SCÈNE IX
NIîCA, MARTHE, SAINT-IJIPPOLYTE; SAINT-HIPPOYTE, saluant en se dandinant.
Avouez, mesdames, que vous ne vous attendiez pas à celle-là... et que vous vous dites peut-être : Je la trouvé mauvaise ! Ah! elle eât bonne ! elle est bonne !
MARTHE, bas à Nina.
Ah ! mon Dieu ! c'est que je ne le connais pas du tout.
NINA
Je ne l'ai jamais vu, ma chère... Ahl c'est original.. Il est chic.
MABTHE.
Mouchic.
NINA, désignant un fauteuil.
Un huit-ressorts qui vous tend les bras, monsieur le marquis.
SAINT-HIPPOLYTE, s'asseyant.
Un confortable, un grand confortable... comme on dit à Top-pop.
MARTHE
L'op-pop? (Elle interroge des yeux Nina, qui fait un signe de dénégation.)
L'op-pop... le grand Op-pop... vous ne connaissez pas l'op-pop? le grand théâtre de machin? (Chantant.)
« OMathilde! idole de mon âme... »
MABTHE.
L'op-pop... l'opéra populaire, ma chère... Sommesnous idiotes !
SAINT-HIPPOLYTE
Eh! oui!... Ça va bien, mesdames! (Avançant la main.) Je suis bien aise... mais là, tout à fait... (il se renverse dans le fauteuil.) En voilà un qui n'est pas rembourré avec des noyaux de pêche 1
NINA, à Marthe.
A la bonne heure ! il sait causer, celui-là.
»rmi+rm*+it-t*~m**—l*
MABTHB.
Et pas poseur... naturel... pa3 gêné du tout... J'aime ça, moi...
SAINT-HIPPOLYTE
Eh ! mais, je ne me fourre pas le doigt dans l'œil... Vous étiez sur le turf, dimanche... que c'était comme un bouquet de fleurs... On ringuait à tout casser! j'ai empoché quelques monacos, et sans cet animal de Fritz, qui a failli casser sa pipe...
NINA, à Marthe.
Casser sa pipe !... Le marquis a des mots !
MABTHE.
Oh! c'est déjà vieux!... ça a de la barbe... On a dit depuis : casser son crayon, et on dit maintenant : lâcher la rampe, ou remercier son boulanger, ou dévisser son billard.
NINA
Oh ! tu es forte, toi... Charles te soigne.
8AÏNT-HÏÉPOLTTE.
U ne s'est dévissé qu'une quille! Et voilà ce que c'est !
MABTHE.
C'est bien fait !
NINA
Fallait pas qu'y aille !
SAINT-HIPPOLYTE, faisant claquer ses doigts.
Parfait! parfait!... aux petits oignons!... Je crois bien aussi vous avoir vues... Eh ! oui, je vous ai vues à l'ouverture des Boufif.-Par... des pelures renversantes, quoi! Vous teniez la corde à côté de Poil de Biche, et vous dégommiez Fleur de Botte...
MARTHE
Fleur de Botte. , . il n'y a que ces demoiselles pour avoir de ces drôles de noms. C'est bien cette grande quaue de vache mal peignée? Trop de cjiignon & ] a c lé... Et Poil de Biche? nous ne la connaissons pas... Elle ne doit pas être lancée... Charles ne nous Ta jamais montrée, ni au Bois, ni au spectacle,
8ÀIBÏT-HIPPQLTTE.
Elle a levé à Mabille un noble étranger qui a été fusillé par ses bottes... Ah! el}e a des bottes !.'.* mais des bottes!... et un coup de pied de côté!... Il y en a qui préfèrent le venez-y voir, en arrière de Tête de Mort... Le fait est qu'il est épatant! ce venez-y voir de Tète de Mort !
MARTHE
Épatant! ma chère... Comme ce mot rend bien la chose I Épatant !... On voit ça d'ici.
SAINT-HIPPOIïYTE.
Oh ! il faut voir de près. Etes-vous allé à Mabile ?.•. .
NINA
Pas encore. Charles n'a jamais voulu,..
SAINT-HIPPOLYTE
Et pourquoi donc? c'est très-rup... La petite princesse de Newstick et la grosse baronne Kakoff s'y encanaillent pas mal... Oh! accompagnées, accompagnées... tout un troupeau.
NINA
Je ne désespère pas, j'ai un truc. ..
SAINT-HIPPQLYTE.
C'est ça... il faut lui monter le coup. Vous verre».. . je vous y montrerai Canàillette, Mistenflûte, Fricassée,
«fe
Duvet de Pêche, Poil ras... Loutre jour elles s'y sont gaffouillées...
NINA
Vraiment! vous connaissez ces cocottes?
SAINT-HIPPOLYTE
Si je les connais!... Ah ! elle est bonne celle-là ! je les coiffe... Aïe! hum! hum!.. C'est-à-dire, vous comprenez qu'elles sont coiffées... de moi.., oh ! mai§ coiffées... On se ine l'arrache ( se caressant le§ c^tet^»), , Que voulez- vous! Il paraît que j'ai un certain fiç>n d^nj ]p coup de fer... hum ! hum !
NINA, à Marthe.
Le coup de fer?... connais-tu?
MABTHB.
ï^on !.. inais il faut faire semblant... je demanderai à Charles... sois tranquille... D'ailleurs il doit m'apporter ce soir le dictiopnaire de la langue verte. Nous chercherons. Ah! il est drôle, il est drôle... beaucoup d'esprit, ma chère.
NINA
Il doit être très-répandu, sais-tu?
SAINT-HIPPOLYTE
Elles me content leurs petites affaires ; ça ne va pas dans ce moment : Chopinette est dans la dèche... tout est au clou... Caïman a son Turc dans le dos, et cette pauvre Tournevis un polichinelle dans le tiroir... Et puis des histoires... à crever... Ah ! c'est pijjolQ, — pas . du Cirque!...
MABTHB , à Nina.
Le marquis fait des calemb, mon rat.
Ç'§st jnçi* fort, t- pas dTypy près d'Issy.
MARTHE, à Nina.
Splendide, ma chère... à jet continu...
SAINT-HIPPOLYTE
Ça vient comme ça, tout bêtement... je les épate tous, le duc, le prince, le marquis, le vicomte... des cascadeurs pourtant... mais ils ne sont pas de force... je leur rends douze points en vingt-quatre... Tenez, l'autre jour, Chose , Machin qui fait des machines pour les cahoulots chantants... je lui faisais la barbe... hum ! hum ! hum !
NINA
La barbe ? (Elle interroge Marthe des yeux.)
MARTHE , à Nina.
Eh oui! faire la barbe.... raser quelqu'un... case dit.
SAINT-HIPPOLYTE
Je suis un peu raseur, j'en conviens... Mais que direz-vous, mesdames, si je vous disais qu'un tas de journalistes. ,.
NiN^y.
Vous connaissez des journalistes ?. .
SAINT-HIPPOLYTE
Tous ! tous !
NINA
Oh ! ils doivent être amusants !
SAINT-HIPPOLYTE
Peuh !... ils voudraient me la faire... Ohé! les petits agneaux!., pas assez de sel dans la boite... D'assez bons zigues pourtant... mais ils me volent... oh là! ils me pillent... c'est une blague, une scie, une balançoire,
unetimothétrimade... chantant.) Figaro-ci, Figaro-là... Figaro... Tenez, l'autre jour, Machin m'a filouté une perle. Vous savez le verbe dormir?. . je dors, tu pionces, il roupille , nous piquons notre chien, vous tapez de l'œil, ils cassent leur canne. De quoi leur canne! que je m'écrie... A l'école, ma vieille... à Chaillot! Ils cassent leur pif, voilà la chose.», et le lendemain je me trouve pif à pif avec ce pif-là dans le Fwr$t des Salons, vous savez, le journal où travaille Fafcfan... Ils cassent leur pif... c'est un peu ça, hein?
NINA
Très-pittoresque !
MARTHE
Ils cassent leur pif!... (Elle incline brusquement la tête sur
le cou.) Tout à fait ça... mais roupiller fait joliment hien dans le paysage.
NINA
Et piquer son chien, ma chère?
C'est le chien du chien !
SAIIfT-HIPPOLYTE.
Attendez donc ! le verbe sortir est plus rigolo encore : je sors ou je m'esbigne; tu te la brises ou mieux tu te la casses...
MARTHE
Oh ! bien mieux !
NINA
Tu te la casses... c'est bon pour les Benoiton... des bégueules !
SAINT-HIPPOLYTE
Petite bière.
MABTHE.
Mauvais tabac.
NINA
Éducation insuffisante!... très-njgligée,., e}Je$ benqitonnent, benoitochent , benoitonnochent !
MABTHE.
Ah ! Ninoche, joli, très-joli I à jnettre sous verre.
SAINT-HIPPQLVTE.
Avec des cheveux tout autour...
NINA
Avec ce cher marquis ou n'a jamais le dernier.. .
SAJtfT-ÏIJPPOLTTg.
Nous disions donc : tu te la casses , il se pousse de l'air ou il se lâche du ballon, nous fendons notre équerrc ou nous affûtons nos pincettes, vous vous déguisez en cerf oju vous graissez le tourniquet, fis pincent leur télégraphe ou ils accrochent leur tender. 11 y a aussi le machin pleurer : je pleure, tu chignes, il vend son piano, nous macadamisons le boulevard...
* MABTHB.
Splendfàe , marquis (A Nina.) Tl est beaUPOUp plus fort que Chartes... J3t dire, ISinoehe , que madame Sainte- Conception avait là-bas la prétention de nous apprendre le français! En vérité, est-on grue , quand on sort du couvent (A Saint-Hippolyte.) Vous nous amènerez tous ces messieurs. Vous devez connaître aussi des sportmen?
SAINT-HÏPPOLYTE.
Clubistes, turfistes, viveurs, je puis dire que je suis chaque matin entouré d'une douzaine de casca*deurs.
MÉÉÉHMI
NJtfA.
Vous bous les présenterez... Nous recevons beaucoup. (A Marthe.) Dis donc, Totoehe, avec ces messieurs bous pourrions très-bien jouer la Feyue çle Bobino et dégommer les Esbrouffviïle avec leurs poses plastiques. Ah ! bien oui, plastiques ! La plus jolie collection de pelles et de pinoettes! (An marquis.) Et puis nous cotillonnerons cet hiver jusqu'à extinction... aimez vous le cotillon ?...
3AINT-HIPPOLYTE.
Si j'aime le cotillon! sapristi!.,, malheureusement...