‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 1 sur 98 · TOUS DROITS RÉSERVÉS · texte numérisé non relu

TOUS DROITS RÉSERVÉS

AVANT-PROPOS

Le lecteur ne doit point chercher dans ce livre l'histoire de la guerre de igi^. Eût-il voulu la faire, V auteur ne V aurait pu. Durant toute V occupation allemande, il a été soumis, avec ses concitoyens du Nord, au régime du prisonnier en cellule, sans communication possible avec le dehors^.

Livré à ses^ pensées, dans les loisirs que lui laissait la suspension forcée de la Semaine Religieuse, l'auteur se demanda: Pourquoi cette guerre, une guerre si longue et si cruelle? Il y vit d'abord un châtiment du péché de la nation et des fautes personnelles ; puis une suite naturelle des guerres antérieures et des questions internationales qu'elles avaient soulevées ; enfin il se demanda quel bien la divine Providence se proposait d'en tirer. De là trois livres : La réponse de la Justice divine, la réponse de l'Histoire, la réponse de la divine Bonté.

Ces méditations il les mit par écrit, et il se permet de les présenter au public.

On appelle « philosophie de l'histoire » le système sur lequel tel ou tel historien s'établit pour grouper les faits, expliquer leur enchaînement, remonter à leurs causes, d'après les données de la raison. Ainsi le physicien étudie

I. Les seuls journaux dont la circulation était autorisée à Lille étaient La Gazette des Ardennes et Le Bruxellois, l'un et l'autre publiés par l 'Etat-major Allemand. Le premier avait po,ur collaborateurs des Français traîtres à leur patrie ; le second nous prêchait le protestantisme et le panthéisme. Tout Lillois trouvé en possession sur lui ou dans sa maison d'un autre journal était condamné à une grosse amende ou à la dure prison.

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les phénomènes de la nature et cherche dans les caractères de généralité qu'ils présentent V explication de ce qu'il voit, La philosophie de l'histoire expose le développement en grand de l'humanité, les progrès et les reculs qui se sont produits au cours des âges. Elle. donne aux faits leur place dans l'ensemble, elle en démontre les raisons cachées ainsi que leur dernière fin, effectuée ou non. La gloire d'avoir réalisé cette conception n'appartient qu'à S. Augustin, à Dante et à Bossuet. Ils ont tenu compte à la fois de la liberté humaine et de la puissance divine ; et c'est ce qui les a maintenus dans le vrai. D'autres n'y ont point réussi parce qu'ils ont fermé les yeux sur l'une ou sur Vautre de ces deux grandes causes. L'allemand Hegel s'est placé à ce point de vue fataliste : ce qui doit être est ce qui est. Le fatalisme de Montesquieu est moins radical ; pour expliquer l'histoire de l'humanité, il fait appel à la géographie et au climat, comme Vogt et Moleschott à la nourriture et à la manière de vivre. D'autres historiens ne voient rien autre chose dans les événements humains que le résultat de la sagesse, de la méchanceté et de la fragilité humaines. Ils ne peuvent non plus arriver qu'à des solutions peu satisfaisantes. Il n'y a pas que l'action de l'homme dans les événements de ce mo7ide, il y a aussi l'action de Dieu, a L'homme propose et Dieu dispose », ainsi parle l'Esprit-Saint. Sans que la liberté humaine soit lésée en rien, Dieu dirige tout pour atteindre les fins que sa sagesse et sa bonté ont voulu obtenir. Cette action de Dieu, l'historien en doit tenir compte aussi bien que de l'action de l'homme. Aussi pourrait-on dire a théologie de l'histoire » comme on dit philosophie de l'histoire. S. Augustin dans sa Cité de Dieu, Dante dans sa Divine Comédie, et Bossuet dans son Discours sur l'histoire universelle en ont donné d'excellents exemples après en avoir pris le modèle dans la Bible^.

2. Dans le compte-rendu qu'il fit du Problème de l'heure présente, le Nouvelliste de Lyon (n^ du 26 septembre 1904) débuta par cette observation : « Au nombre des conquêtes les plus honorables du XIX® siècle, il faut cer-

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La grande question du jour est celle-ci : Quelles sont les causes des calamités qui nous frappent? Quelles en seront les suites? La réponse a été donnée par le saint homme Tobie : a Vous êtes juste, Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice^ ». Le psalmiste a dit aussi: « Je l'avoue, ô Seigneur, équitables sont vos jugements ; et c'est avec justice que vous m'avez châtié ». Ps. cxviii. Et la sainte Eglise, dans l'Introït de la Messe du XX^ dimanche, après la Pentecôte, chante et fait chanter à l'assemblée des fidèles : <( Omnia quce fecisti nobis, Domine, in vero judicio fecisti, quia peccavimus tibi, et mandatis tuis non obedivimus ; sed da gloriam nomini tuo, et fac nobiscum secundum multitudinem misericordiae tuae. Tout ce que vous avez fait à notre égard. Seigneur, vous l'avez fait à bon droit, parce que nous avons péché contre vous et nous avons désobéi à vos ordres ; mais donnez gloire à votre nom et usez en notre faveur de votre abondante miséricorde ».

« Justice divine et miséricorde divine » sont avec a abus et bon usage du libre arbitre humain », les grands mots de la théologie de l'histoire. Ils sont acclamés dans les deux par la louange que l'Apôtre saint Jean dit être rendue à Dieu, suprême modérateur des événements et toujours dominateur des hommes, dans l'immense assemblée des anges et des saints: « Alléluia! Le salut, la gloire et la puissance appartiennent à notre Dieu, parce que ses jugements sont vrais et justes ». Apoc. xix, i.

tainement placer l'histoire caractérisée par l'étude plus fouillée des faits et par l'idée toute nouvelle de l'histoire sociale, puis la philosophie de l'histoire en ce qu'elle peut avoir de plus relevé et de plus profondément général. Allons plus loin ; ce n'est pas toujours assez de parler d'une philosophie de l'histoire : le mot même de théologie de l'histoire ne serait pas toujours déplacé. »

Parlant du même ouvrage, dans une lettre adressée à la Vérité le i6 septem.bre 1904, Mgr de Kernaeret, professeur à l'Université catholique d'Angers, avait dit dix jours auparavant : « Le sous-titre, Antagonisme entre deux civilisations, rappelle à l'esprit le chef-d'œuvre de S. Augustin : Les deux cités, considérées de nos jours. » J'ose espérer que le présent ouvrage répondra mieux, quoiqu'il soit infiniment loin de le remplir, au vœu de voir décrite la lutte entre les deux cités à l'époque actuelle. "

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