambord. Il n'y a pas de figure plus noble dans l'histoire de ce pays, il n'y en a point qui commande au même degré la sympathie, le respect, l'admiration. »
Nous avions cru Henri-Dieudonné armé par saint Michel dès sa naissance, pour combattre et vaincre la Franc-Maçonnerie ; et notre âme avait tressailli le jour où nous l'avons entendu répéter le cri du grand archange : Quis ut Deus ? Il faut que Dieu règne en maître en France.
Nous nous étions complu à le considérer comme l'instrument humain et providentiel de notre régénération. Il avait pour
l.'Œl \ RE DE LA RÉPUBLIQUE.
clic grande lâche un prestige incomparable, une étude qui avail pu profiter de l'expérience d'un demi-siècle et des travaux «les meilleurs esprits avec qui il s'était mis en commerce habituel e1 intime, une largeur de vues qui faisait appel au concours de toutes les âmes honnêtes sans acception d'origine ou d'opinion»
I /ordre aurait été rétabli par lui dans les esprits, dans les cœurs, dans les institutions, avec une autorité sans égale et une vertu vraiment supérieure, car cette autorité et cette vertu, il voulait les puiser dans l'autorité de Dieu restaurée, base de tous les droits et source de tous les devoirs. Les libéraux catholiques ne le voulurent point et Dieu, dans des desseins que l'on peut entrevoir, ne s'opposa pas à cet abus de leur liberté.
A la nouvelle de la mort, un journal, de ceux qui aiment la France, jeta dans sa douleur cette parole désespérée : ce La Révolution est victorieuse absolument. »
L'histoire en jugera bien autrement.
>ans doute il nous eût été doux de voir Henri ramener sur le sol de notre France le règne de la justice. Mais la vie des peuples est longue. Henri V a rempli sa mission, nous ne disons pas seulement au point de vue de sa gloire, qui est radieuse et pure comme la lumière des cieux, mais au point de vue de la France et au point de vue de l'Europe.
La mission d'Henri V était de recueillir, de par-delà les révolutions et de transmettre à l'avenir le dépôt des saines et vraies traditions françaises, c'est-à-dire, catholiques et monarchiques.
II l'a fait. Il eût pu renouer la tradition monarchique, mais dans des conditions telles que la tradition chrétienne eût été compromise. Il a préféré garder intact tout le dépôt, laissant à Dieu le soin de le faire revivre quand l'heure en sera venue.
Les générations, enfin expurgées du virus révolutionnaire, n'auront point assez de voix pour célébrer cet acte qui assurera leur bonheur et dont le passé n'a point donné d'exemple.
Quand cela sera-t-il? Aujourd'hui comme hier « la parole est à la France et l'heure est à Dieu 4. »
La question du drapeau tricolore, soulevée par les Orléanistes et les catholiques libéraux pour écarter du trône le comte de Chambord n'était point une question de couleurs, mais une