‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 71 sur 146 · Œuvres, t. X, p · texte numérisé non relu

Œuvres, t. X, p

3. Ces lettres ont été traduites et publiées en France. P. 67.

4. En ce moment-là même la constituante de Francfort voulait offrir la couronne impériale au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV. Les prophéties ne marquant pas la date des événements qu'elles annoncent, on put croire que la constituante de Francfort allait réussir à faire, en 1848, ce qui ne le fut qu'en 1871.

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fera catholique, et que Frédéric-Guillaume IV sera le dernier roi de Prusse. La prophétie du moine, dont V authenticité ne fait de doute à personne (là, à la Cour et dans la famille royale, où Donoso-Cortès était en rapports fréquents comme ambassadeur d'Espagne) , a été, dit-on, saisie par l'autorité. J'en ai entendu réciter quelques vers latins singulièrement négligés et durs. Je pourrais vous donner là-dessus de curieux détails.

Le Vaticinium Lehninense n'est donc point une pièce inventée pour les circonstances présentes. Connu de tout temps, il a été sauvegardé de toute altération ; mais en ces derniers temps les Allemands ont cherché à en détourner le sens, au mieux de leurs intérêts. La prophétie est trop claire, ils n'ont pu y réussir.

Bismarck a aussi témoigné qu'il connaissait cette prophétie et qu'il était loin d'en faire fi. Après la proclamation de l'Empire, il en parla et il dit un jour à ceux qui l'entouraient : « Nous y avons trouvé notre compte, que nos successeurs s'arrangent pour y trouver le leur ».

La prophétie dite de Lehnin est attribuée à un religieux de l'Ordre de Cîteaux ayant vécu au XIIIe siècle, dans le monastère de ce nom situé à quinze kilomètres de la ville de Brandebourg 5.

Ecrit au milieu du XIIIe siècle, le Vaticinium Lehninense resta manuscrit jusqu'en 1723. Longtemps avant qu'il fût imprimé de nombreuses copies en avaient été répandues dans toute l'Allemagne. Les soixante-dix communautés, sœurs de Lehnin et tous les religieux du Nord de l'Allemagne, au moment où éclata la Réforme, purent y puiser consolation et courage. Il s'en trouvait des copies dans les bibliothèques des grandes villes à Mayence 6, etc., ainsi que dans le palais des princes de la famille électorale de Brandebourg. Elle put donc être attentive, et elle le fut, à suivre d'âge en âge la prédiction des étapes de son élévation dans l'écrit du saint abbé. Frédéric-Guillaume II, durement traité par le voyant, ordonna en 1796 que le plus ancien des manuscrits, celui conservé dans la bibliothèque de Berlin, fût transféré au château royal de Charlottenbourg. Là il disparut, ce qui n'empêcha point ce successeur de Frédéric

5. Ce monastère fut construit en 1180, grâce aux libéralités des comtes d'Ascanie. C'était une fille de l'abbaye de Morimond qui, des confins de la Champagne et de la Lorraine, sema de nombreux monastères bénédictins dans toute l'Allemagne.

6. La bibliothèque de Mayence reçut une copie en 1459 des mains d'Albert frère de Joachim Ier.

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le Grand de mourir dans les circonstances qu'Hermann avait prédites. A cette époque, la prophétie était imprimée depuis soixante-treize ans.

Il en reste encore aujourd'hui quatre manuscrits. Ils se trouvent à Gœttingue, Dillembourg, Wolfenbuttel, et dans les archives de famille de la maison de Prusse. Elle fut imprimée pour la première fois par Schultz qui n'eut point crainte de s'exposer aux railleries des protestants. Il l'inséra dans un recueil national, intitulé Gelerthes Preussen, la Prusse savante, sous ce titre Frater Hermanus redivivus. C'était sous le règne de Frédéric-Guillaume II, dont nous venons de dire le mécontentement et l'acte que son déplaisir lui inspira.

Après cette première impression, il y en eut d'autres en 1725, 1740 et 1758". Depuis la Révolution, elle fut réimprimée en 1850 et en 1873. En cette même année 1873 parut à Ratisbonne un commentaire du Vaticinium Lehninense, intitulé Schicksale Preussensh durch Gottes Fûgung, Destins de la Prusse d'après les plans divins. En 1913, elle reparut dans plusieurs journaux en France et en Allemagne, parce que cette date avait été assignée comme la dernière pour l'Empire allemand par une diseuse de bonne aventure que le futur empereur, Guillaume Ier, alors prince-héritier, était allé interroger à ce sujet au village badois de Frensberg.

Cette prophétie a pour objet principal les vicissitudes de la religion dans le Brandebourg, noyau de la monarchie prussienne. Elle dit ce que seront les princes qui gouverneront ce pays et les événements qui s'y passeront à partir de la fin du XIIIe siècle, et elle continue cette histoire jusqu'à nos jours. Ce furent les comtes d'Ascanie, avons-nous dit, qui gouvernèrent la Marche de 1142 à 1319. Le chef de cette famille, Albert, fut le fondateur de Berlin et de Francfort-sur-POder. Son fils, Othon Ier, éleva les murs de Lehnin et y appela les moines cisterciens en 1180. L'église de ce monastère fut le Saint-Denis de cette dynastie. D'autres princes allemands choisirent aussi pour lieu de leur sépulture ce sanctuaire vénéré. Ce fut sous les Ascaniens, vraisemblablement vers 1240, que fut écrit le célèbre Vaticinium. Vinrent ensuite des princes des maisons de Bavière et de Luxembourg; puis les Hohenzollern.

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Dans sa teneur, le Vaticinium Lehninense est comme une sorte de chant composé en vers au nombre de cent. Le voyant a surtout en vue son monastère, sa ruine par les protestants et sa résurrection, de nos jours : ce qui l'amène à annoncer l'anéantissement du culte et des institutions catholiques par les seigneurs, puis par les rois de Prusse devenus hérétiques et persécuteurs, enfin la restauration du catholicisme dans ce pays, après leur disparition.

Voici le début de ce chant :

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