‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 24 sur 146 · LA FRANCE · texte numérisé non relu

LA FRANCE

gleterre son privilège ; d'autres trouveraient qu'il est plus sûr de le faire passer à l'Allemagne. Il n'est donné aux profanes, en ces sortes de choses, que de concevoir des soupçons, mais ils peuvent se demander, entre bien d'autres énigmes que présentent les événements actuels, pourquoi l'Italie a rompu avec l'Allemagne à qui elle s'était engagée, pour se porter du côté de l'Angleterre ; et pourquoi le gouvernement de la France qui, par Delcassé d'une part et par Hannotaux de l'autre, a tant tergiversé, ne sachant de quel côté se tourner, s'est enfin décidé à faire cause commune avec l'Angleterre.

Au temps de la guerre entre les Anglais et les Boërs, M. Ernest Lavise écrivit dans la Revue de Paris :

« M. Chamberlain a voulu la guerre contre les Boërs; l'année dernière, il la voulait contre la France. La France est la première ennemie désignée de l'impérialisme, étant la seconde puissance maritime et colqniale. Vaincue, ses dépouilles seraient précieuses : Indo-Chine, Madagascar, etc. De plus, mettre la France hors de combat pour un quart de siècle, pour un demi-siècle peut-être, c'est retarder, s'il ne peut être à toujours conjuré, le péril de l'entente continentale. Et enfin, la France ne paraît pas redoutable aux impérialistes anglais ; elle a confessé, elle confesse qu'elle n'est pas prête pour la guerre ; elle est troublée par ses luttes intérieures ; les Anglais la disent démoralisée, désordonnée, incapable d'un effort viril, capable, tout au plus, d'une guerre civile. L'occasion paraît trop belle ».

Nous avons dit comment les prédicants anglicans, aidés par les institutrices, préparaient dans toutes nos colonies et sur le sol même de la France, au Nord comme à l'Ouest, les voies à la déchéance de la France au profit de l'Angleterre.

L'Allemagne n'ignorait rien. Elle ne voulait nullement renoncer à mettre un terme aux ambitions anglaises et à faire prévaloir les siennes ; et c'est pourquoi, longtemps elle fit des avances à nos gouvernants, espérant les amener à faire alliance avec elle contre sa rivale. Nos gouvernants se montraient hésitants ; on les voyait osciller comme des balanciers, aller de celui-ci à celui-là, se demandant vers qui ils se porteraient définitivement, aux sollicitations duquel ils finiraient par céder ; attendant sans doute ce que leur commanderaient ceux qui les avaient portés au Pouvoir et pouvaient les y maintenir ou les en faire descendre. Seize ans s'écoulèrent, de 1898, année du honteux abandon aux Anglais de Fachoda, à l'année 1914.

L'Allemagne, désespérant enfin de nous voir s'unir à elle

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