‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 69 sur 155 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

mes* ; une teste irreguliere en cheveux* et un habit qui souffre une indigence de rubans M mon Dieu* quels amans sont-ce là! quelle frugalité d'ajuste-

y peut avoir deux ou trois rangs de poiut de Gênes : ce qui accompagnera le jabot, qui sera de même parure. » {Les Lois de la galanterie, X, p. 15-16.)

1. L'expression « désarmé de plumes » est relevée par Somaizb (p. XLiii). Peut-être y a-t-il dans cette métaphore un souvenir des idées chevaleresques; le panache sur le casque, puis sur le chapeau, était la marque du gentilhomme. Au siècle précédent on avait transporté au reste du costume les expressions militaires ; témoin H. EsTiENXE {Dial. du français italianisé, édit. Liseux, t. I, p. 208) : « Et que diriez-vous si vous oyiez un tailleur, disant à celuy auquel il essaye quelque habillement (et principalement si c'est un pourpoint) : Monsieur, cet accoustrement vous arme bien. — Je dirois qu'il se moqueroit évidemment de celuy auquel il l'essayeroit. — Au contraire, ce mot resjouit infiniment les oreilles du gentilhomme.» — La forme des chapeaux varia beaucoup de 1643 à 1661, c'est-à-dire durant la jeunesse de Louis XIV. On porta « tantôt des chapeaux hors d'escalade et tantôt de bas » {les Lois de la galanterie, X, p. 13). Finalement, quand vint la mode des lourdes perruques, « on eut des chapeaux à forme basse et à bords tantôt étroits, tantôt larges, qui étaient garnis de plumes tout autour ; à cause de réchauffement produit par la perruque, on alla le plus souvent son chapeau à la main, » (.T. Quicherat, Histoire du costume en France, chap. XXIV, p. 514.)

2. Jusqu'aux environs de 1660, on portait les cheveux très longs, généralement frisés. Somaize (p. XLVii) traduit ces personnes-là sont irrégulières en c/îereitx par « ces personnes-là ne sont point frisées >. Depuis lors, on se mit à porter la vaste perruque «c caractéristique du règne», dit M. Quicherat (p. 512), * dont le poids était souvent d'un kilogramme, dont le prix pouvait atteindre mille écus». (Id. ibid., p. 513.) Nous voyons dans Somaize (p. liv) que, pour les Précieuses, la perruque était « la jeunesse des vieillards ou la trompeuse apparence », et que porter une perruque se disait « avoir les cheveux lustrés ».

3. Expression relevée par Somaize (p. lv). « Les rubans et les dentelles composaient la décoration de l'habillement. Les rabats, prolongés à plaisir sur la poitrine, furent en point-coupé (sorte de dentelle) dans presque toute leur étendue. Il y eut d'autre point-coupé aux poignets des chemises, aux canons, au nœud des souliers. De la dentelle étroite était assujettie comme du galon sur les coutures du pourpoint et de la rhingrave. Quant aux rubans, ils garnissaient, avec l'accompagnement'' d'une infinité d'aiguillettes, la ceinture et les côtés de la même rhingrave; ils s'épanouissaient en touffes entre les garnitures des canons; ils s'étendaient en fraises sur les bords du pourpoint. » (Quicherat, op. cit., p. 516.) Voy. encore ci-après, p. 160, n. 2.

4. A la représentation, Magdelon scande chacune de ces remarques de Catlîos d'un petit cri d'indignation.

ment, et quelle sécheresse de conversation ' 1 on n'y dure point^, on n'y tient pas. J'ay remarqué encore que leurs rabats ' ne sont pas de la bonne faiseuse'', et qu'il s'en faut plus d'un grand demy-pié^ que leurs hauts-de-chaasses'ne soient assez larges'.

1. De ces deux locutions, qui proviennent d'une même comparaison métaphorique, la seconde est relevée par Somaize (p. XLiii) ; elle est entrée dans l'usage. Sept ans après les Pi^écieuses, Molière faisait dire à Celimène dans le Misanthrope (II, 5), sans aucune intention de tourner son langage en ridicule :

Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien! Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre 11 faut suer sans cesse à chercher que lui dire; Et la stérélité ds soa expression Fait mourir à tous coups la conversation.

Selon Somaize {Gr. Dict., t. I, p. 117), l'expression aurait été hasardée pour la première fois par Balzac ; il cite de lui cette phrase : « Je suis ici absent de mes Muses, étant à quatre lieues de mon cabinet. Bon Dieii ! quel exil, pour une âme raisonnable ! quelle sécheresse de conversation et quelle solitude de livres ! »

2. Durer à, contre, en, dans le sens latin de supporter, rester, vivre avec {durare, neutre, cadem horam durare, Horace, Ep. I, 1, 82^ était très fréquent au dix-septième siècle. Ainsi Molière lui-même : «( Pensez-vous que je puisse durer à ses turlupinades perpétuelles? » {Crit.,Ec. Fem., I.) Et Mme de Sévigné : « Elle ne peut durer au lit. » (20 av. 1672.)

3. Le rabat était le collet rabattu de la chemise; il s'attachait avec des cordons garnis de gros glands. « Les cordons firent place, après 1656, à la cravate de ruban ou de dentelle. La cravate ou le cravate (car ce mat fut d'abord du genre masculin) doit son origine aux tlravates ou Croates qui servaient dans les armées du roi. » (J. Qui- CHERAT, op. cit., p. 495.) A l'époque des Précieuses, le rabat commençait donc à disparaître. Les Lois de la galanterie (X, p. 14), après avoir énuméré les diverses formes qu'il avait prises, terminent en disant : a L'on est venu à porter des collets si petits, qu'il semble que l'on se soit mis une manchette autour du col. »

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