Poussière tombée à Boulogne-su r-Mer, le 9 octobre
— 4. Poussière extraite artificiellement des grains de sable du Sahara. ^.
en suspension et qui, examiné au microscope, offre identiquement l'aspect des pluies terreuses tombées autour du continent africain {Jig- 3o, n**4).
(') Comptes rendus des séances de VJcadémie des Sciences ^ 1 1 décembre 1876.
Je suis arrivé encore à reproduire la matière de ces pluies de poussières en entraînant, à l'aide d'un fort courant d'air, les substances les plus fines du sable du désert, qui traversait un tube en tombant d'un sablier. L'examen du sable du désert de Gobi, qui fournit sans doute la matière des fréquentes pluies de poussière de la Chine, m'a donné les mêmes résultats.
Les pluies de poussières ont lieu bien plus fréquemment qu'on ne le croit communément; mais, quand le phénomène est local, il passe souvent inaperçu. Voici deux faits de ce genre que j'aî recueillis dans ces derniers temps :
Un phénomène étrange, dit un journal de Dinan, a eu lieu, à la fin de la semaine dernière, à Saint- Jean-de-la-Mer.
Durant la nuit du vendredi 39 au samedi 3o décembre 1876, la pluie tomba pendant quelque temps.
Le lendemain matin, on s'aperçut que cette ondée était rouge; elle avait absolument la «couleur de l'eau mêlée à une grande quantité de vin.
La première personne qui fit cette remarque pensa que cela pouvait venir du vase lui servant de réservoir, dans lequel aurait pu tomber quelque substance de même couleur.
Mais, s'étant rendue chez ses voisins, elle put bientôt constater que l'eau ruisselant des gouttières était rouge.
D'après les renseignements que j'ai pu me procurer, l'eau était chargée d'un sédiment pulvérulent; mais, à mon regret, il m'a été impossible de me procurer un échantillon de cette substance.
Enfin M. le professeur Ragona, directeur de l'Observatoire de Modène, m'a informé que, le i5 décembre 1876, il était tombé à Termini, en
Sicile, vers 3 heures de Taprès-midi, une pluie terreuse offrant les caractères ordinaires de ce genre de phénomène.
Le limon des fl eusses aériens, — On voit, par ces faits, que les courants aériens intenses entraînent dans leurs cours un véritable limon atmosphérique, et le déposent à des distances plus ou moins considérables, à peu près comme le font des masses d'eau en mouvement. Dans quelques cas, ces poussières sont déposées régulièrement dans certaines localités, et y déterminent de véritables formations géologiques, des espèces de deltas atmosphériques, comme cela a lieu pour les trombes de poussière, que M. yirlet d'Aoust a eu l'occasion d'observer sur le grand plateau mexicain (la Me sa d'Anahuaic).
Ce phénomène est désigné au Mexique sous le nom de ramolinos de polvo; de petites trombes se forment à la fois sur plusieurs points des plaines et enlèvent les poussières du sol sous forme de colonnes minces qui ne paraissent pas avoir plus de i°* à 2" de diamètre. Ces poussières sont élevées avec une grande rapidité à des hauteurs considérables queM.Virlet d'Aoust estime être de 5oo°^ à 600*" en moyenne, mais qui s'élèvent souvent beaucoup plus haut. Elles restent très-longtemps en suspension dans l'air.
Rien n'est plus capable d'impressionner Thomme un peu observateur que le spectacle dont j'ai été témoin, lorsque, après
avoir traversé la sierra Nevada, je me trouvai, en quittant la région froide, humide et sombre des nuages, plongé tout à coup dans une atmosphère chaude, et que je vis s'étaler devant moi, toute rayonnante de lumière, l'immense plaine de Mexico avec ses lacs, ses villes, ses villages, ses églises, ses montagnes que je dominais d'une grande hauteur, et que je voyais, comme pour compléter ce tableau admirable, s'élever de distance en distance de ces ramoUnos de polvo semblables à des minarets mobiles, disparaissant et se renouvelant sans cesse (* ).
Si Ton veut savoir comment sont soulevés les nuages de poussières, on peut lire de nombreuses descriptions de ces phénomènes, données par les voyageurs. En voici une des plus intéressantes que publie Thoburn, dans son travail sur le Bannu, district de Penjab dans Tlndoustan {') :
Le Marwat, lac desséché est aujourd'hui une vaste plaine, dénuée d'arbres et couverte de sable onduleux ; côtoyée par des couches d'une ai^le molle et visqueuse, sillonnée par des cours d'eau profondément encaissés, ayant à sa surface du gravier alternant avec des prairies, elle offre çà et là des pierres arrondies, que le peuple appelle pierres éC enfer ^ à cause de leur teinte noire et fuligineuse, due probablement au contact du sable et de la boue. Vue en automne ou par un temps de sécheresse, la plaine du Marwat ressemble à un désert, triste et lugubre patrie des vents mugissants ; dans les mois brûlants de l'été, sa surface est balayée par des vents furieux qui soulèvent des nuages de poussière. Mais, à la lin du printemps, quand le sol a été humecté par les pluies, on dirait une mer de céréales verdoyante et tachetée, par intervalles, de lignes et d'ilôts d'une teinte plus foncée.
C'est un spectacle grand et solennel que le commencement d'un
(*) Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences f t. LXXXIU, p. ii85, séance du ii décembre 1876.
( ') Bulletin de la Société géologique de France^ t. XV, 2* série. — Observations sur un terrain d'origine météorique ou de transport aérien.
orage de poussière, dans une journée d'été, pour Tobsenrateur placé sur une des collines qui s'élèvent en amphithéâtre autour de la plaine du Marwat. D'abord apparaît un point noir au bout de Thorizon ; il s'allonge rapidement et ne tarde pas à s'étendre de l'est à l'ouest ; c'est alors une puissante et terrible muraille, épaisse de looo pieds et longue de 3o milles (/JS''"*). Elle s'approche de plus en plus avec un bruit étourdissant. Tantôt une aile est poussée en avant, tantôt une autre, mais la masse s'avance de plus en plus. Elle est précédée par une nuée d'oiseaux de proie, milans, aigles et vautours. Les villages, situés au bas de la colline d'où l'on observe ce phénomène, disparaissent les uns après les autres sous les nuages de poussière. Encore quelques minutes et le sommet du Shekhbudin, qui se baignait, un instant auparavant^ dans les rayons du soleil ou dormait sous la chaleur accablante d'une journée de juin, est enveloppé de nuages jaunes, qui fuient et s'éloignent rapidement. Un moment suffit pour faire disparaître ce spectacle grandiose ; il n'en reste qu'une poussière étouffante, désordonnée, affluant et refluant dans toutes les directions, pénétrant dans toutes les fissures. Hors des demeures, on ne peut voir que des ténèbres palpables; on n'entend que le sifflement du vent; mais, dans l'intérieur des maisons, on allume les lampes et, au bout d'un quart d'heure, l'orage qui a exercé ses ravages sur les flancs des coteaux s'apaise et se calme peu à peu.
Pluies de cendres volcaniques. — Les éruptions volcaniques projettent parfois dans Tatmosphère des masses énormes de cendres qui s'en élèvent en nuages épais ; la matière pulvérulente qui les constitue est souvent entraînée au loin et retombe sur des régions entières. Je citerai quelques-uns des phénomènes les plus remarquables de ce genre.
Une des éruptions volcaniques qui ont causé le plus de terreur dans les temps modernes est celle du volcan Coseguina, situé au sud de la baie de Fonseca dans T Amérique centrale. La quantité de
cendres vomies par le volcan atteignit des proportions formidables. Lne immense nappe de poussière s'étendit dans le cîel ; elle fut portée par le vcDt jusqu'à plus de 20" de longueur vers l'ouesi.
ng.Si.
DU sud'
Carie dea réglons couTcrtes par la pluie de cendres du lolcan
CoBPguiPB.
La superficie de terre et d'eau sur laquelle s'abattit la poussière a été évaluée à 4 millions de kilomètres carrés; quant à la masse vomie, elle n'a pas été inférieure à 5o millions de mètres cubes.
En i8i5, un volcan de l'île Sumbava, leTimboro, recouvrit de cendres une surface de terre et de mer
supérieure à celle de l'Allemagne {fig- 3a). L'bnagination populaire fut tellement frappée de ce cataclysme, qu'à Bruni, dans l'île de Bornéo, où des amas de la poussière vomie par le Timboro, à
"' cj A - :iry.\^o^'^'^ N DE 1
i4oo'™ au sud, avaient été portés par le vent, on compte les années à dater de la <i grande chute de cendres ('). »
Dans la nuit du 29 au 3o mars 1875, une pous-
(1) Laicdgrebe, Naturgeschichte dtr fulcant; et Éuili Reclï»,
sière grise tomba en abondance avec de la neige sur une partie de la Suède et de la Norwége. M. Nordenskiôld en informa immédiatement M. Daubrée par un télégramme. D'autre part, M. Kjérulf, professeur à l'Université de Christiania, en adressa un échantillon au savant académicien, en même temps que M. le D' Kars , ajoutait que cette poussière était tombée en Norwége depuis Sondmôre et la vallée de Romsdal, à l'ouest, jusqu'à Tryssill (direction de Stockholm) vers Test. M. Daubrée reconnut, par des analyses chimiques et micrographiques, que cette poussière offrait la plus grande ressemblance avec certaines pierres ponceuses d'Islande, notamment la ponce de Hrafftinurhur, et il en conclut qu'elle devait provenir d'une éruption de cette île(*).
Les nouvelles reçues postérieurement d'Islande ne tardèrent pas à montrer qu'il en était bien ainsi.
On apprit qu'il y avait eu toute une série de phénomènes volcaniques : d'abord des secousses de tremblement de terre, puis une éruption accompagnée d'une pluie de poussières et de cendres. Le 29 mars 1875, la chute de cendres fut si intense qu'elle couvrit la région orientale de l'île, particulièrement le Jokuldal, d'une couche de iS^ d'épaisseur et, pendant toute cette journée, bien que
(1) Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences, t. LXXX, p. 994 et 1059.
la région occidentale fût baignée par les rayons du soleil y la région orientale resta plongée dans d'épaisses ténèbres. Les sources et les ruisseaux furent endigués par les cendres ; les torrents des montagnes roulaient des flots noirs, et les rochers qui les bordaient étaient couverts de monceaux de cendres. Les paysans se sauvèrent hors du pays jonché de cendres, avec leur bétail, pour trouver des pâturages qui ne fussent pas enterrés sous les scories ; on ignore jusqu'à quel point ils réussirent dans leur tentative.
De nombreux exemples, dit M. Daubrée, témoignent du transport dans l^atmosphère, jusqu'à de grandes distances, de cendres volcaniques, de sables et de poussières diverses, telles que les cendres provenant d'incendies. Je me bornerai à rappeler le sable qui s'est abattu, le 7 février i863, sur la partie occidentale des îles Canaries, et qui avait été, selon toute probabilité, transporté du Sahara sur plus de Bq myriamètres (*}. Plus récemment, la cendre de Tincendie de la ville de Chicago est arrivée aux Açores, le quatrième jour après le commencement de la catastrophe ('); en même temps, on avait senti une odeur empyreumatique qui avait fait dire aux Açorieos que quelque grande forêt brûlait probablement sur le continent africain...
On sait que le célèbre brouillard sec qui, en 1788, couvrit pendant trois mois presque toute TEurope, après avoir d'abord paru à Copenhague, où il persista 126 jours, avait pour cause une éruption de rislande, ainsi qu'on l'apprit plus tard ('). En septem-
C^) Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences^ t. LVII, p. 363.
(*) M. Fouqué, à qui je dois cette communication, a vu cette cendre, qui avait été recueillie à Fayal par le consul américain, M. Dabney.
(') Ch. Martims, Nature et origine des différentes espèces de brouillards secs, (Journal V Institut, 19 février i85i.)
bre 1845, un transport de même origine, mais moins considérable, fatobserré aux tles Shetland et aux Orcades (').
On peut tirer de ces observations les conclusions suivantes :
Les pluies terreuses tirent leur origine : i® des parcelles les plus fines des sables des déserts, soulevées par les vents et entraînées par les courants aériens ; a*'- des cendres provenant des éruptions volcaniques ; 3® elles se distinguent des p[uies de poussières qui proviennent des météorites extraterrestres.
Voici la nature des poussières représentées sur la PL IV, qui forme en quelque sorte le complément du Chapitre précédent :