‹ Les précieuses ridicules. Comédie en un acteChapitre 32 sur 72 · Scène XV · texte numérisé non relu

Scène XV

Du Croisy, La Grange, Mascarille, Jodelet, Magdelon, Cathos.

La Grange. — Ma foi, marauds, vous ne vous rirez pas de nous, je vous i:>romets. Entrez, vous 15 autres. 1

Magdelon.— Quelle est donc cette audace, de venir nous troubler de la sorte dans notre maison ?

Du Croisy.— Cominent, Mesdames, nous endurerons que nos laquais soient mieux reçus que nous ? 20 qu'ils viennent vous faire l'amour à nos dépens, et vous donnent le bal ?

1 Trois ou quatre spadassins entrent.

Magdelon. — Vos laquais ?

La Grange.— Oui, nos laquais : et cela n'est ni beau ni honnête de nous les débauclier comme vous faites.

5 Magdeion.— O Ciel ! quelle insolence !

La Grange. — Mais ils n'auront pas l'avantage de

se servir de nos habits i^our vous donner dans

la vue ; et si vous les voulez aimer, ce sera, ma

foi, pour leurs beaux yeux. Vite, qu'on les dé-

10 iDouille sur-le-champ.

Jodeiet. — Adieu notre iDraverie.^

Mascariiie. — Voilà le marquisat et la vicomte à bas.

Du Croisy. — Ha ! lia ! coquins, vous avez l'audace 15 d'aller sur nos brisées ! Vouz irez chercher auti'e part de quoi vous rendre agréables aux yeux de vos belles, je vous en assure.

La Grange. — C'est trop que de nous supplanter, et de nous supplanter avec nos propres habits. 2o Mascariiie.— O Fortune, quelle est ton inconstance !

Du Croisy.— Vite, qu'on leiir ôte jusqu'à la moindre chose. '^

La Grange. — Qu'on emporte toutes ces hardes,

dépêchez. Maintenant, Mesdames, en l'état qu'ils

25 sont, vous pouvez continuer vos amours avec eux

1 'Bravcric,' élégance, magnificence d'ajustements.

- Il y a là un jeu de scène qui n'est pas de très bon goût, mais qui est de tradition et dont l'oi-igine semble remonter assez haut. On dépouille Mascariiie et Jodeiet de leurs habits d'emprunt : Jodeiet, pour dissimuler sa maigreur, s'est couvert d'un grand nombre de gilets qu'on lui enlève successiveinent ; il paraît enfin en clief de cuisine ; après avoir tiré de sa ceinture un bonnet blanc dont il se coiffe, il s'agenouille respectueusement devant Cathos, qui le repousse avec horreur.

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