‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 31 sur 98 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Divorce et néo=maIthusianisme.

Le mariage, gui dérive de la constitution même de notre être, r^'est ni un acte civil id lin acte religieux, mais un acte naturel,

(Discours préliminaire (non adopté) du projet de Code civil).

Proposition condamnée par le syllahus. — De droit naturel, le lien du ^nariage n'est pas indissoluble, et dans différents cas le divorce proprement dit peut être sanctionné par Vautorité civile.

Le divorce et le protestantisme. — Le divorce introduit en France. — Des lois successives abaissent les barrières. — Il gagne de proche en proche. — Les magistrats s'en font un jeu. — L'adultère et la natalité. — Le suicide en regard du divorce. — L'union libre proposée ; on s'y achemine.

Malthusianisme et décroissance de la population en France.

— Suites déplorables. — Le commandement divin: — Son importance capitale. — Sa violation et le châtiment qu'elle appelle. — Le gouvernement, sa complicité et son hypocrisie.

— Nécessité d'instruire les époux et les fiancés, mais non les enfants. — Quand et comment le faire ? — Prospérité des familles fidèles observatrices des lois divines.

Le tableau que nous avons tracé des mœurs de notre temps est bien sombre, et cependant deux traits y manquent, et les plus noirs : le divorce et le malthusianisme.

En cela encore nous verrons la puissance gouvernementale s'employer tout entière avec une volonté aussi persévérante que funeste à produire ce double mal, à racclimater, à lui faiie

porter ses ravages dans les familîes les plus humbles comme dans les plus élevées.

C'est le protestantisme qui est venu anéantir, comme dit Bossuet, un si bel article de la morale chrétienne et la réforme que Jésus-Christ avait faite dans le mariage, lorsque, s'élevant au-dessus de Moïse et des patriarches, il régla la sainte union du mari et de la femme selon la forme que Dieu lui avait donnée dans son origine ^. »

« Dieu, dit encore Bossuet, fit du mariage le lien sacré de deux cœurs unis ; et pour lui donner sa perfection et le rendre une digne image de la future union de Jésus-Christ avec son Eglise, il voulut que le lien fût éternel comme celui de l'Eglise avec Jésus-Christ. C'est sur cet immuable fondement qu'il a établi la sainteté du mariage chrétien et le repos des familles ^^)) .

Lorsque les pharisiens vinrent poser à Notre-Seigneur cette question : « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit ? » I.e divin Maître rappela l'institution primitive du mariage, tel que Dieu l'a établi dans le paradis terrestre. Mais il ne s'en tint point là, il ne se contenta point de ramener le mariage à sa dignité et à sa pureté primitive, altérée même chez le peuple de Dieu, il en fit un sacrement, représentant l'union de la nature divine et de la nature hmaiaine dans sa personne adorable, et symbolisant son alliance mystique avec l'Eglise son épouse. C'est ce que saint Paul nous enseigne dans son Epître aux P^phésiens, il conclut : <( Ce sacrement est grand en Jésus-Christ et en l'Eglise ^^. »

I. On sait que non content de permettre le divorce, Luther, approuvé par Mélanchthon, donna à Philippe, landgrave de Hesse, la permission d'avoir deux femmes ensemble.

ja. 4e avertissement aux protestants.

i^. Eph., V, 30, 31, 32.

L'Eglise est sortie du côté de Notre-Seigneur sur la croix, après sa mort, comme Eve a été tirée du côté d'Adam, durant le sommeil où Dieu l'avait plongé. « L'Adam du paradis terrestre est une figure de 1' « Adam futur », dit S. Augustin ; et comme Eve fut tirée du flanc d'Adam pendant son sommeil, ainsi du flanc du Christ pendant son sommeil, c'est-à-dire pendant qu'il mourait sur la croix, un coup de lance ouvrit son côté, et de là découlèrent les sacrements dont l'Eglise est formée. Eve formée du côté d'Adam est donc l'image prophétique de l'Eglise tirée du flanc du Christ souffrant. »

Et ailleurs : <( Ayant été invité aux noces célébrées à Cana, le Sauveur s'y

ir,J cri.rAHiLiTi: du PUiiiJC.

Le divorce avait été établi en France en 1792. La Révolution était alors dans son effervescence ; aussi dans les vingt-sept premiers mois qui suivirent, les tribunaux prononcèrent 5.994 divorces. En 1793 ils égalèrent le nombre des mariages, et en Tan VI ils dépassèrent ce nombre.

Napoléon, dans son intérêt personnel, maintint le divorce. La Restauration s'empressa de l'abolir. Mais à peine, la troisième République se sentit-elle en force qu'elle s'occupa de le rétablir. Un juif, Naquet, créa sur cette question une agitation factice, et en 1876, il crut le moment arrivé d'en faire la proposition à la Chambre des Députés.

« L'heure est venue, disait-il dans Vexposé des motifs, de faire taire (les préventions injustes et de désarmer, par la pratique même du divorce, l'opposition que le divorce rencontre. Ce ne sera pas la première fois que l'idée fausse qu'on se fait d'une institution sera dissipée par l'expérience. »

On l'avait faite, cette expérience, aux jours de la Terreur, on en avait connu les suites. Ce premier projet de loi n'obtint même pas les honneurs de la prise en considération. Présenté de nouveau à la législature suivante, il fut soumis à la discussion, malgré la conclusion de la commission d'initiative, qui reconnut que le divorce n'était nullement désiré, que les vœux de la population s'opposaient à son établissement. Lorsque vint le débat sur le fond, le 8 février 1881, il se trouva une majorité, pour repousser cette seconde tentative.

Renouvelée en 1884, elle fut mieux accueillie. Bien que le rapporteur eût dit : Le divorce est dans notre pays un objet de répulsion ^°, le projet de loi fut adopté, mais on limita à quatre

est rendu 1° pour confirmer cette vérité que Dieu lui-même a établi le mariage, 2» que c'est Dieu qui unit les époux comme c'est le démon qui les sépare ; 3° pour confirmer la chasteté conjugale et nous révéler le mystère qui est signifié dans le mariage. )>

ic. Le rapporteur était M. de Marcère. En 1908, il fit au Sénat cette courageuse déclaration :

« J'ai le devoir de désavouer, au moins pour la part que j'v ai prise, la loi de 1884. C'est un devoir que j'accomplis. »

Répondant à ceux qui s'étaient efforcés de gagner l'opinion au divorce par le tableau des souffrances endurées par les époux mal assortis, M. Alphonse Daudet dit fort sagement :

« Je sais bien que c'est une situation terrible pour deux êtres qui ne se comprennent point, ne s'estiment point, deux êtres tout :\ fait dissemblables, de se sentir enfermés dans le réseau du mariage. Mais le contrat qui unit l'homme à la femme est, à mon avis, d'une essence si particulière et d'un caractère si solennel qu'il ne doit pas être violé, même devant les souffrances les plus cruelles.

» Aussi ne me fais-je pas violence pour dire que les catholiques sont ici

le nombre de cas dans lesquels le divorce pouvait être réclamé. Le principe une fois posé, la secte ne se donna point de repos qu'elle n'eût obtenu par des réformes successives une liberté de plus en plus grande aux époux chez qui l'esprit de foi ne retenait point les passions. La loi du 18 avril 1886 simplifia la procédure en cas de divorce, La loi du 15 décembre 1904 permit le mariage entre l'épouse convaincue d'adultère et son complice. La loi du 6 juin 1908 enregistra cette disposition : la conversion de séparation de corps en divorce sera de droit au bout de trois ans. Le rapporteur de la loi au Sénat en 1882 avait dit :

(c Les magistrats sont maîtres des effets qu'elle peut produire dans les mœurs. Ils l'appliqueront dans l'esprit où elle a été faite, et loin de provoquer à la dissolution des mariages par des complaisances qui seraient un manquement à leurs devoirs, ils se montreront ce qu'ils doivent être, les défenseurs de la société et de la famille : ils ne prononceront le divorce que dans les clrcojtstances extrêmes, pour lesquelles le législateur a voulu donner un secours, qui, à ses yeux même, n'a rien de favorable. Ainsi, grâce aux impressions que causera aux époux l'idée seule du divorce, grâce à la sévérité des magistrats dont les sentences contiendront, de même que la loi, une leçon salutaire, il n'est pas à craindre que les mœurs se portent à la multiplicité des divorces, qui seront toujours vus avec une certaine défaveur bien propre à en éloigner les Français. »

Il fallait bien peu connaître le cœur humain, et ignorer la puissance de la secte, l'action qu'elle exerce sur toute notre organisation politique et sociale pour parler ainsi.

En 1885, l'année qui suivit la promulgation de la loi, il y eut 1.960 divorces principaux et 2.163 divorces prononcés sur conversion de séparation de corps. En 1886, le nombre des divorces demandés par voie principale s'élève à 2.705, celui des conversions tomba à 1.300. Le chiffre des divorces en 1887 fut de 6.605. En 1890, il fut de 7.456 ; en 1893 : 9.283. En 1892, le Figaro révéla que le relevé des affaires de divorce portées devant le bureau d'assistance gratuite près le tribunal de la Seine, pour une période de quatre ans, du 1^"" janvier 1888 au l*'^ janvier 1892, donnait un chiffre de 21.000 demandes. En quatre ans, rien qu'à Paris, il s'est donc trouvé vingt-et-un mille ménages pauvres pour réclamer le divorce !

Il y eut un fléchissement dans les années suivantes, mais la progression reprit bientôt son cours. I>e nombre des divorces

dans le vrai. Ils ont grandement raison de ne point capituler sur cette question vitale, d'où dépend le bonheur, l'existence même de la société. L'expérience est là qui parle avec eux et pour eux. »

prononcés fut en 1903 : 8.919 ; en 1904 : 9.860 ; en 1905 : 10.019; en 1906: 10.573; en 1907 : 10.938 ; en 1908: 11.515; en 1909: 12.874; en 1910: 13.049; en 1912: 14.579, pour 311.959 mariages soit un divorce pour 21 mariages.

Les départements où le divorce sévit le plus sont l'Eure, où il y en a un pour 11 mariages, et l'Oise, un pour 12. Si la France était à ce taux, ce n'est pas 14.579 ruptures légales de l'union matrimoniale qu'on y compterait en une seule année, mais 28.000.

Par contre, les Landes ne présentent, en 1912, qu'un divorce pour 105 mariages et la Lozère un pour 118. En supposant généralisée cette proportion, la plus faible qu'on ait la satisfaction d'enregistrer, on n'aurait vu dans l'ensemble du territoire français que 2.800 divorces au lieu de près de 15.000.

Les départements qui font porter le nombre de divorces au chiffre que signale la statistique sont le groupe de Paris (la Seine et les huit départements voisins), celui de Provence, du Sud-Ouest, de l'Est et la Normandie.

Trois des départements de cette province sont au-dessous de la moyenne : l'Eure avec 1 sur 11, la Seine-Inférieure 1 sur 15, le Calvados 1 sur 16 ; l'Orne et la Manche, voisins du groupe breton-vendéen, comptent, le premier département, 1 divorce sur 22 mariages ; le second, 1 sur 33.

Les régions qui se défendent le mieux contre cette plaie, sont celles des Cévennes, des Alpes, des Pyrénées et de l'Ouest breton-vendéen. Si l'on excepte la Loire-Inférieure qui, grâce à Nantes, enregistre 1 divorce pour 34 mariages, la moyenne ne descend pas au-dessous de 1 sur 44 dans ces quatre régions, et s'élève même à 1 pour 118.

On remarque que les régions les moins contaminées sont les régions qui sont demeurées chrétiennes.

Quant aux tribunaux, dont la sévérité avait été présentée comme un obstacle, on les vit décharger leurs rôles encombrés, en activant, d'une façon en quelque sorte automatique la solution des procédures. Lorsqu'il s'agit d'un mur mitoyen, ou d'un accident, l'avocat peut déduire longuement ses raisons; mais lorsqu'il fut question de rompre une union et de dissoudre une famille, il n'en alla pas de même. M. Morizot-Thibault, substitut près du tribunal de la Seine, dans une communication

faite à la Société d^Economie sociale, parla d'un magistrat qui, en sa présence, le jeudi 15 décembre 1893, prononça dans une unique audience 294 jugements de divorces. « Quand on a décidé que le mariage pouvait être rompu, a observé M. Morizot- Thibault, on a infusé un élément mortel dans le principe de vie. Les sens l'emportent sur l'esprit ; rien de plus vrai et rien de plus facile à prévoir. »

Les répugnances contre lesquelles le divorce s'est d'abord heurté sont allées en s'ajGPaiblissant d'année en année. Le nombre des demandes en divorce formées par les femmes a toujours été en augmentant. Cette augmentation continue indique évidemment que la femme subit de moins en moins l'influence des considérations religieuses et sociales qui dans les commencements l'arrêtaient. Signalons cependant un symptôme opposé. Les hommes divorcés et les femmes divorcées se remarient assez peu entre eux. La plupart des seconds mariages contractés par eux le sont, et de plus en plus, avec des veufs et des veuves, et aussi avec les garçons ou les filles, mais non avec des divorcés. On voit par là que la conscience des divorcés eux-mêmes réclame contre le divorce et leur fait mépriser ceux qui y ont recours.

lies orateurs du Sénat et de la Chambre des Députés, plaidant le divorce, avaient assuré, que si leur loi était promulguée, on allait voir s'abaisser le chiffre des adultères. Or le chiffre des condamnations prononcées de ce chef n'a cessé de s'accroître. Ils avaient également assuré que le divorce aurait une influence bienfaisante en ce qui regarde la natalité. Même déception. Il n'a pa^s enrayé la diminution des naissances, elle n'a cessé de croître ^ . Ils disaient encore que le divorce, en livrant une porte de sortie aux désespérés du mariage, réduirait le nombre des suicides occasionnés par des chagrins domestiques. Or ce nombre qui était de 1.108 en 1883, devint 1.404 en 1889 \

2. Des renseignements statistiques seront donnés plus loin. Le fait est d'ailleurs archiconnu.

3. En 1901, dans une étude sur les progrès du suicide, 'Si. Georges Michel a observé qu' <( il y a trois ou quatre fois plus de divorcés des deux sexes qui se suicident que de gens mariés. »

La même observation a été faite en Suisse. Le Courrier de Genève, après avoir dit : « Ce sont les cantons protestants qui, pour les suicides comme

\:){\ CUI l'ABILITK DU PUBLIC.

Les assurances données par les auteurs de la loi ont donc re^n des faits le désaveu le plus éclatant. C'est ce que put déj?i constater M. Louis Legrand, en 1902, dans une communication à V Académie des sciences morales et politiques.

« Les craintes exprimées par les adversaires de la réforme ont été non seulement confirmées mais dépassées. Le divorce a envahi successivement les différentes couches sociales et désorganisé un nombre croissant de ménages. »

M. Frédéric Passy, dans une lettre qu'a publiée le livre Défendons la famille, page 267, a écrit, le 3 février 1902 : ce Je dois vous dire que j'ai voté, lorsque j'étais député, la loi qui a autorisé le divorce. » Cette confession était suivie de cet hélas ! c( On en est venu à réclamer et à ériger presqu'en principe, le droit de divorcer sans formalités et sans motifs reconnus valables, ou, pour mieux dire, à prêcher la doctrine de l'union libre. »

De fait, non seulement des romanciers ont écrit des livres ];our préconiser l'union libre, mais des projets de loi ont été déposés qui y mènent. M. L. Martin, le 30 octobre 1905, et M. Morlet, le 2 juillet 1806, ont proposé le divorce par consentement mutuel ; et le 16 janvier 1908 il fut décidé d'inscrire cette proposition à la suite de l'ordre du jour. Un magistrat, M. Magnaud, a réclamé la possibilité du divorce par la volonté d'un seul. Avant la guerre un certain nombre de députés de la nouvelle Chambre paraissaient décidés à aller jusque-là.

c<. On voit, continue M. Frédéric Passy, à quelles conséquences peut conduire une pareille morale, à quel degré d'abaissement elle réduit la dignité de l'homme et celle de la femme ». Ceux qui proposaient l'union libre et l'abolition du mariage, affirmaient qu'on n'en voulait plus ; et à l'appui de leur dire, ils faisaient observer qu'en 1901 le nombre des divorces prononcés entre des époux ayant moins d'un an de mariage était de 467,

pour les divorces tiennent la tête », ajoute : « Mais voici un point particulièrement instructif : sur cent suicides, on compte soixante-six divorcés. » (c Comment ! dit à ce sujet le Pays, le divorce a été introduit en Suisse pour permettre aux personnes mariées de secouer un joug trop dur, pour enlever des chaînes trop lourdes à ceux qui ne pouvaient plus les supporter, pour rendra la liberté et le bonheur aux victimes d'unions mal assorties, et voici maintenant que, d'après les données exactes et brutales de la statistique, le divorce se révèle comme l'agent le plus actif du suicide, c'est-à-dire du désespoir, de la suprême folie, du crime qui ne sera jamais pardonné. »

soit 4 pour cent du nombre total des divorces; en 1906, il était de 631, soit 5 pour cent du nombre total. La progression a continué. On voit des demandes formées au bout de quelques mois ou même de quelques semaines de mariage ^ .

Six députés ont voulu faire disparaître jusqu'à l'ombre de famille que ces lois et ces mœurs laissaient encore subsister. Ils proposèrent l'abrogation de l'article 213 du Code civil ainsi conçu : « Le mari doit protection à sa femme; la femme doit obéissance à son mari. » Que restera-t-il de ce groupe organique : le père, la mère, les enfants, dans lequel les observateurs de tous les temps et de toutes les doctrines ont vu la cellule première, l'élément irréductible de toute société ? Cette abrogation faite, le père n'aura plus ni droits ni devoirs. Il ne peut commander ni à sa femme ni à son enfant. La mère n'est plus qu'une compagne de hasard qui demain ira s'asseoir à un autre foyer, et qui, en attendant, ne se prête aux obligations du foyer actuel que dans la mesure où cette docilité lui convient. Le fils, la fille, n'ayant au-dessus d'eux aucune autorité, derrière eux aucun engagement solennel et irrévocable de leurs parents, devant eux aucune certitude de la continuité de la maison, ne conçoivent plus aucun respect, ne reçoivent plus aucune tradition, ne perpétuent plus aucune continuité de bien.

Les législateurs qui nous font ce code de régression vers la barbarie sont dans la logique de leur œuvre de mort. La Maçonnerie, en effet, ne subit pas la destruction de la famille française, elle la désire, elle la conduit, elle la veut. La famille française est To^uvre de la civilisation chrétienne, et les Loges ont juré l'extirpation du christianisme sous toutes ses formes.

4. On a pris de ces chiffres prétexte de dire que les pays catholiques ont un niveau de moralité moins élevé que les pays protestants. Le Patriote de Bruxelles a réfuté le 16 septembre 1907 cette assertion pour ce qui regarde l'Allemagne. Les Etudes sociales-religieuses, publiées par le (c Travail chrétien », firent la même preuve au sujet de l'Irlande. La même réfutation peut être faite partout, documents en mains. M. Von Ostingen, un des plus estimés statisticiens protestants, a donné à une vaste enquête comparative cette conclusion : « D'une façon générale les peuples germaniques (protestants) sont plu? portés à des excès extravagants que les peuples romains (catholiques), c'est un fait qui paraît indéniable. » Moralstatistik, p. 569.

La responsabilité de nos gouvernants est évidente dans l'abaissement de la moralité qui se manifeste chez nous par le divorce et la diminution de la natalité. La Providence a permis cette guerre pour nous arracher à un état de dépravation qui allait croissant chaque jour, comme Elle soulève les tem.pêtes pour purifier l'atmosphère.

i:)S CULPABILITE DU PUBLIC.

I .M secte a vu. la joie de voir non seulement le divorce s'implanter en l'raïK'e, mais les idées du public, resté fidèle à la loi de riiiditisolubilité, subir l'influence de la Législation. Peu à peu les divorcés que l'on tenait d'abord à distance ont été reçus dans la société.

En face de cette indulgence si coupable, une noble protestation s'est un jour élevée, au sein de l'armée. Un corps d'officiers a donné le noble exemple du respect du mariage et du mépris des divorcés, en mettant en interdit un des siens coupable d'avoir violé la loi de l'indissolubilité du lien conjugal. La Franc-Maçonnerie s'est sentie profondément atteinte dans son œuvre par cette lière manifestation. Son délégué au ministère de la guerre, le F.'. André, a sévi contre une partie des officiers du régiment de cavalerie de Melun, ne pouvant les Irapper tous à la fois. Six d'entre eux ont été renvoyés en disgrâce. N'importe. L'acte de ce corps d^officiers a eu son effet. Il a été, devant le pays, une haute revendication des droits sacrés du mariage, une courageuse protestation contre le crime légal du divorce. Il est venu à point pour empêcher la consommation du scandale, pour réveiller la conscience publique et faire comprendre que la loi ne suffit pas à dicter le jugement a porter sur la question de morale, et que l 'exemple ne saurait constituer une consécration du mal.

Au fléau du divorce se joint celui de la stérilité des mariages par la pratique du malthusianisme.

4^. Il faut être juste. Malthus ne mérite point la flétrissure qu'attache à son nom la qualification de Malthusianisme donnée à l'une des pratiques les plus honteuses et les plus odieuses qui puissent être.

Thomas Malthus était un économiste anglais de nationalité et anglican de religion, né en 1766 et mort en 1834, En 1798, il publia un Essai sur le:i principes de la population. Puis, voulant approfondir ses recherches, il parcourut la Suède, le Danemarck, la Russie, la Suisse et la Savoie. A son retour, il publia une seconde édition de son ouvrage dont il compléta ainsi le titre : (c Ou Exposé des effets passés et présents de l'action de cette cause sur le bonheur du genre humain, suivi de quelques recherches relatives à l'espérance de guérir ou d'adoucir les maux qu'elle entraine. » Cet ouvrage a été traduit en français en 1836. L'auteur y montre la tendance des nations à se multiplier à l'infini, tendance qui est arrêtée par les calamités publiques, guerres, famines, maladies et vices engendrés par la misère. Il termine en

La définition du mariage, proposée pour le discours préliminaire à placer en tête du Code civil, mettait Thomme au rang des animaux, cette pratique le fait descendre au dessous d'eux.

Dans l'instruction pastorale jointe au IVIandement de Carême de 1!H0, Mgr Delamaire, alors coadjuteur de Cambrai, parlant de l'état lamentable où se trouvait la société française, état tout voisin de', giandes crises et des ébranlements profonds, prélude de la ruine et peut-être de la mort, disait :

(c Le premier de tous ces maux c'est que nous sommes comme un arbre sans racines et sans sève, que le moindre vent, soufflant en tempête, peut dessécher et renverser pour toujours. Où sont, en effet, nos racines ; qu'est devenue notre sève, puisque tombés au-dessous de tous les peuples de la terre, nous sommes devenus incapables, non seulement d'accroître de quelques unités notre population, mais même de remplacer par ceux qui naissent, les mourants ? Sous l'action de l'égoïsme et du vice, sous l'action de la morale utilitaire et prétendue scientifique, tant préconisée aujourd'hui, «ne propgande abominable s'est déchaînée, depuis quelques" années, sur le pays, a vidé les berceaux et a fait régner la solitude à des milliers de foyers. Elle va, de ville en ville, de campagne en campagne, savamment organisée, encouragée même, senible-t-il, par ceux qui devraient l'arrêter, tant il est difficile d'en faire punir les auteurs. A voir comment les choses se passent, on croirait même, à certaines heures, que cette propagande est soudoyée par nos pires ennemis, et qu'elle est chargée de remplacer leurs armées et leurs canons. De fait, ses douloureuses et honteuses victoires nous appauvrissent en hommes, chaque année, plus durement que ne ferait la plus meurtrière des guerres que l'histoire de France ait enregistrée depuis des siècles. »

recommandant la circonspection dans les mariages, mais il n'enseigne pas le vice.

J. de Maistre qui, dans son livre Du Pape, appelle le livre de Malthus « un profond ouvrage », après en avoir ainsi résumé la pensée initiale : (( L'accroissement des moyens de subsistance étant inférieur à celui de la popuation dans l'énorme disproportion respective des deux progressions, l'une arithmétique et l'autre géométrique, il s'ensuit que l'Etat, en vertu de cette disproportion, est tenu dans un état continuel de danger, si la population est abandonnée à elle-même. Ce qui nécessite une force réprimante. » Mais, ajoute J. de Maistre, « le nombre des mariages ne peut être restreint dans l'Etat qu'en trois manières : par le vice, par la violence ou par la morale. Les deux premiers moyens ne pouvant se présenter à l'esprit d'un, législateur, il ne reste donc que le troisième, c'est-àpdire qu'il faut qu'il y ait dans l'Etat un principe moral qui tende constamment à restreindre le nombre des mariages. Mais cette restreinte inorale, comme l'appelle fort à propos M. Malthus, ne saurait être que fort difficilement établie. Il propose, pour arriver au but désiré, certaines écoles normales.... Mais c'est la fable du grelot ; il s'agit de l'attacher. L'Eglise a, par sa loi du célibat ecclésiastique, résolu le problème avec toute la perfection que les choses humaines peuvent comporter, puisque la restreinte catholique est non seulement morale, mais divine et que l'Eglise l'établit sur des motifs sublimes, sur des moyens si eflRcaces, sur des menaces si terribles, qu'il n'est pas au pouvoir de l'esprit humain d'imaginer rien d'égal ou d'approchant.

1(;0 crLPABlLITÉ DU PUBLIC.

I-'in (le ISlfi et commencenient de 1817, furent publiées, après bien (fautres, des études importantes et approfondies sur cette v^uestion. D'abord celle de M. Charles Richet, directeur de la Revue internationale de sociologie, puis celle d'un autre savant de renom, M. René Worms, celle-ci intitulée « Natalité et Uégime successoral ». Après avoir établi que les Français ne sont pas stériles de nature, mais que la limitation de la descendance est un acte volontaire consécutif au désir d'une trop large aisance, M. AV orras attribue le mal par-dessus tout au déclin de. la foi religieuse qui dit d'accepter la souffrance temporaire dans l'espoir de la récompense éternelle.

Voici les effets de cette pratique criminelle : La population de la France était en 1850 supérieure à celle de l'Allemagne. Elle lui était en 1913 inférieure de 27 millions d'âmes. 11 naissait chaque an, dans les premières années du second empire, plus d'un million de Français ; il n'en naissait plus en ces dernières années que 740.000, soit 27 pour cent de moins. Si, à supposer que la guerre ne soit point venue, la*même progression devait contiimer, il ne naîtrait en 1940 que 600.000 enfants. Cependant la mort continuait à faire son œuvre. En 1911 il est mort 776.000 Français, il n'en est né en cette même année que 742.000. Il y eut deux départements où le nombre des décès était égal à celui des naissances ; soixante-deux où le nombre des décès surpassait celui des naissances depuis une unité jusqu'à soixante-deux (département du Lot). Il n'y en eut que vingt-et-un où les naissances furent plus nombreuses que les décès, depuis une (Haute-Loire) jusqu'à vingt-sept (Finistère) et vingt-huit (Morbihan et Pas-de-Calais) .

Ceux qui ont déploré ce lamentable état de choses se sont placés, on peut dire tous, au point de vue de la dépopulation de nos campagnes, du manque de bras pour notre industrie, de l'invasion pacifique de notre territoire par les ouvriers étrangers, et enfin au point de vue de la défense du pays. Combien cette défense eût été difficile, impossible sans le concours de nos alliés qui eut pu nous faire défaut.

Mais il est un point de vue supérieur, même en ce qui concerne la guerre, que nos orateurs, nos écrivains et nos ])oliti(iens

LE NÉO-iSIALTHUSIAMSME. 161

ont trop néglio:é : je. veux dire l'ofl-ense de Dieu et le châtiment que cette offense appelle sur une nation, lorsqu'elle est devenue presque générale et se reproduit tous les jours dans des millions de foyers.

Le premier commandement qui sortit de la bouche de Dieu et qu'il adressa en même temps à l'homme et à la femme au jour même de leur création est celui-ci : « Croissez, multipliezvous et remplissez la terre ». Est-ce que ce commandement fut violé aux jours de Noé, comme il l'est de nos jours ? T.a Sainte Ecriture se contente de dire : ce 1 oute chair avait Corrompu sa voie » et de nous faire entendre à la sortie de l'Arche, la réitération de l'ordre du premier jour : (c Soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre » (Gen., ix, 1).

Lorsque le souvenir du déluge s'éloigna et que la pensée de ce terrible châtiment ne fit plus la même impression sur l'esprit des hommes, Sodome, Gomorrhe et les villes voisines se livrèrent au vice impur. Le Seigneur dit à Abraham :

(C Le cri qui s'élève de Sodome et de Gomorrhe est bien fort, il est venu jusqu'à moi, et leur péché est bien énorme : leur crime est arrivé au comble » (Gen. xviii, 20). Le lendemain, des anges dirent à Loth : « I^ève-toi, prends ta femme et tes deux filles qui sont ici, afin que tu ne périsses pas dans le châtiment de la ville. » Comme il tardait, les anges les saisirent par la main, lui, sa femme et ses filles, car le Seigneur voulait les épargner ; ils les emmenèrent et les mirent hors de la ville... Le soleil se leva sur la terre et Lot arriva à Ségor, alors le Seigneur fit pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu. Il détruisit les villes et toute la région, tous les habitants et les plantes de la terre » (Gen., xix).

De la première page à la dernière, la Bible nous montre des champs de bataille et des anges armés de foudres célestes pour châtier les hommes coupables et purifier la terre. Après les jours de la Rédemption, les Barbares vinrent laver dans le sang le désordre des moeurs de l'empire romain. Car il était une fois encore arri\é à son comble.

La guerre fait expier le luxe par la ruine et la luxure par l'effusion du sang. C'est la leçon que donneront aux âges futurs les torrents de sang et l'amoncellement des pertes de tout genre dont nous sommes victimes.

ce La bataille de la Marne nous a empêchés d'entrer à Paris, mais nous sommes chez vous et nous vous ruinerons. Nous ne vous laisserons que les murailles de vos maisons et les pierres

Les Pourquoi de la Guerre mondiale. ii

\{r2 CULPABILITÉ DU PUBLIC.

<le vos pavés ». C'est ce que les soldats allemands disaient à Lille, et ils ont fait servir à exécuter leur menace la science positive et savamment réglementaire d'Outre-Rhin. Voilà pour les excès du luxe. Pour châtier le péché de la chair, le sanîç,. depuis le mois d'août 1914 ne cesse de couler à flots, cent mille liommes à chaque nouveau combat, affirme-t-on, faisant irrémédiablemejit disparaître les familles qui s'étaient dit : un ou deux enfants nous suffisent. D'autres familles, fidèles observatrices de la loi divine, ont aussi des enfants à pleurer, mais parmi les victimes, il faut qu'il y en ait de pures, et puis Uno evulso non déficit al ter y ces foyers ne sont pas rendus déserts par la mort d'un ou deux de leurs membres, la famille n'est pas extirpée dans sa racine. Que les coupables comprennent l'énormité de leur faute. Un célèbre clergymann anglais, le docteur Langtry, dit brutalement à ses ouailles de Toronto en 1902, le crime que commettent les femmes qui veulent ne point avoir d'enfants, ou n'en mettent au monde que peu.

ce Je pense aux meurtres en gros commis par des femmes qui devraient être mères, et cela même dans les plus hauts rangs de la société. Les statistiques de la vitalité ne laissent plus aucun doute que ce crime se commet sur une énorme échelle, et s'il n'est pus arrêté, il tinira par détruire notre race anglo-saxonne. Vous pouvez croire que dans les familles où il n'y a pas d'enfants, où il n'y a qu'un ou deux enfants, dans neuf cas sur dix, il y a eu des meurtres. Et des mères qui auraient dû l'être seront accusées au jour du jugement d'être des meurtrières, et leurs maris des complices. »

Saint Jérôme avait dit avant lui : « Empêcher de naître, c'est tuer ^ )>.

Le Courrier de Bruxelles n'usait point de plus de ménagements :

« Ils ne se comptent plus, disait-il, les époux qui, sous les dehors mensongers d'une honnêteté de commande, cachent des consciences de meurtriers. L'effroyable débordement de ces crimes inconnus, impunis, joint à la marée croissante des divorces, menace la société. »

Il aurait pu ajouter : irrite Dieu et nous rend passibles des plus terribles châtiments.

6. II. nous plaît de rappeler à ce propos une parole de "Mçlr Delannoy, évêque d'Aire, dans l'une de ses Instructions pastorales, flétrissant l'iniquité que commettent ceux qui, par un odieux calcul, veulent le néant où le Créateur voulait la vie : « Cette vie, elle se fût peut-être incarnée dans un bienfaiteur de l'humanité comme saint Vincent de Paul, clans une héroïne comme Jeanne d'Arc ; elle eût au moins certainement animé une créature formée à l'image de Dieu, destinée à le connaître, à le servir et à partager son éternelle félicité. »

LE NÉO-MALTHUSIANTSME. 163

« La luxure, a dit J. de Maistre, verse seule plus de maux sur la terre que tous les autres vices ensemble. Nous avons horreur du meurtre ; mais que sont tous les meurtres réunis, et la guerre même, comparés à ce vice, qui est comme le mauvais principe homicide dès le commencement, qui agit sur le possible, tue ce qui n'existe point encore, et ne cesse de veiller sur les sources de la vie pour les appauvrir ou les souiller ? Il n'y a pas de vice sur lequel les saintes pages aient accumulé plus d'anathèmes tem,porels. Le Sage nous dénonce avec un redoublement de sagesse les suites funestes des nuits coupables, et si nous regardons autour de nous avec des yeux purs et bien dirigés, rien ne nous empêche d'observer l'incontestable accomplissement de ces anathèmes...

» Si nous pouvions apercevoir clairement tous les maux qui résultent des générations désordonnées et des innombrables profanations de la première loi du monde, nous reculerions d horreur. Voilà pourquoi la seule religion vraie est aussi la seule qui, sans pouvoir tout dire à l'homme, se soit néanmoins emparée du mariage et l'ait soumis à de saintes ordonnances. Je crois même que sa législation sur ce point doit être mise au rang des preuves les plus sensibles de sa divinité. Fénelon a ainsi formulé en quelques mots la loi qui doit régir la vie conjugale : « Les époux ne doivent songer qu'à avoir des enfants, et moins à en avoir qu'à en donner à Dieu. »

M. de Bonald a proclamé la même vérité en d'autres termes. Se plaçant au point de vue du bien général, il dit :

« La religion chrétienne est de toutes la plus favorable à la population, par la tempérance qu'elle prescrit à la jeunesse, la fidélité qu'elle recommande aux époux, et le soin de leurs enfants qu'elle leur commande ». Il ajoute : «. Mais en même temps, attentive aux grands intérêts des Etats, qui peuvent souffrir d'un excès de population, elle a fait du célibat un état saint et utile aux hommes ».

Utile aux hommes en ce que, elle voue au service du prochain, par la charité, l'expiation et la prière, ceux qui vont déposer leur vœu entre ses mains ; état saint et sanctifiant, qui ne le comprend et ne le voit ?

Si les lois du catholicisme étaient fidèlement observées, il y aurait toujours suffisamment de bras pour le travail manuel et intellectuel, pour la prière et pour les nécessités des guerres inévitables.

La civilisation moderne, qui a amené les guerres non plus d'armée à armée, des guerres où il ne s'agit plus de remporter une victoire, mais d'exterminer mi peuple, a besoin de « chair à canon », et elle poursuit le célibat en même temps qu'elle donne essor à la démoralisation. C'est l'entremêlement de contradictions que montre naturellement tout tissu tramé par la main de l'erreur.

Nous venons d'entendre J. de Maistre nous dire que la légis-

lation de l'Eglise sur le mariage doit être mise au rang des preuves les plus sensibles de la divinité. Elle a su en effet concilier toutes choses, ce que n'a su faire aucun législateur, ni politique, ni religieux. Elle ordonne aux époux la fidélité et la condescendance mutuelle ; elle leur conseille la continence en certains temps ; de plus, elle honore la virginité.

c( C'est une opinion commune aux hommes de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les religions qu'il y a dans la continence quelque chose de céleste qui exalte Vhomme et le rend agréable à la dirinité. »

Et ailleurs, se plaçant au point de vue de la population à

maintenir et à accroître dans l'Etat, il dit :

c< Il ne faut jamais perdre de vue qu'il n'existe pas de véritable prêtre, dont la sage influence n'ait donné peut-être cent sujets à l'Etat ; car l'action qu'il exerce sur ce point n'est jamais suspendue, et sa force est sans mesure ; en sorte qu'il n'y a rien de si fécond que la stérilité du prêtre ; la source intarissable de la population, je ne dis pas d'une population précaire misérable et même dangereuse pour l'Etat, mais d'une population saine, opulente et disponible, c'est la continence dans le célibat, et la chasteté dans le mariage ^. »

Sur cette question encore, on a vu se manifester et éclater la complicité du gouvernement républicain avec les ennemis de la famille, de la société et de la religion, et son hypocrisie. Complicité partout : au régiment, dans les ateliers et jusque dans les post-scolaires ont été données des conférences où le néomalthusianisme était préconisé et sa prati({ue enseignée. — Hypocrisie, voici un fait entre bien d'autres (jui la démontre.

En juin 1908, à l'ouverture du 27' congrès de la Socictc

cVEconomie sociale, M. de Foville, membre de l'Institut, a fait

connaître ce qui suit :

» On avait, il y a quehjues années, nommé une Commission chargée de rechercher les causes de la dépopulation et les remèdes. Nous tous, membres de la commission, députés, sénateurs, hommes techni(|ues, étions pleins d'ardeur et nous avion*» déjà un très intéressant dt>ssier, lorsque le représentant du gouvernement nous annonça cpie la commission allait suspendre (ce qui veut dire cesser) ses travaux. Et pourquoi ? manque de fonds ; il faudrait (pu'hpics milliers de francs ])Our marcher et

I. Au conjurés national de la natalité, M. Pinard, professeur à la Faculté de médecine de Paris, a appelé l'attention sur un fait qu'il est bon de sif^naler. « Si les femmes consentaient toutes à être mères, savcz-vous que les chirurgiens mourraient de faim? » (( La morale, je m'en moque, a dit im autre. Ce que je sais, c'est qu'on tue les femmes. X'oil^ ce qu'on de\rait faire connaître. » (Cité par M. Deherme dans son livre Croître ou disparaître. . M. le D'" Charles Péré fait venir des abus dans i*- mariage la plupart des neurasthénies.

\e gouvernement n'ose les demander au l*arlement, les contribuables sont déjà si chargés ! Nous savons combien tous, députés et sénateurs, sont économes des deniers publics. (Ceci était dit avant le vote portant ac- ( roissement de leur traitement ; il est vrai qu'il ne s'agissait que du bien public et de l'avenir de la race française : considération secondaire assurément.)

» Puisqu'il ne s'agit que d'une question d'argent, dit l'un des membres de la commission, et encore de si peu d'argent, j 'offre la somme. — Nous n'acceptons pas, dit le représentant du gouvernement ! — Et voilà comment, de parti pris, le gouvernement, ami de la lumière, supprima la commission et enterra ses travaux ; mais pourquoi ?

» C'est, a dit nettement M. de Fouille, parce que les travaux de la commission mettaient en lumière ce fait, connu de ceux qui ont étudié la question, mais très déplaisant pour les hommes au pouvoir, à savoir que la natalité est en raison de la foi religieuse d'un pays. Les lois votées récemment contre la famille, notamment la dernière qui contient une véritable prime à l'adultère, la faveur ({ue rencontrent auprès du monde officiel les publications, les exhibitions pornographiques, le transfert au Panthéon du plus qualifié des pornographcb, tout cela contribue à affaiblir la natalité, qui va diminuant en même temps que la guerre à la religion prend de l'intensité. Voilà ce que les recherches de la commission avaient parfaitement mis en relief et ce que le gouvernement ne veut pas que l'on sache ; il veut continuer à accroître la corruption publique qui diminue la natalité, et c'est pour cela qu'il supprime toute constatation qui le gêne. »

Est-ce à dire que tous nos gouvernants sont personnellement des corrupteurs de parti pris ? Non. Mais le gouvernement est le serviteur de la Franc-Maçonnerie, et la Franc-Maçonnerie, par ses organes les plus autorisés, a déclaré maintes fois que, pour arriver à décatholiciser la France, le moyen le plus sûr est de la démoraliser.

Cependant, jjour sauver la face, ministres, sénateurs, députés proposaient gravement toutes sortes de remèdes empiriques, bien faits pour exciter la risée du genre humain : dégrever Pimpôt de huit francs par tête d'enfant vivant ! décerner des médailles aux mères fécondes, donner quelc^ue aumône aux familles pauvres et chargées d'enfants. La République Française, fille de Gambetta, avait elle-même le bon sens de leur dire :

« Un peuple cesse de se reproduire simplement lorsque la masse profonde de ce peuple a perdu la croyance en la divinité, en une existence future, et n'a plus d'autre horizon à sa vie morale que le cimetière où pourrissent les corps animaux. Le jour où les hommes cessent de croire, où la jouissance matérielle du présent remplace l'aspiration spirituelle vers l'au delà, où les droits proclamés de l'individu succèdent aux devoirs ancestraux de la cellule sociale, la famille — ce jour-là, une nation franchit la première étape vers sa tombe, en commençant à dédaigner les berceaux. L'égo'ïsme ■ humain déchaîné sera toujours supérieur à vos largesses. Le seul remède certain, c'est de refaire l'âme de la France. »

Refaire l'âme de la France, ce serait donc, d'après la Repu-

1(;(i CULPABILITÉ DU PUBLIC.

biiqiic jrauçaise, lui rendre la foi en Dieu et à la vie future, en d'autres termes, aider à l'œuvre de l'Eglise. Aider l'Eglise ? Mais c'est à l'anéantir que sont employées toutes les forces gouvernementales, tous les journaux au service de la République et de la secte.

Deux ans après l'aventure de la Société d'Economie sociale, raconte M. de Folleville, en juin 1910, M. le sénateur Lanlongue, vint déposer au bureau un cent-et-unième projet de loi pour arrêter le fléau de la dépopulation.

Interrogé au sujet de ce projet, l'éminent jurisconsulte M. Taudière, fit une observation que ne sauraient trop méditer les bons journaux qui n'ont cessé d'inviter le gouvernement à faire des lois sociales, des lois ouvrières avec l'espoir d'en obtenir quelque bien.

« Une longue expérience m'a démontré que les principes les plus bienfaisants sont faussés par la malf aisance du régime — je dis du régime lui-même et non des hommes du régime ; car il ne peut produire d'autres hommes,

» Toutes les fois, voyez-vous, que j'entends parier de projets, d'application de projets que moi-même j'approuve, pour lesquels je combats, je me sens pris d'inquiétude, car je sens, je sais, que le bien va être tourné en mal par la tare républicaine... »

A ces deux crimes : le divorce et le néo-malthusianisme, est venu s'ajouter un troisième, l'avortement volontaire. Le 11 mai 1918, M. Barthélémy a fait à l'Académie des Sciences morales et politiques une communication sur la place qu'occupe l'avortement criminel dans le problème de la dépopulation. M. Barthélémy a eu communication de l'enquête ordonnée par l'Assistance publique dont les résultats sont effrayants. De 1894 à 1914, sans que la population se soit sensiblement accrue, le nombre des avortements a triplé. En 1914 nous avions 200.000 avortements de plus qu'en 1894. Ces avortements ne peuvent être attribués au manque d'hygiène, puisque celle-ci s'est considérablement développée. Ils ne peuvent l'être qu'à la diminution de l'esprit de foi causée par l'enseignement dit ce neutre ». Ce qui le prouve, c'est que cet accroissement du nombre des avortements ne se produit point dans les départements qui se sont le mieux défendus contre la propagande de l'impiété. ! Pour 100.000 habitants, le Finistère a 259 naissances, le Morbihan 248 naissances, tandis que le Var a 174 naissances pour

LE NÉO-xMALTHUSIANISME. 167

la même proportion d'habitants et l'Yonne 137. M. Barthélémy s'est élevé avec force contre la négation du rapport qui existe entre la baisse de la foi religieuse et la réduction de îa natalité. Il le fit avec une richesse de documents impressionnante. L'Académie de Médecine pense comme l'Académie des sciences morales et politiques. Elle a émis, il y a quelque temps, le vœu qu' « une propagande morale ou religieuse soit instituée pour encourager la procréation de nombreux enfants » ^ . Pour cela l'action la plus efficace est celle exercée par le clergé. Combien plus elle le serait, si la République n'avait point pris elle, le mot d'ordre de Gambetta : « Le cléricalisme voilà l'ennemi ».

Il faut reconnaître que les époux néo-malthusiens ne sont point

7. Cet appel a été entendu. Une association, dite (( Du mariage chrétien », s'est formée récemment sous la direction de M. l'abbé Chaptal, curé de Notre-Dame du Travail à Plaisance, de M. l'abbé Verdier, supérieur du Séminaire de l'Institut catholique de Paris et de M. l'abbé Viollet. En voici les statuts :

Article premier. — L'Association du <( Mariage Chrétien » a pour but de promouvoir la préparation au Mariage chrétien et le respect des lois qui €n assurent la pureté et la fécondité.

Art. II. — Elle s'adresse à toutes les âmes de bonne volonté qui veulent par leurs prières et leur concours aider à cette grande tâche, notamment aux jeunes gens qui veulent se préparer par une vie pure aux graves devoirs du mariage et aux époux qui cherchent un secours religieux et moral pour observer ces devoirs.

Art. III. — Par la prière d'abord, par la publication d'un bulletin, par la diffusion des tracts, ensuite par l'organisation de conférences et de prédications, notamment dans les œuvres de jeunesse, l'Association s'efforce de -donner ou de favoriser l'enseignement et la formation morale dont elle proclame la nécessité.

Art. IV. — Les membres de l'Association du Mariage chrétien s'engagent: 1° à réciter chaque jour la prière de l'Association ; 2° à faire connaître autour d'eux l'œuvre du « Mariage chrétien » ; 3° à verser une cotisation annuelle pour les frais de propagande.

Et voici la prière que les associés s'engagent à réciter chaque jour :

Dieu éternel, auteur de la vie, et de qui dépend toute paternité, bénissez ceux qui sont entrés dans votre sainte institution du mariage. Que l'union du Christ avec l'Eglise, son épouse, soit le modèle et la grâce de leur vie conjugale !

Faites qu'ils gardent indissolublement dans la pureté et la fidélité l'union qu'ils ont contractée.

Faites que le père soit la véritable image de votre paternité céleste, et que son- épouse soit « comme la vigne féconde ».

Faites que leurs enfants soient aussi « nombreux que les jeunes plants d'olivier », qu'ayant appris de leurs parents à vous aimer et à vous servir sur la terre, ils méritent par Jésus-Christ votre Fils de vous voir et de vous posséder avec eux dans le ciel. Ainsi soit-il.

tous t'L;aleiiH'iit coupables. Dans l'état actuel des idées et des iiia'urs, beaucoup ne savent point, se croient permise, ou du moins croient excusable leur mauvaise action pour tel ou tel motif. I.a première mesure à prendre serait donc de les éclairer. C'est chose délicate, surtout en un temps de pruderie affectée et menteuse, d'autant plus impérieuse qu'elle sert à cacher le vice. Cependant le Cardinal Mercier, les Archevêques d'Auch et de Lyon, les Evêques de Bayeux, de Saint-Flour, de Cahors, de Viviers, etc., ont écrit sur ce sujet des lettres pastorales, et Monseigneur Delamaire, à Tune des retraites ecclésiastiques, a fait au clergé de Cambrai un devoir d'éclairer les époux chrétiens et de leur faire comprendre l'extrême gravité de ces désordres. Comment remplir ce devoir ?

Ecoutons Bossuet. Voici les questions et réponses qu'il donne dans son « catéchisme, le second, celui fait pour ceux qui sont plus avancés^ et que l'on commence à préparer à la première Communion. »

D. Qu'est-ce que le mariage ? R. C'est un sacrement qui donne la grâce à ceux qui se marient, de vivre chrétiennement dans cet état, et d'élever leurs enfants selon Dieu.

D. Dans quel dessein doit-on user du mariage ? R. Dans le dessein de multiplier les enfants de Dieu.

D. Dites-moi Je mal qu'il faut éviter dans l'usage du mariage ? R. C'est de refuser injustement le devoir conjugal ; c'est d'user du mariage pour satisfaire la sensualité ; c'est d'éviter d'avoir des enfants : ce qui est un crime abominable. »

Plusieurs crieraient au scandale s'ils entendaient leur curé poser ces questions et demander ces réponses aux enfants du catéchisme. Pruderie fallacieuse et malfaisante. Le texte est chaste, et il ne fait autre chose que mettre dans la mémoire des enfants des paroles dont ils n'auront que plus tard la pleine compréhension. Elles leur reviendront à Fesprit au moment voulu et les préviendront qu'il y a dans l'usage du mariage des choses dont ils doivent s'abstenir s'ils veulent ne point se rendre coupables ce d'un crime abominable. »

D'un excès de pruderie on est tombé dans un excès d'indécence. L'Eglise seule sait garder la mesure en toutes choses.

Il s'est trouvé, en ces derniers temps, des hommes qui se sont

8. Bossuet a fait un Premier catéchisme, qu'o.n doit apprendre aux enfants dans la maison, dès qu'ils couimcncent à parler et à pouvoir retenir quelqnc chose

posés en novateurs. Ils ont prétendu, dans des livres et dans leurs journaux, qu'une des précautions à prendre contre l'immoralité consisterait à révéler, dès l'enfance, les plus délicats mystères de la vie.

Un protestant publia sur ce sujet des brochures que l'on vit aussitôt aux vitrines des librairies, même catholiques : Ce que tout jeune garçon devrait savoir. — Ce que toute fillette devrait savoir. — Ce que toute jeune personne devrait savoir. Jusqu'ici on avait cru que les initiations prématurées constituaient pour l'enfance un des plus graves dangers. T/expérience des siècles a consacré la méthode du silence sur ces matières ; et elle est justifiée par les témoignages explicites de docteurs tels que saint Basile, saint Jean Chrysostome et saint Jérôme pour ne citer que les plus connus. Des médecins matérialistes, des universitaires prétendirent le contraire et préconisèrent une initiation scientifique pure et simple dès le bas âge dans la famille et même dans les écoles, soit de garçons, soit de filles.

Sans aller aussi loin, des catholiques, voire même des prêtres, admirent le principe de l'initiation avec plus ou moins de restriction et sans doute en vue d'imprimer une bonne direction à cet enseignement qu'ils prévoyaient pouvoir être un jour ou l'autre imposé. Quelques-uns allèrent jusqu'à dire que cette initiation de l'enfance aux mystères de la vie serait un moyen de préservation. Ils se trompaient. La connaissance du vice impur renferme pour notre nature déchue un danger, le danger de faire tomber en des fautes que la pudeur naturelle et les avertissements de la famille font éviter.

Une lettre de la Sacrée Congrégation de l'Index, adressée à l'évêque de Barcelone a réprouvé la mise en pratique des théories propagées par les novateurs ^^.

Pour les catholiques c'est donc chose jugée. Mais ailleurs on s'engagea de plus en plus dans la voie que le pervertissement voulu des mœvu's venait d'ouvrir. Une société s'est formée, dite de Prophylaxie^ sanitaire et morale, dans le but d'obtenir des pouvoirs publics que l'initiation de la jeunesse aux mystères

8^. 'L^Unita cattolica de Florence (14 juillet 1909), a fort bien dit : a II ne faut pas s'exposer à un péril certain pour un motif douteux... C'est un fait attesté par les éducateurs les plus renommés que toute révélation anticipée qui n'est point nécessaire, crée un péril qui n'existerait pas sans elle. »

(io la nalure soit, laite dans les écoles, les pensionnats et les f()ll<',ues par un enseignenient collectif.

Le bulletin de cette société, dans son n" du 11 janvier 1904, rapportait les paroles de M. Pinard, doyen de la Faculté de médecine de Paris :

« Non seulement on doit, mais il faut donner cette éducation aux jeunes <;ens, et je prends l'engagement de faire tous mes efforts pour que tous les élèves des établissements de l'Etat reçoivent cet enseignement sous réserve de l'approbation des parents ».

Sous réserve de l'approbation des parents! Comme si ceux et celles qui seront initiés, non seulement par la parole, mais par des projections et des exhibitions de figurines en cire, — car c'est jusque-là que l'on va, — - ne s'empresseront point de communiquer leur science à leurs camarades ou à leurs compagnes. Ici encore on peut admirer la sincérité de nos gouvernants et des éducateurs qu'ils nous imposent, lorsqu'ils déplorent la perte des mœurs.

Le moment désigné pour instruire sur ce point est celui des fiançailles. Les pères et les mères devraient alors catéchiser leurs jeunes gens d'autre manière qu'ils ne le font communément.

Us diraient que Dieu aurait pu créer tous les hommes, qu'il voulait faire passer par l'épreuve terrestre en vue de les faire participer à la Béatitude éternelle, comme il fit Adam : chacun d'eux de ses propres mains. C'est ainsi qu'il donna l'existence à la multitude des anges, tous furent créés individuellement, sans aucun concours étranger, i)ar la seule volonté divine. Pour le genre humain, Dieu agit sur un autre plan. Il voulut que les hommes naquissent les uns des autres; que chacun d'eux pût être élevé à cette dignité de devenir son coopérateur dans la plus haute de ses opérations en l'ordre de la nature .-.appeler un être du néant, non un être quelconque, mais un être doué d'intelligence : ministère sublime, le plus sublime qui puisse être dans l'ordre des choses naturelles. Cette dignité il la conféra lui-même à nos premiers parents, en instituant le mariage et en leur disant: « Soyez féconds, remplissez la terre ». Dieu est heureux de créer, c'est la grande satisfaction qu'il se donne en dehors de lui : il est le Bien, et le bien aime à se répandre, à

se communiquer. Il a voulu, sagement et justement, que la collaboration à son œuvre apportât avec elle une conjouissance. Elle eût été pure dans l'état d'innocence conservée; le péché la pervertit. La concupiscence perverse entra avec lui dans le cœur des premiers époux, ce ils virent qu'ils étaient nus » (Gen., III, 7) . De là le principe des désordres que punirent les eaux du déluge, le feu de Sodome et le fléau des guerres meurtrières.

Pour donner aux époux la force de se dominer et d'écarter des rapports conjugaux les dérèglements auxquels la concupiscence dépravée ne porte que trop, le divin Rédempteur a élevé , le mariage à la dignité de sacrement. Par là il lui a donné de produire la grâce, d'opérer dans les âmes la vertu de pureté qui lutte contre la concupiscence et se met en opposition au vice. Par la grâce du sacrement, les époux fidèles à ce don font une action sainte, méritoire, digne des récompenses célestes, de ce qui est pour d'autres un « crime » et un « crime abominable. » Si les parents donnaient à leurs enfants ces instructioins à l'heure voulue, que de crimes seraient évités, combien plus grande serait la sainteté des familles chrétiennes !

Dans un livre intitulé : Quelques réflexions sur les lois sociales, M. le duc d'Harcourt a appelé l'attention sur la prospérité que Dieu accorde, généralement parlant, dès ce monde, aux familles qui se montrent fidèles observatrices de ses lois, et la disparition en peu de temps de celles qui les méprisent.

Après avoir établi théoriquement que la foi chrétienne est favorable au développement des familles, il se demande si les faits sont d'accord avec la thèse. Et il présente au lecteur les observations faites depuis un siècle sur la classe élevée de la société, celle où il est plus facile de suivre le sort d'une famille déterminée pendant quelques générations.

« Reportons-nous, dit-il, au siècle dernier (le XVIIP) , il est encore assez près de nous pour que les sentiments intimes d'un très grand nombre de personnages appartenant à la classe aristocratique nous soient parfaitement connus. Nous savons que l'irréligion y était en grand honneur. De lîos jours, au contraire, les représentants de ces mêmes familles sont en général religieux ; ils forment une partie de la société que les adversaires accusent constamment de cléricalisme. »

Ce changement ne s'explique ni par la conversion des émigrés, Tii par une éducation chrétienne donnée à leurs descendants.

(7:2 cviAwmiA'VK du public.

« Cette transformation, dit M. (VHarcourt, s'explique tout naturellement \)(ir 1(1 siijiiircssio)! presque complète de la descendance sceptique du tlermcr siècle. Leurs familles ont eu le sort de celles de Voltaire et de Kousseau, leurs maîtres en morale. Beaucoup de noms sont éteints, et pour les autres ils se sont perpétués soit par la minorité qui, à la cour nirnw, (irait échappé à la contagion, soit par des collatéraux obscurs, jK'rdus dans le fond des provinces, qui y avaient conservé, avec d'anciennes traditions les IDÉES religieuses sans lesquelles les familles ne se perpétuent GUÈRE. »

Une observation toute semblable a été faite, il y a une trentaine d'années, en Angleterre, sur les familles qui, à l'époque de la Kéforme, secouèrent le joug des lois divines. Nous avons souvenir d'un livre où toutes ces familles étaient désignées nommément; à l'heure actuelle il n'en reste plus une seule. Les noms qui sont conservés, ou ont été attribués à d'autres familles, à l'extinction de celles qui les avaient portés d'abord, ou ils appartiennent à des branches collatérales qui n'avaient point participé à l'iniquité de leurs aînés.

Le fait que ces auteurs et d'autres signalent appartient à une loi qui a été observée dans tous les temps et qui ne peut cesser de produire ses effets naturels. On peut, avec un peu d'attention, la voir confirmée par ce qui se passe sous nos yeux. Que de familles bourgeoises disparaissent en cent ans, ou vont se perdre dans les classes inférieures de la société ! Qu'on étudie leur histoire, le plus souvent, on pourrait dire toujours, elles n'observaient point les lois de la morale chrétienne, elles donnaient h leurs enfants une éducation « laïque ». Tandis que celles qui obéissaient aux inspirations de la foi, se sont maintenues dans leur situation et leur honneur, ou même se sont élevées à un rang supérieur à celui qu'elles occupaient. On sait l'impression profonde qu'a produite sur le public l'Etape de M. Paul Bourget qui a mis en scène cette vérité d'expérience^^.

8^. Dans son éloge funèbre du général Drouot, le P. Lacordaire a dit : « Drouot était né à Nancy, le ii janvier 1774, d'une famille plébéienne et pauvre qui vivait honnêtement dans cette ville du rude métier do la boulangerie. Dieu leur avait donné douze enfants ; Antoine Drouot était le troisième des douze. Ce n'était pas là, avant la Révolution, un privilège des familles plébéiennes. Il en allait de même dans les familles bourgeoises. Le général Foy avait également onze frères et sœurs. Lazare Carnot était le cinquième ou le sixième de dix-huit enfants. Et de même en allait-il dans les familles nobles. Chateaubriand (chez lui, ils n'étaient que dix) parle, dans ses Mémoires d'Outre-Tomhe, d'un voisin de son père, M. de la Barronnais : c< Quand le maréchal d'Aubeterre, écrit-il. tint les Etats de Bretagne, il passa chez M. de la Barronnais le père, pauvre gentilhomme, demeurant à Umard, près de Saint-Malo ; le maréchal, qui l'avait supplié de n'in\^ter

M. Charles de Ribbe, l'éditeur des anciens livres de raison ou de famille, a dit excellemment :

« Fort des témoignages, on ne peut plus probants et décisifs, fournis par l'histoire des foyers modèles, nous affirmons que, toujours et partout, la plus grande somme de biens réels et solides a été jDOSsédée d'une manière stable par les familles qui ont marché dans les voies tracées par Dieu lui-même, que ces familles seules, après s'être élevées à la prospérité par le travail et par l'épargne, ont réussi par la vertu, la puissance d'édvication sérieusement chrétienne, à triompher du vice et des causes fatales de chutes que la prospérité acquise ne tarde pas à provoquer. »

Tout récemment un jeune docteur, ancien interne des hôpitaux de Paris, M. le D"" Dauchez, est venu, dans sa thèse de doctorat, encourager les époux à observer la loi première et fondamentale du mariage, par cette considération que la famille de ceux qui y sont fidèles prend dans la société une situation d'autant plus haute et de plus grande puissance de prospérité.

Notre enquête, dii-il, a duré trois ans, notre statistique a porté sur les classes bourgeoises ou nobles et sur les professions libérales et commerçantes aisées, plus conscientes que les familles ouvrières.

Les chiffres de natalité par familles nous ont été fournis par 25 correspondants dans 25 départements pris aux quatre coins du territoire, nous les avons enregistrés automatiquement.

Ils portent sur 1.200 familles dont 600 croyantes et 600 incroyantes. D'un côté, 3.719 enfants (familles catholiques). De l'autre, 1.641 enfants (familles indifférentes) . Proportion deux fois plus forte chez les catholiques 6.19 contre 2.73 (ménages indifférents) . La France peut donc espérer, conclut le D^ Dauchez, que les catholiques, s'ils persévèrent, pourront refaire la France plus forte au point de vue religieux, social et politique.

Ne voyons-nous point la confirmation de ces espérances dans le Nord ? Les familles vraiment chrétiennes, celles qui ne se contentent pas d'observer quelques pratiques religieuses mais qui règlent leur vie d'après les principes chrétiens, ces familles se développent par leurs nombreux enfants, elles étendent leurs rameaux dans toutes les directions. Dieu les bénit de tous côtés, tandis que les autres s'éteignent peu à peu et finissent par disparaître. Ceci, en règle générale et sauf les exceptions qui sont du ressort du divin Maître^.

personne, aperçut en entrant une table de vingt-cinq couverts, et gronda amicalement son hôte, « Monseigneur, lui dit M. de la Barronnais, je n'ai à dîner que mes enfants. » M. de la Baronnais avait vingt-deux garçons et une fille, tous de la même mère. » Chateaubriand exagère un peu. M. de la Baronnais n'avait çn tout que vingt enfants : douze garçons et huit filles.

« Ce sont les grandes familles qui ont fait la grande France. Que feront de la France de demain nos petites familles d'aujourd'hui? »

g. Une intéressante observation a été faite en Prusse peu de jours avant

Les documents publiés par MM. Dauchez et Forberger, et qui i)ourraient être accompagnés d'autres semblables, nous donnent la confirmation par le fait de la promesse de Dieu affirmant qu'il bénit les familles nombreuses dont les enfants se pressent autour de la table domestique aussi multipliés que les rejetons de l'olivier autour du tronc paternel. Filii tui sicut novellœ olivarum in circuitu mensœ tuse'^'\

que n'éclatât la guerre de 1914. Le pasteur Forberj^er, de Dresde, dans une brochure intitulée ; « Fecul des naissances et confessions », a étudié, à l'aide de documents officiels et authentiques, le mouvement de la population en Prusse depuis 1875. Les résultats de son travail se trouvent confirmés par un article approfondi de E. Frûh dans la Christliche Freiheit. La conclusion à laquelle sont arrivés les deux écrivains est la mêrne : la majorité de la population prussienne est en train de passer, par le jeu des naissances, du protestantisme au catholicisme. Les chiffres sont d'une irréfutable éloquence.

Sur i.ooo enfants légitimes nés en Prusse depuis 1875 on compte : Années Protestants Catholiques

Ainsi, en Prusse, le nombre des naissances diminue d'année en année, chez les protestants, il croît d'année en année chez les catholiques. Un simple calcul permet d'évaluer à trente-six années encore le temps nécessaire pour que les catholiques soient plus nombreux que les protestants dans le royaume prussien. Or, trente-six ans, c'est à peu près la durée moyenne de la vie humaine. La génération qui succédera à celle-ci se trouvera donc, si rien ne vient changer le cours des choses, en face de ce fait nouveau de la plus haute importance : le royaume de Prusse, le royaume des Hohenzollern, le royaume protestant par excellence, sera en majorité composé de catholiques, deviendra un royaume catholique.

On s'est occupé, dans les hautes sphères du gouvernement impérial, de l'influence que ne peut manquer d'exercer tôt ou tard, au point de vue politique et social, cette imposante ascension du catholicisme en Allemagne.

Une observation semblable a été faite aux Etats-LTnis par un publiciste français socialiste et anticlérical. « La situation actuelle des catholiques aux Etats-Unis, dit-il dans son voyage d'études en ce pays, fait craindre que les progrès incessants du catholicisme ne deviennent un de plus grands dang-ers pour la cause de la démocratie. »

M. l'abbé Bouchet, de l'école dite des Chartreux de Lyon, au retour d'un assez long séjour aux Etats-Unis où il put interroger les personnages qui connaissent le mieux leur pays, a dit aussi : « Des renseignements qui me furent donnés et des observations que j'ai faites, il résulte que la cause qui doit fatalement amener le triomphe des catholiques aux Etats-Unis, c'est la fécondité des familles catholiques qui font passer dans leur vie les enseignements religieux. Un curé chez lequel je prêchais une mission, me dît : C'est inutile de prêcher sur les familles nombreuses. Pour nos catholiques c'est une chose entendue. Tls savent que c'est un point sur lequel on ne transige pas. Le catholicisme triomphera ici parce que les catholiques ont des familles nombreuses. »

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