L. Veuillot
Calvin disciple de Luther. — A Genève : sa cruauté, ses mœurs. — Son esprit de tolérance s'étale dans ses « Ordonnances ». Henri VIII. — Le Pape s'oppose à son divorce. — Il se fait déclarer chef de l'Église en Angleterre. - Elisabeth assure cette Église par le fer et le feu. — Nobles résistances : martyres du cardinal Fischer et du chancelier Thomas Morus, de prêtres, de religieux et de laïques. — Résistance populaire. - A quoi furent réduits les catholiques.
Le protestantisme se divisa bientôt en luthéranisme, en calvinisme et en anglicanisme.
Le calvinisme tire son nom de son auteur ('al vin, Calvin fut, à Genève ce que Luther fut en Allemagne.
« Je ne sais, dit Bossuet dans ses Variations, si le fxéu'w de Calvin se-
serait trouvé aussi propre à échauffer les esprits et à émouvoir les peuples que le fut celui de Luther; mais après les mouvements excités, il s'éleva en beaucoup de pays, principalement en France, au-dessus de Luther même et se fit le chef d'un parti qui ne le cède guère à celui des luthériens. Par son esprit pénétrant et ses décisions hardies, il raffina sur tous ceux qui avaient voulu, en ce siècle-là, faire une Eglise nouvelle, et donna un nouveau tour à la Réforme prétendue, sur deux points principalement, sur celui de la justification et sur celui de l'Eucharistie ».
Né à Noyon, le 10 juillet 1509, Calvin était appelé par ses condisciples « l'accusatif ». Ce surnom marque bien le caractère qu'il conserva toute sa vie. Etudiant à Paris, il se mit à coordonner les enseignements de Luther dans un livre intitulé L'Institution chrétienne, qu'il fit imprimer à Baie en 1535 et qui, au jugement du pasteur Pouzait, contient « le plus affreux système qui soit sorti d'une tête humaine ».
Genève venait d'être le théâtre de révolutions politiques et religieuses ; Calvin s'y rendit, et, bien que n'étant pas dans les Ordres, il monta dans la chaire de la cathédrale. Le révolutionnaire Farel alla aussitôt conjurer les magistrats de retenir ce Français et de pourvoir à son entretien. En peu de temps, Calvin se rendit maître de la ville et s'en fit le despote le plus autoritaire qui fût jamais. M. Camille Gilbert, écrivain libéral, qui s'efforce de montrer son homme sous le jour le plus favarable possible, dit que l'histoire de la ville de Genève, durant les vingt années qu'il y régna, n'est qu'un drame où l'effroi, l'horreur, l'indignation, l'attendrissement viennent tour à tour saisir l'âme. A chaque pas on heurte une chaîne, des courroies, un poteau, des tenailles, de la poix fondue, du feu et du soufre. Du sang, il y en a partout. On se croirait dans cette cité dolente du Dante où l'on n'entend résonner que des soupirs, des gémissements et des pleurs. Calvin brûle tout vif ou jette à la frontière quiconque n'accepte pas sa profession de foi. Un seul trait peint l'infâme tyran. Un matin on trouva sur les places publiques de Genève plusieurs potences dressées, avec cet écriteau : Pour qui dira du mal de Monsieur Calvin.
Un protestant honnête de nos jours, M. Galiffe (Notions généalogiques, tome III, p. 34), a stigmatisé d'un mot bien juste ce cruel réformateur : 7/ fallait du sang à cette boue.
Les mœurs de Calvin ne furent guère plus pures que celles de
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Luther,mais il y ajouta l'hypocrisie1. Le même M. Galiffe le montre amplement. Tout cela est su. On connaît moins ses ordonnances ecclésiastiques, adoptées par son conseil général le 20 novembre 1541. Elles montrent ce que fut dès le premier jour « la tolérance protestante ». Elles montrent aussi de quels voiles de rigidité ce débauché savait s'envelopper.
Art. CXVIII. Est défendu à tout citoyen bourgeois, habitant et sujet de cette cité, tout usage d'or et d'argent en parfilures, broderies, passements, dentelles, filets ou autres enrichissements d'habits, en quelque sorte que ce soit.
Art. CXIX. Sont défendus toutes chaînes, bracelets, « craquants », boutons d'or sur habits et en général tout usage d'or et de monnaie en ceintures, colliers ou autrement.
Art. CXX. Tout habit de soie et bordé de velours est interdit aux artisans et aux gens de basse condition.
Art. CXXI. Tous pourpoints à point enflés ou bourrés sur le devant.
i. Bolsec, médecin de Lyon, dans son Histoire de Calvin, rapporte une tentative à la fois bien imprudente et bien malheureuse pour le réformateur. L'historien, qui de catholique s'était fait protestant, était contemporain de Calvin. Voici comment il s'exprime :
<( Sur le point de l'ambition de Calvin, je ne puis ni ne dois laisser passer en silence la ruse et la piperie desquelles il usa, voulant ressusciter l'homme d'Ostun, appelé le Brûlé, pour se faire estimer saint homme et vrai prophète de Dieu, opérateur de miracles. Le fait fut tel : Cet homme duquel est mention, était venu à Genève, et avait indigence de biens temporels, tant que lui et sa femme s'étaient recommandés à M. Calvin, pour être participants de la bours% des pauvres et de leurs aumônes. Ledit Calvin leur promit secours de biens temporels et autres faveurs, s'ils voulaient lui servir fidèlement en ce qu'il leur dirait, ce qu'ils promirent ; et selon que icelui Calvin les avait instruits, le pauvre le Brûlé contrefit le malade et se mit au lit, il fut recommandé au prêche qu'on priât pour lui et qu'il fût secouru d'aumônes. Tôt après, il contrefit le mort, de quoi Calvin sitôt averti et comme celui qui en était ignorant, s'en alla promener accompagné, c'est à savoir, selon sa coutume, d'une grande troupe de ses dévots et amis les plus intimes, sans lesquels il ne s'acheminait guère hors de son logis. Entendant donc les cris et les lamentations que faisait la femme, contrefaisant la bien désolée, il demanda ce que c'était et entra dans la maison, où il se mit à genoux avec toute sa troupe et fit oraison à haute voix, priant Dieu de montrer sa puissance et faire ressusciter ce mort, pour donner à entendre à tout son peuple que ledit Calvin était son vrai serviteur et de lui-même élu. Ayant fini son oraison, il vint prendre le pauvre homme par la main, lui commandant, de la part de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, qu'il se levât et fît manifestation de la gloire de Dieu ; mais pour quelque répétition et haut-crier lesdites paroles par Calvin que ce fût, le mort ne bougea ni ne remua ; car, par le juste jugement de Dieu qui ne peut approuver les mensonges, ledit contrefaisant le mort mourut pour vrai; ni pour poussement que sa femme lui sût faire, il ne se remua ni répondit. De quoi étant certaine sadite femme commença à braire et à hurler à bon escient, criant contre Calvin et l'appelant pipeur et meurtrier de son mari, déclarant à haute voix le fait comme il s'était passé. Cette femme, pour exhortations ni menaces qu'on lui fît, ne s< voulant taire, Calvin la laissa avec son mari TRÉPASSÉ, disant qu'elle était transportée de son entendement, si est-ce néanmoins qu'il la força ensuite de sortir de la ville et à vider le pays, et s'en retourna à Ostun, et puis fut la femme d'un ministre appelé Lacouldrée. »
Art. CXXIV. Est défendu aux femmes et filles toute frisure, troussements et entortillement de cheveux.
Art. CXXV. Toute façon superflue et excessive de point coupé ou autre ouvrage sur les collets. Tout accoutrement de soie, toute nuance excessive, tout enrichissement aux accoutrements aux dites femmes, robes ou cottes excédant deux bandes médiocres pour celle de qualité. — Que nulle femme n'ait à porter chapeau de velours.
Un article, enfin, interdisait « aux hommes de porter de longs cheveux frisés avec passepillons et bagues aux oreilles » ; les contrevenants devaient payer pour la première fois 5 florins, pour la deuxième, 10, la troisième, 15, avec confiscation des accoutrements portés contre la défense. Il était de plus défendu aux couturiers de faire aucune nouvelle façon d'habit sans permission des seigneurs de son conseil, sous peine de 10 florins pour la première fois, 25 pour la seconde, et d'être en outre châtié selon la faute. Les ordonnances réglementent même îe menu de la table et interdisent dans les banquets « toute confiture, excepté la dragée, sous peine de 60 sous d'amende ».
Ridicule, la législation calviniste n'est pas moins féroce. La prison, le bannissement, la peine de mort, la torture sont prodigués. Cette législation, non plus que celle d'Henri VIII et d'Elisabeth, non plus que celle des princes allemands, n'a empêché le protestantisme de faire admettre partout qu'ils ont introduit dans le monde la liberté de conscience.
Examinez les paroles et les actes des premiers novateurs, dit Balmès, vous verrez qu'ils suivirent la marche des révolutionnaires de toutes les espèces, de tous les temps, de tous les pays. S'ils travaillèrent à renverser l'autorité légitime, ce fut, pour usurper le commandement. Personne n'ignore jusqu'à quel point Luther porta sa frénétique intolérance, lui, qui ne pouvait souffrir la moindre contradiction de la part de ses disciples ou de la part de qui que ce fût sans se livrer aux emportements les plus insensés ou aux plus basses injures. Henri VIII, le fondateur, en Angleterre, de ce qu'on appelle la liberté de penser, envoyait à l'échafaud quiconque ne pensait pas comme lui ; et ce fut sur les instances de Calvin que Michel Servet fut brûlé vif à Genève 2. »
2. L'espagnol, Michel Servet, médecin et théologien, avait écrit un livre intitulé Christianismi Restitutio, où il combattait la divinité du Christ, le baptême des petits enfants, et le dogme de la Trinité. Dénoncé pour ce fait aux magistrats calvinistes, de Vienne, par Calvin alors réfugié à Genève, Michel Servet fut condamné à être brûlé ainsi que son livre qui avait été saisi chez l'imprimeur, au nombre de huit cents exemplaires, avant d'être publié ; seulement les magistrats de Vienne, plus tolérants que Calvin, prirent soin de le laisser échapper, et le 17 juin 1553, il n'y eut que son effigie et ses livres de brûlés; il n'en reste plus que trois exemplaires dont l'un est à la bibliothèque Mazarine.
Or, ce livre contenait, en matière de médecine, une découverte de la plus
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Le calvinisme est la forme que le protestantisme prit en France. Il fit courir les plus grands périls à notre unité nationale. Nous aurons à le dire pour faire saisir la relation qui existe entre l'établissement du protestantisme et la guerre actuelle.
En Angleterre, les adversaires de Rome durent s'y prendre à deux fois, pour détacher ce pays de l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique : sous Henri VIII d'abord; puis sous Elisabeth, après le retour au catholicisme de la reine Marie. Henri VIII obéit à ses monstrueuses passions, Elisabeth à son ambition.
Henri VIII voulut la rupture de son mariage avec Catherine d'Aragon 3 : Rome défendit l'indissolubilité du lien conjugal.
haute importance, « La communication des deux cœurs, dit-il, ne se fait pas à travers la cloison moyenne des ventricules, comme on le croit communément, mais par un long et merveilleux détour le sang est conduit à travers les poumons où il est agité, préparé, et passe de l'artère pulmonaire dans la veine pulmonaire » qui le ramène au cœur. »
Il commit l'imprudence de se rendre à Genève, Calvin le fit arrêter et le 27 octobre de la même année, Michel Servet fut effectivement brûlé vif.
Telle fut la tolérance de Calvin, telle fut celle d'Henri VIII et d'Elisabeth, celle exercée dans tous les pays gagnés au protestantisme durant de longs siècles.
Toutefois il reste accepté d'une multitude d'hommes que l'intolérance est le caractère propre du catholicisme. Oui, l'Eglise catholique est intolérante, intolérante de l'erreur puisqu'elle a le dépôt de la vérité ; intolérante du mal, puisqu'elle est la voie et la vie. Le protestantisme s'est montré dès ses premiers jours intolérant des personnes, des personnes qui ne voulaient pas s'enrôler sous sa bannière, et intolérant jusqu'à leur ôter la vie et inventer poulies torturer de nouveaux supplices.
Il y eut dans les pays catholiques des rois qui, eux aussi, employèrent la violence, mais ils le faisaient en vue de l'intérêt social et politique autant que de l'intérêt religieux de leur peuple auquel ils voulaient conserver le grand bien de l'unité, de l'unité de foi, principe de l'union des cœurs et de la conformité des mœurs. Unité dans la vraie foi, la foi immuable prêchée par Notre-Seigneur Jésus-Christ et conservée par l'Eglise qui a reçu mission de la prêcher à tous les peuples et de la sauvegarder partout.
3. Henri VIII était devenu roi d'Angleterre en 1509 â l'âge de dix-huit ans. Il avait presque aussitôt épousé Catherine d'Aragon, fille de Ferdinand et d'Isabelle, roi d'Espagne. Bientôt il conçut pour une fille d'honneur de la reine, Anne de Boleyn, une violente passion. Il résolut de l'épouser et il demanda au Pape Clément VII de déclarer son mariage nul. Le procès s'ouvrit à Londres, en 1529 ; mais sur l'appel au Pape fait par la Reine, le Souverain Pontife^ évoqua l'affaire à Rome, et la sentence fut contraire aux désirs d'Henri VTTT. Grande fut sa fureur et en 1531 il se fit proclamer Protecteur et Suprême Chef de l'Eglise d'Angleterre.
Deux ans anrès Henri VIII faisait décapiter Anne de Boleyn.
Avanade s'abandonner à ses passions et de livrer l'Angleterre au schisme et bientôt à l'hérésie, Henri VTÏT s'était appliqué à extirper de son royaume
Lorsque le Roi vit qu'il n'obtiendrait point la permission de répudier son épouse légitime, il résolut de briser avec le chef de la chrétienté et de demander à une Eglise nationale ce que l'Eglise catholique lui refusait.
Une autre raison du schisme furent les continuels embarras d'argent où se débattait le Roi, ses dettes énormes que ne parvenaient pas à éteindre les subsides votés par le Parlement, ni les dons plus ou moins volontaires du clergé. Devenu chef suprême de l'Eglise d'Angleterre, Henri VIII s'empressa de faire dresser l'inventaire minutieux des biens des communautés religieuses, et finalement de s'en emparer. Faut-il ajouter qu'il n'en profita qu'en partie? Sur les 200.000 livres sterling de revenu total des monastères, 37.000 seulement allèrent au trésor royal, le reste s'égara entre les mains de ses courtisans.
L'un de ses favoris, Cranmer, à lui seul, se fit donner six monastères. Les revenus confisqués, on vendit les biens : terres, bâtiments, vases sacrés, etc., et le produit servit à réparer le château du Roi, à payer ses dettes de jeu, etc. Les impôts n'en furent pas diminués. Les pauvres et les employés, des régions entières qui vivaient des monastères tombèrent dans la plus noire misère ; et en 1540, le Parlement fut obligé de venir en aide à cinquante-sept villes touchées par la ruine. L'enseignement souffrit ; les écoles fondées par les moines disparurent, les bourses d'étudiants furent supprimées, les bibliothèques se dispersèrent, vendues, avec leurs* manuscrits, aux épiciers.
La résistance des évêques était à craindre ; Henri les réunit en assemblée et leur enjoignit de le reconnaître pour chef spirituel. Ils demandèrent un délai ; le Roi s'y refusa et envoya des juges sommer les prélats de se soumettre immédiatement, sous peine de confiscation et de prison. Les évêques hésitèrent et délibérèrent pendant une nuit ; au matin, ils cédèrent et reconnurent le Roi comme le seul protecteur et chef suprême de l'Eglise et du clergé d'Angleterre, en ajoutant seulement à ce honteux acquiescement cette restriction qui servit à endormir leur conscience : « Autant que la loi du Christ le permet. »
les erreurs contraires au dogme catholique. Il était descendu lui-même à titre de théologien dans l'arène des controverses. Il avait publié plusieurs ouvrages contre Luther, notamment un traité sur les sept sacrements. Ce qui avait engagé le Pape Léon X à lui décerner dans une Bulle solennelle le titre de Défenseur de la foi.
;J7(> l'œuvre du protestantisme.
Henri VIII ne toucha point à la doctrine, si ce n'est au dogme de l'Autorité pontificale4. Il se fit même un point d'honneur de la conserver et de lutter contre les infiltrations protestantes, même par la persécution. Sous son successeur* Edouard VI, qui monta sur le trône à dix ans et mourut à seize, Cranmer favorisa les doctrines luthériennes et calvinistes et fit une guerre acharnée au « papisme ».
Chassées par Marie Tudor, ces doctrines réapparurent sous Elisabeth ; mais en 1562, les trente-neuf articles, règle de foi officielle des anglicans, tout en admettant bien des principes protestants, furent une certaine réaction en faveur de la doctrine traditionnelle. Le Booh of common prayer fixa la nouvelle liturgie et le nouveau culte. L'Eglise anglicane fut ainsi constituée avec son chef suprême, sa doctrine et son code liturgique.
Elisabeth établit cette Eglise par le fer et par le feu. Les bourreaux, dit W. Cobbett, historien anglican, manquèrent aux victimes. Des massacres continuels ensanglantèrent les quarantecinq années de règne, de despotisme cruel de la reine vierge 5 . Elle unit, elle aussi, l'hypocrisie à la cruauté quand elle fit trancher la tête de Marie Stuart, reine d'Ecosse et sa cousine
L'établissement du protestantisme en Angleterre sous Henri VIII, sous son fils et sous Elisabeth, fut donc, comme à Genève et en Allemagne, accompagné de sanglantes horreurs. La noble attitude du cardinal Fischer et du chancelier Thomas Morus, celle des évêques, des prêtres, des religieux et des laïques qui surent, malgré les supplices, garder intact le dépôt de la foi et qui défendirent jusqu'au bout la suprême autorité spirituelle du Pape, atténue les hontes de la défaillance nationale. Il y eut même une partie du peuple qui résista aux volontés anticatholiques d'Henri VIII et de ses successeurs. Ce n'est point le lieu de faire l'histoire de ces luttes qui rappellent celles des Machabées et celles de nos Vendéens.
4. «Henri VIII, dit Bossuet, n'attente en rien contre les autres vérités révélées. La chaire de Saint-Pierre est la seule qui est attaquée : l'univers a vu par ce moyen que le dessein de ce prince n'a été que de se venger de cette puissance pontificale qui le condamnait, et que la haine fut la règle de sa foi. » Hist. des Var., œuvres, t. XIV, p. 284.
5. Les auteurs protestants ont voulu l'honorer de ce titre. Mais Lingard nomme jusqu'à huit complices du libertinage de cette princesse. Bien plus, W. Cobbett nous apprend que, dans la seizième année de son règne, elle fit rendre une loi qui assurait la couronne à ses enfants naturels, quel que fût leur père. (Statuts d'Elisabeth.)
Donnons seulement un bref aperçu de ce que devinrent les catholiques anglais sous l'action continue des lois de persécution faites contre eux. Newman le dit dans un de ses sermons les plus fameux.
« Les catholiques romains n'étaient pas alors une secte, un corps si petit qu'il fût, représentant la grande communion du dehors, mais une simple poignée d'individus que l'on pouvait compter comme les pierres et les débris du grand déluge... On ne retrouvait les catholiques en Angleterre que dans les ruelles, dans les caves, dans les mansardes ou dans la solitude de la campagne, séparés de la foule au milieu de laquelle ils vivaient; on les entrevoyait seulement dans l'obscurité, à travers le brouillard ou le crépuscule, fantômes fuyant de-ci de-là devant les fiers protestants maîtres de la terre. »
Cependant, déjà au XVIIe siècle, Bossuet tirait ce pronostic de la réalisation duquel nous voyons de nombreux et importants préludes :
« La Réformation s'établit en Angleterre en foulant aux pieds jusque dans sa source, tout le christianisme de la nation. Mais une nation si savante ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le respect qu'elle conserve pour les Pères, et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité la ramèneront à la doctrine des premiers siècles. Je ne puis croire qu'elle persiste dans la haine qu'elle a conçue contre la chaire de saint Pierre d'où elle reçut le christianisme ». (Variations.)
Concluons avec M. Boselli G :
« Nous croyons être dans notre droit de catholique en constatant que le protestantisme a débuté en Allemagne par l'agitation des questions sociales; en Angleterre par la tyrannie d'Henri VIII, en Suisse par une révolution politique. Dans ces trois endroits il a débuté non par la libre pensée et le libre examen dont il se vante, mais par la proscription, sous les peines les plus graves, du culte et de la religion catholique. »
6. Dans sa critique de l'ouvrage de Janssen, L'Allemagne et la- Réforme.